les liaisons dangereuses lettre 1 analyseVoici une analyse de la lettre 1 des Liaisons dangereuses de Laclos (1782)

Liaisons dangereuses, lettre 1, introduction :

Les Liaisons dangereuses, roman par lettres de Choderlos de Laclos publié en 1782, s’inscrivent dans le courant du libertinage de mœurs.

Ce roman épistolaire organise une correspondance centrée sur deux personnages : La Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont, deux nobles libertins qui se lancent des défis.

Cette première lettre, l’incipit, met en place cet univers libertin à travers un personnage qui sera une des victimes des deux protagonistes libertins : Cécile Volanges.

Questions possibles sur le lettre 1 des Liaisons dangereuses à l’oral de français :

♦ Quelles sont les caractéristiques du personnage de Cécile de Volanges ?
♦ Quelle est la fonction de cette première lettre ?
Pourquoi la première lettre des Liaisons dangereuses est-elle celle de Cécile de Volanges et non d’un des héros du roman ?
♦ Analysez le thème du libertinage dans cette lettre.

L’analyse psychologique de la jeune Cécile met en évidence sa naïveté (I) et sa corruption inéluctable (II) qui permet la mise en place du roman libertin (III)

I – Cécile de Volanges : un personnage naïf

A – Un personnage enfantin

Cécile de Volanges apparaît tout de suite au lecteur comme un personnage enfantin.

Sa façon de s’exprimer est infantile comme le montre les nombreux termes affectifs dits hypocoristiques tels que « Maman » (mentionné à cinq reprises).

Certains termes relèvent d’un style mignard et puéril comme l’adjectif « très joli » où le verbe « gronder » qui met Cécile de Volanges en position d’enfant apeuré.

En outre, la figure maternelle est omniprésente dans cette lettre 1 et maintient Cécile de Volanges dans l’état enfantin : il s’agit tantôt de la mère biologique (« maman » ), tantôt de la mère symbolique (« mère Perpétue » ). Le nom de la mère religieuse « Perpétue » tend d’ailleurs à signifier que cette tutelle est vouée à durer.

Le caractère enfantin de Cécile transparaît également à travers la ponctuation exclamative qu’elle emploie souvent, l’interjection « oh ! » qui trahit une spontanéité naïve et dans l’utilisation fréquente de tournures hyperboliques (« Comme tu vas te moquer de la pauvre Cécile » ; « un tremblement tel que je ne pouvais me soutenir »).

Les réactions exagérées et immédiates de la jeune fille montrent une absence de recul critique à l’égard du monde qui l’entoure.

Le champ lexical du sentiment confirme cette soumission à l’affect : « cœur », « honteuse », « tremblement », « rouge », « perdu la tête », « effarouchée ».

B – Un personnage encadré par la morale traditionnelle

Cécile de Volanges est un personnage encadré par la morale.

Le champ lexical du devoir est omniprésent dans la lettre 1 des Liaisons dangereuses : « je devrais », « je ne dois aller », « devait rester », « il ne faut pas se faire attendre », « il faut que je m’habille ».

Le verbe « devoir » est conjugué à presque tous les temps comme si le passé, le présent et le futur était une longue suite d’obligations pour Cécile.

De plus, le couvent dont elle sort est encore très présent dans son esprit.

Tout d’abord, en écrivant « à Sophie Carnay aux Ursulines », Cécile retourne symboliquement au couvent.

Les jeux enfantins sur les possessifs « ma Sophie », « Ta pauvre Cécile » dévoilent un attachement  à la vie du couvent et à cette complicité juvénile.

Le couvent des Ursulines, ordre religieux consacré à l’éducation des filles, rythme encore la vie de Cécile : « cinq heures », « sept », « six heures ».

Mentalement structurée par cet univers féminin, Cécile incarne la morale chrétienne.

Son nom laisse d’ailleurs entendre les substantifs « vol » et « ange » ce qui la lie à la pureté chrétienne.

Transition : Laclos nous présente ainsi un personnage pur et enfantin pour mieux montrer sa corruption.

