divertissement pascalVoici un commentaire d’un fragment de la liasse Divertissement des Pensées de Pascal.

L’extrait commenté va de « Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes » à « mais c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit.« 

Divertissement, Pascal, introduction:

A la fin de sa vie, Pascal essaie de mettre en cohérence des notes qu’il a écrites au cours de sa vie pour dresser une Apologie du Christianisme.

Les Pensées sont le résultat de cette entreprise inachevée puisque la mort viendra interrompre ce dessein à la fois philosophique et théologique.

Ce texte sur le divertissement s’inscrit pleinement dans cette démarche philosophique et religieuse puisque il s’agit pour Pascal de montrer que l’homme fuit la misère de sa condition en s’adonnant à des activités vaines qui le détournent de la vérité.

Questions possibles à l’oral de français sur « Le divertissement » de Pascal :

♦ Comment pourriez-vous définir le divertissement pascalien à partir de ce fragment ?
♦ Quel est le rôle du registre tragique dans ce texte ?
♦ En quoi ce texte renvoie-t-il une vision pessimiste de la condition humaine ?
♦ Quels sont les buts de Pascal dans ce texte sur le divertissement ?

Annonce du plan :

Dans ce fragment, Pascal démontre la vanité du divertissement (I). Mais il en fait surtout une condamnation religieuse (II) pour inciter son lecteur à la conversion au catholicisme (III).

I – Une démonstration rationnelle de la vanité du divertissement

A – Une méthode scientifique

Pascal adopte une démarche scientifique pour montrer à son lecteur la vaine nécessité du divertissement.

Comme dans un protocole scientifique, l’auteur part de son expérience personnelle pour accéder à des lois naturelles communes à tous les hommes. C’est ainsi qu’on observe dans ce fragment le passage de la première personne « je » au pronom impersonnel « on ».

Les temps verbaux employés par Pascal sont également révélateurs de cette démarche scientifique.

Le passé composé (« je m’y suis mis », « j’ai dit souvent », « j’ai pensé », j’ai trouvé » inscrit l’homme dans la temporalité et le soumet au passage du temps. Mais Pascal s’extrait de cette temporalité pour envisager les lois immuables : le présent de vérité générale est ainsi abondamment utilisé dans le dernier paragraphe («sont si recherchés », « c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit ».

Pascal utilise donc un raisonnement inductif : il part de faits particuliers pour en tirer une loi générale.

B – Un discours rationnel

 Le discours de Pascal dans ce fragment sur le divertissement est rationnel.

Les idées sont reliées par des connecteurs logiques qui ne laissent aucune place à au hasard : « parce qu’on trouverait », « Mais », «  Quelque condition qu’on », «  Et cependant », «  S’il … », «  De sorte que… », «  De là vient que… ».

Ces connecteurs logiques créent un tissu rigoureux où les idées s’enchaînent les unes aux autres par des liens de conséquence ou par des implications de type mathématique (si …alors).

Dans ce texte, Pascal applique le rationalisme cartésien (du philosophe Descartes) dont Pascal a fait l’éloge dans De l’esprit géométrique en 1658.

Pour Descartes, l’homme peut accéder à la connaissance du monde par la raison.Or c’est également ce qu’essaie de prouver Pascal dans ce fragment :

♦ La démarche de Pascal est abstraite comme en témoignent les termes scientifiques « cause » et « effective » et le verbe « penser ». C’est par la raison et un raisonnement inductif (on part du particulier pour en tirer une loi générale) que l’homme peut comprendre le monde.

♦ Dans le troisième paragraphe, Pascal adopte une démarche déductive à travers l’exemple de la « royauté« . Après avoir déduit des lois naturelles (paragraphe précédent), il en tire des conséquences.

Pascal s’ingénie à utiliser les deux démarches inductives et déductives pour montrer la puissance de la rationalité.

Dans le prolongement de De l’esprit géométrique, Pascal essaie d’appliquer les principes mathématiques au discours pour expliquer le divertissement. Néanmoins, la rationalité n’est qu’un moyen pour approcher ce concept théologique.

