voltaire le mondain commentaireVoici un commentaire littéraire du poème « Le mondain » de Voltaire.

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« Le Mondain », Introduction

Fréquentant assidûment la Cour du roi Louis XV, Voltaire est familier des raffineries et du luxe propres à la vie de courtisan.

Bien qu’il soit surtout connu pour être l’un des principaux philosophes des Lumières, défenseur de la tolérance et opposant au fanatisme religieux, il est également le mondain qu’il dépeint dans ce poème en décasyllabes, publié en 1736.

Dans « Le mondain », Voltaire fait l’éloge de la civilisation de son temps et propose une conception du bonheur comme l’abondance de biens matériels et de plaisirs sensuels, prenant le contre-pied du mythe de l’âge d’or.

Questions possibles à l’oral de français sur « Le mondain » :

♦ En quoi Voltaire se montre-t-il provocateur dans ce poème
♦ De quoi Voltaire fait-il l’éloge dans « Le mondain » ?
♦ Quelle est la conception du bonheur selon Voltaire ?
♦ En quoi Voltaire prend-il le contrepied des valeurs religieuses ?

Annonce du plan

Nous verrons tout d’abord dans cette analyse que Voltaire rejette le mythe de l’âge d’or, traditionnellement considéré comme le meilleur des âges (I). Dans ce poème, Voltaire fait au contraire l’apologie de son époque, un siècle de découverte et d’abondance (II), pour mieux exposer sa foi dans les progrès de la civilisation et dans la nature humaine (III).

I – Le rejet de l’âge d’or

A – Une description péjorative

Dès le premier vers, Voltaire se distancie des partisans de l’âge d’or par l’expression « qui veut » (« Regrettera qui veut le bon vieux temps« ). L’emploi de la formule « bon vieux temps » contribue à cette mise à distance par un effet d’ironie : il raille l’âge d’or en le traitant de manière très familière, tout comme au vers 31 : « nos bons aïeux ».

Il cherche à montrer que ce passé regretté par certains de ses contemporains est peu enviable, en employant des hyperboles : « Ils n’avaient rien, / Ils étaient nus » (v. 33-34), « Sobres étaient » (v. 36). Il met ainsi en évidence la vie austère que devaient mener les premiers hommes, « nos aïeux ».

B – Innocence ou ignorance ?

Voltaire personnifie la nature de l’âge d’or, qui devient enfantQuand la nature était dans son enfance » v. 30), avec toutes les connotations que cette métaphore implique : la nature était jeune, elle n’avait pas encore crû et était donc immature et stérile.

Si « enfance » rime d’abord avec « innocence » (v. 31), on ne peut manquer de la rapprocher avec la rime du dernier vers : « C’était pure ignorance » (v. 44).

Par la question rhétorique « Qu’auraient-ils pu connaître ? » (v. 33), Voltaire appuie son argumentation en prenant le lecteur à parti pour lui montrer l’absurdité de ce mythe du bonheur dans l’« innocence ».

L’accumulation de négations ne connaissant » v. 32, « Ils n’avaient rien », « qui n’a rien n’a nul partage à faire » v. 35, « n’est point » v. 37, « Ne gratta point » v. 39, « ne brillaient point » v. 40) insiste sur les manques dont ont souffert les hommes par le passé. « Nos aïeux » n’avaient pas choisi cette vie austère : elle leur était imposée.

C – Une remise en cause subversive des mythes antiques et bibliques

« Le mondain » est un poème subversif dans la mesure où Voltaire amalgame de manière volontairement insouciante le mythe grec de l’âge d’or (appelé « règne de Saturne » dans la mythologie romaine) et le mythe biblique du jardin d’Edenle jardin de nos premiers parents » v. 4). En effet, mêler croyances polythéistes à la religion chrétienne est considéré comme un sacrilège.

Sa manière familière de traiter la Genèse (« le bon vieux temps », « nos bons aïeux ») est portée à son paroxysme lorsqu’il plaint Eve, qui n’a pas eu la chance de boire du vinD’un bon vin frais ou la mousse ou la sève / Ne gratta point le triste gosier d’Eve » v. 38-39).

Transition : Si, dans « Le mondain », Voltaire traite le mythe de l’âge d’or et du jardin d’Eden de manière désinvolte, c’est pour mieux mettre en valeur l’époque à laquelle il vit et qu’il « aime », ce siècle de luxe et d’abondance.

