commentaire la princesse de clèves il parut alors une beauté à la courVoici un commentaire du portrait de Mlle de Chartres issu de La Princesse de Clèves de Madame de la Fayette.

Il s’agit de l’extrait allant de « Il parut alors une beauté à la cour » à « et son visage et sa personne étaient pleins de grâce et de charme« .

Lire l’extrait du portrait de Mlle de Chartres (« Il parut alors une beauté à la cour… »)

Commentaire
Le portrait  de Mlle de Chartres

NB : Ce commentaire s’adapte facilement à différentes problématiques. Cliquez ici pour vous entraîner à adapter cette analyse du portrait de La Princesse de Clèves aux questions les plus probables le jour de l’oral.

I – Un portrait élogieux de Mlle de Chartres

A – Un effet d’attente (l’art du portrait)

Les premières phrases de l’extrait créent un effet d’attente.

Madame de la Fayette ne révèle en effet pas tout de suite le nom de l’héroïne du roman. Le lecteur la découvre à travers le regard intrigué et admiratif des courtisans. Tout est mis en œuvre pour retarder son apparition et susciter l’intérêt :

♦ La formule impersonnelle ( « Il parut alors une beauté à la cour ») qui donne à cet extrait la tournure d’un conte de fée.

♦ L’article indéfini « un » (« une beauté », « une beauté parfaite ») qui prolonge le mystère sur son identité.

♦ La convergence de tous les regards vers l’héroïne : « qui attira les yeux de tout le monde« , « elle donna de l’admiration ».

♦ Afin de faire durer l’attente, Madame de la Fayette ménage une pause dans le récit pour revenir sur le passé et l’éducation de la jeune fille.

L’héroïne n’est nommée directement qu’à la fin du texte il fut surpris de la grande beauté de Mademoiselle de Chartres »). Madame de la Fayette met ainsi son héroïne en valeur, dévoilant petit à petit ses multiples qualités.

B – Mlle de Chartres : un modèle de perfection

La Princesse de Clèves est présentée comme un modèle de perfection.

Elle est désignée la première fois par une métonymie  (« une beauté ») qui la consacre d’emblée comme une incarnation de la beauté.

Mlle de Chartres apparaît d’autant plus exceptionnelle et distinguée qu’elle se fait remarquer dans un lieu d’exception : la cour. Elle « attira les yeux de tout le monde [...] dans un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles personnes ».

On relève des  hyperboles et des superlatifs : « une beauté parfaite« , « la grande beauté« , « un éclat que l’on n’a jamais vu qu’à elle » caractéristiques du registre épidictique (=relatif à l’éloge)

Son statut social, également exceptionnel, fait d’elle une personne distinguée. On apprend qu’elle est de la même maison que le vidame de Chartres et « une des plus grandes héritières de France« , « un des plus grands partis qu’il y eût en France ». (superlatifs)

Il faut noter que le portrait de Mlle de Chartres demeure abstrait : aucune précision n’est donnée quant à ses traits. Sa beauté est davantage suggérée que décrite : « la blancheur de son teint que l’on n’a jamais vu qu’à elle », « ses traits étaient réguliers« , « son visage et sa personne étaient plein de grâce et de charmes« .

Loin de tendre au réalisme, Madame de la Fayette fait imaginer par touches successives une beauté idéale qui fait rêver le lecteur.

La surenchère de procédés hyperboliques, l’abstraction du portrait et l’art de la suggestion participent à l’idéalisation de La Princesse de Clèves.

II – Une éducation hors du commun

A – Madame de Chartres : une mère d’exception

Madame de Chartres est dépeinte comme une mère d’exception qui concentre toutes les qualités, à l’exception de la jeunesse et de la beauté.

Ses qualités morales sont énumérées dans une suite de substantifs laudatifs mis en valeur par l’adjectif hyperbolique « extraordinaires » : « Le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires« .

A contre-courant des pratiques de son époque, elle s’est retirée de la Cour pour se consacrer à l’éducation de sa fille (« plusieurs années sans revenir à la cour », « Pendant cette absence« .) Il faut savoir qu’au XVIIème siècle, les jeunes filles, lorsqu’elles recevaient une éducation, était éduquées au couvent ou par un précepteur : vous comprenez donc toute l’originalité de l’implication de Madame de Chartres qui transparaît dans le lexique de l’éducation : « donné ses soins », « travailla », « cultiver », « songea aussi à lui donner ».

B – Une éducation originale

A travers Mme de Chartres, c’est en réalité Madame de la Fayette qui nous transmet un programme éducatif original pour élever les jeunes filles.

Madame de la Fayette critique implicitement l’éducation traditionnelle des filles qui repose sur l’évitement de nombreux sujets, dont l’amour et la galanterie.

