liberté paul éluard analyseVoici une analyse du poème « Liberté » de Paul Eluard.

Liberté, Paul Eluard : introduction

« Liberté », poème de Paul Eluard, paraît dans le recueil Poésie et Vérité en 1942, au milieu de la Seconde Guerre mondiale.

Le poème est d’ailleurs traduit et diffusé dans toute l’Europe, par radio ou parachutage, tel un message d’espoir.

Lire le poème « Liberté » de Paul Eluard

Poète engagé, Eluard manifeste ici son soutien aux combattants. A travers un hymne à la vie (I) et à la liberté (II), le poète exprime ainsi son engagement (III).

Questions possibles sur « Liberté » de Paul Eluard :

♦ Étudiez la progression du poème.
♦ De quelle manière la liberté est-elle ici (re)présentée ?
♦ Dans quelle mesure ce poème est-il original ?
♦ Quel est le but de ce poème ?
♦ En quoi peut-on parler d’un poème engagé ?

I – Un hymne à la vie

A – Communion entre l’homme et le monde

Comme dans la majorité de ses poèmes, Paul Eluard met ici en évidence un rapport privilégié avec le monde.

Ainsi, les quatre éléments sont présents :

♦ Air : « azur » (v. 21), « oiseaux » (v. 26), « nuages » (v. 33) ;
♦ Terre : « arbres » (v. 2), « jungle », « désert », « genêts » (v. 13-14), « champs » (v. 25), « mousse » (v. 33), « sentiers », « routes » (v. 41-42) ;
♦ Eau : « l’étang », « le lac » (v. 22-23), « la mer », « les bateaux » (v. 30), « flot » (v. 59) ;
♦ Feu : « cendre » (v. 7), « soleil » (v. 22), « feu » (v. 59).

On trouve également des éléments :

 ♦ Naturels (« étang », « lac », « champs », « mer », « montagne »)
Cosmiques (« soleil », « lune », « nuages ») ;
♦ Corporels : « oreilles » (v. 54), « front », « main », (v. 62-63), « lèvres » (v. 66) ;
♦ Matériels : « Pierre », « papier » (v. 7), « physique » (v. 39), « chair » (v. 61)
♦ Immatériels
 : « écho » (v. 15), « ombres » (v. 27) ;
♦ Concrets : « cahiers », « pupitre » (v. 1-2), « armes », « couronne » (v. 10-11), « chiffons » (v.21), « lampe » (v. 45-46), « miroir », « lit » (v. 50-51)
Abstraits : « enfance » (v. 15), « vérité » (v. 39), « silence » (v. 67), « ennui » (v. 71), « absence », « solitude » (v. 73-74), « mort » (v. 75), « espoir » (v. 79), « Liberté » (v. 85).

Tous ces éléments sont liés dans des rapports synesthésiques où se mêlent les sens, les formes, les sons et les couleurs : « chiffons d’azur » (v. 21), « bouffée d’aurore » (v. 29), « la mousse des nuages », « les sueurs de l’orage », « la pluie épaisse et fade » (v. 33 à 35), « les formes scintillantes », « les cloches des couleurs » (v. 37-38), « le flot du feu » (v. 59).

Paul Eluard multiplie également les hypallages : « saisons fiancées » (v. 19), « la montagne démente » (v. 31), « les sentiers éveillés » (v. 41), « lit coquille vide » (v. 51), « la vitre des surprises » (v. 65), « la solitude nue » (v. 74), « les murs de mon ennui » (v. 71).

En créant des images neuves, originales et improbables, Eluard montre que la poésie permet un rapport fusionnel et inédit avec le monde qui nous entoure.

On trouve aussi dans le poème beaucoup d’oppositions (« nuits » // « journées », v. 17-18 ; « soleil moisi » // « lune vivante », v. 22-23 ; « fade », v. 35 // « scintillantes », v. 37 ; « lampe qui s’allume » // « lampe qui s’éteint », v. 45-46 ; « revenue » // « disparu », v. 77-78 ; et quelques oxymores : « vérité physique » (v. 39), « flot du feu » (v. 59).

La poésie mène à une autre réalité, une « surréalité » (Eluard a fortement contribué au mouvement du Surréalisme) où les contraires fusionnent dans un rapport d’équilibre et d’harmonie.

B – Le cycle de la vie

On observe dans le poème « Liberté » une progression chronologique qui serait celle d’une vie d’homme, allant de l’enfance à la vieillesse.

♦ Les quatre premières strophes évoquent le monde de l’enfance : « cahiers d’écolier », « pupitre » (v. 1-2), « images dorées » (v. 9), « l’écho de mon enfance » (v. 15).

♦ Les strophes suivantes laissent place à la jeunesse, avec la naissance de l’amour et du désir : « merveilles des nuits » (v. 17), « saisons fiancées » (v. 19), « sueurs » (v. 34), « chair accordée » (v. 61), « lèvres attentives » (v. 66).