II – L’apologie du luxe

A – Le luxe comme source des arts

Voltaire encense avec enthousiasme « l’âge de fer » (traditionnellement le pire des âges) dans lequel il vit : le XVIIIème siècle.

L’abondance et le « luxe » (v. 9 et 20) sont à la source de tous « les plaisirs » (v. 10 et 20), notamment « les arts de toute espèce » (v. 10 ; « mère des arts et des heureux travaux » v. 15).

Cet âge de fer est une « source féconde », car c’est la recherche du luxe et du plaisir qui pousse l’homme à créer des formes d’art pour satisfaire « des besoins […] nouveaux » (v. 17).

B – Le luxe comme source de commerce et d’échange

La recherche du luxe pousse l’homme à produire de la richesse en exploitant son environnementl’or de la terre et les trésors de l’onde ») mais aussi en partant en quête de nouveaux territoires et d’autres peuples pour échanger ces richesses.

Alors que l’homme de l’âge d’or « n’a rien » et n’a donc « nul partage à faire » (v. 35), l’homme de l’âge de fer « A réuni l’un et l’autre hémisphère » (v. 23) à la recherche du luxe, désigné par l’oxymore « Le superflu, chose très nécessaire » (v. 22).

C’est cette quête d’assouvissement des plaisirs qui lance les bateaux à l’assaut des mers et crée les échanges commerciaux : le rythme ternaire « de Texel, de Londres, de Bordeaux » renforce l’argument en insistant sur l’essor des ports de commerce en Europe.

Voltaire parle par ailleurs tout aussi bien de l’importationDe nouveaux biens, nés aux sources du Gange » v. 27) que de l’exportationNos vins de France enivrent les sultans » v. 29), source de prospérité économique.

C – Une vision épicurienne du bonheur

Outre les arts et la richesse, le luxe est également source de plaisirs sensuels, auquel Voltaire s’abandonne sans scrupules : « J’aime […] la mollesse ».

Prenant le contre-pied des croyances scientifiques de l’époque (« cet âge / Tant décrié par nos pauvres docteurs » v. 6-7), il fait l’éloge de l’excès : « tous les plaisirs, les arts de toute espèce ».

Plusieurs sens sont ainsi présents dans le poème : « les ornements » sollicitent le plaisir des yeux, « la mollesse » fait référence au toucher, « leurs habitants et les peuples de l’air » (v. 19) évoque la chasse et la pêche, et donc le goût des aliments, ainsi que « le bon vin frais ». Quant aux « biens nés aux sources du Gange », il peut s’agir d’épices, renvoyant donc autant au goût qu’à l’odorat.

Pour Voltaire, l’homme devrait se complaire dans la recherche des plaisirs, car c’est ainsi qu’il peut trouver le bonheur.

Transition : Mais ce n’est pas un simple éloge de la frivolité que nous livre Voltaire ; au contraire, il profite de ce poème « Le mondain » pour réaffirmer les valeurs qui sont au fondement de sa philosophie : la foi en l’homme et l’enthousiasme face aux progrès de la civilisation.

III – La foi en l’homme et en la civilisation

A – La civilisation de l’abondance

Contrairement à l’âge d’or, qui était encore dans un état inachevé et stérile, « le siècle de fer » est un âge d’abondance : « l’abondance à la ronde » (v. 14), « Tout sert au luxe, aux plaisirs de ce monde » (v. 20).

Cette idée d’abondance est renforcée par les nombreuses énumérations du poème (« J’aime le luxe, et même la mollesse, / Tous les plaisirs, les arts de toute espèces, / La propreté, le goût, les ornements » v. 9 à 11 ; « L’or de la terre et les trésors de l’onde, / Leurs habitants et les peuples de l’air » v. 18-19), mais aussi par les nombreux pluriels : « les plaisirs » (v. 10, 17 et 20), « les arts » (v. 10 et 15), « les ornements » (v. 11), « des besoins » (v. 17), etc.

B – L’enthousiasme voltairien pour le progrès

Voltaire s’implique fortement dans ce poème, comme le montre le discours à la première personne et la formule d’emphase « Moi, je » (v. 15) qui marque son apparition dans le texte.

Il exprime de manière très claire son sentiment : « J’aime » (v. 9) et prend position en parlant à la première personne « mon bien » v. 6, « mes mœurs » v. 8).

