de l'horrible danger de la lecture voltaireVoici un commentaire du pamphlet « De l’horrible danger de la lecture » de Voltaire. (1756).

De l’horrible danger de la lecture, Voltaire, introduction

Voltaire rédige en 1765 le pamphlet De l’horrible danger de la lecture qui réaffirme les idées des Lumières de plus en plus influentes dans la société française depuis 1750.

Fidèle à la méthode du décentrement chère à Montesquieu dans les Lettres persanes ou à Voltaire lui-même dans Candide, Voltaire place son texte dans un orient imaginaire afin de mieux dénoncer la monarchie française et le fanatisme religieux en occident.

Questions possibles à l’oral de français sur « De l’horrible danger de la lecture »

♦ En quoi  « De l’horrible danger de la lecture » est-il un texte ironique ?
♦ Quelle image Voltaire donne-t-il de la religion dans ce texte ?
♦ La lecture est-elle dangereuse pour Voltaire ?
Que critique Voltaire dans « De l’horrible danger de la lecture » et par quels procédés y parvient-il ?
♦ En quoi ce texte s’inscrit-il dans le courant des Lumières ?

Annonce de plan

Voltaire place son lecteur devant un édit oriental parodique (I) destiné à critiquer la monarchie française et la superstition (II) pour promouvoir la philosophie des Lumières (III).

I – Un texte parodique

A – Un Orient imaginaire

Voltaire place son texte dans un Orient imaginaire.

L’orientalisme concerne tout d’abord le nom des personnages : « Youssouf Cheribi », « Saïd Effendi », « Mahomed ».

Il se retrouve ensuite dans la géographie :
♦ « saint Empire ottoman », « Sublime-Porte » qui désigne l’Empire ottoman;
♦ « La ville impériale de Stamboul »;
« La Mecque » le lieu spirituel de pèlerinage.

Voltaire recrée aussi toute la sociologie de l’Orient avec le « mouphti », les « cadis et imams » et les « fakirs ». Le lecteur est  plongé dans un univers oriental.

Cet orientalisme a deux fonctions :

1 – Distraire le lecteur

Les récits exotiques sont très prisés des lecteurs du 18ème siècle. Les Lettres persanes de Montesquieu furent par exemple un grand succès littéraire.

Le calendrier lunaire mentionné à la fin du texte « le 7 de la lune de Muharem , l’an 1143 de l’Hégire » rappelle d’ailleurs les dates du calendrier lunaire à la fin de chaque lettre persane. Il y a une intertextualité entre les deux textes.

2 – Décentrer le lecteur

Le fait de sortir le lecteur de ses repères traditionnels l’amène à observer sa propre culture avec davantage de recul.

Aussi, la perspective est critique. L’Orient est un prétexte pour mieux critiquer les dérives de l’Occident.

B – Une parodie d’édit

Voltaire rédige un édit parodique, c’est à dire une parodie des textes juridiques traditionnels.

Le début du texte adopte la forme de l’édit avec le « Nous » collectif représentant la nation au nom du Roi, et l’évocation de Dieu qui place la nation sous sa protection « Nous Joussouf-Cheribi, par la grâce de Dieu mouphti du Saint-Empire ottoman ».

Le vocabulaire et les tournures syntaxiques sont typiquement administratives : « Comme ainsi soit que », « ci-devant », « ayant consulté », « ci-dessous énoncées », « A ces causes et autres », « Donné dans notre palais ».

Le texte suit également la structure du raisonnement juridique :

♦ Le timbre du legislateur « Nous …. »
♦ Les visas, c’est-à-dire les instances consultées pour prendre la décision (« ayant consulté sur cette nouveauté nos vénérables frères»)
♦ Les six considérants c’est-à-dire les six motifs de la décision qui sont présents sous forme de paragraphes numérotés ce qui renforce la ressemblance avec un texte législatif ou un édit.
L’énoncé de la décision

On retrouve aussi la dimension impérative de l’édit qui transparaît dans le champ lexical de l’ordre : « défendons », « défendons », « notre ordonnance », « Enjoignons », « Ordonnons », « lui ordonnons pouvoir »

Transition : Cet édit oriental est bien sûr parodique. Il est destiné à critiquer non l’Orient mais les excès de pouvoir en Occident.

II – Une critique de la monarchie française et de la superstition

A – Un texte ironique

Voltaire manie l’ironie pour critiquer l’Occident.

En effet cette lettre n’est pas si éloignée du lecteur puisque sa date (1143 de l’hégire ») est exactement la date de l’écriture du texte par Voltaire.

Derrière ce pays imaginaire « Frankom  située entre l’Espagne et l’Italie » se cache en réalité la France.

L’ironie de Voltaire consiste à jouer sur le choc entre un mot péjoratif et un terme mélioratif : « infernale invention de l’imprimerie », « heureuse stupidité », « misérables philosophes », « vertus dangereuses », « assez malheureux pour nous garantir de la peste », « tentation diabolique […] de s’instruire », « défendons de penser », « notre palais de la stupidité ».

Ces antithèses soulignent que le texte est construit sur le modèle de l’antiphrase : Voltaire sous-entend systématiquement le contraire de ce qui est énoncé.

Ainsi, quand il prend la posture d’un dignitaire ottoman qui souhaite interdire l’imprimerie, c’est en réalité pour défendre l’imprimerie.

