La Princesse de Clèves, incipit : lecture linéaire

la princesse de clèves début du roman analyseVoici un commentaire linéaire de l’incipit de La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette.

L’extrait étudié ici en explication linéaire va du début du roman (« La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat« ) à « de l’un et de l’autre sexe, ne manquait pas de se trouver. »

La Princesse de Clèves, incipit, introduction

Madame de La Fayette, aristocrate mondaine, publie La Princesse de Clèves en 1678.

Ce roman historique raconte les tourments amoureux de la belle et jeune princesse au sein de la somptueuse cour d’Henri II.

L’héroïne éponyme est déchirée entre la vertu morale et et le désir amoureux.

Ce roman psychologique est novateur de par l’épaisseur de l’intériorité des personnages.

(Voir mon analyse de La Princesse de Clèves – fiche de lecture essentielle pour le bac de français)

Cet incipit (première page d’un roman) propose un tableau historique de la cour de France où évolue la princesse de Clèves.

Problématique :

En quoi cet incipit dresse-t-il le tableau d’une cour somptueuse régie par les passions amoureuses ?

Annonce du plan :

Cet incipit de La Princesse de Clèves s’ouvre sur un tableau élogieux du roi Henri II (I). Puis il dresse le portrait de son épouse, la reine Catherine de Médicis (II).

I – Le portrait élogieux du roi Henri II

(Deux premiers paragraphes)

 A – Un cadre somptueux

(Premier paragraphe, de « La magnificence et la galanterie » à « des témoignages moins éclatants »)

La fonction d’un incipit romanesque est de délivrer les informations nécessaires pour comprendre l’œuvre.

La première phrase du roman pose ainsi le cadre spatio-temporel du roman : « dans les dernières années du règne de Henri second », mort en 1559.

Le narrateur adopte le ton d’un chroniqueur historique, ce qui est surprenant dans un roman.

La Princesse de Clèves se présente donc d’emblée comme le tableau d’une époque passée.

Mais évoquer le passé permet souvent à l’auteur de parler du présent de manière indirecte : on appelle ce procédé la distanciation. Derrière la description de la Cour d’Henri second, le lecteur de Mme de la Fayette peut ainsi deviner la cour de Louis XIV.

Cette cour se caractérise par « La magnificence et la galanterie ».

Ce groupe nominal qui ouvre le roman énonce deux notions-clefs dans l’intrigue à venir :
♦ « La magnificence », synonyme de « grande beauté »
♦ « la galanterie » qui désigne une conduite fondée sur la distinction, notamment dans les relations amoureuses.

« La galanterie » est un terme ambivalent : il désigne une attitude respectueuse ; mais aussi à un comportement séducteur, dangereux pour la vertu des femmes. La Princesse de Clèves sera justement victime de la galanterie du duc de Nemours.

La première phrase du roman crée une atmosphère féérique par ses tournures superlatives et hyperboliques : « n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat ». La cour se définit ainsi par un paroxysme de splendeur, de beauté et de jeunesse.

Le roi occupe le sommet de la hiérarchie, comme le montre l’énumération ternaire d’adjectifs qualificatifs : « Ce prince était galant, bien fait, et amoureux ».

Le roi offre l’exemple admirable d’une « passion pour Diane de Poitiers » à la fois longue (« plus de vingt ans ») et intense. Mais cette passion amoureuse est également « violente ».

Entre splendeur et violence, cette cour semble bien ambivalente. Cette violence amoureuse annonce la fin tragique de ce roman d’amour.

Les périphrases (« pas moins violente », « il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants ») sont caractéristiques d’une écriture précieuse et élégante, qui s’adresse à d’autres aristocrates.

B – La cour, un lieu de « divertissement »

(De « Comme il réussissait admirablement » à  « sa petite-fille, qui était alors à marier »)

Le deuxième paragraphe de La Princesse de Clèves évoque les « divertissements » de la cour, où le roi excelle également : « il réussissait admirablement dans tous les exercices du corps ».

L’adverbe « admirablement » souligne la perfection du beau souverain.

La cour se consacre aux jeux, comme l’exprime l’imparfait itératif (= qui exprime l’habitude) : « C’étaient tous les jours ».

L’énumération de jeux souligne la frénésie qui s’empare de la Cour : « des parties de chasse et de paume, des ballets, des courses de bagues ou de semblables divertissements« .