Il prend à parti son lecteur en passant à la première personne du plurielnos pauvres docteurs », « nous apporter » v. 16, « nos vins de France » v. 29) et en employant de nombreuses questions rhétoriquesVoyez-vous » v. 24, « Admirez-vous pour cela nos aïeux ? » v. 41, etc.).

En incluant ainsi son lecteur, il cherche à lui faire partager son enthousiasme qui se manifeste par l’interjection : « Ah ! le bon temps que ce siècle de fer ! » (v. 21).

Fidèle à la philosophie des Lumières, Voltaire encense la richesse de son époque et la volonté de l’homme d’échanger, de partager et de découvrir d’autres cultures, mais aussi de se préoccuper de son propre bien-être, rendu accessible par « les plaisirs », « les arts », « la soie et l’or » (v. 40),…

C – Le rejet des valeurs religieuses

Pourfendeur, on le sait, du fanatisme religieux, Voltaire ne manque pas de critiquer la religion dans ce texte.

Il clame son impiétéCe temps profane est tout fait pour mes mœurs » v. 8) tout en montrant qu’il a conscience que ses propos peuvent choquer, par l’antiphrase « Il est bien doux pour mon cœur très immonde » (v. 13).

On l’a vu, il n’hésite pas à remettre en cause l’Eden biblique, mais il va plus loin encore, en déclarant « je rends grâce à la Nature sage », détournant ainsi l’expression consacrée : « Je rends grâce à Dieu ». Par cette reformulation, il implique qu’il ne croit pas que son épanouissement passe par la foi chrétienne et la quête du salut mais bien par la recherche des plaisirs terrestres.

En encensant la civilisation du luxe, il s’oppose ainsi à l’idée, répandue dans le christianisme, que le bonheur se fonde sur l’austérité, la pauvreté, l’abstinence et la mesure.

Selon Voltaire, il s’agit pour l’homme de prendre son bonheur en main en profitant des richesses que lui offre « ce monde ».

Le Mondain, Conclusion

Ainsi, se montrant volontairement provocateur, Voltaire affiche dans son poème « Le mondain » sa volonté de rompre avec l’obscurantisme qui a précédé ce qu’on appellera « le siècle des Lumières ».

S’il rejette le passé, c’est pour mieux louer le présent et exhorter ses contemporains à s’émerveiller des progrès de l’homme, au lieu de se morfondre sur un passé mythique.

C’est donc un poème résolument optimiste, révélant que l’homme peut trouver son bonheur ici-bas.

D’une certaine manière, Rousseau s’opposera à cette idée dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, dans lequel il perpétue le mythe d’un âge d’or de l’innocence et du bonheur en montrant que c’est la civilisation qui a corrompu l’homme.

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  8 commentaires à “Le mondain, Voltaire : commentaire”

  1.  

    Pourrons nous au moins voir le corrigé du commentaire pour les séries ES/S avant les résultats officiels du bac ? Je m’étais dit que je ne lirai que la correction que vous proposeriez, mais celle-ci se fait bien attendre…

    •  

      Je n’ai pas eu le temps de faire le corrigé au moment des épreuves, et il est maintenant un peu tard pour le faire, d’autant plus que vous pouvez trouver des corrigés sur d’autres sites.

  2.  

    j’ai apreci beaucoups se site

  3.  

    Cool
    C’est bon

  4.  

    Bonjour Amélie, je n’ait pas bien compris la notion d’âge d’or, et d’âge de fer.

  5.  

    Je vous remercie et vous félicite pour les explications parce-que grâce à vous je peux beaucoup parler de Voltaire. Merçi beaucoup!

  6.  

    Bonjour , j’ai fait un bac blanc de francais il y a quelques jours et j’ai du faire le commentaire de ce texte. Cependant, je l’ai compris comme ironique dans le sens où voltaire denonce son époque qui est trop rattachée aux biens et aux richesses en disant que c’est un philosophe des lumières qui denonce son siècle et son monde comme dans candide. Or c’est totalement le contraire de ce que vous dites. Pensez vous que je serai pénalisé poir avoir compris ce texte comme ironique alors que selon vous il ne l’est pas ?

  7.  

    Bonjour, j’ai cherché sur internet d’où provenait ce poème – un recueil par exemple – et je ne trouve absolument rien, pourriez vous m’éclairer ? Merci !

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