le rat qui s'est retiré du monde la fontaineVoici un commentaire de la fable « Le Rat qui s’est retiré du monde » de Jean de La Fontaine.

Le Rat qui s’est retiré du monde : introduction

Les Fables de La Fontaine, écrites au 17è siècle, sont connues pour dénoncer les travers humains à travers des histoires d’animaux anthropomorphes. Elles sont l’occasion pour le lecteur de s’amuser tout en s’instruisant, précepte essentiel chez La Fontaine.

« Le Rat qui s’est retiré du monde » raconte l’histoire d’un rat parti s’isoler dans un fromage pour se faire ermite. Il est un jour confronté à des rats nécessiteux qui lui demandent la charité.

Questions possibles à l’oral de français sur « Le rat qui s’est retiré du monde » :

♦ En quoi cette fable est-elle un apologue?
♦ De quoi cette fable fait-elle la satire ?
♦ Que La Fontaine cherche-t-il à critiquer dans la fable « Le rat qui s’est retiré du monde » ?
♦ Comment La Fontaine procède-t-il pour plaire et instruire ?
♦ Qu’est-ce qui fait l’efficacité de cette fable ?

Annonce du plan :

Nous observerons comment La Fontaine vise à plaire à son lecteur (I) pour développer une critique politique et sociale des mœurs de son temps (II).

I – Une fable plaisante

A – Un récit aux allures de conte

La Fontaine construit le récit de sa fable en adoptant la structure typique du conte.

♦ Il commence par introduire son récit d’une manière ludique (v. 1-12). Le vers 1 constitue une accroche qui renvoie le lecteur à un passé ancien et à un espace indéfini : la fable serait issue d’une « légende» venue d’Orient (« Levantins » suggère un peuple oriental).

♦ Les vers 2 à 12 exposent la situation initiale en introduisant le personnage principal : le « Rat», personnage éponyme (qui donne son nom au titre de la fable), retiré du monde dans un fromage hollandais.

♦ Arrive avec les vers 13 à 15 l’élément perturbateur : la délégation de Rats.

L’élément perturbateur est introduit par l’expression « Un jour » qui annonce le bouleversement à venir, c’est-à-dire les péripéties : la confrontation entre les Rats indigents et le Rat ermite (v. 16-29)

♦ Puis vient la résolution qui tient en deux vers (v. 30-31), ce qui insiste sur sa brutalité : le Rat ermite ferme la porte au nez des délégués Rats.

♦ Enfin, des vers 32 à 35, La Fontaine interroge directement le lecteur, le poussant à se demander qui il critique à travers le personnage du Rat. Il l’invite ainsi à aller au-delà du conte et de la fiction (« Qui désignai-je, à votre avis, / Par ce Rat si peu secourable ? » v. 32-33).

B – Des rythmes et rimes variés

La fable « le rat qui s’est retiré du monde » joue sur des rythmes et des rimes variés afin de donner une impression de vivacité plaisante pour le lecteur.

La Fontaine alterne en effet entre plusieurs longueurs de vers : il s’agit donc d’une fable hétérométrique.

Ces irrégularités ont plusieurs effets :

1-  Elles permettent de mettre en valeur certains vers. En effet, les vers courts mettent en relief des actions rapides et brutales, donnant l’impression qu’elles se déroulent sous les yeux du lecteur :

– « Se retira loin du fracas » (v.4)
–  « Le nouveau saint ferma sa porte » (v.30)

2 – Elles créent également un rythme rapide et soutenu, contribuant à rendre la fable plus attrayante.

Cette vivacité est renforcée par le schéma des rimes qui est lui aussi irrégulier : on trouve à la fois des rimes suivies (« profonde » / « ronde » v. 5-6), des rimes croisées (« légende » / « ici-bas » / « Hollande » / « tracas » v. 1-4), et des rimes embrassées (« bloquée » / « argent » / « indigent » / « attaquée » v. 18-21).

Enfin, notons que l’alternance entre le discours indirect libre des Rats et le discours direct du Rat ermite accentue encore l’aspect ludique de cette fable (« Ils demandaient fort peu » / « Mes amis, dit le Solitaire, / Les choses d’ici-bas ne me regardent plus ». )

Cette variété donne à la fable de La Fontaine un caractère enjoué et ludique.

