ruy blas acte V scène 4Voici un commentaire composé de l’ acte V scène 4 de Ruy Blas de Victor Hugo (le dénouement).

Ruy Blas, acte 5 scène 4 : introduction

Au XIXème siècle, le théâtre voit la naissance d’un nouveau genre qui mêle les registres tragique et comique : le drame romantique.

Ruy Blas fait partie des premiers drames romantiques.

Il raconte l’histoire de Ruy Blas, un laquais au service d’un grand d’Espagne : Don Salluste.

Ruy Blas est amoureux de la reine, et va se faire passer pour Don César, le cousin de Don Salluste. Ce déguisement lui a été imposé par Don Salluste qui prépare un piège pour se venger de la reine. (Vous pouvez lire le résumé détaillé de Ruy Blas ici)

La scène que nous allons étudier est extraite de l’acte V scène 4 : il s’agit du dénouement.

Cliquez ici pour lire l’extrait de l’acte V scène 4 de Ruy Blas étudié dans ce commentaire.

Ruy Blas a été démasqué : la reine sait qu’il n’est qu’un domestique.

Dans la scène 4 de l’acte V, Ruy Blas se retrouve donc face à la reine qui sait tout.

Problématiques possibles sur l’acte V scène 4 de Ruy Blas :

♦ Comment Victor Hugo met-il en scène cette fin ?
♦ Quels registres et quelles tonalités trouve-t-on dans le texte ?
♦ Ce dénouement remplit-il ses fonctions ?
♦ Dans quelle mesure ce dénouement est-il représentatif du drame romantique ?
♦ Quel sens peut-on donner à la mort de Ruy Blas ?

I – Une scène de dénouement entre tradition et modernité

A – Un dénouement qui remplit ses fonctions traditionnelles

Pour bien étudier un dénouement, il faut en connaître les caractéristiques : un bon dénouement doit proposer une solution aux nœuds de l’histoire et fixer le sort des personnages.

1 – La résolution des nœuds de l’histoire

Il y a trois nœuds à résoudre dans Ruy Blas:

♦ La vengeance de Don Salluste contre la reine.
Ce problème a été réglé à la fin de la scène précédente dans laquelle Ruy Blas a tué Don Salluste.

♦ L’usurpation d’identité de Ruy Blas, déguisé en Don César, un grand d’Espagne.
Ce problème est réglé à travers l’amour de la reine.

En effet, on observe que la reine commence par nommer Ruy Blas « Don César », puis « César », et enfin « Ruy Blas » (x2). Ainsi, la reconnaissance du personnage, non aux yeux du public, mais à ceux de la reine, intervient à la fin de la pièce.

♦ Le dernier nœud de l’histoire, et le plus important, est la résolution du couple reine/valet, inconcevable à cette époque.

Toute la tension dramatique de cette scène 4 de l’acte V en dépend :
que va faire la reine maintenant qu’elle a appris que Ruy Blas n’est qu’un laquais ?

2 – Le sort des personnages

Un bon dénouement fixe aussi le sort de tous les personnages.

Le sort de Don César (le vrai, celui dont l’identité à été usurpé par Ruy Blas), est réglé dès la fin de l’acte IV, car il n’est qu’une intrigue secondaire servant essentiellement d’élément comique.

Don Salluste est tué dans la scène 3 de l’acte V.

La  scène 4 de l’acte 5 se concentre sur l’avenir de deux personnages essentiels du drame : la reine et Ruy Blas.

Le sort de Ruy Blas est fixé à partir de la didascalie :
« il prend la fiole posée sur la table, la porte à ses lèvres et la vide d’un trait ».

En effet, cette didascalie divise la scène en deux : la première partie présente Ruy Blas qui cherche à se faire pardonner par la reine, la seconde s’attarde sur la mort de Ruy Blas.

Le dénouement est donc simple et rapide : en une didascalie, le sort est scellé pour le héros de la pièce. Il prend le poison, fin.

