l'assommoir excipitVoici un commentaire de l’excipit de L’Assommoir de Zola (la mort de Gervaise).

Excipit de l’Assommoir, introduction

Dans l’Assommoir, écrit en 1877, Zola met en scène les méfaits de l’alcool sur le monde ouvrier de la fin du XIXème siècle.

20 ans plus tôt, en 1857, Herbert Spencer publie Progress, Its law and Causes et propose une philosophie évolutionniste qui s’inspire des travaux de Charles Darwin sur la sélection naturelle.

Pour Spencer, une sélection naturelle est à l’œuvre dans les sociétés qui aboutit à l’élimination des « moins aptes » et  « la survie des plus aptes ».

Ce darwinisme social influence Zola qui voit dans l’ouvrier une victime de la sélection sociale.

En effet, dans L’Assommoir, l’alcool détruit progressivement les personnages comme dans un processus de sélection naturelle.  Le personnage de Gervaise est la victime de ce darwinisme social.

Questions possibles à l’oral de français sur l’excipit de l’Assommoir

♦ Comment qualifier la mort de Gervaise dans cet excipit ?
♦ En quoi cet excipit est-il satirique ?
♦ En quoi ce texte appartient au mouvement naturaliste ?
♦ Quel est le regard porté sur le peuple dans cet excipit ?
♦ A quoi voit-on qu’il s’agit d’une fin de roman ?

Annonce du plan

Cet excipit tragique (I) reste critique et ironique à l’égard d’une société intraitable (II) vue et analysée sous l’œil acéré du romancier naturaliste (III)

I – Un excipit tragique

A – Une mort dans le dénuement

Gervaise meurt dans le dénuement le plus total comme le montre le champ lexical de la pauvreté: « mourait un peu de faim », « quatre sous », « gagner dix sous », « le ventre vide », « misères », « ordures », « fatigues », « caisse des pauvres ».

Ce dénuement lui fait perdre son humanité. On observe ainsi de nombreuses phrases à la forme négative (« elle ne mangerait pas », « La terre ne voulait pas d’elle », « on ne sut jamais au juste de quoi elle était morte ») qui suggèrent un état de privation extrême.

Plus que déshumanisée, Gervaise est surtout animalisée :

♦ Sa position « sous l’escalier » et la « vieille  paille » qui sert de lit rappelle la couche d’un animal.
♦ Le terme « niche » est répété à trois reprises;
♦ Le terme « bec » qui se substitue au terme bouche transforme Gervaise en chien ou en oiseau.
♦ On entend même le terme « vache » dans l’ « avachissement » qui saisit Gervaise.

Encore moins qu’un animal, Gervaise ne devient plus qu’une chose qu’il convient d’«emballer».

Le champ lexical de la saleté (« dégoûtant », « ordures », « ça sentait mauvais », « déjà verte ») confirme l’état sordide de Gervaise.

B – Une destinée tragique

La destinée de Gervaise est tragique car sa déchéance semble inéluctable.

La mort de Gervaise est lente comme le souligne le champ lexical de la lenteur : « dura des mois », « mourait un peu de faim tous les jours », « petit à petit », « morceau par morceau », « traînant ainsi jusqu’au bout ».

Gervaise est dans un processus de décomposition. Elle est comme progressivement démembrée « morceau par morceau ».

Le mouvement vertical descendant qui la fait passer du « sixième étage » à un « trou sous l’escalier » symbolise sa chute sociale et personnelle propre au tragique.

Le tragique est renforcé par l’impression d’enfermement et de circularité qui ressort des termes « niche », « trou », « là-dedans » .

Ensuite, la mort est personnifiée et devient une allégorie qui agit : « La mort devait la prendre petit à petit ».

Le personnage du père Bazoge est lui-même une allégorie de la mort par son métier, croque-mort, mais aussi par sa description physique « ses grosses mains noires ».

Ses « réflexions philosophiques » au discours direct ressemblent à un monologue sordide du destin.

Il utilise en effet le présent de vérité généralepasse », « veulent ») et vise la généralité et l’abstraction avec les pronoms indéfinis (« tout le monde », « les uns…les autres », « on », « une qui ne voulait pas »).

Le père Bazouge incarne ainsi un destin sordide qui clôt le roman dans une atmosphère tragique.

II – Un excipit ironique

 A – La satire d’une société indifférente

Zola dresse une satire de la société à travers la mort de Gervaise.

Le pronom impersonnel « on » sert à désigner l’entourage de Gervaise. Ce pronom impersonnel suggère l’inhumanité d’une société insensible qui se retranche derrière un anonymat protecteur et hypocrite.

L’indifférence à l’égard des pauvres est telle que personne ne s’est préoccupé des circonstances de la mort de Gervaise : « On parla d’un froid et d’un chaud » . L’antithèse (« froid /chaud ») met en relief l’inconsistance d’une rumeur trompeuse et fallacieuse.

Cette société est le règne de l’arbitraire et de la violence comme le montre le verbe « décider » à la forme réfléchie : « M. Marescot s’était décidé à l’expulser ».

Cette indifférence atteint des sommets avec le champ lexical de la gaieté qui entoure le croque-mort : « joliment soûl », « gai comme un pinson », « petit ménage », « faire plaisir », « Elle l’a gagné ! », «Allons-y  gaiement ! », « Bibi-la-Gaieté ». Le comportement du père Bazouge est en décalage par rapport à la solennité attendue par un croque-mort.

Pour mieux montrer l’insensibilité de la société, Zola fait de cette scène une parodie de scène de séduction.

On relève ainsi le champ lexical de l’amour : « tendresse », « doucement », « béguin », « consolateur des dames », « ma belle ! ».