C – Une fiction qui repose sur des décalages amusants

La dimension ludique de la fable tient également aux décalages comiques qu’elle met en place.

Comme souvent chez La Fontaine, les personnages sont des animaux qui agissent comme des hommes : ils sont anthropomorphes.

Une dimension comique naît du décalage entre l’univers animalier et humain.

Par exemple, les hautes aspirations spirituelles du rat se concrétisent dans un fromage qu’il ne cesse de ronger avec ses pattes et ses dents : « Il fit tant de pieds et de dents / Qu’en peu de jours il eût au fond de l’ermitage / Le vivre et le couvert » (v. 8-10).

Par ailleurs, la fable baigne dans un univers exotique  :

♦ La Fontaine la présente comme une fiction rattachée à un passé oriental ancien et indéterminé: une « légende » venue des « Levantins » (v. 1).

♦ Le nom de ville inventé « Ratopolis» apparaît comme un jeu de mots enfantin qui prête à sourire, en même temps qu’il fait penser à une cité grecque.

♦ Le terme « Dervis», qui désigne un type de moine musulman, renvoie une fois de plus le lecteur à un univers oriental.

La Fontaine joue sur la distance et la proximité avec son lecteur pour lui plaire tout en le poussant à s’interroger sur les enjeux de la fable.

II – Une satire du clergé

 A – Une critique du clergé

A travers son récit plaisant, La Fontaine, vise à faire réfléchir son lecteur.

Le fromage hollandais, associé à la guerre entre Rats et Chats, fait référence à la guerre entre la France et la Hollande, entre 1672 et 1678.

La Fontaine introduit donc de manière allusive un contexte politique fort dans son récit, dès le troisième vers.

Le peuple Rats représente ainsi le peuple français. Il est démuni et dépassé par la guerre contre les Chats : « On les avait contraints de partir sans argent » (v. 19)

Dans ce contexte, le personnage du rat retiré du monde est une allusion évidente au clergé qui a refusé de financer l’effort de guerre.

En effet, le rat est présenté comme un personnage-type, qui représente l’ensemble d’une communauté, ce dont témoigne l’usage de l’adjectif indéfini : « un certain Rat » (v. 2).

Par ailleurs, le rat est toujours associé à un vocabulaire religieux : « ici-bas » (v. 2) ; « ermite » (v. 7) ; « ermitage » (v. 9) ; « Saint » (v. 31). Il s’est également retiré du monde à des fins spirituelles : « Las des soins d’ici-bas » (v. 2) ; « la solitude était profonde » (v. 5) ; « Dieu prodigue ses biens / à ceux qui font vœu d’être siens » (v. 11-12).

Pourtant ce rat, clairement associé au clergé, ne se livre pas aux activités d’un ermite mais bien à celles d’un rat : le bruit produit par le rongeur de fromage est suggéré par l’allitération en « d » « Il fit tant de pied et de dents » (v. 8).

Par ailleurs, il n’est pas charitable face aux Rats indigents, prétextant qu’il ne peut leur venir en aide que par la prière, avant de leur fermer la porte au nez. La brutalité de ce geste est accentuée par sa brièveté puisqu’il tient en deux octosyllabes : « Ayant parlé de la sorte / Le nouveau Saint ferma sa porte. » (v. 30-31).

La Fontaine fait donc un portrait très négatif du Rat, multipliant les allusions au clergé afin de rendre sa critique évidente pour le lecteur : il dénonce l’égoïsme et l’hypocrisie du clergé.

 B – L’ironie de La Fontaine

Si les enjeux sérieux du récit sont évidents, ils sont présentés de manière comique par la plume ironique de La Fontaine.

On observe une gradation dans les qualificatifs relatifs au Rat qui insistent sur son hypocrisie à mesure que progresse le récit de son égoïsme et de son avarice :
♦ « un certain Rat » (v. 2) ;
♦ « notre ermite nouveau » (v. 7) ;
♦ « dévot personnage » (v. 13) ;
♦ « pauvre Reclus »
♦ « le nouveau Saint » (v. 31).

L’ironie de La Fontaine est également rendue perceptible par le contraste entre le Rat ermite et les Rats nécessiteux. On relève ainsi plusieurs antithèses : « gros et gras« , « Dieu prodigue ses biens » (v.11) pour qualifier l’ermite qui s’opposent à « quelque aumône légère » (v.15) et « sans argent » (v.19) pour qualifier le groupe de rats.