Hugo ne prend pas la peine d’expliquer le destin de la reine. Ce qui l’attend, le lecteur/spectateur le sait, c’est un retour à sa vie ennuyeuse, décrite à l’acte II.

B – Un dénouement qui présente une nouvelle vision du théâtre

1 – Une remise en cause des règles classiques

Si cette scène 4 de l’acte V répond bien aux attentes classiques du dénouement, elle est surprenante, car elle ne suit pas les règles classiques.

Dans sa préface de Cromwell, Victor Hugo définit les règles du drame romantique.

Le drame romantique remet en cause les unités de temps (tout doit se passer en 24h), de lieu (on ne doit que très peu en changer, et qu’il soit de préférence neutre : couloir, salle vide), et de bienséance (la violence, la mort, la sexualité, bref l’outrance ne peuvent pas être représentées sur scène).

Pour Hugo, ces règles du théâtre classique n’ont plus de sens et nuisent à la vraisemblance de la pièce.

Dans ce dénouement de Ruy blas, c’est la règle de bienséance qui est particulièrement mise à mal :

♦ Ruy Blas, le héros, meurt sur scène.

♦ Les sentiments amoureux sont aussi exprimés de façon très tactile :

« LA REINE, l’entourant de ses bras », « tenant la reine embrassée », « La reine le soutient dans ses bras », « LA REINE, se jetant sur son corps ».
Le côté charnel de l’amour s’oppose à la représentation classique des amants.

2 – Le mélange des registres

Ce renouveau au théâtre s’exprime également dans le mélange des registres : au lieu d’une comédie entièrement drôle, ou une tragédie entièrement triste, Hugo prône une diversité de tons.

Le tragique est très présent à travers la notion de fatalité : « Si j’avais pardonné ? / J’aurai agi de même » : le destin de Ruy Blas est scellé avant même que la scène ne commence, et ne dépend pas de la volonté de la reine.

On relève aussi une tonalité pathétique : Ruy Blas est condamné, les sentiments qui dominent sont tristes (« Ayez pitié de moi, mon Dieu ! mon cœur se rompt ! »).

3 – Un nouveau rythme

Enfin, Hugo dynamise le vers, en le transformant.

Le vers est vu comme un carcan. C’est pourquoi Hugo choisit d’écrire certaines pièces de théâtre en prose (par exemple Lucrèce Borgia).

Pourtant, Ruy Blas est une pièce versifiée.  Mais Victor Hugo joue avec l’alexandrin.

Il le fait éclater en utilisant une nouvelle mesure : le trimètre romantique. Il s’agit d’une nouvelle façon de scander les vers, en introduisant un nouveau rythme.

Grâce aux rejets (« A votre majesté je vais de point en point/Tout dire. » ; « Oh ! ce n’est pas facile/ A raconter. ») et contre-rejets (« Triste flamme / Eteins-toi ! »), le vers est disloqué.

Le théâtre renoue avec une fluidité de la parole plus naturelle.

Un autre exemple de ce nouveau rythme est le procédé de stichomythie (échange de répliques brèves), qui précipite le rythme de la parole en séparant l’alexandrin entre différents personnages. Par exemple :

La reine
Que voulez-vous ?
Ruy Blas, joignant les mains.
Que vous me pardonniez, madame !
La reine
Jamais.
Ruy Blas
Jamais !
Il se lève et marche lentement vers la table.
Bien sûr ?
La reine
Non, jamais !
Ruy Blas,
il prend la fiole posée sur la table, la porte à ses lèvres et la vide d’un trait.
Triste flamme,
Eteins-toi !

Les répliques se suivent, séparant l’alexandrin en cinq morceaux, ce qui précipite l’échange (le lecteur passe d’un segment à l’autre du dialogue pour finir le vers).

Ce procédé met aussi en valeur la fin de cet échange : « Eteins-toi », qui est le premier signe de la mort de Ruy Blas.

Transition : Ce dénouement remplit ses fonctions traditionnelles tout en présentant une nouvelle vision du théâtre, éloigné des règles classiques. Nous allons voir en quoi cette scène est spécifiquement romantique.

