L’Ingénu, Voltaire : résumé et analyse

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Voici un résumé et une analyse (fiche de lecture) de l’Ingénu.

L’Ingénu, publié en 1767, fait partie des plus célèbres contes philosophiques de Voltaire (genre inventé par Voltaire lui-même) aux côtés de Candide, Zadig et Micromegas.

Ce conte peut se lire comme un récit de voyage inversé : ce n’est pas l’européen qui part découvrir de nouvelles contrées, mais un « sauvage » du Nouveau Monde qui arrive en Europe et dont le regard naïf révèle les absurdités et les injustices de la société française.

La « naïveté ordinaire » de l’Ingénu permet alors de souligner la corruption de la société française.

Nous allons voir dans cette analyse que L’Ingénu de Voltaire est une œuvre clé du XVIIIème siècle car elle offre un témoignage des manières détournées de contester le pouvoir en place, tout en élaborant un récit plaisant, source de réflexions philosophiques.

Voltaire, un des principaux philosophes des Lumières, y déploie tous ses talents de conteur, avec malice et ironie.

Qui est Voltaire ?

Voltaire naît en 1694 à Paris, et mène de brillantes études chez les jésuites, qui lui permettent de se lier avec de puissants aristocrates.

Il est l’auteur d’une œuvre littéraire riche et variée, de la tragédie classique aux contes philosophiques.

Il fréquente les autres philosophes des Lumières, tels Diderot et d’Alembert, auteurs de L’Encyclopédie, et avec qui il collabore.

Célébré de son vivant, et tout en fréquentant l’aristocratie, Voltaire prend la défense des victimes de l’intolérance religieuse et de l’arbitraire du pouvoir, tel Calas. Ces prises de position lui valent d’être admiré autant qu’haï de ses contemporains.

L’Ingénu est l’un de ses plus célèbres contes philosophiques, genre qu’il crée pour amuser tout en faisant réfléchir.

Voltaire est considéré comme l’un des plus grands auteurs du XVIIIe siècle, siècle des Lumières.

Il meurt en 1778. En 1791, les révolutionnaires transportent ses cendres au Panthéon.

Comment résumer l’Ingénu ?

Le récit de l’Ingénu s’inscrit dans un cadre historique précis : celui de la France sous Louis XIV, « En l’année 1689 » (I), soit près d’un siècle avant la parution de l’œuvre.

Cet ancrage historique passé crée une distance qui permet à Voltaire de critiquer le présent de manière détournée.

Cet ancrage historique coexiste aussi avec le registre merveilleux, propre au conte traditionnel, qui permet également de créer une distance avec le présent pour mieux le critiquer.

Le récit s’ouvre en Bretagne, où le modeste abbé de Kerkabon et sa sœur se lamentent de la disparition de leur frère, parti au Canada.

Accoste alors un navire anglais, d’où débarque un Huron à l’ « air si simple et si naturel » (I) (un huron est un Indien d’Amérique du Nord), en qui ils pensent reconnaître leur neveu (II). Ils s’empressent de convertir au catholicisme malgré son refus (III-IV).

Ce jeune Huron, héros de ce conte philosophique, incarne le mythe du bon sauvage, c’est à dire l’homme qui n’a pas encore été perverti par la culture occidentale : « On m’a toujours appelé l’Ingénu, […] parce que je dis toujours naïvement ce que je pense, comme je fais tout ce que je veux. »

L’Ingénu tombe amoureux de la « tendre, vive et sage » Mlle de Saint-Yves (V), et naïvement décide d’aller à Versailles pour demander au roi le droit de se marier avec elle (VII).

Il est cependant emprisonné par des jésuites qui le soupçonnent d’être protestant (IX), crime depuis « la révocation de l’édit de Nantes » (VIII).

Mais cette captivité auprès du janséniste Gordon (X-XII), offre à l’Ingénu l’occasion de lire et de développer son esprit : « j’ai été changé de brute en homme. » (X).

Les époux Kerkabon et Saint-yves se rendent alors à Versailles pour faire libérer l’Ingénu.

Mais la jeune femme découvre avec horreur que pour y parvenir, elle doit coucher avec le dignitaire jésuite Saint-Pouange (XV-XVI).

