l'enfant victor hugo analyseVoici une analyse du poème « L’enfant » tiré du recueil Les Orientales de Victor Hugo (1828).

L’enfant, Victor Hugo, introduction

Victor Hugo compose « L’Enfant » en 1828.

Six ans auparavant, l’île de Chios (Chio) peuplée de grecs mais appartenant à l’empire Ottoman proclame son indépendance et son rattachement à la Grèce.

La répression par l’Empire Ottoman en 1822 est d’une violence inouïe. Près de 25 000 grecs sont assassinés et 40 000 sont réduits à l’esclavage.

Ce massacre de Chios a eu un retentissement dans toute l’Europe. En 1828, le Traité de Londres destiné à pacifier la Grèce est en négociation. Un mouvement de philhellénisme (amour de la Grèce) se développe en soutien à la guerre d’indépendance que la Grèce livre à l’empire ottoman de 1821 à 1829.

Le poème « L’enfant » de Victor Hugo participe de ce mouvement tout en déplorant le cercle vicieux de la violence humaine.

Questions possibles sur « L’enfant » de Victor Hugo à l’oral de français

♦ En quoi « L’Enfant » est-il un poème engagé ?
♦ Le tragique dans « L’Enfant »
♦ La poésie peut-elle influer sur le cours de l’histoire ?
♦ Quelle image de la poésie Victor Hugo nous donne-t-il dans ce texte ?

Annonce du plan :

Le poème « L’enfant » est une célébration élégiaque de la Grèce perdue (I) au profit d’un empire ottoman qui sème la tragédie (II). Mais la chute surprenante de ce poème montre que Victor Hugo s’interroge sur le rôle du poète et de la poésie dans la construction de la paix (III)

I – Une célébration romantique de la Grèce

 A – L’île de Chio : un univers idyllique

Le poème « L’Enfant » célèbre d’abord la civilisation grecque qui se perd sous la domination ottomane.

Victor Hugo dépeint l’île de Chio comme un univers idyllique et paradisiaque à travers le champ lexical de la nature : « île des vins », « charmilles », « grands bois », « coteaux », «blanche aubépine », « lys », « fruit du tuba ».

Ce lieu champêtre rappelle la tradition littéraire pastorale initiée par l’auteur grec Théocrite et poursuivie par l’auteur latin Virgile.

Cette évocation de l’île de Chio est une véritable célébration, comme le souligne l’anaphore « Chio » aux début des vers 2, 3 et 4.  L’apposition « l’île des vins » est également très positive : elle suggère la fertilité et la richesse de cette île.

Le caractère insulaire de Chio en fait un univers coupé de la violence et isolé dans la pureté.

Ensuite, l’enfant est comparé avec les éléments végétaux :
♦ « une fleur comme lui » ;
♦ « ce lys, bleu comme tes yeux bleus »;
♦ « comme les feuilles sur le saule ».

Ces comparaisons créent une proximité entre l’homme et la nature qui renforce la dimension paradisiaque de l’île grecque.

La pureté de l’île de Chio transparaît aussi dans le champ lexical de la jeunesse : « jeunes filles », « un enfant », « un enfant grec », «pauvre enfant », « vif éclair », « joie et des jeux », « tête blonde », « bel enfant », « blanche épaule ».

La blondeur de l’enfant et ses cheveux « En boucles sur sa blanche épaule » se rapprochent d’une pureté angélique.

B – Un ton élégiaque

Mais ce lieu idyllique est un paradis perdu en raison de la domination ottomane.

Victor Hugo adopte donc un ton élégiaque pour évoquer cette île, l’élégie étant un poème remontant à la Grèce antique utilisé pour exprimer la douleur du deuil.

Le ton est donc plaintif et mélancolique.

Tout d’abord, cet univers idyllique est relégué au passé comme l’attestent les verbes à l’imparfait : « ombrageaient », « reflétait ». Le paradis évoqué est un paradis perdu.

Dans la première strophe, les rimes « charmilles » / « filles » qui évoquent l’innocence et la candeur sont précédées de « deuil » et  « écueil » qui déconstruit ce bonheur.

Les interjections (« Ah ! », « Hélas ! ») et les interrogations « Que veux-tu ? » renforcent cette tonalité élégiaque.

