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Les aveugles, Jean Martin, 1937

Voici un commentaire composé du poème « Les aveugles » de Baudelaire issu des « Tableaux Parisiens« .

Cliquez ici pour lire le texte « Les aveugles » de Baudelaire.

I – Une description paradoxale des aveugles

Dans ce sonnet, comme l’annonce le titre, Baudelaire nous parle des aveugles.

Mais la description qu’il fait d’eux est surprenante, paradoxale. (Il faut comprendre par paradoxal : qui va à l’encontre de l’opinion courante).

La surprise provient du fait que Baudelaire semble insensible au malheur des aveugles.

Il les décrit avec des adjectifs péjoratifs qui ne laissent a priori transparaître aucune compassion : « vraiment affreux », « ridicules », « terribles ». 

L’adjectif « affreux », à la fin du premier vers, est renforcé par l’adverbe « vraiment » et l’allitération en « r » qui se poursuit dans les vers suivants :
« vraiment affreux ! Pareils aux mannequins ; vaguement ridicules ; terribles (…) »

Cette accroche est d’autant plus surprenante que le poème s’ouvre sur le verbe « Contempler ». (« Contemple-les, mon âme »).

Le verbe contempler conduit le lecteur à attendre quelque chose de beau et d’admirable.

Or survient l’adjectif « affreux » qui rompt l’harmonie attendue. L’antithèse « contemple » / « affreux » met ainsi en relief, par un contraste saisissant, l’adjectif « affreux ».

Baudelaire s’attarde ensuite sur quelques caractéristiques des aveugles.

Il souligne tout d’abord leur démarche disloquée, qui tend à faire rire (« vaguement ridicules »).

C’est ainsi qu’il faut comprendre la référence aux « mannequins » au vers 2.
Baudelaire n’évoque pas les ambassadrices de défilés de mode mais les statues articulées que l’on trouve dans les ateliers d’artiste et dont les mouvements sont saccadés.

Cette démarche saccadée est en outre soulignée par le rythme haché des trois premiers vers du premier quatrain :

« Contemple-les,/ mon âme, /ils sont vraiment affreux !/
Pareils aux mannequins ; /vaguement ridicules ; /
Terribles, /singuliers comme les somnambules ; »

Puis Baudelaire fait référence à un élément essentiel dans le poème : le regard des aveugles.

On relève ainsi le champ lexical de la vue dans ce sonnet : « globes ténébreux », « yeux », « regardaient », « le noir », « Vois ! » .

De plus, le substantif « leurs yeux » est mis en relief par sa place au début du vers 5.

Transition :
Baudelaire fait dans ce sonnet une description paradoxale des aveugles. Néanmoins, cette approche ne procède pas d’une cruauté gratuite.

Le lecteur comprend en effet dans la suite du poème que les aveugles revêtent dans ce sonnet une dimension symbolique.

II- La dimension symbolique des aveugles

Baudelaire, dans sa description des aveugles, s’est attaché à mettre en évidence ce qu’ils ont en commun : une démarche disloquée et un regard porté vers le ciel.

D’ailleurs, l’article défini du titre (Les aveugles) renvoie aux aveugles envisagés dans leur généralité.

La façon des aveugles de diriger leur regard vers le ciel est au cœur de la compréhension du poème.

On remarque tout d’abord que cette spécificité est mise en évidence par le rejet de « au ciel » au vers 7 : « restent levés,/ au ciel ; ».

Ce rejet au milieu du sonnet (vers 7) souligne l’effet d’ascension du regard des aveugles.

Mais le dernier vers du poème – (« Je dis : Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ? ») – nous invite à une relecture symbolique du poème.

Il faut souligner l’emploi de la majuscule à « Ciel » au vers 14. Le passage de la minuscule (ciel v.7) à la majuscule (Ciel v.14) souligne le passage du matériel au spirituel.

Pour Baudelaire, ce mouvement physique du visage des aveugles vers le ciel doit receler une quête spirituelle.

Le poète nous laisse penser que les aveugles sont animés par un espoir, une quête spirituelle qui les fait vivre.

Les aveugles incarnent ainsi rétrospectivement  l’ensemble des hommes qui tâtonnent dans le noir et qui cherchent à découvrir ce qui pourrait donner sens à leur condition humaine.

Transition :
Les aveugles représentent dans ce poème les hommes qui, plongés dans le noir, cherchent une réponse au mystère de leur condition humaine.

Or Baudelaire se désolidarise de ces aveugles pour dresser le portrait de sa différence et de sa solitude radicale.

