ronsard mignonneVoici une analyse du poème « Mignonne, allons voir si la rose » de Pierre de Ronsard (Ode à Cassandre).

« Mignonne, allons voir si la rose », Ronsard, introduction :

Pierre de Ronsard est un des plus célèbres auteurs du groupe de la Pléiade.

La Pléiade, groupe de sept poètes dont Pierre de Ronsard et Joachim Du Bellay, diffuse l’Humanisme à travers des textes poétiques qui font la promotion des antiquités gréco-latines et exhortent à la défense du français.

Dans ses Odes dont est extrait le poème « Mignonne, allons voir si la rose… » publié en 1553, Ronsard s’adresse à Cassandre Salviati qu’il a rencontrée en 1545 et qui a épousé Jean de Peigne en 1546.

Questions possibles sur « Mignonne, allons voir si la rose…. » à l’oral de français :

♦ En quoi le poème « Mignonne, allons voir si la rose… » s’inscrit-il dans le courant humaniste ?
♦ Comment pourrait-on qualifier le lien entre Ronsard et Cassandre Salviati ?
♦ Etudiez le registre lyrique dans « Mignonne allons voir si la rose »
♦ Ronsard est-il sincère dans ce poème ?
♦ Ronsard fait-il réellement l’éloge de Cassandre ?

Annonce du plan :

Ce poème qui mêle éloge de la femme aimée (I) et philosophie épicurienne (II) constitue une véritable stratégie de séduction poétique (III).

I – Un éloge de la femme aimée

 A – Un éloge pétrarquiste

Ronsard dresse un portrait élogieux de Cassandre Salviati en s’inspirant de Pétrarque, poète italien du 14ème siècle considéré comme l’un des premiers humanistes.

Le genre du poème, une ode, place le lecteur dans un univers lyrique où la femme aimée est objet de louanges.

Comme Pétrarque qui adresse ses poèmes « A Laure » dans le Canzoniere, Ronsard adresse cette ode « A Cassandre ».

Il fait ensuite une analogie de Cassandre aux éléments de la nature et notamment à une rose, un topos traditionnel de la littérature pétrarquiste : « Et son teint au vostre pareil ».

La paronomase (proximité de son entre deux mots) entre le terme « rose » et « robe » renforce l’assimilation de la femme aimée à une rose et vise à montrer la continuité entre la beauté de la femme et la beauté de la nature tout comme la comparaison « Comme à cette fleur» .

En outre, Ronsard utilise des termes mignards comme « Mignonne » répété trois fois et le verbe « fleuronne » qui dévoile un lyrisme presque infantile, célébrant avec pureté la beauté de Cassandre.

Le poète est en effet le peintre de la femme aimée comme le montre le champ lexical des couleurs : « robe de pourpre au Soleil », « robe pourprée », « son teint », « sa plus verte nouveauté », « fera ternir ».

Le passage de « pourpre »  à « pourprée » souligne la délicatesse et les nuances de couleurs comme si le peintre choisissait des couleurs de plus en plus précises pour mieux représenter la beauté éclatante de Cassandre.

Le choix de l’octosyllabe montre un souci de rapidité et de précision dans les traits. Chaque vers est un coup de pinceau qui complète le portrait.

B – Un éloge humaniste

Cet éloge de Cassandre idéalise la femme aimée dans le style de la poésie humaniste.

L’humanisme transparaît tout d’abord dans le choix des termes comme « desclose » (= s’était ouverte), « vespree » (= ce soir), qui, même à l’époque de Ronsard commençaient à tomber en désuétude. Ces termes directement issus du latin (dis-claudere, vesper) montrent le souci humaniste de retrouver le patrimoine linguistique gréco-latin.

Par ailleurs, « vespree » évoque les vêpres, c’est à dire l’office religieux qui se déroule le soir dans l’Eglise romaine : ce terme contribue à donner à Cassandre une dimension spirituelle. Comme dans la tradition humaniste, le poète divinise donc la femme aimée.

On observe d’ailleurs que Ronsard mentionne les « beautés » de la rose alors qu’il termine sur « vostre beauté » pour Cassandre. Le singulier attribué à la beauté Cassandre contribue à cette divinisation : la beauté de Cassandre est unique et presque surnaturelle.

Quant au terme « Soleil » et sa majuscule, il crée une aura lumineuse autour de Cassandre.

Transition : La divinisation de la femme aimée est un topos de la poésie humaniste. De ce lyrisme, Ronsard dégage une philosophie épicurienne.