II – Une scène de fin avant tout romantique

A – L’émotion comme valeur absolue

La didascalie au début de la scène 4 de l’acte V, « Ruy Blas fait quelques pas en chancelant vers la reine immobile et glacée, puis il tombe à deux genoux, l’œil fixé à terre, comme s’il n’osait lever les yeux jusqu’à elle », montre que Ruy Blas est transi par l’émotion : il vient de tuer son ancien maître.

Avant même que la parole n’ait lieu, tout est fait pour que la tonalité soit pathétique : « chancelant », « il tombe à deux genoux », « d’une voix basse et grave » : le cadre posé par les didascalies nous prépare à une scène pleine d’émotions.

De même, la première réplique de Ruy Blas présente l’amour-passion comme valeur absolue :
« La faute est bien consommée !/ – c’est égal, voyez-vous, je vous ai bien aimée».

L’émotion amoureuse est plus importante que le tragique de la mort (« consommée » qui évoque la mort rime avec « aimée » qui évoque l’amour).

Dans Ruy Blas, ce sont les sentiments qui mènent à la vie ou à la mort :
« Car elle a consolé mon cœur crucifié, / Vivant, par son amour, mourant, par sa pitié ».
La construction parataxique met les quatre éléments en parallèle : la vie et la mort ; l’amour et la pitié. La conjonction de coordination « car » souligne bien que ce sont les sentiments qui causent la vie ou la mort.

B – Le sublime

Dans la préface de Cromwell, Victor Hugo prône le mélange du sublime et du grotesque.

1 – La grandeur d’âme de Ruy Blas

Dans ce dénouement, le sublime s’exprime non pas dans le triomphe de l’amour et de sa beauté, mais dans l’illustration de la grandeur d’âme de Ruy Blas qui préfère mourir plutôt que corrompre l’image de la reine.

Le sublime est donc nuancé. Il n’est pas que bonheur ou beauté : il peut aussi impliquer le malheur.

2 – Un amour pur et désintéressé

Ce sublime est aussi présent dans l’idéalisation de l’amour, qui doit être chaste, pur et désintéressé.

Lorsque Ruy Blas dit « la faute est consommée », ce n’est que celle d’avoir aimé une femme inaccessible ! Ils n’ont eu quasiment aucun contact physique avant cette scène finale.

La mort de Ruy Blas est ainsi sublimée : il ne meurt pas seulement parce qu’il a commis la faute d’aimer une femme de haut rang, mais pour protéger le secret de cette faute, et pour que la femme qu’il aime ne soit pas punie.

3 – Ruy Blas comme figure christique

Le sublime dans le sacrifice de Ruy Blas le rapproche d’une figure christique : il meurt par amour, pour sauver ceux (celle, en l’occurrence) qu’il aime.

On observe ainsi un champ lexical religieux dans toute la scène : « Ayez pitié de moi, mon Dieu ! », « Que vous me pardonniez », « ô mon Dieu ! », « bénisse », « mon cœur crucifié ».

Les deux personnages ont aussi une attitude de prière : « à genoux », « joignant les mains », « levant les yeux au ciel ».

Le Christ étant une allégorie sublime par excellence, il n’est pas étonnant de voir ce parallèle se développer, surtout dans une pièce qui se passe en Espagne, pays particulièrement croyant, où Hugo a vécu enfant.

C – La portée politique

Le romantisme est un mouvement littéraire qui cherche à avoir un impact sur la société.

Lamartine, grand poète romantique, déclare ainsi en 1849 : « Je n’ai jamais fait de poésie qu’en amateur, quand la vie politique m’en laissait le temps ». Chateaubriand est ministre des affaires étrangères.

Hugo est lui aussi un acteur politique au XIXème siècle.

En 1838, dans la préface de Ruy Blas, il suggère une interprétation politique de son drame :
«Le sujet philosophique de Ruy Blas, c’est le peuple aspirant aux régions élevées ; le sujet humain, c’est un homme qui aime une femme ; le sujet dramatique, c’est un laquais qui aime une reine. ».

