marquise si mon visageVoici un commentaire du poème « Stances à Marquise » de Pierre Corneille (« Marquise, si mon visage…).

Stances à Marquise, Corneille, introduction:

Corneille écrit les Stances à Marquise en 1658 pour Marquise-Thérèse de Gorla dite Melle du Parc, une danseuse et comédienne à succès, qui était connue pour sa grande beauté.

Outre Molière ou Racine, Marquise du Parc eut une brève liaison avec Corneille en 1658 de 24 ans son aîné.

Questions possibles à l’oral sur « Marquise, si mon visage… » de Corneille :

♦ « Stances à Marquise » est-il un poème d’amour traditionnel ?
♦ Dans quelle mesure ce poème est-il une réécriture de Ronsard ?
♦ En quoi ce poème est-il d’inspiration libertine ?
♦ Le lyrisme dans les Stances a Marquise.
Qui célèbre Corneille dans ce poème ?

Annonce du plan :

Dans « Stances à Marquise », Corneille célèbre la beauté de Melle du Parc en faisant référence à un maître de la poésie amoureuse, Ronsard, et en particulier à un des Sonnets pour Hélène : « Quand vous serez bien vieille… » (I). Mais il travestit son modèle pour laisser libre cours à un discours libertin où la célébration de la femme laisse place à une célébration du moi (II).

A – Stances à Marquise : une réécriture de Ronsard

Les « Stances à Marquise » se présentent d’emblée comme une réécriture des poèmes de Ronsard car Corneille reprend les topoi (lieux communs) du lyrisme ronsardien.

A – Le registre lyrique

« Stances à Marquise » de Corneille s’inscrit dans un registre lyrique traditionnel en poésie.

Le champ lexical du sentiment est très présent : « affront », « adore », « méprisez », « doux », « belle Marquise », « effroi ».

Le registre lyrique permet au poète d’évoquer ses émotions de manière musicale. Etymologiquement, le lyrisme provient de la lyre, instrument de musique : Corneille crée cette musicalité dans son poème par des effets d’assonances dans la 5e strophe :

« Vous en avez qu’on adore ;
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.
 »

Les assonances des voyelles dites nasales donnent une structure rythmique comme le ferait une basse en musique.

Les allitérations (répétition d’un son consonne) en [r] de la 2e strophe créent une musicalité harmonieuse :

« Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront :
Il saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front
. »

Cette musicalité crée une harmonie entre le poète et la femme aimée.

Il y a en outre dans « Stances à Marquise » un jeu subtil entre le « je » et le « vous ».

La femme aimée, à travers le pronom personnel « vous » est située au début de la 5e strophe et à la fin de la 6e strophe ce qui montre son omniprésence dans l’âme du poète.

A la 3e strophe, le chiasme grammatical  (A-B-B-A) montre le lien qui unit ce « je » et ce « vous » : « On m’a vu ce que vous êtes /Vous serez ce que je suis »

La première personne du singulier (« je ») encadre la deuxième personne du pluriel (« vous ») comme si le poète entourait la femme aimée de ses soins.

B – Les caractéristiques de la poésie de Ronsard

Corneille est influencé par l’écriture de Ronsard qui restait au 17ème siècle une référence de la poésie amoureuse.

Corneille reprend tout d’abord dans ses strophes l’alternance des rimes féminines (terminées par le son [e] ) et masculines chère à Ronsard. Cette alternance symbolise la complicité amoureuse du masculin et du féminin.

Comme Ronsard, Corneille reprend le thème du temps destructeur : la métaphore des « roses » symbolise la beauté de la femme aimée mais aussi sa fragilité face au temps qui passe.

On se rappelle que Ronsard adopte une philosophie épicurienne : face au temps qui passe, il nous engage à profiter de la vie comme dans le célèbre sonnet pour Hélène « Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain : /Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie ».

Corneille reprend cette philosophie épicurienne. L’impératif « Cueillez » qui chez Ronsard exhorte Hélène à profiter de la vie est repris par Corneille sous la forme « Pensez-y belle marquise ».

A travers l’impératif « Souvenez-vous », Corneille fait référence au memento mori (souviens-toi que tu es mortel) et s’inscrit ainsi s’inscrit dans la tradition du carpe diem (profite du jour, de l’instant présent).

Corneille reprend enfin à Ronsard la pérennité de la figure du poète. Dans la première strophe du Sonnet pour Hélène, Hélène devenue vieille se souvient des vers du poète  :

« Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle ! »

Corneille, à la fin des 6e et 7e strophes de « Stances à Marquise » reprend cette idée :  seul le poète et son œuvre traversent le temps  « Ce qu’il me plaira de vous » / « Qu’autant que j’aurai dit ».

Comme Ronsard, Corneille pense à la postérité puisqu’il se projette « dans mille ans » et songe aux lecteurs des générations lointaines : « Chez cette race nouvelle ».

Transition : Corneille réécrit donc les Sonnets pour Hélène de Ronsard. Mais même si Ronsard était encore très lu et admiré au XVIIème siècle, il passe un peu de mode et force est de constater que Corneille transforme son poème en pastiche de Ronsard.