 II – Un poème tragique

A – Des descriptions pathétiques

Pour évoquer la violence de la guerre et émouvoir le lecteur, Victor Hugo use du registre pathétique.

L’effet d’amplification du pronom « Tout » donne une dimension hyperbolique au dénuement et à la souffrance de l’enfant : « Tout est ruine et deuil »/ « Tout est désert » .

Le champ lexical de la pauvreté renforce la description pathétique de l’enfant : « pauvre », « pieds nus », « désert », « seul », « courbait », « tête humiliée » tandis que le champ lexical du pleur ne peut qu’émouvoir le lecteur : « essuyer les pleurs », « de larmes », « le saule », « chagrins ».

le massacre de l'ile de schio commentaire composé

Le massacre de l’île de Schio, Delacroix

Les nombreuses couleurs donnent à voir un tableau pathétique qui peut faire penser au tableau d’Eugène Delacroix, Le massacre de Schio peint en 1824 : « murs noircis », « yeux bleus », «leur azur », « vif éclair », « ta tête blonde », « blanche épaule », « l’enfant aux yeux bleus » .

Victor Hugo joue sur le contraste des couleurs pour créer des effets de clair-obscur.

Ainsi, le blanc et le bleu mettent en lumière la candeur et la blancheur innocente de l’enfant ( « yeux bleus » , « tête blonde » , « blanche épaule » ) et contraste avec un monde noirci et anéanti par les ravages de la guerre (« murs noircis » , « sombre écueil » ).

B – La guerre d’indépendance grecque : une tragédie

 Victor Hugo présente la guerre d’indépendance grecque comme une tragédie.

Tout d’abord, plusieurs procédés utilisés dans ce poème rappellent le théâtre tragique :
♦ les apostrophes « Ah ! pauvre enfant »
♦ Les questions « Que veux-tu ? » ou « Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ? »;
♦ L’emploi de l’alexandrin.

Le « chœur dansant de jeunes filles » fait penser au chœur tragique, comme si le chant joyeux s’était tourné en chant funèbre.

Et ce d’autant plus que la Grèce est le berceau de la tragédie. Dans une ironie historique tragique, la Grèce est victime de ce qu’elle a inventé.

Ensuite, l’apparition du garçon est dramatisée. En effet, la phrase « Mais non : seul près des murs noircis / un enfant aux yeux bleus » » nous fait suivre le regard du poète et découvrir l’enfant en même temps que lui.

Ce procédé nous donne l’impression de vivre la scène en temps réel.

Les anaphores (« Tout », « Chio », « Que veux-tu »), par leur effet de répétition, donnent une impression de circularité : le peuple grec semble enfermer dans une spirale de violence de laquelle ils ne peuvent s’échapper.

Cet enfermement tragique dans la violence est confirmé par l’enfant grec à la fin du poème : « Je veux de la poudre et des balles ». L’octosyllabe de ce dernier vers accentue l’impression de rudesse et de violence de la parole de l’enfant.

III – Un poème sur le rôle du poète dans l’histoire

A – Un poème engagé

« L’enfant » est un poème dans lequel Victor Hugo s’engage politiquement.

Il relate le massacre de l’île de Chio perpétré par les Ottomans en 1822.

Si le massacre a eu lieu plusieurs années avant l’écriture du poème, le passé composé qui ouvre le poème –  « Les turcs ont passé » – montre que le souvenir du massacre est encore vivace dans l’esprit du poète et sur le sol grec. En effet,  le passé composé est un temps du passé ayant des liens avec le présent.

Victor Hugo joue ensuite sur deux couleurs :
♦ Le bleu répété plusieurs fois « bleu comme tes yeux bleus », « l’enfant aux yeux bleus« , « tes yeux bleus »
♦ Le blanc pour caractériser l’aubépine et son épaule (« une blanche aubépine », « ta blanche épaule » ).

Drapeau de la Grèce

Drapeau de la Grèce

Or ces couleurs ont une signification politique : le blanc et le bleu sont les couleurs des armes d’Othon Ier de Grèce qui seront utilisés pour le drapeau de la Grèce crée par le décret du 22 mars 1822.

Victor Hugo fait donc de l’enfant grec « aux yeux bleus » l’allégorie de la Grèce humiliée par la violence des Ottomans.

En mentionnant plusieurs fois ces deux couleurs, il dessine le drapeau de la Grèce et montre sa grandeur au-delà des contingences historiques.

