verlaine chanson d'automneVoici une analyse du poème « Chanson d’automne » de Paul Verlaine.

 Chanson d’automne – Introduction :

Le célèbre poème « Chanson d’automne » appartient aux Poèmes saturniens, le premier recueil publié par Paul Verlaine, en 1866, à l’âge de 22 ans.

Reprenant le thème littéraire de l’automne comme saison de mélancolie, Verlaine s’inspire de la poésie lyrique et romantique pour livrer un poème original, à la fois simple et moderne.

Lire « Chanson d’automne » (le texte)

Problématiques possibles à l’oral sur « Chanson d’automne » :

♦ Commentez le titre « Chanson d’automne »
Comment le poète développe-t-il une correspondance entre paysage extérieur et paysage intérieur ?
♦ Analysez la musicalité du poème et son lien avec les thèmes développés.
♦ Etudiez le lyrisme du poème
♦ En quoi ce poème est-il original ?

Dans cette analyse, nous verrons comment ce poème musical d’un lyrisme original (I) développe, dans une perspective mélancolique et fataliste, une correspondance entre l’âme et l’automne (II).

I – « Chanson d’automne » : Un poème-chanson d’un lyrisme original

A – Un poème musical

1 – Un poème qui s’apparente à une courte chanson

D’emblée, « Chanson d’automne » étonne par sa brièveté et sa simplicité.

Composé de trois strophes de sizains (six vers), avec des vers courts (trois à quatre pieds), ce poème de Verlaine évoque, par sa construction et son rythme, une courte chanson.

Cette musicalité renvoie à un autre célèbre poème de Verlaine, « Art poétique », qui commence par ce vers : « De la musique avant toute chose ».

Cette définition de la poésie comme musique s’incarne parfaitement dans le poème étudié ici, dont le titre parle pour lui-même : « Chanson d’automne ».

Outre l’utilisation de plusieurs types de rimes (plates et embrassées), les allitérations et assonances sont nombreuses, participant à la musicalité du poème.

On peut ainsi relever la reprise des sons « on » et « an », dont la sonorité nasale et longue accompagne la « langueur » (v.4) du poète :

Les sanglots longs,
Des violons
De l’automne
(etc)

Des allitérations en « l », « m » et « n » dominent aussi le poème, lui conférant sa fluidité et sa douceur :

Les sanglots longs,
Des violons
De l’automne
(etc)

2 – Un rythme musical

Le rythme est régulier : deux vers de quatre pieds sont suivis d’un vers de trois pieds :

Les sanglots longs    (4 pieds)
Des violons                 (4 pieds)
De l’automne              (3 pieds)
Blessent mon coeur   (4 pieds)
D’une langueur          (4 pieds)
Monotone.                   (3 pieds)

Mais l’originalité de la « musique » vient aussi de la rupture de ce rythme par l’utilisation de vers impairs (les vers de trois pieds) et de nombreux enjambements.

Exemple d’enjambement aux vers 8-9 :
Et blême, quand
Sonne l’heure,

Le rythme régulier et les rimes (notamment internes) composent alors une chanson triste et douce qui évoque la mélancolie du poète.

Quant aux « écarts » faits à cette régularité (comme l’enjambement des vers 8-9), ils suivent l’état d’esprit du poète en mettant en valeur un élément ou un sentiment plus vifs.

Notons enfin, qu’au sein même du poème, la musique est évoquée à travers l’utilisation du verbe « sonner » (v. 9) et surtout à travers la référence aux « violons » (v.2), qui associe métaphoriquement une saison (l’automne) et une musique (celle des violons).

B. Un lyrisme original

Verlaine reprend, dans « chanson d’automne », les thèmes et codes de la poésie lyrique, pour en proposer une interprétation personnelle et originale.

1 – La reprise des codes de la poésie lyrique

Le poème est écrit à la première personne du singulier (« mon », v.4, « je », v.10) et livre les émotions et sentiments du poète.

Le fait que « chanson d’automne » appartienne au recueil des Poèmes saturniens le place en outre sous « l’influence » de la planète Saturne, censée provoquer la tristesse et la mélancolie.

 A cette expression de la tristesse s’ajoute le choix de thèmes lyriques par excellence que sont :
♦ L’évocation de la nature (l’automne, les feuilles mortes)
♦ La fuite du temps associée à la douleur du souvenirjours anciens », v.10).

Ces champs lexicaux du temps, des sentiments et de la nature, montrent une inspiration lyrique et romantique.

2 – Un lyrisme original

Verlaine utilise cependant cette inspiration classique avec une originalité certaine.

Par exemple, le poète évoque sa tristesse d’une manière qui va d’un classicisme assez conventionnelblessent mon cœur », v.4) à une simplicité presque enfantine : « Et je pleure » (v.12).

Cette formulation enfantine introduite par la conjonction de coordination « et » se retrouver d’ailleurs au vers 13Et je m’en vais »).

L’expression « deça, delà » (v.17) témoigne aussi d’une légèreté dans la mélancolie.

L’absence de ponctuation expressive allège également le poème et crée un lyrisme simple et touchant.

Ce mélange de solennité et de simplicité parcourt tout le poème et lui confère un lyrisme original.

