monsieur prudhommeVoici une analyse du poème « Monsieur Prudhomme » de Paul Verlaine publié dans Les Poèmes Saturniens en 1866.

Monsieur Prudhomme, introduction :

L’essor de l’industrialisation et du capitalisme dans la deuxième moitié du XIXème siècle fait émerger une nouvelle classe sociale dont l’influence devient prépondérante : la bourgeoisie.

Questions possibles sur « Monsieur Prudhomme » de Verlaine :

♦ En quoi ce poème est-il satirique ?
De qui se moque Verlaine et de quelle manière ?
♦ Quelle vision du poète et de la poésie se dégage de ce texte ?
♦ En quoi les différents portraits brossés par le poète sont-ils caricaturaux ?

Annonce du plan :

Verlaine, jeune poète marginal, fait dans « Monsieur Prudhomme » la satire de la classe bourgeoise (I) tout en évoquant le difficile statut des poètes et de la poésie sous le Second Empire (II).

I – Une satire de la bourgeoisie

A – Portrait de Monsieur Prudhomme : une caricature du bourgeois

La cible de ce poème satirique est la bourgeoisie, dont Verlaine se moque à travers un portrait caricatural de Monsieur Prudhomme et de son gendre.

Le « Monsieur » précédant le nom est un signe d’appartenance à la société bourgeoise. Par ailleurs, « Monsieur Prudhomme » qui signifie : « Monsieur prudent » est un nom propre péjoratif.

La diérèse sur le i de « Monsieur » aux vers 8  (il est nécessaire de prononcer Mon-si-eur (3 syllabes) au lieu de Mon-sieur (2 syllabes) souligne le caractère pompeux du bourgeois qui s’accorde beaucoup d’importance.

L’ironie du poète est présente dès le premiers vers qui met en avant un  jeu de mots : « il est maire et père de famille ». Le poète joue ici sur l’homophonie de  maire / mère créant ainsi un effet humoristique. Il  souligne par cette homophonie la domination du bourgeois sur sa famille.

La tenue vestimentaire de Monsieur Prudhomme est également caricaturale : « Son faux col engloutit son oreille » (v. 2). L’image grotesque du col engloutissant l’oreille accentue le ridicule du maire.

Le faux-col connote la raideur morale du bourgeois déjà présente dans son attitude : « Il est grave » (v. 1). L’emploi du verbe d’état « être » renforce cette rigidité et dénonce le caractère figé et conservateur du bourgeois.

Mais de façon paradoxale, la raideur extérieure de Monsieur Prudhomme s’accompagne d’une mollesse intérieure. En effet, « ses yeux  / Dans un rêve sans fin flottent, insoucieux » : cette phrase dénonce le caractère apathique du bourgeois, à l’opposé de l’image qu’il souhaite donner.

La satire est enfin perceptible dans le contraste entre la gravité du personnage et l’aspect ridicule de son allergie : « son éternel coryza » (v. 13).

Ce contraste entre gravité et légèreté s’entend également dans les sonorités, avec le caractère grave et pompeux de l’allitération en « p » d’une part, et la légèreté de l’allitération en « l » d’autre part : « il est maire et père de famille » (v. 1), « Et le printemps en fleurs sur ses pantoufles brille » (v. 4, 14), « Et les prés verts et les gazons silencieux ?/Monsieur Prudhomme songe à marier sa fille » (v. 7-8), « Il est juste-milieu, botaniste et pansu » (v. 10), « Ces fainéants barbus, mal peignés, il les a/Plus en horreur que son éternel coryza » (v. 12-13).

B – Monsieur Machin : caricature du gendre idéal

La caricature du bourgeois se poursuit à travers le portrait de monsieur Machin au premier tercet.

Le nom « Machin » est, comme « Prudhomme », péjoratif. Il tourne en dérision et dépersonnalise le jeune bourgeois. Verlaine insinue par là que monsieur Machin peut être n’importe qui : ce qui compte pour la bourgeoisie n’est pas l’individu mais son appartenance sociale.

Le gendre réunit toutes les qualités essentielles aux yeux de la bourgeoisie : l’adjectif qualificatif « cossu » (v. 9), signe de grande fortune, connote l’aisance financière, tandis que « pansu » (v. 10), signe de la prospérité bourgeoise, suggère le confort matériel. Placés à la rime, ces deux adjectifs sont mis en évidence comme les deux valeurs fondamentales pour la bourgeoisie.

Enfin, « juste-milieu » (v. 10) évoque la modération politique, qualité secondaire du gendre idéal bourgeois qui craint les extrêmes. Quant à « botaniste » (v. 10), cela fait référence à un intérêt uniquement scientifique pour la nature.

C – Indifférence à la nature et rejet de la poésie

L’accumulation de questions rhétoriques dans le second quatrain offre une vision romantique de la nature dont l’harmonie est soulignée par le rythme binaire : « Que lui fait l’astre d’or, que lui fait la charmille/Où l’oiseau chante à l’ombre, et que lui font les cieux, /Et les prés verts et les gazons silencieux ? » (v. 5 à 7).

Cette suite de questions crée un effet d’attente jusqu’à la chute du vers 8 : « Monsieur Prudhomme songe à marier sa fille ».

Cette chute dénonce avec ironie l’indifférence à la nature du bourgeois, uniquement attaché aux valeurs de la société patriarcale.

