L’humanisme

 Publié par Amélie  bac francais  Commenter
Nov 272017
 

humanisme définitionL’humanisme dépasse le cadre d’un simple mouvement littéraire : c’est un vaste mouvement culturel européen du XVIème siècle qui touche les lettres mais aussi la philosophie, la religion et la morale.

Humanisme : définition courte

Le mouvement humaniste se caractérise par son admiration des cultures grecque et latine et par sa volonté de placer l’homme au centre de sa réflexion.

En connaissant l’Homme, en le comprenant, les humanistes souhaitent contribuer à son épanouissement (personnel, culturel et politique).

I – Le contexte historique de l’humanisme

Pas de surprise : un mouvement littéraire et culturel reflète toujours les changements à l’œuvre dans une société à un moment donné.

Or à partir du 15ème siècle, d’importants changements bouleversent l’Europe :

◊ La découverte de nouvelles contrées

En 1492, l’explorateur Christophe Colomb (qui cherchait la route des Indes) découvre l’Amérique.

C’est un véritable bouleversement : les Européens découvrent subitement qu’il existe d’autres peuples qui se sont développés à l’écart de la civilisation européenne.

En 1520, Magellan entreprend le premier tour du monde.

Parallèlement, une autre découverte bouleverse la conception que les européens se font du monde : la révolution copernicienne.

Nicolas Copernic (puis Galilée) défend la théorie de l’héliocentrisme : ce n’est pas le soleil qui tourne autour de la terre mais la terre qui tourne autour du Soleil.

Cette théorie, qui bouleverse les croyances de l’époque, est condamnée par l’Église .

◊ L’invention de l’imprimerie

En 1450, Gutenberg invente l’imprimerie.

Cette invention a un impact décisif  sur la diffusion des connaissances.

Les textes peuvent se transmettre à grande échelle, le prix des livres diminue.

Plus encore : les hommes peuvent accéder au savoir sans médiation, sans intermédiaire.

◊ La redécouverte des textes grecs et latins

La redécouverte des textes grecs et latins qui marque la Renaissance.

Pourquoi la redécouverte des textes antiques intervient-elle au 15ème et 16ème siècle ?

L’histoire est intéressante :

En 1453, les turcs envahissent Constantinople et chassent les intellectuels byzantins qui se réfugient en Europe.

Mais les intellectuels byzantins emportent avec eux des manuscrits grecs qu’ils possèdent (comme les textes de Socrate, Platon, Aristote) et les font ainsi redécouvrir aux Européens chez qui ils s’installent.

Les humanistes européens sont donc avant tout des érudits, des philologues (c’est à dire des linguistes) qui étudient et se passionnent pour les textes antiques qu’il redécouvrent.

◊ La Renaissance italienne

Au 15ème siècle, alors que l’art gothique domine en Europe, les italiens renouent avec l’Antiquité, notamment à Florence où la famille des Médicis encourage les artistes.

La Renaissance italienne touche tous les domaines artistiques : la peinture, l’architecture, la sculpture, le dessin…(avec des artistes comme Léonard de Vinci, Michel Ange, Boticelli. )

En poésie, l’italien Pétrarque est loué pour son recueil Le Canzoniere.

La Renaissance italienne va devenir une source d’inspiration pour la Renaissance française qui s’initie un siècle plus tard.

II – Les principes de l’humanisme

Le mouvement humaniste est vaste et touche de nombreux domaines (littérature, politique, morale, religion…).

Les auteurs humanistes sont toutefois liés par des idées et valeurs communes :

◊ La foi en l’homme

Les humanistes ont confiance en l’homme et le mettent au centre de leur réflexion.

Ils pensent que la nature humaine est perfectible et peut atteindre la vérité par la raison et le cœur.

Les humanistes insistent donc sur la dignité de l’homme et l’importance de la sagesse.

Ils redécouvrent avec enthousiasme les sagesse antiques : le stoïcisme , le scepticisme et l’épicurisme.

Montaigne par exemple développe dans ses Essais une morale épicurienne : il nous invite à la modestie et à profiter des bonheurs simples.

Pic de la Mirandole, humaniste italien, réconcilie les textes anciens et la pensée chrétienne et insiste sur le libre-arbitre qui fait la grandeur de l’homme dans Discours de la dignité de l’homme.

◊ Une réflexion sur l’éducation

Mais l’homme ne devient réellement humain que s’il est éduqué, cultivé.

Les humanistes s’intéressent donc à l’éducation : quelle est le meilleur modèle éducatif possible ?

Les humanistes critiquent l’enseignement médiéval (qu’on appelle aussi la scolastique) trop fondé sur l’apprentissage par cœur.

La pédagogie humaniste privilégie un enseignement plus complet (qui forme le corps et l’esprit), fondé sur le dialogue et la réflexion.

Montaigne par exemple consacre plusieurs pages des Essais à la question de l’éducation (voir « De l’institution des enfants » ) dont est tirée sa célèbre formule : « Plutôt la tête bien faite que bien pleine » .

