marie apollinaire analyseVoici une analyse du poème « Marie » extrait du recueil Alcools (1913) de Guillaume Apollinaire.

« Marie », Apollinaire, introduction :

« Marie » est un poème d’Apollinaire paru en fin d’année 1912, puis dans le recueil Alcools en 1913.

Il évoque sans doute la rupture du poète avec l’artiste peintre Marie Laurencin.

Leur relation tourmentée donne ici lieu à un poème d’un lyrisme très riche, tout à la fois classique dans sa forme et très moderne dans ses évocations.

Questions possibles à l’oral de français sur « Marie » d’Apollinaire :

♦ Comment le lyrisme amoureux est-il mis en valeur par Apollinaire dans ce poème ?
♦ En quoi peut-on dire que ce poème énonce une plainte amoureuse ?
♦ Dans quelle mesure « Marie » est un poème à la fois moderne et traditionnel ?
♦ En quoi ce poème renouvelle-t-il la tradition poétique ?
♦ Etudiez les images de ce poème.

Annonce du plan

Nous verrons tout d’abord que ce poème reprend, tout en les renouvelant, deux thèmes lyriques traditionnels : l’amour (I) et la fuite du temps (II). Ces deux thèmes permettent à Apollinaire de mettre en valeur ses sentiments, entre mélancolie et souffrance. (III).

I – Un poème d’amour

A – Une déclaration d’amour à Marie

Marie Laurencin, avec qui Apollinaire a entretenu une relation de 1907 à 1912, est sans doute l’inspiratrice de ce poème. Mais il pourrait s’agir aussi de Mareye Dubés que le poète fréquenta en 1899.

Le texte apporte en effet peu de précisions sur la jeune femme évoquée. Seuls ses « cheveux crépus comme mer qui moutonne » sont décrits.

L’inspiratrice devient alors universelle : le prénom Marie rappelle l’image de la mère (la vierge Marie) mais aussi l’anagramme évoqué par Ronsard, du verbe « aimer » .

Marie est aussi destinataire du poème, comme l’indique le premier mot du poème : « vous ».

Le poète l’interpelle et lui pose des questions : « Y danserez-vous », « Quand donc reviendrez-vous ». La deuxième question évoque d’ailleurs l’absence de la jeune femme et probablement la rupture amoureuse.

On retrouve le « vous » dans la deuxième strophe, lié au « je », et à la déclaration d’amour du vers 9 (« Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine » ) . Cette déclaration d’amour est renforcée par l’adverbe d’affirmation « oui » et la longueur du vers : un alexandrin, le seul du poème.

Du vouvoiement, on passe au tutoiement dans la quatrième strophe : « tes cheveux », « tes mains ». Apollinaire essaie de se rapprocher de la femme aimée et s’unit à elle par le déterminant : « nos aveux ». Mais il finit seul dans la dernière strophe : « je passais ».

B – Le registre lyrique

Le poème « Marie » s’inscrit dans le registre lyrique de par son thème : l’amour.

Pourtant, le champ lexical de l’amour est assez pauvre : seulement « aimer » (répété deux fois au vers 9) et « cœur » (répété deux fois au vers 14).

En revanche, l’alternance des rimes féminines (en -e) et masculines donne une impression d’harmonie.

Le thème de l’amour est surtout lié à celui de la peine : « mon mal », « ma peine ». L’association paradoxale dans l’oxymore « mon mal est délicieux » ainsi que la diérèse sur l’adjectif « délici-eux » met en relief la souffrance causée par l’amour.

Le thème de l’amour est également lié à la solitude du poète.

Ainsi, plusieurs questions jalonnent le poème, montrant l’absence de Marie :
♦ « Quand donc reviendrez-vous Marie »;
♦ « Sais-je où s’en iront tes cheveux » (répété deux vers plus loin);
♦ « Quand donc finira la semaine ».

Le poète s’interroge, doute. Il n’a pas de réponse puisque « Les masques sont silencieux », et paraît même abandonné par la musique elle-même : « Et la musique est si lointaine ». L’adverbe d’intensité « si » dans ce vers 7 ajoute à l’idée de distance et d’isolement du poète.

Enfin, on retrouve le thème classique de la nature en relation avec le lyrisme : « Les brebis s’en vont dans la neige », « feuilles de l’automne », « Le fleuve », « Il s’écoule et ne tarit pas ».

C – La musicalité

Le registre lyrique est porté par la régularité du poème (des quintils, comme dans une ode) et une grande musicalité.

Le thème de la musique est d’ailleurs évoqué dans la deuxième strophe : « Et la musique est si lointaine ».

