caligula acte 2 scene 10 analyseVoici un commentaire de l‘acte 2 scène 10 de Caligula d’Albert Camus.

Clique ici pour lire l’acte 2 scène 10 de Caligula (le texte)

Caligula, acte II scène 10 : introduction

A l’origine, Camus voulait publier Caligula en même temps que l’Etranger et Le Mythe de Sisyphe. Mais la Seconde Guerre mondiale lui fait réécrire sa pièce pour en changer le sens : tout le lyrisme romantique de la première version disparaît, et Caligula devient une pièce plus amère et beaucoup plus politique, qui cherche à montrer l’ambiguité du pouvoir.

La pièce reprend une histoire tragique, mais tend souvent vers le comique, l’ironie, voire la farce (notamment à travers les nombreuses allusions sexuelles) : c’est le mélange des tons et des registres qui la caractérise.

Dans la scène 10 de l’acte 2, Caligula montre l’étendue de son pouvoir en prenant des décisions absurdes (transformer les femmes des patriciens en prostituées et « taxer le vice »), et va jusqu’à tuer un de ses conseillers.

Questions possibles à l’oral de français sur l’acte 2 scène 10 de Caligula :

♦ Comment Caligula est-il représenté ?
♦ Quelle vision de l’homme et du monde Camus met-il en place dans cet extrait ?
♦ Montrez que Caligula incarne la démesure.
♦ Quels sont les registres présents dans ce texte ?

I – Une scène construite autour de Caligula

A – Une scène en deux temps

La scène 10 de l’acte II est divisée en deux grands mouvements : tout d’abord, Caligula et ses patriciens discutent de la crise économique (2e réplique : « les recettes ne sont pas bonnes »), puis Caligula accuse Mereia de se défier de lui.

C’est à chaque fois Caligula qui lance les sujets de conversation : il évoque les problèmes financiers et détourne la conversation une fois la nouvelle taxe approuvée.

Il est donc au centre de la scène, comme il est au cœur de la pièce (le drame porte son nom : il est le point de convergence de toute l’histoire).

De plus, c’est la parole et non les actes qui construit la scène. Le dire devient plus important que le faire. La scène est statique : l’action repose uniquement sur ce que Caligula va dire.

B – Un style fulgurant

Non seulement la scène se découpe en deux temps, mais la parole est aussi à deux vitesses : il y a celle de Caligula, et celle des autres.

Le style de Caligula est direct et dénué de toute hésitation. Ses phrases sont sans ambiguitéNaturellement voyons. Mais il faut nous rattraper sur les chiffres d’affaires. » : refus de la phrase complexe, phrases simples et directes avec un seul verbe par phrase), souvent affirmativesTu me suspectes. En quelques sortes, tu te défie de moi. »), et il utilise des questions rhétoriquesAinsi, tu as peur d’être empoisonné ? » : Caligula connaît déjà la réponse).

Les autres personnages s’expriment avec hésitation : « Alors pourquoi m’as-tu fait rester ? », « Mon asthme », « Oui … Je veux dire … Non » (répliques plus courtes, points de suspension).

Ainsi, deux types de paroles s’opposent :
♦ La parole de Caligula impose ses volontés;
♦ Les patriciens répondent aux questions rhétoriques de l’empereur ou lui opposent des réponses peu convaincuesOui … Je veux dire … Non »).

C – Caligula et la logique

Caligula a un bon sens logique. Même si ses décisions sont folles, elles s’appuient toujours sur des éléments rhétoriques.

C’est ce que montre le faux dialogue d’aveu entre Caligula et Mereia et notamment la didascalie « Réponds-moi. (Mathématique.) Si tu prends un contrepoison, tu me prêtes par conséquent l’intention de t’empoisonner. ».

De même, il utilise des connecteurs logiques qui montrent les liens de cause à effet : « par conséquent » , « parce que ».

Transition : La scène 10 de l’acte 2 oppose deux types de personnages : Caligula, omniprésent, et les patriciens, qui ne sont plus que des marionnettes pour l’empereur.

Cette situation fait osciller la pièce entre la tragédie et la farce.

II – Une scène entre tragédie et farce

A – Une tragédie affirmée

Dans cette scène 10 de l’acte II, Caligula cherche à aller au bout de sa folie en montrant qu’il a tous les droits sur ses sujets.

Les patriciens n’ont donc plus leur mot à dire : ils sont piégés, dès le début de la scène.