II – La corruption inéluctable de Cécile de Volanges

 A – Un personnage théâtral et frivole

 Cécile de Volanges est un personnage théâtral.

Tout d’abord, l’univers qui l’entoure est théâtral : la jeune fille est entourée d’objets divers qui fonctionnent comme un décor de théâtre : « bonnets », « pompons », « parures », « un fauteuil » . Ces objets ne sont pas dans l’ordre de l’utile et montrent que Cécile de Volanges est sensible à l’artifice et à la superficialité.

Dans sa lettre, lorsqu’elle raconte la scène comique du cordonnier, Cécile fait preuve d’un véritable talent de metteur en scène.

Elle annonce le genre comique par le verbe « moquer » et le verbe « attraper » qui plongent le lecteur dans une comédie farcesque. Elle précise les gestes (« il m’a pris un tremblement »), fait des dialogues concis, et soigne la chute où le cordonnier tombe son masque (« [ …] le monsieur était un cordonnier »).

La narration de cette saynète comique souligne que Cécile prend goût à la société théâtrale loin du couvent. Elle n’est plus une religieuse austère mais une jeune première à la fois fascinée et effrayée par le théâtre de l’amour.

En outre, la naïveté de Cécile de Volanges est l’objet d’un rire qui traverse tout le texte et prend tous les personnages : la femme de chambre rit (« Et elle riait »), sa mère rit (« éclat de rire ») Sophie est censée rire de la lettre (« Comme tu vas te moquer »).

On devine que cette jeune fille naïve et frivole sera la proie des libertins qui vont être maître du jeu.

Cécile est d’ailleurs déjà dominée par sa femme de chambre « ma femme de chambre dit qu’il faut que je m’habille » : elle est un objet entre ses mains, tout comme elle sera l’objet des perversions du Vicomte de Valmont.

 B – Un personnage destiné à être volage

 Cécile de Volanges quitte la spiritualité et l’ordre de l’être pour se perdre dans l’avoir.

On constate dans cette première lettre une démultiplication des marques de la possession : « Jai une femme de chambre à moi ; j’ai une chambre et un cabinet dont je dispose ; j’ai ma harpe, mon dessin, et des livres comme au couvent ».
=> Cécile mentionne ses biens à travers le verbe « avoir » mais elle éprouve de surcroît le besoin de dédoubler la marque de la possession par le pronom clitique « à moi », la proposition subordonnée relative « dont je dispose » ou les déterminants possessifs tout à fait superflus ici.

Cécile de Volanges met au même niveau les êtres humains « femme de chambre » et « chambre » comme si les hommes et les objets se confondaient et se possédaient de la même manière.

Son nom même (« Volanges ») qui fait d’abord songer à vol-ange reste aussi très proche de l’adjectif volage.

De plus, la scène du cordonnier dévoile que Cécile est facilement perturbée et perd la maîtrise d’elle-même : « Ce récit est bien différent de celui que je comptais te faire ». Elle sera donc une proie facile pour les libertins.

Transition : Au-delà du personnage, l’écriture de cette première lettre des Liaisons dangereuses met en place un libertinage littéraire et philosophique.

III – Un libertinage littéraire et philosophique

 A – Le langage libertin

L’écriture libertine se caractérise par une écriture raffinée et équivoque, qui repose sur de subtiles allusions.

Dès cette première lettre, Choderlos de Laclos met en place un univers ambigu où les mots sont équivoques (=ont plusieurs sens) et où la vérité a disparu.

En effet, les mots utilisés par les personnages ont souvent un double sens.

Par exemple, la parole du cordonnier est interprétable de deux manières :
« […] voilà une charmante demoiselle, et je sens mieux que jamais le prix de vos bontés ».
Si les termes employés par le cordonnier relèvent de la politesse, ils ont aussi un sens libertin en accordant un « prix » à une jeune personne. On pourrait croire que le cordonnier, dans une parodie de mariage, se satisfait de la dot fixée par la mère de Cécile grâce à laquelle il achète sa fille à bas prix.