En effet, le lecteur aurait pu croire que Monsieur Prudhomme rêvait à la nature ou à des pensées plus profondes (idée annoncée par les vers 2 et 3 : « Ses Yeux/Dans un rêve sans fin flottent insoucieux »). Or il n’en est rien : la chute révèle que Monsieur Prudhomme est absorbé uniquement par l’idée de marier sa fille avec un homme fortuné.

 De même, aux vers 4 et 14, Verlaine se moque du bourgeois, qui n’apprécie de la nature que le reflet de celle-ci sur ses pantoufles : « Et le printemps en fleurs sur ses pantoufles brille » (v. 4).

Au vers 14, le vers 4 est repris avec une inversion entre « pantoufles » et « brille » : « Et le printemps en fleurs brille sur ses pantoufles ». Cette inversion accentue l‘aversion du bourgeois à tout ce qui est poétique, au profit du confort matériel symbolisé par les pantoufles (mot qui clôt le poème).

Transition : Le bourgeois caricatural de Paul Verlaine dénigre la poésie romantique et le poète. A travers son point de vue, c’est donc un fausse satire de la poésie et du poète que dresse Verlaine.

II – Une fausse satire de la poésie et du poète

A – Une parodie de la poésie romantique

Dans « Monsieur Prudhomme », la nature est caractérisée par une juxtaposition de clichés romantiques et de lieux communs de la poésie traditionnelle :
« printemps en fleurs » (v. 4, 14);
« l’astre d’or » (v. 5) périphrase précieuse pour désigner le soleil;
« l’oiseau [qui] chante à l’ombre »;
« les cieux » (v. 6);
♦ L’herbe et la couleur verte basique : « les prés verts et les gazons silencieux » (v. 7).

Par ailleurs, l’emphase du deuxième quatrain, qui tranche avec la tonalité principale du poème, trahit l’ironie de l’auteur qui tourne en dérision la poésie.

Mais Verlaine fait ici la parodie d’une certaine poésie romantique simple et conformiste, seule poésie comprise et tolérée par la bourgeoisie de l’époque.

Ainsi le poète se moque de cette poésie figée dans sa forme, qu’il compare alors implicitement à la bourgeoisie.

B – La forme du poème : entre conformisme et marginalisation

Tout au long du poème, Verlaine joue volontairement sur le mélange entre prose et poésie, se distinguant ainsi de cette poésie conformiste dont il fait la satire.

Ainsi, du vers 5 au vers 7 et du vers 11 au vers 14, une seule longue phrase entrecoupée de virgules se déploie en dépit du vers et de la strophe, ce qui confère au poème un caractère prosaïque.

De même, les nombreuses descriptions ainsi que l’emploi de termes et de rimes anti-poétiques tels que « maroufles » et « pantoufles », « les a » et « coryza » (v. 11 à 14) renforcent cet aspect prosaïque.

S’il maîtrise parfaitement les règles du sonnet, le poète rompt volontairement avec sa forme conventionnelle et figée grâce à de nombreux rejets et enjambements qui désarticulent le rythme monotone de l’alexandrin : « Ses yeux/Dans un rêve sans fin flottent insoucieux » (v. 2-3), « que lui fait la charmille/Où l’oiseau chante à l’ombre » (v. 5-6), « il les a/Plus en horreur que son éternel coryza » (v. 12-13).

Ainsi, Verlaine assume sa condition sociale de poète marginal méprisée par la société bourgeoise de son temps.

C – Le portrait caricatural du poète

On trouve à la fin du poème un portrait du poète en écho à celui du gendre idéal. Les deux portraits sont antithétiques et caricaturaux.

Si Verlaine semble faire ici son autoportrait, c’est avec la distance de la caricature et du point de vue.

En effet, ce sont des yeux de monsieur Prudhomme, donc du point de vue du bourgeois, qu’est vu le poète, ce qui explique l’énumération de périphrases péjoratives : « Quant aux faiseurs de vers, ces vauriens, ces maroufles,/Ces fainéants barbus, mal peignés » (v. 11-12).

Le rejet des poètes par Monsieur Prudhomme est marqué par la comparaison entre les poètes et son allergie : « il les a/Plus en horreur que son éternel coryza » (v. 12-13).

Enfin, cette haine est soulignée par les sonorités des vers 11 à 13. En effet, les allitérations en « v » « r »,  « p » et « f » et « z » traduisent l’agressivité et le ton vociférateur du bourgeois : « Quant aux faiseurs de vers, ces vauriens, ces maroufles,/Ces fainéants barbus, mal peignés, il les a/Plus en horreur que son éternel coryza » (v. 11 à 13).

 Monsieur Prudhomme, conclusion :

Dans « Monsieur Prudhomme », Verlaine dresse le portrait caricatural du bourgeois sous le Seconde Empire, préoccupé par son confort et insensible à la nature et à la poésie.

Pourtant Verlaine contredit par la maîtrise et la brillance de son poème le point de vue de la société bourgeoise. Il démontre la noblesse de la poésie à travers son savoir-faire de poète et de caricaturiste.

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  2 commentaires à “Monsieur Prudhomme, Verlaine : commentaire”

  1.  

    Bonjour madame
    Je ne comprends pas le rapport entre le fait qu’il n’accorde pas d’importance à la nature et le fait que Verlaine fasse une parodie de la poésie romantique.
    En vous remerciant d’avance

  2.  

    Bonjour madameje ne comprends pas le rapport entre le fait que monsieur prudhomme n’accord pas d’importance s la nature et le fait que verlaine fasse une partie de la poésie romantique

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