Cette image du drapeau grec qui se dessine alliée au verbe « passé » employé pour caractériser l’invasion des turcs montre que cette répression des turcs n’est qu’une étape et que la Grèce retrouvera son indépendance.

La volonté de Victor Hugo de protéger la Grèce et lui rendre sa joie transparaît clairement dans le chiasme « Pour rattacher gaiment et gaiment ramener ».

On note ici le philhellénisme de Victor Hugo (= l’amour pour la Grèce) soucieux, comme l’opinion publique, que Chio revienne dans le giron de la Grèce.

D’ailleurs, l’apostrophe « Ami » prononcée par l’enfant ( v.35) montre ce lien d’amitié culturel et civilisationnel entre la France et la Grèce.

Par l’évocation méliorative du « lys », Victor Hugo affirme discrètement son soutien à l’action diplomatique du roi Charles X qui avait réaffirmé son amitié avec la Grèce lors des négociations du Traité de Londres.

 B – Un poème qui remet en cause le pouvoir de la poésie

Au-delà de cette dimension politique, on note que Victor Hugo souhaite intervenir auprès de l’enfant grâce à la poésie.

En effet, Victor Hugo utilise abondamment la préposition « pour » :
♦ « pour essuyer »;
♦ « Pour que dans leur azur »;
♦ « Pour relever »;
♦ « Pour rattacher »;
♦ «pour me sourire ».

La préposition « pour » a une valeur de but : elle montre que le poète souhaite participer activement au relèvement de la Grèce.

Mais Victor Hugo va encore plus loin. Les phrases interrogatives dans les trois dernières strophes visent à transformer la violence de la guerre en lyrisme rédempteur.

Il remet la beauté au cœur du chaos en utilisant un vocabulaire simple et bucolique : « un bel oiseau des bois » , « un chant plus doux que le hautbois » , « beau fruit » .

L‘assonance en [an]  renforce cette impression de beauté. En effet, elle fait entendre le chant des oiseaux et le son des cymbales, créant une impression d’harmonie et de clarté : « Qui chante avec un chant plus doux que hautbois / Plus éclatant que les cymbales » .

L’énumération « fleur, beau fruit ou l’oiseau merveilleux » condense tous les éléments paradisiaques de la Grèce avant l’invasion donnant l’impression que la beauté et le bonheur peuvent renaître.

Mais l’élan lyrique du poète est brusquement rompue par la réponse de l’enfant : « Je veux de la poudre et des balles ».

Le poète est brutalement ramené à la réalité. Il a voulu maquiller la violence du monde par une idéalisation fautive. Mais sa parole poétique ne fonctionne pas : le poète se heurte à la violence de la réalité.

C’est ainsi l’enfant et non le poète qui a le dernier mot. La répétition du verbe dire dans le dernier vers (« dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus ») renforce la parole de l’enfant et souligne l’inefficacité de la parole du poète.

L’enfant, Victor Hugo, conclusion

Avec « L’Enfant », Victor Hugo entre dans un débat de son temps qui avait secoué l’opinion publique : les guerres d’indépendance de la Grèce, berceau de la tragédie et de la philosophie européenne que les Occidentaux ne pouvaient se résoudre à laisser à l’Empire ottoman.

Au-delà, Victor Hugo s’interroge sur le rôle du poète dans l’histoire. Que peut le poète face à la violence ? Il fait un constat amer d’inefficacité, chose surprenante chez un Victor Hugo souvent convaincu de l’influence de la parole sur le cours de l’histoire.

C’est tout le paradoxe de ce poème : engagé, ce poème dit en même temps la vanité de l’engagement.

Hugo reprendra quelques années plus tard la voie de poésie engagée dans les Châtiments en 1853 ou les Contemplations en 1856. D’autres poètes au XXème siècle, feront l’expérience de l’engagement et de ses difficultés comme Louis Aragon (« La rose et le réséda » , « Strophes pour se souvenir » ) ou les écrivains surréalistes.

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  Une commentaire à “L’enfant, Victor Hugo : commentaire”

  1.  

    Bonjour Amélie,
    Votre site est de la bombe !! Je me suis inscrit à votre formation et j’adore. En plus votre voix est très agréable. J’attend les prochaines vidéos et je reviendrai pour compléter les analyses pour l’oral ! :)

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