Ce jugement critique de la romancière transparaît dans l’emploi du présent de vérité générale : « la plupart des mères s’imaginent », « les malheurs domestiques où plongent les engagements », « qui est d’aimer son mari ».

Madame de la Fayette propose dans ce portrait un programme éducatif qui repose sur les principes suivants :

♦  « cultiver son esprit et sa beauté » afin de plaire en société

♦ Donner de « la vertu » : il convient d’inculquer des valeurs morales aux jeunes filles

♦ « parler franchement des dangers de la vie » : Madame de la Fayette s’oppose à l’éducation traditionnelle qui repose sur l’évitement des sujets liés à la galanterie.

♦ « mettre en garde contre les dangers de l’amour » et préparer à la vie conjugale

♦ Enseigner « une extrême défiance de soi-même » : Madame de Chartres enseigne à ne pas céder à ses sentiments afin de toujours garder le contrôle de soi-même.

Cette éducation, loin d’être fondée sur la contrainte,  s’appuie sur la franchise et la confiance réciproque. C’est ainsi que Madame de Chartres aborde avec sa fille tous les sujets afin de la « persuader » et non de la contraindre.

Elle lui fait souvent « les peintures de l’amour » en s’appuyant sur des exemples concrets comme le suggère les verbes relatifs à la vue : « elle lui montrait », « elle lui faisait voir » (expression répétée deux fois).

Cette éducation s’épanouit dans le dialogue. En attestent les imparfaits d’habitude qui soulignent des conversations maintes fois reprises : « elle faisait », « elle lui montrait », « elle lui faisait voir ».

C – Une vision pessimiste de l’amour

Madame de Chartres transmet à sa fille une vision pessimiste de l’amour.

Sa démonstration repose en effet sur une concession subtile concernant les plaisirs de l’amour afin de rendre ses critiques réalistes et acceptables (relevez l’antithèse « agréable »/ »dangereux » : « Elle lui montrait ce qu’il y a d’agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu’elle lui en apprenait de dangereux »).

Or, alors que les plaisirs de l’amour sont évoqués succinctement, Madame de Chartres s’attarde sur les souffrances de la passion. Elle lui énumère les vices des hommes, dépeignant ainsi un monde cruel où l’amour ne mène qu’à la souffrance: « le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité, les malheurs domestiques où plongent les engagements... ».

Madame de Chartres oppose alors la vertu et l’amour. Elle dresse deux tableaux antithétiques : alors que l’amour mène aux « malheurs domestiques », la vertu donne de « l’éclat » et de « l’élévation ». Amour et vertu sont dépeints comme deux forces antithétiques ne pouvant être conciliées que dans l’amour conjugal « qui seul peut faire le bonheur d’une femme ».

Cette éducation rigoriste et moraliste révèle les sympathies jansénistes de Madame de la Fayette et reprend des débats fréquents concernant l’amour dans les salons du XVIIème siècle : faut-il parler d’amour aux jeunes filles ? L’amour conjugal peut-il rendre heureux ? etc.

Conclusion de commentaire
Le portrait de Mlle de Chartres :

 A travers ce portrait, Madame de la Fayette laisse déjà deviner la suite du roman. Mademoiselle de Chartes, jeune femme d’exception, a été élevée dans le culte de la vertu et de la sincérité. Son entrée à la Cour d’Henry II, lieu dominé par les apparences, les intrigues amoureuses et les mensonges, constitue une mise à l’épreuve. L’héroïne saura-t-elle résister aux tentations de la passion ? Parviendra-t-elle à rester fidèle à son éducation d’exception ? Comment convient-il d’éduquer les jeunes filles ? Ce sont les nombreuses questions morales et sociales de cette intrigue psychologique qui ont nourri des débats passionnés à la Cour du roi, faisant le succès de La princesse de Clèves à son époque.

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  4 commentaires à “La Princesse de Clèves, commentaire : « Il parut alors une beauté à la cour »”

  1.  

    c’est très clair, je comprends beaucoup mieux l’intérêt de cet extrait de la princesse. Merci beaucoup.

  2.  

    Bonsoir Amélie,
    Je voulais te remercier pour ce commentaire (très utile pour moi) et pour ton blog en général qui est une merveille. Je commence presque à prendre goût au français ;)

  3.  

    Je plussoie ce qui est dit au dessus : très bon commentaire !

  4.  

    Bonjour Amélie,
    Déjà merci pour ce commentaire, ça m’a aidé pour mieux comprendre l’étude faite en classe.
    Notre prof nous a parlé d’une éducation janséniste. Je sais que le jansénisme est caractérisé par une grande austérité, et une rigueur morale. Mais à part avoir montrer que la vertu tient une place importante dans l’extrait, qu’est-ce qu’on peut dire sur cette vertu?
    Merci.

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