B – La critique de la monarchie

Voltaire dénonce tout d’abord la monarchie absolue qui maintient volontairement son peuple dans l’ignorance. On observe ainsi un important champ lexical de l’ignorance : « ignorance », « merveilleux (au sens de illusion) », « stupidité », « jamais avoir de connaissance ».

Cet acharnement à maintenir le peuple ignorant est ridiculisée par le registre comique :

Voltaire commence par criminaliser la logique, le bon sens et la clarté, ce qui prête à sourire : «enjoignons à tous les vrais croyants de dénoncer à notre officialité quiconque aurait prononcé quatre phrases liées ensemble, desquelles on pourrait inférer un sens clair et net ».

Ensuite Voltaire criminalise la pensée avec le champ lexical du crime : « contrebande », « tue », « pieds et poings liés », « infligée », « châtiment ». Par cette personnalisation de « l’idée » en un criminel, il tourne en dérision la crainte qu’a la monarchie absolue de la circulation des idées.

Enfin, l’expression « tel châtiment qu’il nous plaira » rappelle l’arbitraire de la justice dans la monarchie absolue de droit divin.

Ce registre comique apparait aussi dans le jeu sur la polysémie des mots. Par exemple, « Les Etats bien policés » signifient des Etats civilisés, polis mais aussi surveillés et privés de liberté.

C – La critique de l’Eglise

Voltaire critique aussi le pouvoir de l’Eglise dans la société française du 18ème siècle.

Il mentionne le clergé oriental (« muphti », « cadi », « imam ») mais c’est en réalité le clergé catholique qu’il pointe du doigt.

Le champ lexical de la religion fait en effet souvent référence à la religion chrétienne : « La Grace de Dieu »,  « Merveilleux », « vénérables frères », «  A Dieu ne plaise », « sainte doctrine », « salut des âmes », « ordres de la Providence », « sacrée ville impériale ». Quant à la « sacrée ville impériale », elle désigne Istanbul dans le texte mais rappelle Rome siège de la Papauté.

Voltaire souligne le recours au merveilleux pour maintenir le peuple dans l’ignorance :  « Il arriverait à la fin que nous aurions des livres d’histoire dégagés du merveilleux » . La référence au merveilleux souligne que les croyances dogmatiques ne sont que superstition.
Voltaire ridiculise également la croyance en la Providence, croyance selon laquelle Dieu organise tout les évènements (heureux ou malheureux) : « nous garantir de la peste qui serait un attentat énorme contre les ordres de la Providence ». Le Providentialisme était déjà la cible de Voltaire dans Zadig et Candide.

III – L’idéal des Lumières

A – Une société libérée des préjugés

A travers cet édit parodique, Voltaire promeut la société idéale des Lumières.

L’apostrophe « lumières des lumières, élu entre les élus » est une apposition élogieuse destinée à encenser le muphti.

Mais ces termes sont polysémiques car ils ont aussi un sens politique :
♦ Les lumières sont la diffusion des connaissances;
L’élu  évoque la sélection des gouvernants par le vote (ce que souhaite Voltaire dans le cadre d’une monarchie parlementaire à l’anglaise).

Voltaire joue donc sur la polysémie des mots pour nous donner à voir la société idéale qu’il prône.

Mais ce processus démocratique nécessite une société libérée des préjugés et de la superstition. Or ce sont bien l’imprimerie et le livre qui peuvent diffuser l’intelligence.

Ainsi, les bienfaits de l’imprimerie sont mis en valeur par le champ lexical du progrès : « réveiller le génie », « exciter leur industrie », « augmenter leur richesse », « inspirer quelque élévation d’âme » .

B – La promotion d’un homme nouveau : l’homme industrieux

Voltaire résume également sa vision du progrès social à travers son énumération : « cultivateur », « manufacturiers », « industrie », « élévation d’âme ».

Selon Voltaire, l’homme doit se rendre maître de la nature en cultivant la terre mais aussi en faisant de l’industrie. C’est en effet l’industrie qui permettra la richesse de la nation et l’élévation intellectuelle et morale de l’homme (« élévation d’âme » ).

Cette vision du progrès n’est pas partagée par tous au 18ème siècle. En effet, à travers cette énumération, Voltaire critique les idées de l’école économique des Physiocrates.

Les Physiocrates, très influents à l’époque, estiment que la richesse d’une nation est fondée sur le travail agricole. Pour les physiocrates, les marchands et les industriels sont inutiles et stériles car ils ne font que transformer la matière première.

Voltaire se positionne contre cette théorie. Il insiste sur la continuité entre la culture de la terre et la transformation de la nature par l’industrie. C’est le commerce et l’industrie qui permettra selon lui d’élever la société.

De l’horrible danger de la lecture, conclusion

« De l’horrible danger de la lecture »  est une critique de la monarchie absolue de droit divin et du pouvoir de l’Eglise.

Mais ce texte est aussi une réflexion sur le modèle de développement des sociétés qui faisait débat au 18ème siècle.

Au rebours des Physiocrates, qui jugeaient les marchands et les industriels inutiles, Voltaire pense que l’élévation de la société repose que la transformation de la nature par l’industrie.

Ces réflexions seront reprises par les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des Nations par Adam Smith en 1776.

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  Une commentaire à “« De l’horrible danger de la lecture », Voltaire : commentaire”

  1.  

    merci pour votre site j’ai eu 15 a l’oral

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