lettre de gargantua à pantagruel chapitre 8Voici une analyse de la lettre de Gargantua à Pantagruel issue du chapitre 8 de Pantagruel de Rabelais.

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Lettre de Gargantua à Pantagruel, introduction :

Rabelais est connu pour être l’un des grands humanistes de la renaissance, à un moment où les intellectuels retrouvent la foi en l’homme et un appétit de savoir.

Après avoir étudié le droit et les langues anciennes, il se tourne vers la médecine en 1530. Il est nommé médecin la même année que la parution de Pantagruel, en 1532.

Le roman, à travers les aventures du géant Pantagruel, fils de Gargantua roi des Dipsodes, déploie avec beaucoup d’humour les thèmes centraux de l’humanisme.

Le rapport à l’éducation et aux savoirs en est un fondamental qui est développé dans le chapitre 8 de Pantagruel.

Questions possibles à l’oral sur le chapitre 8 de Pantagruel :

♦ Quels sont, d’après la lettre de Gargantua, les fondements d’une éducation humaniste ?
♦ Détaillez le programme éducatif de Gargantua pour son fils.
♦ Pourquoi peut-on dire que Rabelais nous donne à voir un idéal ?
♦ Quels sont les buts de cette lettre ?

Annonce du plan

La lettre de Gargantua à Pantagruel est une lettre efficace (I) dans laquelle Gargantua propose à son fils une éducation humaniste (II). Nous verrons que le programme de Gargantua est l’ambition d’un idéal (III) qui montre le but vers lequel tendre.

I – Une lettre efficace

A – Une lettre intime

Le chapitre 8 de Pantagruel voit l’insertion du genre épistolaire dans le romanesque. Pantagruel est à Paris pour étudier, il y reçoit une lettre de son père Gargantua.

On trouve donc dans cet extrait les marques du genre épistolaire :

♦ Les marques de l’émetteur : la première personne du singulier « je t’admoneste », « j’entends' », l’adjectif possessif « mon »;
♦ Les marques du destinataire : la deuxième personne du singulier : « Tu es », l’adjectif possessif « ton ».
L’inscription du lieu et de la date (« D’Utopie, le dix-sept mars » )
L’évocation de la distance géographique qui justifie l’écriture de la lettre (« Tu es à Paris » ).

Il s’agit de prime abord d’une lettre intime entre un père et son fils comme en témoigne les termes affectifs : « très cher fils » , « mon fils » , « ton père » .

Néanmoins, il ne faut pas oublier que Pantagruel est une fiction. Cette lettre a donc une double énonciation : elle s’adresse aussi bien à Pantagruel qu’au lecteur.

B – Un ton impératif

Gargantua est un roi. En s’adressant à son fils, il s’adresse également à son successeur. Cette lettre témoigne ainsi de la façon dont Gargantua souhaite éduquer un futur monarque.

On observe tout de suite que le ton de Gargantua est solennel et autoritaire.

Il utilise son autorité de père (« mon fils » ) en rappelant sa propre expérience et son rôle (« je t’en donnai quelque goût quand tu étais encore petit, en l’âge de cinq à six ans » ).

L’extrait commence par une réprimande solennelle : « je t’admoneste » qui ne laisse aucun doute quant à la raison de la lettre : Pantagruel doit obéir à son père.

On observe ensuite l’utilisation de l’impératif : « Laisse-moi », « pratique », « poursuis », « saches-en », « acquiers-toi », « commence ».

Les nombreux verbes de volonté accentuent encore le ton péremptoire de Gargantua : « Je veux que » est répété trois fois et suivi de nombreuses subordonnées « que tu apprennes », « que tu formes », « que tu emploies » etc.

« J’entends et je veux » : dans cette phrase, la conjonction de coordination a une valeur répétitive qui crée un effet d’insistance, voire de martèlement.

L’emploi impersonnel du verbe convenir : « il te convient servir » présente les propos de Gargantua comme une vérité indiscutable.

C – Une présentation didactique

Dans sa lettre, Gargantua présente à son fils un programme d’éducation. Cette présentation est menée de façon didactique.

Dès le début de l’extrait, la construction en chiasme : « Tu es à Paris, tu as ton précepteur Epistemon, dont l’un par vives et vocales instructions, l’autre par louables exemples » expose les deux volets de l’éducation de Pantagruel : d’une part, le précepteur a pour charge de prodiguer à gargantua un enseignement théorique; d’autre part,  la vie à Paris lui permettra de parfaire cet enseignement grâce à la pratique.

Cette idée est reprise tout au long de la lettre : « et, par de fréquentes dissections, acquiers une parfaite connaissance » , « tu mettes tes progrès en application » .

