don juan acte 1 scene 1Voici un commentaire de l’acte 1 scène 1 de Dom Juan de Molière.

L’extrait commenté va « Eh mon pauvre Gusman, mon ami, tu ne sais pas encore… » jusqu’à la fin de la scène « je dirais hautement que tu aurais menti« .

Dom Juan, acte 1 scène 1, introduction

Dans Dom Juan, représenté pour la première fois en 1665, Molière reprend le Trompeur de Séville de Tirso de Molina pour faire la peinture d’un personnage passant de conquêtes en conquêtes : Don Juan.

Dans cette pièce, Molière donne de la profondeur à ce personnage baroque qui est le symbole de l’inconstance et du changement.

Dans la scène 1 de l’acte I, Don Juan est présenté par son valet Sganarelle qui fait de lui un portrait ambigu.

Questions possibles à l’oral de français sur l’acte 1 scène 1 de Dom Juan :

♦ En quoi cette scène est-elle une scène d’exposition ?
♦ Quelle image de Dom Juan nous donne Sganarelle dans cette première scène ?
♦ Comment apparait Sganarelle dans cette scène 1 de l’acte I de Dom Juan ?
♦ Cette scène nous expose-t-elle une comédie ou une tragédie ?
♦ Qu’est-ce qui fait l’originalité de cette scène d’exposition ?

Annonce du plan :

L’acte 1 scène 1 de Dom Juan est une scène comique (I), destinée à dresser pour le spectateur le portrait de Dom Juan (II) mais destinée aussi à brouiller la frontière entre comédie et tragédie (III).

I – Une scène comique

A – Une scène de commedia dell’arte

Dans cette scène 1 de l’acte 1 de Dom Juan, Molière place le spectateur dans l’univers de la commedia dell’arte, un genre théâtral italien proche de la farce avec des personnages types comme Arlequin.

D’ailleurs Sganarelle, par son nom (Sganarello), appartient à l’univers italien de la commedia dell’arte.

On observe dans cette première scène plusieurs types de comique :

Un comique de mots :

La première réplique de Sganarelle est constituée d’une anacoluthe (=une rupture dans la construction syntaxique de la phrase) : « tu ne sais pas encore, crois moi, quel homme est Dom Juan » .

Cette rupture de construction montre une énonciation enfantine typique de la commedia dell’arte et relève d’un comique de mots.

♦ Un comique de gestes :

Le comique de gestes est présent à travers les didascalies internes :
« Tu demeures surpris, et changes de couleur à ce discours  » .

Cette phrase prononcée par Sganarelle oblige le metteur en scène à manifester physiquement l’émotion de Gusman : un jeu de lumière rouge pour la colère ou verte pour l’écœurement pourrait par exemple éclairer le visage de Gusman pour manifester physiquement et grossièrement, comme dans la commedia dell’arte, les effets de Dom Juan sur les personnages.

♦ Un comique de répétition :

Gusman, lors de sa première réplique, reprend à six reprises la locution adverbiale « tant de … » et Sganarelle se lance dans une longue énumération : «un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou, qui passe cette vie en véritable bête brute, en pourceau d’Epicure , en vrai Sardanapale ». Cette énumération hétéroclite qui mélange animaux, hommes et monstres vise à faire rire le spectateur et relève de la comédie farcesque.

De même, comme dans la commedia dell’arte, tous les personnages sont typifiés. Dom Juan est un «un épouseur à toutes mains », ce qui l’assimile de manière comique et satirique à une machine à conquêtes. Cette réplique montre que les personnages ressemblent à des types tirés de la commedia dell’arte.

B – Le personnage comique de Sganarelle

La dimension comique de cette scène est essentiellement due au personnage de Sganarelle.

Sganarelle est, par le champ lexical de la peinture (« couleur », « ébauche », « portrait », « pinceau » ), assimilé à un peintre satirique qui dresse une caricature de Dom Juan.

Le comique réside dans le décalage entre le statut social de Sganarelle – valet – et ses prétentions à l’érudition.

Le spectateur est en effet surpris par les nombreuses allusions culturelles faites par Sganarelle :
♦ Des allusions bibliques empruntées a la théologie, (« Ciel », « Enfer », « Sardanapale »);
♦ Des allusions à la culture gréco-latine  : «  pourceau d’Epicure » d’Horace.

Mais Sganarelle mélange des allusions de haute culture avec des allusions à la culture populaire (« loup-garou », « bête brute » ) ce qui décrédibilise son discours et l’assimile au type du pédant fréquemment critiqué au 17ème siècle. Par exemple, l’expression latine inter nos n’est pas une citation d’auteur : L’utilisation du latin ici est pure pédanterie chez Sganarelle.

Transition : Cette scène 1 de l’acte 1 est utilisée par Molière pour dresser le portrait de Dom Juan et créer une attente chez le spectateur.

II – Le portrait de Dom Juan

 A – Un personnage libertin

L’intérêt de cette première scène est de présenter Dom Juan avant son entrée sur scène.

Sganarelle présente Dom Juan avant comme un personnage libertin qui trompe son entourage.

La duplicité de Dom Juan apparaît dans le dialogue entre Gusman et Sganarelle.

En effet, Gusman utilise le registre lyrique pour caractériser l’amour que Dom Juan est censé porter à Elvire. On relève notamment :

♦ Le champ lexical de l’amour (« amour », « impatience témoignée », « d’hommages pressants, de vœux, de soupirs, et de larmes », « tant de lettres passionnées, de protestations ardentes, et de serments réitérés », transports », «  d’emportements);
♦ Le rythme quaternaire et ternaire;
♦ La répétition de la locution adverbiale « tant de» qui donne un élan lyrique à sa description.