Le terme pascalien de « divertissement » dénonce une agitation qui éloigne de la vérité (Les Pensées de Pascal contiennent une liasse « Divertissement » dans laquelle Pascal montre que l’homme fuit la misère de sa condition en s’adonnant à des activités vaines qui le détournent de sa condition de mortel).

Ces divertissements détournent également de la vertu morale. En effet, le roi manifeste publiquement son amour pour son amante, la fameuse Diane de Poitiers, et non pour son épouse.

Ces jeux permettent aux membres de la cour de prouver leur amour, comme le roi avec son amante : « les couleurs et les chiffres de madame de Valentinois paraissaient partout ». Cette cour est donc bien un univers du paraître.

II – Le portrait élogieux de la reine Catherine de Médicis

(Troisième et quatrième paragraphes)

 A – Le portrait élogieux de la reine

(Troisième paragraphe, de « La présence de la reine autorisait la sienne » à « son père »)

Au troisième paragraphe, l’incipit se prolonge avec un portrait élogieux de Catherine de Médicis, l’épouse du roi.

Le narrateur montre tout d’abord que la cour est régie par l’étiquette : « La présence de la reine autorisait la sienne. » (Celle de Diane de Poitiers). La brièveté de la phrase exprime le respect dû aux règles de la bienséance.

Le portrait physique de la reine est élogieux : « Cette princesse était belle […] ; elle aimait la grandeur, la magnificence, et les plaisirs. » On retrouve le même procédé d’énumération ternaire qui fait écho au portrait du roi, ainsi que le terme de « magnificence » qui ouvrait le roman.

À ce portrait élogieux, succède l’évocation du mariage du roi et de la reine : « Le roi l’avait épousée lorsqu’il était encore duc d’Orléans ». La voix du narrateur est celle d’un chroniqueur historique, ayant une connaissance précise des familles régnantes.

Ce narrateur cherche également à légitimer le pouvoir royal en en faisant l’éloge.

Henri II est ainsi un « prince que sa naissance et ses grandes qualités destinaient à remplir dignement la place du roi François Ier, son père. »

B – La Cour, un lieu d’intrigues

(De « l’humeur ambitieuse de la reine » à « ne manquait pas de se trouver »)

La suite de cet incipit dépeint la manière avec laquelle règne la reine auprès du roi.

La reine Catherine de Médicis est définie par « son humeur ambitieuse », ce qui révèle combien l’ambition politique régit également cette cour splendide.

Pour la reine, la politique semble même primer sur l’amour : « Il semblait qu’elle souffrît sans peine l’attachement du roi pour la duchesse de Valentinois ».

Mais la tournure impersonnelle « il semblait que » ne permet pas d’atteindre l’intériorité de la reine : le lecteur doit s’en tenir aux apparences.

En effet, la reine « avait une si profonde dissimulation, qu’il était difficile de juger de ses sentiments ». La dissimulation évoquée ici est une notion importante dans cette cour gouvernée par le paraître, où chacun cache ses véritables sentiments, comme le fera la princesse de Clèves.

On peut noter l’effet d’écho sonore dans l’expression « si profonde dissimulation » qui renforce la mystère qui entoure cette cour où tout n’est que faux-semblant.

Le roi est quant à lui dépeint comme un séducteur, ce qui contredit la vertu qu’il est censé incarner : « Ce prince aimait le commerce des femmes, même de celles dont il n’était pas amoureux. »

Si même le roi ne se comporte pas moralement, le lecteur peut s’attendre à des désordres dans la cour.

Loin de composer un couple royal idéal, le roi et la reine incarnent ainsi les intrigues et les désordres secrets de la cour, qui sont dus aux passions.

L’extrait s’achève en évoquant « l’heure du cercle, où tout ce qu’il y avait de plus beau et de mieux fait de l’un et de l’autre sexe ne manquait pas de se trouver ».

Le terme « cercle » renvoie à la tragédie : il insiste sur le fait que la cour est un espace clos, où la beauté et l’insouciance suscitent l’amour, puis la souffrance, comme ce sera le cas pour la princesse de Clèves.

La Princesse de Clèves, incipit, conclusion

Cet incipit romanesque dresse un tableau élogieux de la cour d’Henri II qui constitue le décor historique de ce roman.

A travers le ton de la chronique historique, le narrateur laisse entendre que la magnificence et la galanterie de cette cour coexistent avec les violences de l’amour.

Il s’agit donc d’un incipit ambivalent à bien des égards qui souligne que la féérie peut cacher la tragédie. Les dynamiques conduisant à l’excipit tragique sont ainsi déjà mises en place.

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