Mais le rat ermite, seul face à tout un peuple nécessiteux, se cache derrière des questions rhétoriques qui ne permettent aucun dialogue : « En quoi peut un pauvre Reclus / Vous assister ? que peut-il faire, Que de prier le Ciel qu’il vous aide en ceci ? » (v. 27).

Il refuse toute aide matérielle aux rats nécessiteux, offrant hypocritement une aide spirituelle avant de leur fermer la porte au nez : « Que de prier le Ciel qu’il vous aide en ceci ?« .

La formule « nouveau Saint » (v. 31) est à ce titre une antithèse, d’autant plus ironique qu’elle est suivie par le vers « ce Rat si peu secourable » (v. 33) : La Fontaine insiste sur l’égoïsme de l’ermite en associant les deux adverbes « si » et « peu » à l’adjectif « secourable », le vidant ainsi de sa connotation positive.

C – Une critique renforcée par l’intervention du fabuliste

Par ailleurs, La Fontaine intervient de manière explicite dans son récit pour insister sur l’immoralité du Rat.

Il pose des questions rhétoriques directement adressées au lecteur pour l’inciter à garder une distance critique : « Que faut-il davantage ? » (v. 10) ; « Qui désignai-je, à votre avis, / Par ce Rat si peu secourable ? / Un Moine ? » (v. 32-34)

La morale dans « le rat qui s’est retiré du monde » est implicite, prenant la forme d’une question rendue ironique par l’intervention directe de La Fontaine à la première personne : « Un Moine ? Non, mais un Dervis : / Je suppose qu’un Moine est toujours charitable » (v. 34-35).

La Fontaine souligne ainsi que la fiction parle du monde réel : « Non » est employé comme une antiphrase pour souligner le fait que le récit, bien que situé imaginairement en Orient, parle de la réalité présente de l’auteur.

Ainsi, La Fontaine clôt sa fable avec une ironie féroce et assumée : « un Moine est toujours charitable » est à comprendre comme une antiphrase, rendue d’autant plus grinçante par l’usage de l’adverbe « toujours » et par le modérateur « Je suppose ».

Le Rat qui s’est retiré du monde : conclusion

« Le Rat qui s’est retiré du monde » est un apologue : il s’agit d’un récit divertissant qui illustre une morale.

Si cette fable a des allures de conte oriental, elle pose de vraies questions que La Fontaine prend soin de laisser sans réponses.

Le recours à la fiction animalière est un moyen pour lui de parler des mœurs de son temps de manière subversive, tout en évitant la censure.

Ici, la critique de l’hypocrisie du clergé, quoique dissimulée, est claire. Elle rappelle d’ailleurs le Tartuffe de Molière, où un faux dévot profite de la crédulité d’une famille.

Au-delà du clergé, on peut penser que La Fontaine fait la critique du désintérêt de certains pour la vie politique et de la bonne conscience hypocrite, qui consiste à s’attrister du sort d’autrui sans rien entreprendre pour l’aider.

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  2 commentaires à “Le rat qui s’est retiré du monde, La Fontaine : commentaire”

  1.  

    Bonjour Amélie,

    Merci pour ce merveilleux site, vous êtes un être d’exception.
    Je ne comprends pas section I B 1 : Vous évoquez des vers courts de 8 pieds donc : Mais la majorité des vers ont huit pieds… Pourriez vous m’expliquer s’il vous plait ?
    Merci
    Hannah

    •  

      Bonjour Hannah,
      Je développe deux points par rapport à l’hétérométrie de cette fable :
      1 – Les nombreux vers courts (octosyllabes) créent un rythme soutenu et dynamique qui rendent la fable plaisante à lire.
      2 – La Fontaine joue sur l’irrégularité des vers puisqu’il alterne de façon non régulière octosyllabes et alexandrins. Quand tu te penches plus en détail sur les octosyllabes, tu te rends compte qu’ils mettent souvent en relief des actions brutales. Les alexandrins, quant à eux, créent un style ampoulé qui met en relief le discours hypocrite du rat. L’alternance d’octosyllabes et d’alexandrins accentue ainsi l’opposition entre le discours hypocrite du rat (alexandrins) et ses actions mesquines (octosyllabes).
      J’espère que cela te semble plus clair !

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