II – Stances à Marquise : un pastiche de Ronsard

 A – Un pastiche de Ronsard

Le registre lyrique est présent dans le poème mais sa musicalité est rompue par certains termes dissonants qui s’accordent mal avec le lyrisme.

Le poème est ainsi parsemé de connecteurs logiques qui ramènent a un discours argumentatif, loin de la contemplation lyrique :
♦ « Cependant j’ai quelques charmes »;
♦ « Mais ceux que vous méprisez »;
♦ «Quoiqu un grison fasse effroi ».

Ces connecteurs logiques suggèrent l’opposition voire la rivalité.

La magie lyrique est dissipée et cache un registre satirique.

En effet, n’oublions pas que Ronsard idéalise la femme aimée. Les femmes aimées sont pour Ronsard des muses proches d’une divinité ce qui implique un vocabulaire absolu, entier, hyperbolique.

Or Corneille emploie au contraire des modalisateurs de quantité qui modèrent son discours :
♦ « quelques traits un peu vieux »;
♦ « Vous ne vaudrez guère mieux »;
♦ « Cependant j’ai quelques charmes /Qui sont assez éclatants/Pour n’avoir pas trop d’alarmes »;
♦ « Des yeux qui me semblent doux ».

Les modalisateurs traduisent la nuance et l’incertitude : on est loin du vocabulaire absolu et hyperbolique de Ronsard.

Corneille ne se situe donc pas dans l’idéalisation de la femme aimée.

B – Un poème libertin

Là où Ronsard célèbre un amour idéaliste et spirituel, Corneille ramène le lien amoureux à un lien charnel.

Le champ lexical de la beauté (« aux plus belles choses », « vos roses », « quelques charmes /Qui sont assez éclatants », « belle », « belle marquise », « fait comme moi ») se transforme en évocation prosaïque voire triviale « fait comme moi ».

A la dernière strophe « Marquise » rime avec « courtise ». Le rapport amoureux est ainsi ramené à la conquête ce qui est le propre de l’amour libertin.

La 5e strophe évoque les charmes de la femme  dans un sens sexuel : « Vous en avez qu’on adore » .

De plus, le lien entre le poète et Marquise du Parc est un rapport de force. Le poème repose sur un chantage : Corneille propose à Marquise d’accepter ses faveurs contre l’éternité poétique.

Le ton dominateur du poète transparaît à travers l’emploi du futur et les verbes à l‘impératif :
♦ « Et dans mille ans faire croire /Ce qu’il me plaira de vous. […]Vous ne passerez pour belle /Qu’autant que je l’aurai dit »;
♦ « souvenez-vous », « pensez-y »

Pour Corneille, c’est le poète qui, par ses mots, est créateur de la beauté de la femme.

Ce chantage et l’affirmation de la puissance masculine sont caractéristiques du libertinage poétique.

C – La célébration de l’égo

De façon surprenante, ce poème qui commençait comme une célébration de la femme aimée (« Marquise, si votre visage… ») célèbre finalement le poète.

Au début, le vieux « grison » est loin de la « belle Marquise » . Le but de Corneille est justement d’amenuiser cette différence pour montrer ses qualités.

On voit ainsi apparaître un vocabulaire économique qui n’a plus rien à voir avec le lyrisme ronsardien : « Vous ne vaudrez guère mieux », « Cependant j’ai quelques charmes », « j’aurai quelque crédit », « Il vaut bien qu’on le courtise ».

Le poète déploie une stratégie de promotion de sa propre personne. En libertin matérialiste, Corneille n’hésite pas à se vendre !

L’égocentrisme du poète apparaît également à travers le jeu des pronoms. En effet, le poème s’ouvre sur l’apostrophe à « Marquise » mais se referme sur le pronom «moi ».

Loin d’être la célébration de la femme aimée, le poème est en réalité une célébration de l’ego.

Le chiasme grammatical de la 3e strophe « On m‘a vu ce que vous êtes/Vous serez ce que je suis » n’est autre que cet emprisonnement de la femme par le poète libertin.

« Marquise, si mon visage… », Corneille, conclusion :

« Stances à Marquise » est une réécriture du célèbre « Sonnet à Hélène » de Ronsard. Mais Corneille travestit ce modèle en laissant libre cours à un discours libertin et égocentré.

« Marquise si mon visage » est l’œuvre d’un vieux poète qui sent son amour lui échapper. Melle du Parc aura une liaison avec Molière et ce poème est peut-être l’expression d’une âme jalouse qui cherche à maitriser par les mots ce qui lui échappe dans la vie.

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  Une commentaire à “Stances à Marquise, Corneille : analyse”

  1.  

    Bonsoir,
    Stances à Marquise appartient à quel mouvement littéraire?
    Car Corneille a fait des textes dans le mouvement baroque mais aussi dans le mouvement classique…
    Je dirais ici baroque mais je ne sais pas trop
    Merci d’avance

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