Transition : Le thème de la nature comme refuge et miroir pour le poète évoque un lyrisme de type romantique, où s’établit une correspondance de l’âme et du paysage.

II – Correspondance de l’âme et de l’automne

A – Une dissolution du poète dans le paysage


1 – La correspondance paysage extérieur / paysage intérieur

« Chanson d’automne » appartient à une section du recueil que Verlaine a choisi d’intituler « Paysages tristes », annonçant d’emblée un lien entre le paysage et sentiments personnels.

Dès les premiers vers, Verlaine rapproche l’automne de son état de tristesse et de mélancolie.

La métaphore inaugurale des « sanglots longs des violons de l’automne » personnifie en effet une saison, l’automne, à qui le poète attribue des sentiments humains.

Cette image établit une correspondance entre le paysage extérieur (l’automne) et le paysage intérieur (la tristesse).

D’ailleurs, aux sanglots de l’automne font écho, dans la deuxième strophe, les pleurs du poète (v.12).

Ce rapprochement du poète et de la nature est ici poussé à l’extrême.

2 – La disparition progressive du poète derrière le paysage

En effet, dans la troisième strophe, la fusion de l’âme et de la saison prend une nouvelle dimension : le poète s’efface progressivement derrière la nature.

Le « Et je m’en vais » du vers 13 laisse place à un « qui m’emporte ») où le poète subit l’action du vent, puis à une disparition complète de la première personne et à l’absence de verbe dans les trois derniers vers.

Le poète n’agit plus mais reste passif et indifférent face aux éléments (le « vent mauvais »), comme le montre le caractère vague, flottant, du vers 16 : « Deça, delà ».

Tandis que le poème s’ouvrait sur un paysage humanisé, il se clôt par une réification du poète (réifier = chosifier ; le poète devient une chose)

En effet, la comparaison finale (« Pareil à la / Feuille morte« ), mise en valeur par l’enjambement des vers 17-18, fait de lui une « feuille morte », achevant la fusion entre le paysage intérieur et le paysage extérieur.

C’est donc plus qu’un miroir de ses sentiments que le poète trouve dans l’automne : il semble s’y dissoudre et y trouver un apaisement radical – celui de la mort.

B. L’automne comme déclin : une réflexion sur la mort

Cette correspondance entre saison et âme, paysage et sentiments, est au service d’une réflexion douloureuse sur la fuite du temps.

La référence au souvenir des « jours anciens » (v.9-10) s’accompagne d’un sentiment de fatalité face au déclin et à la mort.

L’automne, saison du dépérissement avant l’arrivée de l’hiver, symbolise cette approche de la mort.

Le thème de la mort, qui parcourt tout le poème, se manifeste notamment par un affaiblissement physique du poète.

L’utilisation de syllabes dures, venant troubler la langueur du poème, témoigne de la violence cette atteinte physique: « blessent » (v.4), « tout suffocant » (v.7), « blême quand » (v.8). Cette pâleur, cette difficulté à respirer évoquent l’image de la mort.

Le poète aborde celle-ci dans le vers central : « quand sonne l’heure ».

L’heure qui sonne évoque le glas, tintement de la cloche d’une église destiné à annoncer la mort de quelqu’un.

Un même sentiment de fatalité est transmis par l’expression « vent mauvais » (v.14), où la personnification du vent fait de lui une entité puissante et malveillante. En étant emporté par le vent, le poète est métaphoriquement emporté par le temps.

La référence à Saturne (titre du recueil) évoque également l’idée d’une mélancolie subie, inévitable.

La clôture symbolique du poème sur le terme « morte » achève ce parallèle funèbre.

Mais l’angoisse physique de la deuxième strophe a laissé place, dans la troisième strophe, à une indifférence apaisante .

 Chanson d’automne – Conclusion :

« Chanson d’automne« , poème d’une grande simplicité mais aussi d’une grande richesse, atteste de la modernité poétique de Paul Verlaine.

Reprenant des thèmes et des codes de la poésie lyrique et romantique, le poète en propose une interprétation personnelle et originale, à la fois sur la forme (musicalité, non-régularité) et sur le fond (radicalité de la tristesse et de la fatalité).

Paul Verlaine influencera beaucoup Apollinaire qui s’inspirera de « Chanson d’automne » pour écrire « Les colchiques » en 1901.

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  2 commentaires à “Chanson d’automne, Verlaine : analyse”

  1.  

    Bonjour, j’enseigne langue et littérature française dans un lycée de Rome. J’ai beaucoup aimé votre commentaire sur Chanson d’Automne qui m’a donné beaucoup de suggestions.
    Merci
    Rosa Paradiso

  2.  

    Bonjour,
    Je suis institutrice de CM1 et je cherche désespérément des poésies de qualité pour mes élèves de 9 ans. Idée de « Chanson d’Automne » liée à l’armistice, les guerres et les messages à la radio avant le débarquement, puis problème : comment expliquer ce poème aux élèves ?? Merci pour ce magnifique commentaire ! Et je vais donner le lien de votre site à ma fille qui est en 1ère et pourra certainement se redonner du cœur à l’ouvrage avec vos aides. Incroyable que ça existe, des gens comme vous ! Dans un océan de souffrance-élève !

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