Ainsi, Mereia est réduit au silence avant même d’être assassiné (« Mereia, tu viens de perdre une occasion de te taire. Étant donné ton âge, ces questions ne t’intéressent pas et je ne te demande pas ton avis. »).

Comme tous les patriciens, il est désarmé devant la violence de Caligula.

Pendant la parodie de procès de Mereia, les autres patriciens sont des spectateurs impuissants : « Dès le début de la scène, Caesonia et Cherea ont gagné le fond. Seul, Lepidus suit le dialogue d’un air angoissé. ». C’est leur impuissance qui est tragique.

B – Pourtant, un registre comique

Cependant, il ne faut pas réduire cet extrait à sa tonalité tragique. En effet, Camus fait de sa pièce un entre-deux, où la farce et le tragique se mêlent constamment.

Le registre comique apparaît d’abord dans la décision de taxer le vice : cette décision absurde fait rire. Elle joue aussi sur l’aspect cru et prosaïque de la sexualité, qui représente une des formes du comique.

Un comique plus subtil, qui ne tient pas de la farce, mais plutôt du rire jaune ou crispé est également présent dans le discours de Caligula.

En effet, les questions de Caligula sont rhétoriques : elles n’invitent pas les patriciens au dialogue.

Ces derniers ne sont plus qu’un choeur craintif qui reprend toutes les paroles de leu empereur de peur de se faire agresser.

C – Une scène crispée et gesticulatoire

Ce mélange entre comique et tragique donne lieu à une scène crispée et gesticulatoire.

Crispée à cause des patriciens, coincés dans une attitude passive, et gesticulatoire parce que l’empereur fait d’eux des pantins qu’il manie à sa guise.

Ces deux aspects peuvent être illustrés par la réaction de Mereia lorsqu’il apprend sa condamnation à mort : dans un premier temps, sa position est passive et crispéePendant tout ce discours, Mereia se rapetisse peu à peu sur son siège. »), puis il jaillit, et « tente de s’enfuir », attitude gesticulatoire.

La réponse de Caligula à cette attitude est sans appel : « Mais Caligula, d’un bond sauvage, l’atteint au milieu de la scène, le jette sur un siège bas et, après une lutte de quelques instants, lui enfonce la fiole entre les dent et la brise à coups de poing. Après quelques soubresauts, le visage plein d’eau et de sang, Mereia meurt. Caligula se relève et s’essuie machinalement. »

Transition : Le mélange des registres n’est pas uniquement présent pour détourner les codes classiques du théâtre, mais bien pour montrer une nouvelle vision du monde et de l’homme.

III – Le détournement de la morale

A – Faire du vice une vertu, et de la vertu un vice

Dans la première partie de la scène, les valeurs morales sont inversées.

Caligula veut forcer les sujets à aller dans des maisons closes pour renflouer les caisses de l’Etat.

Cette décision ne choque pas les patriciens, qui répondent par des encouragements Lumineux. » – « Je le pense. »).

Le retournement des valeurs morales est explicite : « CHEREA : Bravo. Le Trésor public est aujourd’hui renfloué. HÉLICON : Et toujours de façon très morale, remarquez-le bien. Il vaut mieux, après tout, taxer le vice que rançonner la vertu comme on le fait dans les sociétés républicaines. »

Cet éloge paradoxal de la dictature est ironique : il montre la soumission extrême des patriciens à l’empereur.

Cette ironie se remarque à la ponctuation : malgré les termes qui relèvent de l’apostrophe (« Bravo »), il n’y a pas de point d’exclamation.

Camus propose une vision pessimiste de la nature humaine : l’homme est prêt à dire n’importe quoi tant que cela lui permet de garder la vie sauve.

B – Une vision de l’homme désenchantée

Dans cette scène 10 de l’acte 2, Camus représente deux visions de l’homme, toutes deux pessimistes.

♦ La première, c’est les patriciens, qui n’ont plus d’honneur parce qu’ils ont perdu leur liberté.

♦ La seconde, c’est Caligula, qui montre les dangers de l’ubris (la démesure, en grec, perdre son humanité en pensant qu’on est un dieu).

Pour Caligula les actes sont vains, rien n’a de conséquence, car tout homme finit par mourir.

Cette idée est illustrée à la fin de la scène : « CALIGULA, regardant Mereia, après un silence. Cela ne fait rien. Cela revient au même. Un peu plus tôt, un peu plus tard … Il sort brusquement, d’un air affairé, en s’essuyant toujours les mains. » La mort n’est rien : elle n’a pas plus de sens que la vie.