III- La solitude du poète

Les aveugles sont évoqués dans ce sonnet pour mettre en relief la solitude radicale de Baudelaire.

Et si Baudelaire se rapproche du sort des aveugles dans le premier tercet, le vers final du sonnet met en évidence la solitude radicale de Baudelaire.

A – Le rapprochement entre le poète et les aveugles

Baudelaire opère dans les tercets un rapprochement entre le poète et les aveugles.

Alors que dans les quatrains, Baudelaire désigne les aveugles par le pronom personnel « ils », le poète emploie au vers 11 le « nous » qui englobe le « je » + « ils ».

Ce changement de pronom met en évidence une forme de solidarité entre Baudelaire et les aveugles.

Cette solidarité se dégage également de l’emploi du terme « frère » au vers 10 : « ce frère du silence éternel ».

Toutefois, à y regarder de plus près, il s’agit d’une forme de solidarité particulière.

On observe qu’au vers 11, le « nous » s’opposent aux autres qui constituent la « cité » :
« Ô cité ! / Pendant qu’autour de nous tu chantes, ris et beugles.»

Ce rapprochement entre le poète et les aveugles permet surtout de mettre en évidence leur exclusion commune du reste de la cité.

La « cité » représente en effet le reste de l’humanité.

La gradation au vers 12 : « tu chantes, ris et beugles » met l’accent sur la recherche effrénée de plaisir poursuivi par le commun des mortels.

Vous pouvez souligner les assonances en « ou » et « i » qui souligne le caractère bruyant de la cité :
« (…) autour de nous tu chantes, ris et beugles, / éprise du plaisir jusqu’à l’atrocité. »

Par ailleurs, la gradation « chantes, ris et et beugles » a pour effet de mettre en évidence le dernier mot, « beugles » qui assimile le peuple à du bétail.

Or le poète et les aveugles ont en commun d’être exclus de cette vulgarité. Mais, au sein même de cette différence, Baudelaire révèle à la fin du sonnet sa solitude radicale.

B – La différence radicale du poète

La solidarité de Baudelaire à l’égard des aveugles aperçue au vers 11 est de courte durée.

Dès le vers 13, Baudelaire affirme sa différence :
« mais plus qu’eux hébété/ Je dis : que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ? ».

Comme nous l’avons vu précédemment, les aveugles ont une valeur symbolique. Ils incarnent une attitude de l’homme face au mystère de l’existence : celle de chercher une réponse spirituelle.

Or le poète, lui, ne cherche pas et n’espère rien. D’où son interrogation finale teintée de désespoir : « Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ? ».

Il n‘y a pour Baudelaire ni recherche ni consolation spirituelle qui tienne.

L’absurdité de sa condition, son angoisse existentielle est sans réponse spirituelle possible, ce qui l’oppose radicalement aux aveugles qui continuent à chercher des réponses.

Au vers 14, le rythme haché et les sonorités gauches de l’adjectif « hébété » suggèrent le désarroi du poète qui se traîne (« je me traîne aussi ! ») encore plus douloureusement que les aveugles.

Conclusion sur les aveugles de Baudelaire :

En ouverture de conclusion, je vous suggère de faire le lien avec le poème « L’albatros » de Baudelaire qui traite aussi du thème de l’exclusion du poète.

Pour l’entretien à l’oral de français, révisez les fonctions de la poésie et notamment la fonction de révéler.

Tu aimerais savoir quelles types de questions l’on peut te poser à l’oral de français sur ce texte ?Regarde ces 5 problématiques possibles sur « Les aveugles » et la façon dont j’y réponds.

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  6 commentaires à “Les aveugles, Baudelaire : commentaire composé”

  1.  

    Merci, exactement ce que je cherchai !

  2.  

    Je déséspérais de trouver un commentaire sur ce poème, merci Amélie, c’est trop bien fait !!!

  3.  

    comment on fait pour trouver le rythme dans un poème ?
    Merci

  4.  

    vraiment un tres bon commentaire :-P

  5.  

    Une partie de ton commentaire est fausse, le terme « frère » n’induit pas une proximité entre le poète et les aveugles, non, c’est le noir illimité qui est le frère du silence éternel (si le terme « frère » s’appliquait au aveugles, il serait au pluriel). Pas de fraternité donc entre le poète et les aveugles…

    •  

      Bonjour Calixte,
      Ton analyse est un peu psycho-rigide ;)
      Je ne peux que t’inviter à relire attentivement mon II -A pour comprendre cette idée de rapprochement entre le poète et les aveugles.

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