Le « sujet philosophique » que soulève Hugo montre la portée politique de la pièce et de ce dénouement.

Symboliquement, la trajectoire de Ruy Blas peut se lire comme une représentation de la condition populaire au XIXème siècle dans une société où toute ascension sociale est impossible.

Le courage de Ruy Blas est valorisé dans cette scène 4 : même s’il n’est qu’un laquais, il se sacrifie pour une cause plus noble que sa vie.

Ce dénouement est également un message d’espoir politique, puisque la reine pardonne à Ruy Blas, et finit par l’appeler par son nom, Ruy Blas, qui est un nom de pauvre.

Ruy Blas, acte 5 scène 4 : Conclusion

La scène 4 de l’acte 5 de Ruy Blas répond aux attentes classiques d’un dénouement : elle termine l’action, et règle le sort des personnages.

Elle présente aussi une nouvelle vision du théâtre, débarrassée des carcans classiques, et donc plus proche du naturel de la nature humaine.

Cette scène est aussi romantique : elle fait l’apologie du naturel, de l’émotion, du sublime, mais aussi du message politique.

Ouverture : La question de l’engagement des idées dans une œuvre est une question délicate pour les écrivains : faut-il profiter de ses écrits pour transmettre un message, ou faut-il faire de l’art pour l’art ?

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Ruy Blas, acte 5 scène 4 : le texte
Ruy Blas, acte 3 scène 2 (lecture analytique)
Résumé de Ruy Blas
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  8 commentaires à “Ruy Blas, acte V scène 4 : commentaire”

  1.  

    Wo ! c’est ruy blas ! merci j’aime ce site

  2.  

    J’ai eu 17 sur ce texte grace à vous ! Merci !!

  3.  

    Bonjour :)
    Si, pour ce texte, on considère la question sur les registres, est-il possible d’adapter le plan de cette façon ?
    I pathétique + lyrique
    II tragique

    Le plan de mon cours est le suivant :
    I Expression du pardon
    1) Aveu sincère
    2) pardon progressif de la Reine
    II Dénouement tragique
    1) La fatalité
    2) La mort du héros
    et je souhaiterais le modifier le moins possible!

    Merci beaucoup

  4.  

    Pour la problématique « Quel sens peut-on donner à la mort de RuyBlas » quel est le plan le plus approprié svp?

  5.  

    Bonjour, cela fait plusieurs semaines déjà que j’ai découvert votre site, et je trouve que vos commentaires et vos conseils sont d’une qualité remarquable. Le bac de français approche et j’estime n’avoir pas été suffisemment préparée pendant mes cours. Si jamais vous aviez dans l’intention de faire un nouveau commentaire composé, pourrait-il être celui de la scène 4 de l’Acte 1 de Lorenzaccio? Je dois préparer ce texte pour mon oral et le plan du professeur me semble très léger.
    Bonne journée !

  6.  

    Bonjour,
    Tout d’abord bravo pour le travail que vous faites vous aidez un grand nombre d’entre nous. Le bac de français approche et je passe l’écrit dans bientôt une semaine et je n’ai reçu que les 4 premières leçons serait-il possible d’envoyer les leçons le plus rapidement possible pour que je puisse en prendre compte avant le bac.
    Merci d’avance

  7.  

    Bonjour,
    Je tenais à vous remercier pour tout le travail que vous faites, vous m’aidez beaucoup ! Est ce que vous pourriez faire aussi le commentaire composé de la scène d’exposition de Ruy Blas de Victor Hugo, ça m’aiderait beaucoup !
    Merci beaucoup

  8.  

    un commentaire en trois parties ! car celui de ma prof est trop léger…

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Commentaire composé 2016 - Amélie Vioux - Droits d'auteur réservés - Tous les articles sont déposés AVANT publication chez copyright France - Reproduction sur le WEB interdite -