Elle se résout au sacrifice de sa vertu (XVII), ce qui lui permet en effet de libérer l’Ingénu et Gordon (XVIII).

Le conte philosophique semble s’achever sur une traditionnelle fin heureuse, lors d’un joyeux festin rassemblant tous les personnages (XIX).

Cependant, Saint-Yves révèle son infidélité contrainte à son amant, et meurt de culpabilité (XX).

Survient alors le responsable de cette mort, Saint-Pouange, qui « connut le repentir ». Il offre à l’Ingénu et aux autres personnages des situations favorables afin de se faire pardonner.

Ce conte renouvelle le genre en proposant une fin complexe, qui nuance l’opposition entre bons et mauvais personnages.

L’adage philosophique « malheur est bon à quelque chose » suggère que toute mésaventure est porteuse de réflexions.

Quels sont les thèmes importants dans l’Ingénu ?

Le bon sauvage

L’Ingénu incarne « le bon sauvage » qui fascine les philosophe du XVIIIe siècle.

Le mythe du bon sauvage correspond à l’idée que l’homme serait naturellement bon, avant qu’il ne soit dépravé par la société.

Le « bon sauvage » est donc l’homme pur, simple, ne s’attachant qu’à la vérité, comme l’Ingénu l’énonce lui-même : « vous savez que je suis assez accoutumé à dire ce que je pense, ou plutôt ce que je sens. » (XII).

N’ayant pas été perverti par l’éducation, l’Ingénu de Voltaire est dénué de préjugés et de superstitions : « Car n’ayant rien appris dans son enfance, il n’avait point appris de préjugés. » (XIV).

Néanmoins, Voltaire ne prône pas un retour à l’état de nature. Au cours de ses aventures, l’Ingénu évolue « de brute en homme », notamment grâce à la lecture de livres durant sa captivité.

Cette évolution de l’ingénu résume l’idéal humain de Voltaire : la sensibilité et les qualités naturelles de l’homme doivent être complétées par une éducation intellectuelle raisonnée qui passe essentiellement par la lecture.

La critique de la monarchie

L’Ingénu constitue une dénonciation du pouvoir royal.

Le récit se déroule sous le règne de Louis XIV, mais il ne faut pas s’y tromper : derrière Louis XIV, c’est Louis XV que critique Voltaire.

La Cour de Versailles est un espace corrompu et indifférent aux besoins de la population. Elle est « cet affreux château, palais de la vengeance » (XVIII).

C’est ainsi que Gordon, un des portes-parole de Voltaire dans ce conte, s’exclame  « C’est donc ainsi qu’on traite les hommes comme des singes ! » (XX).

A travers les mésaventures de l’ingénu, Voltaire dénonce les abus de pouvoir et le mécanisme de la lettre de cachet qui permet au roi et à son administration d’emprisonner les sujets sur simple lettre, sans tenue d’un procès.

L’ingénu et Gordon font les frais de cette justice arbitraire si bien que le jeune Huron se demande : « Il n’y a donc point de lois dans ce pays ? » (chapitre XIV).

De plus, l’administration est corrompue : en absence de justice, tout se monnaie et s’obtient par trafic d’influence. Mlle de Saint-Yves doit ainsi sacrifier sa vertu pour faire libérer son ami.

Ce conte dépeint ainsi l’injustice de la société monarchique, qui s’oppose à la vertueuse loi naturelle, incarnée par l’Ingénu.

Voltaire montre comment la société de l’Ancien Régime corrompt la pureté de la nature humaine, au lieu de l’élever.

La critique de la religion

L’Ingénu contient également une critique de la religion.

Tout comme l’avait fait Montesquieu dans les Lettres persanes, Voltaire choisit le regard étranger faussement naïf de l’ingénu pour dénoncer l’absurdité des dogmes religieux.

Ainsi, les rites chrétiens apparaissent à l’ingénu vides de toute signification spirituelle.

Lors de son baptême, l’ingénu souhaite une immersion totale comme dans la Bible et souligne les contradictions entre la Bible et la pratique : « Je m’aperçois tous les jours qu’on fait ici une infinité de choses qui ne sont point dans votre livre » (V).