II – Un poème épicurien

 A – Le temps qui passe : une fatalité tragique

Ronsard inscrit cette femme divinisée dans la temporalité en usant d’un registre tragique.

Le verbe « déclore » est conjuguée au plus-que-parfait (« avait desclose ») comme si la jeunesse n’était déjà qu’un lointain passé.

Le seul futur est celui du verbe « ternir » qui rappelle que l’ombre succède inéluctablement à la lumière. Ronsard utilise donc le futur, temps prophétique, pour souligner que la beauté, aussi divine soit-elle, est soumise au temps destructeur.

L’utilisation de l’interjection « Las » à trois reprises avec l’effet de répétition au vers 9 (« Las ! las ses beautez » ) place le poème dans un univers élégiaque et inscrit donc le regret, la nostalgie au cœur du poème.

Cette plainte est renforcée par les tournures restrictives utilisées par Ronsard comme « peu d’espace » ou « ne dure que » .

Comme la rose, la beauté de Cassandre est soumiseà la fatalité tragique qu’est le temps.

On relève également plusieurs termes liés à la chute comme les termes à la rime « cheoir » et « soir » (v.9 et 12) ou le terme « vieillesse » qui succède à « jeunesse » au v.17.

D’ailleurs, dès la première strophe, la lumière dégagée par la rime « Soleil / pareil » est assombrie par l’atmosphère crépusculaire des termes « vesprée / pourprée ». Ces termes rappellent à Cassandre qu’elle est soumise au temps.

La nature est finalement une déesse maléfique puisque la mère nature laisse place à une nature « marastre », terme péjoratif suggérant la malveillance et l’implacabilité de la nature : « Ô vrayment marastre Nature » (v.10).

Ronsard médite donc sur le temps destructeur. Mais il y trouve une issue dans la philosophie épicurienne qui détourne de l’angoisse

B – Une philosophie épicurienne

Ronsard est un poète humaniste influencé par l’antiquité gréco-latine et notamment le poète Horace du Ier siècle avant J.-C.

Dans ses Odes, Horace énonce le précepte épicurien « Carpe diem » qui signifie « Cueille le jour » , c’est à dire profite du moment présent.

Ronsard reprend cette formule au v.16 « Cueillez, cueillez votre jeunesse ».

La répétition ainsi que l’impératif (« allons », « voyez », « cueillez » ) place le poète dans la situation d’un précepteur épicurien qui prodigue sa sagesse à une élève.

La métaphore filée végétale induite par « rose », « déclose », « une telle fleur », « vostre âge fleuronne », « cueillez », « ceste fleur » s’inscrit pleinement dans l’univers épicurien d’Horace qui engage à profiter du temps et des beautés même éphémères.

Transition : Mais derrière cette philosophie épicurienne, se cache une stratégie de séduction d’un poète amoureux qui veut conquérir Cassandre.

III – Une stratégie de séduction poétique

A – Une stratégie de conquête

Ronsard use dans « Mignonne, allons voir si la rose » d’une véritable stratégie de conquête.

La dédicace « A Cassandre » donne le ton : Cassandre est la cible du poète.

Ensuite, la présence surprenante d’un connecteur logique « Donc » en début de la troisième strophe rompt avec le registre lyrique et introduit le calcul et la rationalité dans le poème. Il en va ainsi également des conjonctions de subordination « Puis que » (v.11) ou « Tandis que » (v.14). Le poète a un but précis : conduire Cassandre à consentir à l’amour.

Le registre tragique et les interjections « Las ! » apparentent la deuxième strophe a une tirade tragique prononcée par un acteur de théâtre.

La répétition de l’interjection « Las ! Las » au v.9 mime le trouble du poète. Le vers 10 « O vrayment marastre nature » aurait toute sa place dans un monologue tragique ou le personnage maudit son triste destin.

Mais à cette deuxième strophe tragique répond une troisième strophe beaucoup plus sereine. La répétition  avenante « Cueillez, cueillez » succède à l’interjection tragique « Las ! las ». Ronsard montre à Cassandre que l’amour est une solution à la tragédie du temps qui passe.

Le poème reste toutefois traversé par l’incertitude. Aux vers 1 et 13, Ronsard utilise la conjonction de subordination « si » qui prend tour à tour une valeur interrogative et hypothétique : « allons voir si la rose… », « si vous me croyez ». Cette conjonction souligne les incertitudes de la conquête amoureuse. On peut d’ailleurs se souvenir que Cassandre Salviati est mariée depuis 1546 : Ronsard ne peut créer qu’un lien imaginaire et symbolique avec cette femme.