Gusman a donc été trompé par Dom Juan. Mais Gusman laisse pourtant échapper le mot qui caractérise fondamentalement Dom Juan : le verbe « paraître » ( « tant d’emportements qu’il a fait paraître« )

Dom Juan est en effet un grand acteur que Sganarelle démasque pour mettre en évidence son caractère libertin.

Don Juan est l’allégorie du changement comme le souligne l’énumération de ses conquêtes : « dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne, il ne trouve rien de trop chaud, ni de trop froid pour lui ».  La série d’antithèses (dame /demoiselle; bourgeoise / paysanne; chaud / froid) suggére l’extrême variété des conquêtes par Dom Juan.

En outre, l’antithèse « chaud » / « froid » est une ironique parodie de la poésie pétrarquiste (voir par exemple, « je vis, je meurs » de Louise Labé). Dom Juan, en libertin érudit connaît le lyrisme mais n’y croit pas.

B – Un personnage fascinant et inquiétant

Don Juan démystifie et désacralise tout ce qu’il approche.

Pour lui, le mariage n’est qu’un contrat : « Un mariage ne lui coûte rien à contracter ». Le terme économique « contracter » montre que les femmes sont des objets qu’il consomme mais envers lesquelles il ne s’engage jamais.

Il est le personnage de la multiplicité comme le montre le champ lexical du nombre : «  épouseur à toutes mains »,  « toutes celles », « divers lieux », « d’autres coups de pinceau ».

Adorateur du multiple, il rejette l’Un et désacralise le divin. Sa description est ainsi marquée par la négation, qu’elle soit grammaticale («ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou ») ou sémantique («  ferme l’oreille à toutes les remontrances qu’on lui peut faire, et traite de billevesées tout ce que nous croyons» ). Sganarelle le décrit aussi comme un animal : « enragé », « un chien », « véritable bête brute », « pourceau d’Epicure ».

Le champ lexical religieux (« Ciel », « enfer », « diable », « bête ») donne une dimension théologique à cette présentation de Dom Juan. Il apparaît en effet comme un double du diable qui désacralise la virginité (« forcer dans sa passion l’obstacle sacré d’un couvent, pour mettre Done Elvire en sa puissance ») et le mariage («  il aurait encore épousé toi, son chien, et son chat »).

Le champ lexical de la force montre que Dom Juan ne connaît que la loi de la nature et qu’il est sourd à la foi ou à la charité.

Le personnage de Dom Juan est donc fascinant et inquiétant. Même lorsqu’il est absent de scène, on ne parle que de lui. Cette omniprésence du personnage fait qu’il hante la scène comme un personnage fantomatique, une impression confirmée par son arrivée nonchalante : « Le voilà qui vient se promener dans ce palais ». Ce terme « promener » place Don Juan dans le cadre du hasard et de la contingence.

III – Une scène d’exposition ambiguë

 A – L’exposition d’une comédie

 A n’en pas douter, cette scène d’exposition demeure bien celle d’une comédie.

L’énumération des conquêtes de Don Juan « dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne » promet des scènes vaudevillesques avec des scènes de séduction et des maris trompés propres à la comédie.

Cette présentation de Dom Juan laisse deviner un personnage insaisissable, changeant de masque en toute occasion, un procédé tout à fait propice à la tromperie comique.

B – Une tragédie en puissance

Néanmoins, la tonalité adoptée par Sganarelle laisse entrevoir une dimension tragique dans la pièce.

Le personnage de Dom Juan suscite terreur dans la bouche de Sganarelle : « me vaudrait bien mieux d’être au diable, que d’être à lui, et qu’il me fait voir tant d’horreurs, que je souhaiterais qu’il fût déjà je ne sais où ; mais un grand seigneur méchant homme est une terrible chose ».

Par la proposition « qu’il faut que le courroux du Ciel l’accable quelque jour », Sganarelle anticipe le dénouement tragique de la dernière scène (acte V, scène 6) lorsque Dom Juan est emporté par le tonnerre.

De plus, Sganarelle envisage sa relation avec Dom Juan comme une fatalité : « il faut que je lui sois fidèle ». La tournure impersonnelle et la modalité jussive (= relative à l’ordre) compare Dom Juan à une force fatale à laquelle il est impossible de résister.

Sganarelle est d’ailleurs ramené à un objet, un jouet entre les mains de Dom Juan : « me réduit » .

A travers la description de Sganarelle, Don Juan apparaît donc dans cette scène 1 comme celui qui divise, c’est à dire comme le diable : il divise les couples mais il divise aussi l’âme de chaque personnage comme le montrent les oppositions «  en dépit que j’en aie », « à ce que mon âme déteste » ce qui laisse prévoir douleurs et souffrances chez les personnages qui rencontreront Dom Juan sur leur route.

Dom juan, acte I scène 1, conclusion

Cette scène 1 de l’acte I de Dom juan expose une situation comme le fait traditionnellement une scène d’exposition mais pose surtout la question du comique et du tragique qui sont ici étrangement imbriqués.

Cette imbrication des genres fait de Dom Juan une pièce inclassable et brillante qui suscitera une forte fascination chez les écrivains, dramaturges ou poètes : Goldoni, Lord Byron, Musset, Baudelaire reprendront Dom Juan pour l’élever au rang de mythe et de métaphore de l’homme emporté par son désir de liberté et de puissance.

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  Une commentaire à “Dom Juan, acte I scène 1 : analyse”

  1.  

    Bonjour,
    Merci pour votre site, vraiment très intéressant.
    J’ai juste une petite question : est-ce qu’on est autorisé à commenter (dans le IIA) des mots (le champs lexical de l’amour) qui ne figurent pas dans le passage étudié ?

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