La périphrase « le consolateur des dames » assimile le père Bazouge à un séducteur comique.

Zola s’amuse même de la mort de sa propre héroïne à travers le jeu de mots sur le terme « bière » qui désigne à la fois le cercueil et l’alcool dont est morte Gervaise : « en l’allongeant au fond de la bière » .

B – Une parodie d’oraison funèbre

La première partie de l’extrait est conçue comme une parodie d’oraison funèbre. (L’oraison funèbre est le discours prononcé à la mémoire d’une personne disparue au moment de son enterrement).

Tout d’abord, la structure du texte rappelle celle d’une oraison funèbre.

On observe en effet une progression à thème constant : Gervaise est constamment en position de sujet au début des phrases : «Gervaise […]. Elle […]. Dès qu’elle possédait quatre sous, elle […] ».

La progression à thème constant est normalement utilisée dans les oraisons funèbres pour mettre héroïser le personnage évoqué.

Ensuite, le narrateur dramatise la mort par la phrase « La mort devait la prendre petit à petit ».

Le rythme ternaire (« Mais la vérité était qu’elle s’en allait de misère, des ordures et des fatigues de sa vie gâtée ») rappelle aussi la rhétorique des oraisons funèbres.

Mais cette oraison funèbre n’est pas que parodique et ironique. Le verbe « creva » détruit la solennité de l’oraison funèbre et relève d’un registre réaliste, tout à fait décalé.

Le discours philosophique du père Bazouge est un tissu d’expressions figées dénuées de pensée profonde comme « Tout le monde y passe », « Il y a de la place pour tout le monde », « Les uns veulent, les autres ne veulent pas ».

Pire, cette oraison funèbre se termine dans le bégaiement et les vapeurs de l’alcool « Il bégaya entre deux hoquets ».

Derrière cette ironie cruelle, se cache pourtant un regard bienveillant du narrateur à l’égard d’un personnage victime d’un darwinisme social destructeur.

III – L’excipit d’un roman naturaliste

A – Le réalisme populaire

En écrivain naturaliste, Zola souhaite que la langue populaire entre dans l’espace littéraire.

On observe ainsi des expressions argotiques : «un bon zig tout de même », « En v’la une qui … », « Allons-y gaiement ! »

Ces expressions argotiques et la modalité exclamative placent le peuple au cœur du roman.

On perçoit ainsi derrière cet excipit de L’Assommoir une dimension politique : Zola rend hommage au peuple dont Gervaise est la tragique représentante.

A travers le jeu sur les espaces (« la chambre du sixième», «sous l’escalier »), Zola symbolise la hiérarchie verticale de la société avec ses trappes à pauvreté dont il est impossible de sortir comme le montre le champ lexical de l’enfermement : « trou », « sous l’escalier », « là-dedans », « l’emballer ».

B – Gervaise : une victime du darwinisme social

Les écrivains naturalistes cherchent à analyser la société selon des méthodes scientifiques.

On observe cette volonté de Zola d’analyser la société humaine comme un biologiste. Ainsi, l’animalisation des personnages – Gervaise qui habite une « niche » et a un « bec » mais aussi le Père Bazouge qui est « gai comme un pinson » – fait de la ville un laboratoire naturaliste ou Zola analyse l’espèce humaine comme un biologiste.

Les écrivains naturalistes ont été très influencés par le darwinisme social théorisé par Herbert Spencer (1820-1903). Selon Herbert Spencer, la sélection naturelle dans les sociétés aboutit à l’élimination des plus faibles et à la survie des plus aptes. Or Zola dépeint Gervaise comme une victime de cette sélection naturelle.

En effet, Gervaise prend la place du père Bru « mort dans son trou » comme si la nature avait sélectionné par la mort les individus inutiles que d’autres remplacent.

L’alcool reste eu premier plan dans cet extrait comme le montre le champ lexical de l’alcool : «buvait », « soûl », « deux hoquets ». L’alcool est en effet l’instrument de la sélection naturelle qui entraîne les personnages à leur perte.

L’utilisation de l’imparfait au début du texte (« Elle dégringolait », « On la chargeait », « Elle devenait idiote ») à une valeur durative. Il montre que la déchéance de Gervaise est un processus lent, inéluctable et naturel dont Zola est un observateur attentif.

C – Un regard protecteur sur son héroïne

Gervaise est la victime d’un système social brutal qui la dépasse.

Ainsi, le narrateur ne charge pas Gervaise mais porte au contraire un regard bienveillant à son égard.

Cette bienveillance transparaît dans le champ lexical de la tendresse (« tendresse », « doucement », « soin paternel », « consolateur », « fais dodo ») qui suggère que le père Bazouge se prend d’une affection paternelle pour Gervaise.

Le terme affectif « dodo » ramène l’héroïne à l’enfance comme si le destin, pour une fois et au moment ultime, accordait un peu de douceur à Gervaise. La mort de Gervaise est finalement euphémisée par l’expression « Fais dodo » qui fait oublier son état sordide.

L’auteur, observateur objectif et scientifique de la déchéance des hommes, semble ainsi se laisse gagner par la pitié. Les dernières paroles du père Bazouge semble être prononcées par Zola lui-même qui rend un subtil hommage à son héroïne.

La mort de Gervaise, conclusion

L’excipit de L’Assommoir est complexe car il exprime crûment les effets de l’alcool sur le milieu ouvrier du XIXème siècle. En écrivain naturaliste, Zola en décrit donc objectivement les ravages.

Mais Zola se prend d’affection pour son propre personnage et livre une satire cruelle de la société qui se montre indifférente à la déchéance de ce personnage.

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