Dans la première strophe, le rythme pourrait faire penser à celui de la maclotte, danse wallonne évoqué par Apollinaire. On retrouve en effet les 3 pas traditionnels en fin des vers 2, 3 et 4.
« … mère-grand (1, 2, 3)
… qui sautille
(1, 2, 3)
… sonneront »
(1, 2, 3)

Les allitérations en -d, -t et -k font entendre les sautillements;
« Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C’est la maclotte qui sautille
Toutes les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie »

et l’alternance des assonances en -o/-i/-e et -o/-e donne une impression de ronde dansante :
« C’est la maclotte qui sautille -o/-e/-i // -o/-i/-e
Toutes les cloches sonneront »
-o/-e//-o/-e

Dans la strophe suivante, les sonorités s’assourdissent avec des assonances nasales associées aux allitérations en m / n
« Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu’elle semble venir des cieux »

et des allitérations en l / s qui imitent un chuchotement léger :
« Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu’elle semble venir des cieux »

Par ailleurs, les répétitions jalonnent et rythment le poème en imitant un refrain :
♦ « Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand »

♦ « vous aimer mais vous aimer »
♦ « Un cœur à moi ce cœur changeant »
« … ce cœur changeant
♦ « …
que sais-je
Sais-je
où s’en iront tes cheveux
(…)Sais-je où s’en iront tes cheveux » (répétition de tout le vers)
♦ « Quand donc reviendrez-vous Marie »
« Quand donc finira la semaine »

Tout cela donne l’impression d’abord d’une maclotte assez vive mais rapidement suivie d’une danse plus lente et mélancolique, mélancolie allongée par la diérèse sur des adjectifs déjà longs et en fin de vers : « silenci-eux » et « « délici-eux ».

Cette langueur est prolongée par l’alexandrin au milieu des octosyllabes :
« Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine »

et par les enjambements et rejets :
♦ « Et la musique est si lointaine
Qu’elle semble venir des cieux
 » (enjambements)
♦ « …et que n’ai-je
Un cœur à moi… »
(rejets)
♦ «Sais-je où s’en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne »
(enjambement)

Transition : Le lyrisme amoureux qui parcourt le poème d’Apollinaire est étroitement lié au thème du temps, cher au poète également.

II – Un poème sur la fuite du temps

A – Une image imprécise du temps qui passe

Le poème « Marie » évoque le temps qui passe sans pour autant être chronologique ou linéaire.

Les différents temps de la conjugaison se mêlent dès la première strophe : « vous dansiez » à l’imparfait est suivi du futur « danserez-vous » et du présent « qui sautille » ,puis de nouveau du futur « sonneront », reviendrez-vous ».

Les strophes deux et trois sont au présent, mais on ne peut en identifier une valeur précise : présent d’énonciation (d’actualité) ou de vérité générale ?

Ce présent est mêlé au futur dans la quatrième strophe : « iront » , puis de nouveau à l’imparfait et au futur dans la dernière strophe : « passais », « finira »…

De plus, le poète joue sur l’opposition « petite fille » / « mère-grand » et sur l’opposition des saisons : « Les brebis s’en vont dans la neige » (l’hiver) et « tes mains feuilles de l’automne» .

Apollinaire brouille ainsi les repères temporels. Il semble chercher ses souvenirs, mais ces derniers sont imprécis.

B – Le temps comme élément de passage et de dégradation

Le temps est perçu comme un élément de transition, qui permet un passage.

L’idée de passage est ainsi omniprésente dans le poème « Marie » :
♦ La « petite fille » danse et évolue, vers l’âge de la « mère-grand » ;
♦ « les cloches sonneront » fait référence à l’heure qui tourne ;
♦ « Les brebis s’en vont » ;
« les soldats passent » ;
♦ « où s’en iront tes cheveux »
♦ « Je passais au bord de la Seine » : le poète est lui aussi de passage

Même Marie s’en va progressivement :
♦ Le poète parle tout d’abord du cœur : « Un cœur à moi ce cœur changeant » ;
♦ Puis Marie s’éloigne : il évoque ses cheveux (« où s’en iront tes cheveux ») et enfin ses mains (« Et tes mains feuilles de l’automne »).
Apollinaire donne ainsi l’impression que Marie lui échappe comme le temps, qu’elle passe et disparaît.

Transition : Tous ces éléments mettent en relief le passage du temps, de la jeunesse vers la mort et de l’amour vers la solitude. Le temps qui passe devient ainsi un symbole de dégradation et de souffrance, une image de la fragilité de l’existence.

III – De la mélancolie à la souffrance avant l’espoir

A – L’évocation d’un amour douloureux

La première strophe semble consacrée au thème de l’amour. Elle est la plus légère du poème, en lien avec le thème de la danse : « C’est la maclotte qui sautille ».