L’enseignement voulu par Gargantua est donc double : théorique et pratique.

Par ailleurs le programme est très clairement établi.

Gargantua évoque les enseignements en trois blocs séparés : d’abord les langues, puis l’histoire, la géométrie, l’arithmétique, la musique, l’astronomie, le droit. Ensuite (« Et » ),  il aborde les sciences naturelles, enfin (« Puis » ) il évoque la médecine avant de terminer par les religions.

Gargantua a également recours à des exemples d’autorité pour emporter l’adhésion de Pantagruel : « comme le veut Quintilien« , « selon la sage Salomon » .

La cohérence de ce programme parfaitement structuré permet à Rabelais, qui utilise la lettre de Gargantua comme un prétexte, de démontrer sa vision d’une éducation humaniste.

II – Une éducation humaniste

Le programme mis en place par Rabelais est une démonstration des valeurs humanistes appliquées à l’éducation.

A – Une vision modernisée de la scolastique

La scolastique est l’enseignement qui était dispensé au Moyen-Age dans les écoles monastiques et les universités. Dans sa lettre, Gargantua reprend en les modernisant des principes d’enseignement de la scolastique.

Tout d’abord, Gargantua se réfère aux arts libéraux.

Au Moyen Age, les arts libéraux sont les 7 branches qui forment la scolastique. Ces arts libéraux sont divisés en deux :
♦ Le Trivium qui comprend la grammaire, la dialectique et la rhétorique;
♦ Le Quadrivium composé de l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la musique.

Le premier bloc du programme de Gargantua se réfère donc à l’enseignement traditionnel du Moyen Age.

Par ailleurs, Gargantua fait référence à deux des fondements de la scolastique, l’apprentissage par cœur : « je veux que tu saches par cœur » et la faculté d’exprimer un discours construit (par exemple lors des disputes) : « que tu formes ton style ».

Cependant, le programme de Gargantua dépasse l‘enseignement médiéval.

Tout d’abord, il en rejette une partie : « Laisse-moi l’astrologie divinatrice et l’art de Lullius, comme abus et vanités« . Les deux adjectifs péjoratifs montrent le peu de valeur accordée par la renaissance à l’astrologie.

Ensuite, à la connaissance et la maîtrise des arts libéraux sont ajoutés les sciences naturelles, mais aussi la médecine et la religion.

A la renaissance, de nombreuses pratiques de la médecine, notamment la dissection, sont sujettes à de violents débats. Le parti pris par Rabelais est néanmoins très clair : « par fréquentes anatomies acquiers-toi parfaite connaissance de l’autre monde, qui est l’homme« .

Ainsi le programme d’éducation voulu par Gargantua modernise les principes médiévaux.

B – Connaître le passé et s’ouvrir au monde

L’humanisme opère un retour aux connaissances de l’Antiquité (par opposition à celles du Moyen Age), et place l’homme au centre du monde.

La lettre de Gargantua à Pantagruel illustre parfaitement ces théories humanistes.

Gargantua fait tout d’abord de nombreuses références aux grands noms de l’Antiquité :  » Quintilien » , « Platon » , « Cicéron » . Notons par ailleurs qu' »Epistemon » signifie sage en Grec.

Ensuite, il souhaite que son fils ait une parfaite connaissance des langues anciennes, mais également de l’histoire.

La référence à d’autres langues, visant à une ouverture sur le monde, est également préconisée : « la Chaldaïque et Arabique pareillement« .

L’intérêt pour Pantagruel est de connaître le monde qui l’entoure mais également de pouvoir communiquer avec la culture arabe, formidable vecteur de science et de connaissances à cette époque.

C – Un rapport à la religion pieux et critique

L’éducation humaniste de Gargantua se termine par la connaissance parfaite de la religion. Rabelais propose ainsi de mêler la culture profane à la culture religieuse.

A la renaissance, cette prise de position est considérée comme dangereuse, notamment par la Sorbonne. En effet,  dans sa lettre, Gargantua évoque à plusieurs reprises l’importance de pouvoir lire les textes religieux dans leur langue originale : «  et puis l’Hébraïque pour les Saintes Lettres, », «  commence à visiter les saintes lettres, en grec le Nouveau Testament et Épîtres des Apôtres, et puis en Hébreu le Vieux Testament« .

Cette lecture des textes religieux est à là fois pieuse, mais aussi critique. Celui qui lit peut se faire sa propre idée sans passer par le prisme du moine ou du prêtre, ce que l’église considère comme dangereux.

