Paysage, Baudelaire : analyse linéaire

baudelaire paysageVoici une explication linéaire du poème « Paysage » issu du recueil Les Fleurs du Mal de Baudelaire.

Paysage, Baudelaire, introduction

Charles Baudelaire est considéré comme l’un des plus grands poètes français.

Son œuvre inclassable s’inscrit dans les divers mouvements poétiques de son siècle, entre romantisme, parnasse et symbolisme.

L’œuvre de Baudelaire est une réflexion sur le « Spleen », ce profond mal-être, propre à l’homme, et renforcé par la modernité industrielle.

Le poète tente de s’en échapper, vers « l’Idéal ».

Les Fleurs du Mal (1857) fut condamné pour « atteintes aux bonnes mœurs ».

Baudelaire élabore en effet une beauté nouvelle, puisant le sublime dans le sordide, ce qui a pu choquer la société bien -pensante de l’époque.

C’est également cet alliage de la beauté et du sordide qui justifie e titre antithétique du recueil (Fleurs/Mal).

« Paysage » est le premier poème de la section « Tableaux parisiens ».

Après l’horreur des poèmes précédents, le poète cherche dans la poésie une voie hors la laideur du monde.

Problématique :

Comment ce poème fait-il l’éloge de la création poétique ?

Annonce du plan :

Le poète veut rêver parmi la nature (I). Après la tombée de la nuit (II), il évoque ses créations (III) comme une manière de se protéger du monde (IV).

I – Le poète veut rêver et créer

(Première strophe, vers 1 à 8)

Dès le premier vers, le poète affirme la toute-puissance de sa volonté, avec ce « Je veux » au présent de l’indicatif, et mis en emphase par la virgule qui l’isole.

Baudelaire annonce vouloir « composer » (v.1), verbe soulignant le travail de confection minutieux que constitue la création poétique.

Ce vers annonce ainsi un art poétique, c’est à dire un poème qui expose la manière de créer.

En désignant ses poèmes à venir par le terme d’« églogues », poèmes classique faisant l’éloge de la nature, le poète annonce la pureté de son œuvre, ce que renforce l’adverbe « chastement ».

Au deuxième vers, Baudelaire se compare aux astrologues « Couch[és] auprès du ciel », absorbés dans leur contemplation.

La nature est sacralisée par la présence de « clochers », dont la musique balancée est exprimée par l’assonance en « é » : « Et, voisin des clochers, écouter en rêvant ».

Le poète apparaît ainsi en contact avec la nature qu’il décrypte.

Au vers 5, Baudelaire se met en scène, en méditation « Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde. »

Ce vers associe hauteur et mansarde (chambre étroite sous les toits généralement associé à une situation de pauvreté).

Cette association peut avoir deux significations :  la création poétique élève le poète au-dessus de sa misère, ou bien c’est la misère qui élève le poète hors du monde, vers l’infini de l’imagination.

Au vers 6, Baudelaire projette des visions à venir, d’où l’emploi du futur : « Je verrai ».

Ce verbe fait naître un tableau devant les yeux du lecteur. Il faut se rappeler que Baudelaire était un passionné de peinture. Les titres même de la section « Tableaux parisiens » et du poème, « Paysage » proviennent du vocabulaire pictural.

L’atelier de Baudelaire est d’ailleurs animé par la personnification (« l’atelier qui chante et qui bavarde« ).

Les visions du poète lui permettent même d’esthétiser la ville, avec la métaphore entre « clochers » et « mâts » (v.7). L’imagination poétique sublime tout, même la ville moderne.

Au-dessus de la ville, s’élèvent « les grands ciels qui font rêver d’éternité » (v.8).

L’énumération dessine une gradation qui s’ouvre sur le ciel : « Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité, / Et les grands ciels qui font rêver d’éternité« . C’est résolument vers l’idéal que se porte le poète.

II – La tombée d’une nuit magique et créatrice

(Vers 9 à 13) 

Au vers 9, le poète dépeint la tombée de la nuit. La tournure impersonnelle « Il est doux » dit l’universel plaisir à voir tomber la nuit : la douceur de la nature s’offre à chacun.

Loin d’être négative, la nuit est la naissance d’un nouveau monde, comme le souligne l’enjambement « voir naître / L’étoile dans l’azur ».