Pire encore, la religion est la source de la perversion qu’elle veut étouffer, comme le souligne l’antithèse « il avait le diable au corps depuis qu’il était baptisé» (VI)

Car la religion est avant tout un enjeu de pouvoir et d’argent.

C’est ce que montre Voltaire à travers sa violente critique des jésuites, accusés d’être responsables de la révocation de l’édit de Nantes en 1685 et de l’exil des protestants, faisant perdre au royaume des « sujets très utiles » (VIII).

A Versailles, les jésuites profitent de leurs positions favorables auprès du roi pour jouer un rôle politique dans la société.

Voltaire critique également les jansénistes, ordre religieux opposé aux jésuites.

Gordon, personnage sympathique, est certes janséniste mais Voltaire le fait évoluer. Dans le chapitre XI, Gordon prend conscience des méfaits de la religion face à l’Ingénu : « Je tremble d’avoir laborieusement fortifié des préjugés ; il n’écoute que la simple nature. » A la fin du conte, il devient « sage » et oublie le jansénisme.

L’éloge des Lumières

Voltaire promeut également la philosophie des Lumières et des principes de tolérance et de justice.

Il fait l’éloge de la tolérance : « Je suis de ma religion, dit [l’Ingénu], comme vous de la vôtre. » (I)

Car c’est par la tolérance que la raison et la vérité peut s’établir : « La vérité luit de sa propre lumière, et on éclaire pas les esprits avec les flammes des bûchers. » (XI)

La littérature est considérée comme un moyen détourné pour libérer des préjugés, comme l’écrit l’Ingénu : « Ah ! s’il nous faut des fables, que ces fables soient du moins l’emblème de la vérité ! J’aime les fables des philosophes […]. » (XI)

Quelles sont les caractéristiques de l’écriture de Voltaire ?

L’écriture de Voltaire est avant tout plaisante.

Comme dans un conte traditionnel, les phrases de Voltaire sont simples et fluides, ce qui garantit la clarté et l’intensité du récit.

Très présent, le narrateur cherche à établir une complicité avec le lecteur en s’adressant directement à lui : « Quel était en chemin l’étonnement de l’Ingénu, je vous le laisse à penser. » (IX).

Il cherche surtout à susciter la sympathie à l’égard du héros, désigné comme « notre infortuné » (XIII).

Le conteur cherche aussi à faire rire, par l’ironie, ou en allant jusqu’à la grivoiserie, comme lorsque l’Ingénu s’apprête à « exercer dans toute son étendue » sa « vertu mâle et intrépide » (VI).

Mais le narrateur recourt cependant à des tonalités très variées.

Ainsi, l’agonie de Mlle de Saint-Yves résonne comme une tragédie classique : « elle s’écria : « Moi, votre épouse ! Ah ! cher amant, […] Ô dieu de mon cœur ! » (XX).

Le narrateur est également un philosophe, qui prononce des aphorismes : « il faut savoir qu’il n’y a aucun pays de la terre où l’amour n’ait rendu les amants poètes. » (V)

La captivité de l’Ingénu auprès de Gordon permet même au narrateur de mettre en scène des débats philosophiques sous forme de dialogue.

A travers le narrateur, s’exprime donc le philosophe des Lumières.

Que signifie le parcours « Voltaire, esprit des Lumières » ?

Ce parcours t’invite à étudier la façon dont l’esprit des Lumières apparaît dans ce conte philosophique.

Pour réussir ce parcours, je t’invite à lire ma fiche sur le siècle des Lumières.

Tu vas alors te rendre compte que l’on retrouve dans L’Ingénu les principes qui caractérisent le siècle des Lumières.

La critique de la religion, de la superstition et des préjugés
La critique sociale et politique
La foi dans l’homme et le progrès : par une éducation raisonnée, l’homme peut s’élever moralement.

L’ironie, arme privilégiée des philosophes des Lumières comme Voltaire, permet également une critique cinglante de la société.

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Article « guerre », Voltaire (commentaire)
Traité sur la Tolérance, « Prière à dieu » : analyse
De l’horrible danger de la lecture : analyse
Le conte philosophique [vidéo]
Article « Torture », Voltaire : analyse
Micromégas, chapitre 2 (commentaire)
Le Mondain, Voltaire : analyse

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Amélie Vioux

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