La prise de position de Rabelais, à travers cette lettre de Gargantua, sur la liberté d’étudier les textes religieux dans leur langue originale est une des raisons qui verra la condamnation de Pantagruel par la Sorbonne.

III – L’ambition d’un idéal

Ce que Rabelais nous donne à voir à travers la lettre de Gargantua n’est pas un programme réaliste, mais bien un idéal, que seul un géant comme Pantagruel peut atteindre.

A – Un registre enthousiaste

Les injonctions de Gargantua et son implication dans l’éducation de son fils ne laissent pas moins de place au plaisir de l’apprentissage.

Pantagruel doit être acteur de sa propre éducation. C’est la raison pour laquelle les marques de la deuxième personne du singulier sont très présentes.

Par ailleurs, dans la première phrase de l’extrait, Gargantua utilise le verbe profiter : « qu’emploies ta jeunesse à bien profiter en études et en vertus ». L’éducation est bien considérée comme une chance qu’il faut appréhender avec plaisir.

De la même façon, Gargantua considère que son rôle de père, au delà d’imposer, est aussi de faire aimer à son fils l’apprentissage : « je t’en donnai quelque goût« .

L’humaniste appréhende donc son éducation avec enthousiasme et plaisir.

B – Un programme encyclopédique et universel

Le programme présenté par Gargantua est quasiment exhaustif (mis à part l’étude des langues vernaculaires).

De nombreuses figures de styles démontrent ainsi que l’apprentissage se veut encyclopédique et universel :

Les accumulations sont nombreuses. Elles concernent les langues : « premièrement […] secondement, […] et puis, […] et« , ou les sciences naturelles avec la répétition anaphorique de l’adjectif indéfini totalisant « tout » :
« tous les oiseaux de l’air, tous les arbres, arbustes et buissons des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés au centre des abîmes, les pierreries de tout Orient et Midi ».

On note également une accumulation d’adverbes de manière (« pareillement », « parfaitement, « soigneusement ») qui souligne le soin que Pantagruel doit mettre à son éducation.

Ces accumulations sont suivies d’une litote : « rien ne te soit inconnu » qui vient renforcer l’idée de totalité. Chaque élément des sciences naturelles est cité, qu’il soit minéral, végétal ou animal.

Par ailleurs, la double négation renforce cette notion de totalité : « qu’il n’y ait mer, rivière, ni fontaine, dont tu ne connaisse ».

La métaphore « que je voie un abîme de science » met en évidence la profondeur du savoir de Pantagruel.

Le savoir est donc encyclopédique. Il concerne absolument tous les domaines des connaissances.

Ainsi, la somme des savoirs censés être accumulés par Pantagruel est bien sûr irréaliste. Rabelais nous donne à y voir un idéal.

C – Un idéal de vertu

L’idéal du savoir rejoint l’idéal de vertu, qui sont, selon Rabelais, indissociables.

Dès le début de la lettre, Gargantua précise de  » bien profiter en études et en vertus« . La valeur additive de la conjonction de coordination « et » souligne les liens inaliénables qui existent entre l’acquisition de connaissances et le développement de la vertu.

En  référant à une autorité religieuse, « Salomon » , la lettre se termine par un aphorisme très connu de nos jours : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme« . La connaissance doit être guidée par la conscience, l’éthique. L’utilisation du présent de vérité générale renforce la maxime.

Le rythme ternaire de la phrase : « Il te convient de servir, aimer et craindre Dieu » met en relief les devoirs moraux auxquels l’homme humaniste doit se conformer.

Dans l’esprit de Gargantua, et par extension de Rabelais, la connaissance doit être guidée par la vertu afin d’atteindre l’idéal humaniste.

Lettre de Gargantual à Pantagruel, conclusion :

Fidèle au programme énoncé dans son prologue, Rabelais nous divertit tout en nous amenant à réfléchir sur l’homme.

A travers cette lettre d’un père à son fils, d’un roi à son successeur, l’auteur nous donne à lire, dans un jeu de double énonciation, les fondements de l’éducation humaniste.

Tu étudies le chapitre 8 de Pantagruel ? Regarde aussi :

Gargantua, le prologue (analyse)
Qu’est-ce qu’un apologue ? (vidéo importante)
L’argumentation directe et indirecte (vidéo)
Convaincre et persuader (vidéo)
L’abbaye de Thélème (Gargantua), Rabelais : analyse
De l’éducation des enfants, Montaigne : analyse
« Des cannibales », Montaigne : analyse
Des coches, Montaigne : analyse
Les Liaisons dangereuses, Laclos, lettre 81 (analyse)

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  23 commentaires à “Lettre de Gargantua à Pantagruel : analyse”

  1.  