◊ Un esprit ouvert, critique et tolérant

Le courant humaniste valorise l’esprit critique, la tolérance et la réflexion.

La découverte de nouvelles contrées et les échanges entre pays mènent les humanistes à réfléchir à la relativité des valeurs.

Par exemple, Montaigne initie le relativisme culturel qui  invite à ne pas établir de hiérarchie entre les cultures.

Dans « Des cannibales » , il s’attache à montrer que les Cannibales d’Amérique, que les européens jugent barbares, sont meilleurs et plus purs que les européens corrompus.

Il nous invite à un regard plus tolérant sur l’Autre : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » .

Les humanistes mènent aussi une réflexion politique. Quel système politique pour contribuer à l’épanouissement de l’homme ?

Machiavel repense le rôle du Prince.

Le discours de la servitude volontaire de La Boétie remet en cause la monarchie absolue de droit divin et anticipe l’idée d’une société politique qui repose sur un contrat entre les hommes.

Thomas More dans Utopie ou Rabelais dans Gargantua cherchent les principes d’une société idéale.

◊ Un retour à la culture greco-latine

L’humanisme se caractérise par le retour à la culture gréco-latine.

Les textes anciens sont traduits, expliqués et diffusés grâce à l’imprimerie.

On se met à enseigner les langues anciennes – le grec, le latin, et même l’hébreu – pour pouvoir lire directement les textes de l’Antiquité.

Les humanistes privilégient le contact direct avec le texte biblique (alors que l’Église estime nécessaire la médiation des fidèles et de la Bible par les ecclésiastiques) d’où l’apparition du protestantisme.

 ◊ Le français comme langue littéraire

En poésie, apparaît la première école littéraire française : la Pléiade dont font partie notamment Ronsard et Du Bellay.

Ces poètes sont pétris de culture grecque et latine mais leur ambition est de créer la poésie française.

Du Bellay publie Defense et illustration de la langue française : il recommande de s’inspirer des anciens pour enrichir la langue française et la faire accéder au rang de langue littéraire.

III – Les caractéristiques de l’écriture humaniste

◊ Une écriture à la première personne

De façon générale, l’écriture humaniste est une écriture à la première personne (« je »).

On retrouve bien sûr la première personne dans les Essais de Montaigne : « Quand je danse je danse, quand je dors, je dors » ( « De l’expérience »).

Chez Rabelais, on observe le champ lexical des sentiments ou du corps qui valorise ce qu’il peut y avoir d’intime et de personnel chez l’homme.

◊ Des références aux auteurs grecs et latins

On retrouve dans les textes humanistes des citations issus des textes anciens.

Parfois, les textes anciens ont été tellement digérés par les auteurs que des citations sont incorporées à leurs textes, sans guillemets.

Par exemple, dans son « Sonnet pour Hélène », Ronsard construit son poème à partir d’une citation Horace (« cueillir le jour ») qu’il s’approprie :

Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

◊ Une écriture élogieuse

Les poètes de la Renaissance veulent créer la poésie française.

Ils se refusent donc à utiliser une langue trop simple et directe.

Leur volonté est d’embellir la langue à l’aide de périphrases, d’hyperboles, de comparaisons mythologiques, d’où une écriture très élogieuse.

◊ Les antithèses

Les poètes humanistes s’inspirent des textes antiques et de la poésie italienne.

On trouve ainsi de nombreuses antithèses, figure de style directement héritée de Pétrarque.

Par exemple, dans le sonnet « Je vis, je meurs » de Louise Labé :

« Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie. »

IV – Les principaux auteurs et textes humanistes

L’humanisme s’est particulièrement exprimé dans des Essais et dans la poésie mais aussi dans les romans de Rabelais.

S’agissant des Essais, on retiendra Éloge de la folie d’Erasme, Utopia de Thomas More (qui donnera naissance au terme utopie en français) et les Essais de Montaigne.

Dans les Essais de Montaigne, on retrouve toutes les caractéristiques de l’humanisme : nombreuses citations grecques et latines incorporées au texte, sagesse inspirée des anciens, foi dans l’homme, esprit d’ouverture et appel à plus d’humilité.

En poésie, on retiendra Maurice Scève, Louise Labé, Ronsard et Du Bellay.

Les romans de Rabelais, notamment Pantagruel (1532), Gargantua (1534) et le Tiers livre (1542) proposent de nouveaux modèles d’éducation et de culture typiquement humanistes.

Par exemple, dans le chapitre 57 de Gargantua, l’abbaye de Thélème est une utopie où le libre-arbitre est érigé en principe de vie : « Pour toute règle, il n’y avait que cette clause : Fais ce que tu voudras ».

Pour aller plus loin :

Le baroque [avec vidéo]
Le classicisme [avec vidéo]
Le Parnasse
Le romantisme
Le réalisme
Le naturalisme
Quiz sur les mouvements littéraires

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