♦ La vieillesse succède à la jeunesse à la strophe 19 ; elle est synonyme de solitude et de mort : « l’absence sans désirs », « la solitude nue », « les marches de la mort » (v. 73 à 75).

Le cycle de la vie est ici étroitement lié au cycle naturel des saisons.

En effet, dans la première strophe, « la neige » connote l’hiver. Dans les strophes suivantes, « les nids », « les genêts » (v. 14), l’ « azur », le « soleil » (v. 21-22), les « oiseaux » (v. 26) et « les sueurs de l’orage » (v. 34) évoquent le printemps puis l’été.

A la fin du poème, l’idée de cycle est suggérée par la renaissance du poète grâce à la poésie : « Et par le pouvoir d’un mot/Je recommence ma vie » (v. 81-82).

Transition : « Liberté » se présente donc comme une véritable célébration de la vie et de la nature.  Mais plus qu’un hymne à la vie, le poème de Paul Eluard est également un chant d’espoir destiné à retrouver la liberté en la nommant, à travers le pouvoir magique des mots.

II – Un hymne à la liberté

A – La mise en valeur de la liberté

Dans ce poème, la liberté s’écrit partout, sur toutes les surfaces, tous les supports, sur chaque objet : « Sur toutes les pages » (v. 5-6), « Sur tous mes chiffons » (v. 21), « Sur chaque bouffée d’aurore » (v. 29).

La reprise anaphorique à chaque strophe de la préposition « sur », suivie de compléments d’objet ou compléments circonstanciels de lieu, souligne cette omniprésence et le caractère absolu de la liberté, qui épouse la plénitude du monde.

Par ailleurs, la liberté est mise en valeur par la reprise anaphorique de « J’écris ton nom » à la fin de chaque strophe.

Le mystère quant à la « personne » nommée est maintenu par un effet d’attente qui se prolonge jusqu’à la fin du poème où le mot « Liberté » apparaît enfin, détaché du reste du texte.

Le processus de personnification, qui se traduit notamment par l’emploi de la deuxième personne du singulier (« ton nom », « te connaître », « te nommer ») renforce cette mise en valeur.

On pourrait croire en effet que ce poème est une déclaration à la femme aimée. D’ailleurs, Eluard a d’abord écrit ce poème pour sa seconde épouse. Mais face au contexte de la guerre, l’hymne à la femme est remplacé par un hymne à la vie et à la liberté.

Si la liberté s’exprime dans le fond du poème, elle s’exprime aussi dans sa forme.

B – Un langage poétique libéré

Le poète surréaliste s’affranchit des règles de la poésie classique.

On note la quasi-absence de rimes et de ponctuation, qui créée une certaine fluidité.

Le texte s’écoule ainsi doucement et librement, sans rupture. Tous les éléments se lient entre eux, portés par un flux de vie et de liberté.

Cette fluidité s’exprime également à travers les sonorités, avec une allitération en « l » tout au long du poème : « écolier » (v. 1), « lues », « blanches » (v. 5-6), « la jungle », « l’ écho» (v. 13, 15), « blanc » (v. 18), « soleil », « lune » (v. 22-23), « les ailes », « le moulin » (v. 26-27), « la pluie » (v. 35), « scintillantes », « les cloches », « couleurs » (v. 37-38), « les places » (v. 43), « la lampe », « s’allume » (v. 45-46), « lit », « coquill» (v. 51), « maladroite » (v. 55), « le tremplin », « familiers » (v. 57-58), « le flot » (v. 59), « les lèvres », « silence » (v. 66-67), « écroulés » (v. 70), « la solitude » (v. 74).

La liberté poétique est renforcée par les images et les associations insolites que créent le poète (voir I).

Ce chant d’espoir pour la liberté et pour la vie est représenté par une forme poétique elle-même libre, qui s’émancipe des contraintes du langage et de la réalité.

III – « Liberté » : un poème engagé

A – De brèves références à la guerre

On trouve dans le poème quelques allusions discrètes et indirectes à la Seconde Guerre mondiale :

♦ « les armes des guerriers » (v. 10)
♦ « le pain blanc des journées » (v. 18), par opposition au pain noir que mangent les Résistants pendant l’Occupation.

Les images de découragement et de destruction aux strophes 18 et 19 peuvent également être influencées par le contexte : « refuges détruits », « phares écroulés » (v. 69-70), « les marches de la mort » (v. 75).