Cependant, le dernier vers de la première strophe annonce une absence de la femme aimée : « Quand donc reviendrez-vous Marie ».

A partir de cet instant, l’amour bascule vers la souffrance. Il est placé sous le signe du doute et de la plainte : le poème prend un ton élégiaque et se clôt sur une interrogation au ton grave : « Quand donc finira la semaine ».

Ce vers clôt également une strophe narrative où le poète a pérennisé sa souffrance. En effet, la dernière strophe du poème « Marie » nous fait entrer dans l’histoire et le vécu du poète qui ancre sa souffrance dans son quotidien par des éléments réels et concrets : « Je passais au bord de la Seine / Un livre ancien sous le bras ».

La comparaison entre la souffrance du poète et le fleuve (« Le fleuve est pareil à ma peine / Il s’écoule et ne tarit pas » ) accentue la douleur du poète : le temps passe inexorablement, mais sa peine demeure. Cette image rappelle bien entendu un autre poème d’Apollinaire, « Le Pont Mirabeau » :

« Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours (…)
Les jours s’en vont je demeure»

B – La souffrance est mise à distance

La souffrance du poète est associée au temps qui passe et inscrite dans la durée par une association d’image avec l’écoulement du fleuve. La douleur est donc perçue comme une source intarissable.

Cette souffrance sans cesse renouvelée est mise en valeur à la fin de la troisième strophe et au début de la quatrième : les interrogations répétées, placées sur les deux strophes, mettent en exergue l’idée de continuité de cette souffrance.

On pourrait même se demander si le poète ne se complaît pas dans cette souffrance. En effet, il semble opérer une mise à distance par des jeux de mots.

Par exemple, le jeu de mot sur le double sens de « peine » au vers 9 confère un aspect ludique au poème : « Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine » . Ici, l’expression « vous aimer à peine » peut vouloir dire « vous aimer un peu » ou bien « vous aimer jusqu’à en être peiné ». L’ambiguïté est volontaire.

De même, le poète trouve son mal « délicieux ». Une nouvelle fois, la diérèse apporte du sens : elle prolonge le délice en question, celui du « mal ».

C – Vers un dépassement de la douleur

D’ailleurs, le poème laisse percevoir au lecteur qu’il y a une possibilité de dépassement de la douleur : le poète semble vouloir tourner la page de son « livre ancien » (« Un livre ancien sous le bras » ). Il connaît déjà l’histoire : elle est terminée.

De plus, l’interrogation du dernier vers avec la conjonction de coordination « donc » qui a une valeur de conséquence, laisse penser que la souffrance du poète peut trouver sa conclusion avec la fin de la semaine : « Quand donc finira la semaine » .

« Marie », Apollinaire, conclusion :

Le poème « Marie » se donne à lire comme une juxtaposition d’évocations discontinues, montrant les états d’âme du poète, à la fois mélancolique, souffrant de l’amour, mais se complaisant dans cet état.

Sa composition, à la fois classique et moderne, montre presque une peinture cubiste de ses sentiments (un cœur, des cheveux, une main…).

Enfin, les images liées de l’amour, du temps qui passe et du fleuve font songer à un autre poème célèbre d’Apollinaire : « Le pont Mirabeau » .

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  4 commentaires à “Marie, Apollinaire : analyse”

  1.  

    J’aime beaucoup vos cours et vos videos, elles m’aident bcp ! merci de nous aider à préparer le BAC !

  2.  

    Bonjour,

    Je tiens à vous remercier pour votre aide car votre site m’a beaucoup apporté. Elève de 1S, ma professeure de français n’est pas très bien organisée et en retard dans son programme. Au moment même où je vous parle, il ne me reste plus que 3 semaines de cours avec elle et il nous reste 4 textes à analyser. Heureusement que je n’ai pas trop de difficultés, cependant j’aimerais vous solliciter pour un poème ! 😀
    Le poème est « Marizibill » de Apollinaire. La prof nous a déjà donné un plan mais il est peu détaillé à mon goût. Je pense pouvoir y rajouter des éléments mais je ne suis pas sur de mon coup. Serait-il possible d’obtenir une aide de votre part (commentaire composé sous forme de man détaillé…) ?

    Merci beaucoup !

  3.  

    Bonjour! déjà merci beaucoup pour votre aide qui m’est très précieuse.
    Cependant j’ai du mal a comprendre ce que vous voulez dire par « la souffrance est mise à distance ». est-ce le fait que le poète prend du recul par rapport à sa peine?
    Merci d’avance

  4.  

    Bonjour Amélie,
    merci pour votre aide précieuse!

    Le poème est traditionnel de par ses thèmes, mais je ne comprends pas en quoi il est moderne ?

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