commentaire ruy blas acte 3 scene 2Voici une analyse de la scène 2 de l’acte 3 de Ruy Blas de Victor Hugo.

L’extrait étudié va de « Bon appétit ! Messieurs ! » à « Morsures d’affamés sur un vaisseau perdu ! » . Clique ici pour lire l’extrait commenté.

Ruy Blas, acte 3 scène 2 : introduction

Ruy Blas, drame romantique écrit par Victor Hugo en 1838, s’inspire de l’Espagne de la fin du XVIIème siècle. Dans sa Préface, Hugo présente ainsi sa pièce comme « un croquis de la noblesse castillane vers 1695 ».

A la scène 2 de l’acte 3, Ruy Blas, le héros de la pièce, interrompt le conseil privé du roi et  dénonce dans une longue tirade la corruption des nobles et la décadence de l’Espagne.

Questions possibles sur la scène 2 de l’acte III de Ruy Blas :

♦ Analysez la structure du discours de Ruy Blas.
♦ Quelle image de l’Espagne se dégage du texte ?
♦ Quel est le registre principal du discours de Ruy Blas ?
♦ Par quels moyens Ruy Blas capte-t-il l’attention de son auditoire ?

Annonce du plan :

Dans la scène 2 de l’acte III, Ruy Blas peint un sombre tableau de l’Espagne et de ses dirigeants (I) à travers un discours oratoire aux allures de réquisitoire (II) dans lequel il se place comme porte-parole et représentant du peuple (III).

I – Un sombre tableau de l’Espagne et de ses dirigeants

A – La décadence de l’Espagne et de ses dirigeants

La décadence de l’Espagne est d’abord marquée par un champ lexical de la mort : « agonisante », « flétris », « tombe », « fossoyeurs », « fantôme », « se meurt ».

Elle est accentuée par le jeu de mots entre « tombe » (verbe signifiant la chute) et « tombe » (nom renvoyant à la pierre tombale) :
« Soyez flétris, devant votre pays qui tombe/Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe ! ».

La personnification de l’Espagne et des autres pays rend la situation critique de l’Espagne plus concrète et angoissante :
→ « L’Espagne agonisante pleure »;
→ « L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et sa grandeur »;
→ « L’Europe,  qui  vous  hait,  vous  regarde  en  riant »;
→ « La  Hollande  et  l’Anglais  partagent  ce royaume »;
→ « Rome vous trompe »;
→ « L’Autriche aussi vous guette ».

Le terme de « vertu » (« L’Espagne et sa vertu » ) renvoie au début du discours (« Conseillers vertueux ! » ).

Mais ce renvoi est ironique : c’est parce que la vertu fait défaut aux dirigeants de l’Espagne que le pays agonise.

Ce parallélisme entre l’Espagne et ses dirigeants met donc en question la responsabilité des ministres, comme le souligne l’emploi accusatoire de la deuxième personne du pluriel (« vous ») : « Soyez flétris devant votre pays qui tombe », « comme si votre roi n’était plus qu’un fantôme », « La Savoie et son duc sont pleins de précipices ». C’est parce que la vertu leur fait défaut que L’Espagne change et agonise.

La cupidité des dirigeants est marquée par un champ lexical de l’argent : «vend », «argent », «compter », «compte », «charge », «quatre cent trente millions d’or ».

Par ailleurs, leur avidité est mise en évidence par des métaphores qui comparent les ministres à des pilleurs de tombe pillez », « fossoyeurs »), des voleurs remplir votre poche », « voler » ), voire des vampires dévorer », « morsures d’affamés » ).

Ruy Blas dénonce également la lâcheté des dirigeants avec le verbe « enfuir »: « Que remplir votre poche et vous enfuir après ».

B – Un constat pitoyable

Le discours de Ruy Blas est de l’ordre du constat : « Tout s’en va », « C’est ainsi ! » (notez la présence du déictique « c’est » qui met en évidence le bilan).

Ce constat est marqué par les verbes d’état qui suggèrent la passivité des ministres : « Soyez », « n’était », « sont », « L’Etat est indigent ; L’Etat est épuisé », « Et ce n‘est pas assez », « Comme si c’était » .

Nous sommes mis face à un tableau pitoyable de l’Espagne à travers un bref champ lexical du pathos : « agonisante », « pleure ! », « honte ».

L’Espagne est aussi présentée comme une victime de la moquerie et de la trahison des autres états : « L’Europe […] vous regarde en riant », « Rome vous trompe ».

La  personnification  renforce  la  persuasion :  Ruy  Blas  cherche  à  susciter  de  la  pitié et de la compassion  pour l’Espagne. (voir la différence entre convaincre et persuader)

Ce sentiment de pitié s’oppose à l’indifférence des ministres, qui feignent d’ignorer la situation critique de l’Etat : « vous le savez ».