Les paroles de la mère sont aussi équivoques : « Eh bien ! qu’avez-vous ? Asseyez-vous et donnez votre pied à Monsieur ».
Choderlos de Laclos joue avec les conventions du mariage où la promise donne la main au prétendant. Ici la mère de Cécile la convie à donner son pied. Là encore, derrière le comique se cache le langage libertin qui tourne tout en dérision.

En dehors du registre comique réel qui naît de ces ambiguïtés, le lecteur ressent un malaise face à un univers ambivalent où rien n’est sûr, clairement défini, où chaque mot a un sens double, où les âmes pures et univoques sont des proies pour ceux qui manipulent le langage de manière équivoque.

B – Le roman de la désacralisation

Cette première lettre donne le véritable programme du roman : tout désacraliser.

La sortie du couvent par Cécile est une sortie symbolique du sacré. La date choisie pour le début du roman est le « 3 août » un moment estival où les jours commencer à décliner. Il règne donc dès le début du roman une atmosphère de décadence.

La désacralisation est à son comble dans la réécriture parodique du martyr de Sainte Cécile de Rome.

Sainte Cécile de Rome est une sainte chrétienne qui vécut à Rome au début du christianisme. Elle fut condamnée à la décapitation et est connue comme la sainte des musiciens.

Or dans cette lettre 1 des Liaisons dangereuses, Laclos parodie subtilement le martyr de Sainte Cécile de Rome.

Tout d’abord, plusieurs détails font signe vers la vie de Sainte Cécile : la mention de l’italien « in fiocchi » qui évoque Rome et la « harpe » que Cécile de Volanges emporte, comme la sainte patronne des musiciens.

Ensuite, le costume « noir » du cordonnier rappelle le noir costume du bourreau de Sainte-Cécile tandis que la couleur « rouge » évoque le sang versé par la jeune martyr.

La parodie est totale dans la phrase « Ta pauvre Cécile alors a perdu la tête », puisque Sainte Cécile a été décapitée.

On voit ainsi que le libertinage intellectuel et philosophique pervertit le religieux pour le tourner en dérision.

Lettre 1 des Liaisons dangereuses, conclusion

La lettre 1 des Liaisons dangereuses met en place un personnage, Cécile de Volanges, qui, par sa pureté, est une proie idéale pour les deux personnages libertins qui vont mener le jeu dans ce roman.

Mais il s’agit aussi pour Choderlos de Laclos de mettre en œuvre un libertinage littéraire et philosophique en cette fin de 18ème siècle où l’esprit de dérision gagne sur l’esprit de religion.

Presque oublié durant tout le 19ème siècle, Choderlos de Laclos sera redécouvert au 20ème siècle à travers des travaux critiques et une filmographie abondante.

Tu étudies les Liaisons dangereuses ? Regarde aussi :

Les liaisons dangereuses, lettre 48 (commentaire)
Les Liaisons dangereuses, lettre 81 (commentaire)
Dom Juan, acte 1 scène 2 (commentaire)
Comment adapter ton plan à la question le jour de l’oral (vidéo)

  4 commentaires à “Les Liaisons dangereuses, Laclos, lettre 1 : analyse”

  1.  

    Vos commentaire sont exceptionnels 🙂 Nous avons un prof tout le temps absent et une autre prof nous a recommandé votre site pour nos textes. Sans vous ce serait la catastrophe 🙂

  2.  

    Bonjour, n’est*il pas utiliser de montrer la critique de la société notamment la dénonciation de l’éducation des jeunes femmes de l’époque ainsi que les marques épistolaires ?

  3.  

    Bonjour,
    Je passe mon Bac blanc très bientôt. Pourriez vous faire le commentaire de la Lettre II, Les Liaisons Dangereuses de Choderlos DE LACLOS ?
    Merci.
    Et merci pour votre site vraiment génial qui permet d’aider beaucoup d’élèves en difficultés comme moi.

  4.  

    Merci pour vos analyses, très claires et bien pratiques pour aborder l’oeuvre!

 Laisser un commentaire

*

*

   

Commentaire composé 2017 - Amélie Vioux - Droits d'auteur réservés - Tous les articles sont déposés AVANT publication chez copyright France - Reproduction sur le WEB interdite -