    Bonsoir,
    Vous dites au début que Pantagruel est un géant, et que c’est le fils de Gargantua, mais ce n’est pas plutôt Gargantua le géant?

  2.  

    Bonjour,
    Auriez vous une idée d’ouverture sur une autre œuvre pour la conclusion svp ?

  3.  

    Bonjour Amélie !

    Votre commentaire composé est très intéressant et approfondi, seulement ma professeur de français nous répète toujours de ne faire qu’un plan des façons suivantes, au risque de dépasser le temps imparti le jour de l’oral :
    – soit, un plan en deux grandes parties mais avec trois sous-parties dans chaque grande partie
    – soit, un plan en trois grandes parties mais avec seulement deux sous-parties dans chaque grande partie

    Qu’en pensez-vous ? Est-ce vraiment pénalisant de faire un plan beaucoup plus développé ?

    •  

      Il n’y a rien d’obligatoire. Un plan avec 6 sous-parties correspond aux attentes générales du jury, mais un plan plus développé est le bienvenu du moment que vous ne dépassez pas le temps imparti de 10 minutes pour la lecture analytique.

    •  

      L’essentiel est de présenter une lecture analytique de 10 minutes. Certains élèves ont un bon débit, très peu d’hésitations, ils sont donc capable de faire une lecture analytique très complète en 10 minutes. D’autres élèves, plus lents, doivent raccourcir leur présentation pour la faire entrer dans le temps imparti. Ce n’est qu’en te chronométrant et en t’entraînant chez toi que tu vas savoir ce dont tu es capable.

  4.  

    Chere Amelie,
    Merci infiniment pour ce site qui m’est d’une grande aide !!! Tout les commentaires sont approfondis et bien structurés , et les conseils aussi !!!! Cependant j’ai passe mon oral blanc il y a une semaine et je suis tombee sur ce texte et il me rester 1/2 minutes à parler et je n’avais plus rien à dire … est ce grave ??

    •  

      Bonjour Rachel,
      Vous devez essayer de faire une lecture analytique de 10mn, mais les examinateurs ont quand même un certain degré de tolérance. Disons qu’une lecture analytique entre 8 et 11mn convient. En deçà ou au délà, vous êtes pénalisés. Donc s’il ne te manquait qu’une ou deux minutes pour faire 10mn, je ne m’inquièterais pas !

  5.  

    Ok merci beaucoup pour votre reponse rapide et encore merci pour votre aide

  6.  

    Bonjour,

    Je voudrais vous remercier pour toute l’aide que vous nous fournissez sur les oeuvres car cela m’a énormément aidé pour l’oral blanc de français.

  7.  

    genre, type, registre et mouvement svp

  8.  

    Avez-vous une idée d’ouverture ?

  9.  

    Bonjour Madame, je suis en première S cette année et j’ai malheureusement une professeur de français qui nous donne aucune méthode pour l’oral de français. En effet, concernant les 5 lectures analytiques que nous avons étudier, nous avons eu une problématique et ensuite la professeur parle du texte sans s’arrêter et nous prenons des notes. Le texte est très bien analysé et nous avons pleins d’informations seulement, nous ne disposons pas de plans. Donc je me retrouve avec deux copies doubles de notes sur ce texte mais je n’arrive pas à les organiser et ensuite les apprendre. Suite à cette question, la professeur nous répond que lors de l’oral nousndevrons être capable de dresser un plan suivant la question posée, mais comment apprendre une analyse sans organisation.
    J’espère que vous pouvez m’aider.
    Merci d’avance

  10.  

    Il vaudrait mieux je pense employer le terme Homme avec H majuscule non pas homme* et vous savez pourquoi. C’était l’Homme ( hommes et femmes) qu’on a mis au centre du monde par l’homme uniquement.
    Sinon bonne analyse.

  11.  

    doit-on faire une ouverture lors de l’oral ?

  12.  

    Bonjour Amélie,
    Je vous remercie pour votre travail sur ce site, car en plus d’apporter des exemples de corrections à des lectures analytiques, vous amenez nombre de conseils qui peuvent se révéler très utiles le jour de l’examen.
    Je vous remercie ainsi pour votre travail, dont je me suis inspirée à plusieurs reprises lors de la préparation de mes lectures analytiques.
    En vous souhaitant une bonne continuation.

  13.  

    Bonjour, vaut-il mieux que j’ouvre sur l’Utopie de Thomas More ou au contraire sur le poème « Je me ferais savant en la philosophie » de Du Bellay qui est plus axé sur la désillusion ?

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