Ruy Blas interpelle les ministres directement pour les forcer à regarder la réalité en face et les confronte à leurs responsabilités :  « voyez,  regardez »,  « Mais  voyez »,  « songez-y ».

L’insistance  du  « voyez » suggère l’aveuglement des conseillers.

Ces exhortations sur le mode impératif trahissent la colère et le désespoir de Ruy Blas face à l‘insouciance des ministres.

Transition : La révolte de Ruy Blas transparaît et confère au discours un caractère oratoire et des allures de réquisitoire.

II – Un discours oratoire aux allures de réquisitoire

A – Un discours organisé, construit

Le caractère oratoire du discours est d’abord marqué par sa structure. Le discours est en effet construit et organisé ainsi :

♦ L’exorde (première partie d’un discours qui expose le sujet abordé et annonce le plan pour capter l’attention d’un auditoire) : de « Bon appétit, messieurs ! » à « Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe ! ».

♦ Les conséquences de la corruption des ministres et la description de la situation critique de l’Espagne : de « – Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur » à « Perdu trois cents vaisseaux, sans compter les galères. ».

♦ L’éloge et la défense du peuple : de « Messieurs, en vingt ans, songez-y/Le peuple (…) » à la fin de l’extrait.

L’organisation du discours est également visible à travers la présence régulière des tirets, qui démarquent les différentes parties du discours (« Nous avons, depuis Philippe Quatre/Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre », « Mais voyez. Du Ponant jusques à l’orient », « Et l’infant bavarois/Se meurt, vous le savez. ») ou bien encadrent et mettent en valeur certains propos de Ruy Blas (« Le peuple, j’en ai fait le compte, et c’est ainsi !  », « et vous voulez, mes maîtres !… Ah ! j’ai honte pour vous ! – »).

Par ailleurs, la progression de l’argumentation est marquée par les connecteurs logiques généralement situés en début de vers, introduisant ainsi un nouvel argument: « Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts », « Mais voyez […] Tout s’en va », « Mais voyez. Du ponant jusques à l’orient », « Et vous osez !… ».

Le rythme est fluide et soutenu, notamment en raison de la présence :

→ D’anadiploses (procédé consistant à reprendre au début d’une proposition un mot qui appartient  à la  proposition  précédente : « et  vous  choisissez  l’heure/L’heure  sombre »)
→ De nombreux enjambements « Vous n’avez ici pas d’autres intérêts/Que remplir votre poche », « cinq mille lieues/De côte », « il ne faut risquer qu’à demi/Une  armée  en  Piémont », « Et  l’infant  bavarois/Se  meurt », « Nous  avons  sur  la  mer […]/Perdu trois cents vaisseaux », « Au-dedans, routiers, reîtres,/Vont battant le pays ».

Ce rythme soutenu renforce l’impact, la cohérence et la logique du discours de Ruy Blas.

B – Un orateur en colère

Les  apostrophes traduisent un certain  lyrisme caractéristique du  style oratoire : « O ministres intègres ! Conseillers vertueux ! », « Soyez », « Mais voyez », « Et vous osez ! ».

Mais le vouvoiement peut aussi traduire le mépris et la colère de Ruy Blas envers les ministres.

En effet, le registre polémique domine et donne au texte des allures de réquisitoire (un réquisitoire est un discours à charge, un discours accusatoire).

En effet, Ruy Blas accuse les ministres et dénonce leurs vices qu’il évoque avec dégoût et mépris à travers l’ironie et l’antiphrase : « ministres intègres ! », «Conseillers vertueux ! » // « Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie ».

Ses fortes émotions sont traduites par une ponctuation expressive (notamment les points d’exclamation et de suspension).

Aussi,  la  présence  d‘aposiopèse  (figure de style qui consiste  à  interrompre  une  construction  par  un  silence  et  à enchaîner sur un autre sujet) et de rejets provoque une rupture de rythme et de sens, trahissant l’émotion de l’orateur : « Et vous osez !… », « et vous voulez, mes maîtres !… », « Voilà votre façon/De servir serviteurs  qui pillez la maison ! » ; « L’Espagne et sa vertu,  L’Espagne et sa grandeur/Tout s’en va. ».

En outre, les allitérations en « r » et en « p » ainsi que les dentales soulignent la colère et le mépris de  Ruy  Blas : « ministres  intègres », « De servir, serviteurs qui pillez la maison », « L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure », « pas d’autres intérêts/Que remplir votre poche et vous enfuir après », « Soyez flétris devant votre pays qui tombe », « L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et sa grandeur », « Nous avons depuis Philippe Quatre/Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre », « Rome vous trompe », « pleins de précipices », « La France pour vous prendre attend des jours propices », « L’Etat est épuisé de troupes et d‘argent », « Le peuple misérable et qu’on pressure encor », « Comme si c’était peu de la guerre des princes », « Tous voulant dévorer leur voisin éperdu ».