Le poète transfigure la ville industrielle, dont il fait l’éloge : « Les fleuves de charbon monter au firmament. » (v.12). La métaphore entre la fumée et le fleuve et l’allitération en « r » témoignent de la capacité de la poésie à embellir le monde.

C’est donc dans une nuit magique et créatrice que pénètre le poète, sous le « pâle enchantement » (v.13) d’une lune fascinante.

III – Le poète se réfugie dans sa création idyllique

(Vers 13 à 17)

 Le vers suivant s’ouvre par la reprise anaphorique du « Je verrai » (v. 6 et 14), et se prolonge en une énumération ternaire des saisons (« Je verrai les printemps, les étés, les automnes« ) : le poète semble hors du temps qu’il voit défiler.

Seul « l’hiver » apparaît comme menaçant, avec ses « neiges monotones » (v.15). L’allitération en [n] et [m] restitue ce que Baudelaire craint le plus : l’ennui, le spleen.

Mais le poète sait se soustraire à cette menace : « Je fermerai partout portières et volets / Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais » (v.16 et 17).

Baudelaire assimile la création poétique à des édifices fabuleux et protecteurs. Le poète se protège du monde en se réfugiant dans un monde poétique dont il est le créateur comme l’indique l’adjectif possessifs « mes féeriques palais« .

L’adverbe de temps « Alors » (v.17) marque le début d’un voyage vers l’imaginaire : « je rêverai des horizons bleuâtres ». L’allitération en « r » restitue ces évasions imaginaires.

La longue énumération des vers 17 à 20 déploie  la vision de Baudelaire. Il imagine un paradis pure et enfantin comme le souligne le vocabulaire simple : « des jardins« , « des oiseaux« , « pleurant« , « chantant« , « soir« , « matin« .

Cependant, l’emphase de l’énumération peut suggérer que le poète serait ironique, et se moquerait cet imaginaire naïf. Il est peut-être ridicule d’imaginer cette pureté impossible.

IV – La volonté créatrice du poète le protège du monde

(Vers 22 à 27)

Ces visions permettent toutefois au poète d’échapper aux violences du monde, qui réapparaissent au vers 21 avec le terme « l’Emeute » qui s’oppose à « l’Idylle ».

Le terme « Emeute » peut renvoyer à la révolution française de 1848. Mais il désigne plus largement les violences urbaines, fruit des inégalités sociales.

La rime interne « tempêtant vainement » (v.21) fait entendre les bruits du monde à la vitre du poète.

Mais ces bruits n’arrachent pas le poète à ses visions. La conjonction « car » (v.24) explique l’absorption du poète dans son travail, toujours dans un futur idéal : « je serai plongé dans cette volupté ».

L’enjambement aux vers 23-24 souligne le plaisir de la création poétique qui rien n’arrête : « Car je serai plonger dans cette volupté / D’évoquer le Printemps avec ma volonté »

Cette création poétique consiste à « évoquer le Printemps » (sacralisé ici par la majuscule).

Le verbe « évoquer » rend compte du travail du poète qui rend présent la beauté absente.

Le poète y parvient par sa « volonté » (v.23) , présente dès le « Je veux » initial.

Avec le déterminant possessif « ma volonté », Baudelaire affirme donc la maîtrise de sa création, née de l’inspiration (furor) autant que du travail (labor).

Le poète sait « tirer un soleil de [son] cœur », métaphore soulignant les pouvoirs divins de l’artiste plongeant dans son intériorité pour faire naître la beauté.

L’évocation du « soleil » fait la transition vers le poème suivant intitulé « Le soleil », et révèle l’architecture soignée du recueil.

Créer permet au poète de « Faire / De [ses] pensers brûlants une tiède atmosphère. » (v.26-27). Par l’antithèse brûlants / tiède, Baudelaire présente sa création comme une manière d’adoucir  la violence des pensées qui l’habitent et l’abîment.

Paysage, Baudelaire, conclusion

Le poème « Paysage » est une réflexion sur la création poétique.

Baudelaire y déploie une image pastorale et idyllique d’une poésie qui tend vers l’Idéal.

La poésie fait de l’or avec de la boue, élève la réalité en la sublimant, autant qu’elle permet de se libérer de cette même réalité, vers l’imagination.

On retrouve ce mouvement d’élévation, qui permet d’atteindre les cimes de l’Idéal dans le poème « Élévation » des Fleurs du mal.

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Amélie Vioux

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