Caligula, acte II scène 10 : conclusion

La scène est entièrement construite autour du personnage de Caligula qui orchestre les paroles des autres personnages et décide, en un claquement de doigts, de les humilier ou de les assassiner. Caligula cherche à tester les limites humaines de la liberté. Mais ce faisant, il perd son humanité et devient un monstre sanguinaire.

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Caligula, Camus : résumé par acte
L’absurde chez Camus (vidéo explicative de 4mn)
Résumé de l’Etranger (vidéo)
L’Etranger : analyse de l’incipit
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  6 commentaires à “Caligula de Camus, acte II scène 10 : commentaire”

  1.  

    Bonjour,
    Super commentaire !!!
    Je suis perdue … qui sont Chéréa et Scipion comme personnage ? Merci :)

  2.  

    « Chère » Amélie
    Il se trouve que je suis une professeure de français non virtuelle fatiguée de retrouver dans son paquet de copies vos explications que des élèves peu malins et peu scrupuleux ont plagiées plus ou moins littéralement….vous dites vouloir les faire progresser ? Cessez alors de leur fournir des commentaires tout faits que par paresse ils vont se contenter de recopier au lieu de réfléchir par eux-mêmes !!
    Quelles valeurs pédagogiques défendez-vous au juste ????
    J’imagine que vous n’aurez pas le cran de publier ce commentaire, chiche !
    Une prof pas contente

    •  

      Je pense que vous vous trompez de cible et de solution.

      De cible tout d’abord, car mes commentaires permettent à de nombreux élèves de travailler l’oral et d’enrichir leur culture littéraire. Je n’ai rien inventé : je rends plus accessibles des analyses qu’on peut trouver souvent par d’autres moyens (dans des ouvrages littéraires). Pour ma part, j’ai énormément appris au lycée en lisant régulièrement des analyses : ce sont ces modèles qui m’ont aidée à comprendre ce qu’il fallait faire et qui continuent à aider beaucoup d’élèves.

      De solution ensuite, car on ne va pas brûler tous les ouvrages littéraires sous prétexte que certains les plagient. Va-t-on aussi supprimer les aides sociales parce que certains fraudent ? La solution consiste à montrer aux élèves comment travailler efficacement et honnêtement et non à supprimer toutes les ressources qui peuvent les aider. Je sensibilise d’ailleurs les élèves au plagiat en mettant régulièrement cet article en avant sur mon site.

      •  

        Je rebondis sur le commentaire de « vrai prof » auquel a répondu Amélie.
        Mon fils a commencé sa première S avec 3,75/20 en français. Pourtant il s’était bien débrouillé jusqu’au brevet (15/20) mais à partir de la seconde, ses notes en français ont toujours été sous la moyenne voire inférieures à 6/20. Pourtant il lit, il est curieux, mais il n’avait jamais compris les méthodes pour réussir. Il n’a eu que 3 devoirs notés en première, dont le bac blanc, pas très facile pour progresser surtout quand les copies sont rendues deux mois après. J’ai commencé à travailler avec lui à partir de mars, après les TPE, avec livre, cahiers du Monde, et le site d’Amélie. Et bien miracle, il a enfin compris qu’il y a une méthodologie, et qu’en l’appliquant on peut réussir. Les notes viennent de tomber : 11 à l’écrit, 15 à l’oral (un texte commenté par Amélie ^^). Donc la valeur pédagogique du site est certaine, sous réserve de ne pas se contenter du plagiat (qui par ailleurs existe partout y compris dans le supérieur). Donc MERCI AMÉLIE !!

  3.  

    vos travaux sont de qualité, je viens de découvrir votre site. Ils reprennent la trame travaillée par le professeur en classe mais en la détaillant davantage avec une mise en perspective quand souvent les professeurs n’ont que le temps de survoler les œuvres. Félicitations pour votre site de référence!

  4.  

    Bonjour, j’ai fait quelques recherches mais je n’arrive pas à comprendre à quel courant appartient Camus.
    Sur certains sites, on dit qu’il est existentialiste mais sur d’autres, on affirme qu’il refuse catégoriquement cette appellation … Pouvez-vous m’éclairer ?
    SInon, je vous remercie d’avoir créé ce site qui se révèle être très utile !

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