Transition : Le vice et la corruption des ministres contrastent avec la misère du peuple dont Ruy Blas se fait à la fois le défenseur et le représentant.

III – Ruy Blas : porte-parole et représentant du peuple

A – Défense et éloge du peuple

Le peuple est mis en valeur dans l’acte 3 scène 2 de plusieurs manières :

♦ Sa place dans le texte :
En début de vers sous forme de rejet et encadré par des tirets, le terme « Le peuple » se distingue ainsi du reste du texte (« Messieurs, en vingt ans, songez-y,/Le peuple, j’en ai fait le compte »).

♦ L’insistance sur la pauvreté et les efforts fournis par le peuple à travers :
→ Les adjectifs qualificatifs (« Le peuple misérable »);
→ Le champ lexical de la pauvreté perd », « indigent », « épuisé », « pas assez », « peu de »);
→ Les hyperboles Portant sa charge énorme », « A sué quatre cent millions d’or ! »).
→ La présence du champ lexical du poids emplit », « charge énorme », « pressure ») qui renforce le mérite du peuple dont Ruy Blas fait ici l’éloge.

♦ L’opposition et le contraste avec les dirigeants du pays.
Dans le texte « Le peuple » s’oppose au « vous » des ministres . Le peuple est ainsi mis en valeur par le contraste entre deux attitudes différentes face à une situation commune Le peuple […] Portant sa charge et sous laquelle il ploie,/Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,/Le peuple misérable et qu’on pressure encor,/A sué quatre cent millions d’or »).

L’orateur fait l’éloge du peuple. Il souligne l‘importance de son rôle pour l’Etat, un rôle qui n’est cependant pas reconnu par des ministres et des nobles corrompus qui puisent dans les finances de l’Etat pour leurs profits personnels.

Ruy Blas, homme du peuple, se fait le porte-parole et le représentant de sa catégorie sociale dont il revendique le mérite et l’importance.

B – Le personnage de Ruy Blas : une métaphore du peuple ?

Ruy Blas, qui est un homme du peuple travesti en noble, a l’opportunité de faire entendre la voix du peuple.

Il représente métaphoriquement le peuple et la possibilité pour celui-ci de participer à la scène politique.

Victor Hugo précise d’ailleurs lui-même dans sa Préface : « Le peuple, ce serait Ruy Blas », peuple « ayant sur le dos les marques de la servitude et dans le cœur les préméditations du génie », peuple « qui a l’avenir et qui n’a pas le présent ».

Car dans le présent, la parole du peuple représenté par Ruy Blas est vaine, sans effet.

Cette impuissance du discours est marquée par un chiasme dans la dernière partie de l’extrait : « Perdu trois cents vaisseaux, sans compter les galères […] / Morsures d’affamés sur un vaisseau perdu ! ».

La figure du chiasme traduit limpasse d’un discours sans issue, qui ne peut que se faire écho à lui-même, malgré tout le talent de l’orateur.

Ruy Blas, acte 3 scène 2 : conclusion

Dans cet extrait de la scène 2 de l’acte 3 de Ruy Blas, le héros entame une tirade exemplaire dans laquelle il évoque la situation critique du Royaume d’Espagne.

Il dénonce alors les injustices sociales, soulevant la corruption et l’absence de loyauté et de patriotisme des dirigeants politiques.

A travers une argumentation structurée et bien menée, Ruy Blas se fait le porte-parole du peuple, dont il est issu, mettant en valeur son mérite qui contraste avec le vice des ministres auxquels il s’adresse.

Le personnage de Victor Hugo et son discours font écho au personnage Figaro de Beaumarchais et à son célèbre monologue (voir l’analyse de l’acte V scène 3 du Mariage de Figaro). Victor Hugo perpétue ainsi la tradition, née un siècle plus tôt, du valet révolté, intellectuellement et moralement supérieur aux nobles qu’il sert.

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  3 commentaires à “Ruy Blas, acte III scène 2 : analyse”

  1.  

    Merci !

  2.  

    Merci enorment
    Pourriez vous me faire l analyse de la tirade de ruy blas scene 3 acte 1merci

  3.  

    Svp ya pas de commmentaire composé sur hernani de victor hugo ?

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Commentaire composé 2017 - Amélie Vioux - Droits d'auteur réservés - Tous les articles sont déposés AVANT publication chez copyright France - Reproduction sur le WEB interdite -