 B – Une poésie de l’intimité

La dédicace « A Cassandre » crée une atmosphère intime qui exclut symboliquement le lecteur : cette ode a un destinataire unique.

Ronsard renforce l’intimité amoureuse par l’impératif à la première personne du pluriel (« allons voir ») qui l’unit à Cassandre.

La répétition à chaque strophe du terme affectif « mignonne » met en relief cette proximité entre le poète et sa bien-aimée.

D’autres signes accentuent l’atmosphère amoureuse voire érotique du poème :

♦ La structure des rimes (AA BCCB) : Ronsard place des rimes embrassées après deux rimes plates. Cette disposition diffuse une atmosphère amoureuse symbolique mais audacieuse.

♦ La mention des « plis de sa robe pourprée » renforce cette dimension amoureuse accentuée par la couleur rouge symbolisant la passion amoureuse.

« Mignonne allons voir si la rose », Ronsard, conclusion

Cet amour impossible pour Cassandre Salviati rapproche Ronsard de Pétrarque qui divinisait poétiquement sa bien-aimée Laure.

Dans cette ode à Cassandre, Ronsard crée néanmoins une intimité poétique et symbolique qui va au delà du simple amour platonique propre à Pétrarque.

Ronsard déploie une véritable stratégie amoureuse que le lecteur, loin d’être exclu, est invité à suivre.

C’est cette stratégie amoureuse que Corneille dans les « Stances à Marquise » reprendra pour leur donner un sens libertin au 18ème siècle.

Tu étudies « Mignonne allons voir si la rose » ? Regarde aussi :

Les fonctions de la poésie (vidéo)
« Quand vous serez bien vieille », Ronsard : analyse
« Comme on voit sur la branche », Ronsard : analyse
« Je n’ai plus que les os », Ronsard : analyse
« Stances à Marquise », Corneille : commentaire
« Je vis, je meurs » , Louise Labé : lecture analytique

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  6 commentaires à “« Mignonne, allons voir si la rose », Ronsard : analyse”

  1.  

    Vous faites toujours un excellent travail!!
    Je passe mon bac l’an prochain, comment puis je suivre vos cours régulièrement afin de le réussir?

    Vous n’êtes pas joignable par mail, à mon grand regret :/

    Je voulais savoir une liste de lectures pour préparer le bac et le études de texte 😀

    Bien à vous ,

    Claire

  2.  

    Vous faîtes un travail exceptionnel !!

  3.  

    mercie pour l’aide que vous nous donner vous diffuser un excellent travail madame Amelie.

  4.  

    bonjour,
    je veux connaître pourquoi le poète a choisi le couleur rose et pourquoi pas rouge

  5.  

    bonjour,
    je suis actuellement en 1L mais mes notes de français ne sont vraiment pas famauses..j’essaye de m’améliorer et pour être sûre d’avoir au moins 5 à l’oral de français (ce qui serait déjà un exploit) j’essaye d’apprendre un texte tous les deux trois jours, mais je ne sais absolument pas comment faire une fiche de lecture ou comment se passe l’oral…je m’éloigne de ce que je voulais savoir x’) est-ce que ce plan peut fonctionner avec toutes les questions probables que vous avez écrite?
    désolée d’avoir écrit autant seulement pour cette question et merci d’avance!

    •  

      Bonjour, karen, je suis moi aussi en 1L cette année, et ayant déjà passé un oral blanc il y a quelques mois de ça, je peux te renseigner. Pour commencer, tu as 30 min pour travailler sur la question que l’examinateur t’aura donnée. Puis pendant 10 min, il ne dira rien, et tu devra présenter ton développement, après avoir lu ton texte. N’hésite pas a le dire si tu ne comprend pas ta question, on te l’expliquera. Pense a bien apprendre les bio des auteurs pour ton introduction. Pour les oeuvres complètes que tu as étudiées, tu peux même préparer une intro générale à laquelle tu n’aura plus qu’à ajouter ton plan. Ensuite, après ta démonstration, l’examinateur te posera des questions (sur ta culture générale, les musées que tu as visités, les pièces de théâtre que tu as vues, ou sur le texte que tu viens d’étudier, mais ça ce n’est pas très bon signe, je sais de quoi je parle)

      Pour répondre à ta question principale, ce plan est général, donc tu peux l’apprendre, surtout si tu es comme moi pas super a l’aise à l’oral, mais fais très attention a ta question! Certaines parties peuvent ne pas correspondre! Garde donc en tête que ce plan n’est pas absolu, mais il peut être une base.

      J’espère t’avoir aidée! N’hésite pas à me contacter, entre littéraires on s’entraide!

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