B – L’implication du poète

Le poète se manifeste dès le début du texte, à travers l’emploi de la première personne et des pronoms possessifs : « Sur mes cahiers d’écolier », « Sur mon pupitre » (v. 1-2), « J’écris ton nom », « mon enfance » (v. 15), « mes chiffons » (v. 21), « mes maisons » (v. 47), « ma chambre », « mon lit » (v. 50-51), « mon chien » (v. 53), « ma porte » (v. 57), « mes amis » (v. 62), « mes refuges », « mes phares », « mon ennui », (v. 69 à 71), « Je recommence ma vie », « Je suis né » (v.82-83).

L’auteur s’implique de plus en plus au fil du poème, mettant en scène son environnement intime et familier : « mes maisons », « ma chambre », « mon lit », « mon chien », « objets familiers », « mes amis ».

En affirmant ainsi sa présence, Eluard exprime son engagement pour la défense de la liberté.

Cependant, l’emploi de la première personne du singulier est aussi une manière de rendre le texte universel et accessible à tous.

Délaissant les pronoms possessifs pour des articles définis et indéfinis les arbres », « le sable », « la neige », « les images », « des nuits », « des journées », « les routes », « des surprises », etc.), le poète parle au nom de tous.

Chacun peut alors s’approprier cet hymne à la liberté, qui se présente finalement comme une chanson.

C – Un poème oratoire et incantatoire

« Liberté » est un poème aux accents oratoires qui s’apparente à une chanson.

Chaque strophe, sauf la dernière, est construite sur le même modèle : l’anaphore de la préposition « sur » introduisant les trois premiers vers et la phrase « J’écris ton nom » au dernier vers, qui se présente comme un refrain.

La dernière strophe possède elle aussi un aspect oratoire assez prononcé, avec l‘anaphore du « Je » (v. 82-83) et l’effet de redondance du « pour » : « Je suis né pour te connaître/Pour te nommer » (v. 83-84).

Cette structure souligne l’insistance du poète. Le poème apparaît ainsi comme une litanie.

D’ailleurs, l’allitération en « m » et l’assonance en « on » tout au long du texte créent un bercement qui souligne le style incantatoire du poème : « mes », « mon », « ton nom », « images », « armes », « merveilles », « chiffons », « moisi », « horizon », « moulin des ombres », « mer », « montagne démente », « mousse », « formes », « s’allume », « maisons », « miroir », « ma chambre », « gourmand », « maladroite », « familiers », « mes amis », « main », « murs de mon ennui », « marches de la mort », « mot », « recommence », « nommer ».

Cette insistance s’exprime aussi à travers le rythme.

En effet, chaque strophe est composée de trois heptasyllabes et d’un tétrasyllabe, vers courts qui donnent au texte un rythme saccadé accentuant la puissance de l’effet oratoire.

De même, les allitérations en « p » et en « t » créent un effet de martèlement qui appuie le discours : « pupitre », « pages », « Pierre », « papier », « pain », « pluie », « vérité », « sentiers », « routes », « places », « patte », « tremplin », « porte », « vitre », « attentives », « détruits », « solitude », « santé », « espoir », « pouvoir ».

L’emploi de vers courts et de mots simples permet de rendre le texte accessible à tous et plus facile à retenir, comme une chanson populaire.

C’est donc grâce à la poésie, à travers un rythme soutenu et des sonorités fortes, que le poète exprime librement son engagement en tant que Résistant.

Liberté, Paul Eluard : conclusion

Ecrit pendant la Seconde Guerre mondiale sous l’Occupation allemande, « Liberté » est un chant de lutte et d’espoir, un hymne à la vie et à la liberté.

Grâce à une langue poétique aux accents surréalistes et oratoires, Paul Eluard manifeste son engagement en tant que poète et Résistant.

Grâce à la poésie, la liberté se fait absolue et englobe le monde. Nommer la liberté permet de renaître et d’une certaine manière de se libérer.

Le poème est comme une prière, une incantation. L’auteur démontre ainsi le pouvoir performatif du langage et de la poésie, à travers un texte universel que chacun peut s’approprier.

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  3 commentaires à “Liberté, Paul Eluard : analyse”

  1.  

    bonjour, je suis en 3eme et j’ai le plaisir de venir de temps en temps voir votre site, je je garde précieusement pour les années à venir.
    merci ! de me dire si vous faite pour la 3ème,
    Alexandre

    •  

      Bonjour Alexandre,
      Cela me fait toujours plaisir de voir que de plus jeunes élèves apprécient de venir sur mon site. Je ne fais pas le programme de 3ème sur commentairecompose.fr, mais la lecture de commentaires ou le visionnage de vidéos sur les mouvements littéraires vous permet de prendre un peu d’avance pour marquer des points en seconde.

  2.  

    Bonjour Amélie
    merci pour vos conseils que je vais suivre, en attendant de passer mon année prochaine et les années avenir sur ce site. je vous souhaite une bonne continuation, et merci infiniment pour votre talent, et votre généreusité pour votre transmision.
    Alexandre

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