II – Une vision pessimiste de la condition humaine

A – Le mépris du monde pascalien

Pour Pascal, il existe deux ordres : l’ordre de la nature (les lois naturelles) et l’ordre de la grâce (les lois divines).

La raison permet de comprendre les lois naturelles, mais elle est insuffisante pour comprendre le divin.

Seule la théologie y parvient d’où la nécessité d’aller plus loin comme le fait Pascal dans la phrase suivante : «  Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir la raison ». Ce passage de « cause » à « raison » montre cette transition de l’ordre de la nature à l’ordre de la grâce.

C’est pourquoi Pascal dénonce les vanités du monde et l’aveuglement des hommes face à leur condition.

Le monde de la nature est un monde de désordre et de multiplicité comme le montre le champ lexical du désordre : « diverses agitations des hommes », « périls », « peines » « guerre », « querelles », « passions », «entreprises hardies et souvent mauvaises », « bouger », « les conversations et les divertissements des jeux ».

La condition humaine sur terre est minée par la multiplicité et le mouvement perpétuel : « On n’achète une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville. Et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. »

Pascal utilise ici une esthétique baroque pour dénoncer l’absurdité des affaires humaines :

♦ La surabondance du pluriel (« les conversations et les divertissements des jeux »);
♦Le parallélisme de construction (« on ne…parce que ») qui montre une circularité absurde des mondanités.

Les hommes fuient la vérité de leur condition dans des actions répétitives et absurdes qui les détournent de leur ennui. Telle est la définition du divertissement pascalien.

Par l’énumération qui ouvre le dernier paragraphe (« le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois ») Pascal dresse même une rapide caricature des vanités dans lesquelles les hommes se laissent entraîner par ennui.

Ce mépris du monde souligne la tristesse de la condition humaine sans Dieu.

B – Le registre tragique

Pascal exprime la condition de l’homme dans le registre tragique.

Il a recourt à un vocabulaire pathétique comme le montre le champ lexical du malheur : « guerre », « tout le malheur des hommes », «  tous nos malheurs », « malheur naturel », « notre condition faible et mortelle », « si misérable », « rien ne peut nous consoler », « notre malheureuse condition ».

La dimension tragique de ce champ lexical est accentuée par les déterminants hyperboliques « tous » et l’adverbe intensif « si ».

Surtout, l’homme est tragiquement enfermé dans sa condition.

L’enfermement de l’homme dans le péché transparaît dans le chiasme de construction : « De sorte que s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets qui joue et qui se divertit ».

Le roi sans divertissement est lui-même pris dans cette tragédie. Le futur  « soutiendra », «  tombera » a un sens prophétique : il montre l’inéluctabilité de cette tragédie pour le roi lui-même, personnage théoriquement à l’ abri du malheur.

Cette vision tragique de l’homme est fortement influencée par le jansénisme, un courant chrétien pessimiste qui a beaucoup compté pour Pascal.

Pascal essaie de donner une issue à cet enfermement en incitant l’homme à non plus se pervertir ou divertir mais à se convertir.

III – Les Pensées : une invitation à la conversion

 A – Une sagesse inspirée de Montaigne

 Ce fragment issu de la liasse « Divertissement » est une réécriture des Essais de Montaigne.

En effet, les deux premiers paragraphes « Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer…  / Mais quand j’ai pensé de plus près… » ressemblent à s’y méprendre au passage des Essais, « De l’expérience » du livre III « Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger… ». La proximité syntaxique de ces deux textes crée un effet d’intertextualité.

Pascal se place ainsi volontairement dans le sillage de Montaigne et ce, d’autant plus que Montaigne a déjà évoqué au 16ème siècle la « diversion ».

Pascal adopte de Montaigne sa sagesse épicurienne.

Tout comme Montaigne, Pascal critique la violence guerrière par le champ lexical de la guerre : « guerre », « querelles », « hardies », « aller sur la mer ou au siège d’une place », « l’armée ». Le registre épique qui émane de ce champ lexical dévoile une grandeur vaniteuse et illusoire.

Comme Montaigne, Pascal prône la simplicité et la modestie (« demeurer en repos», « demeurer chez soi »).

B – Un sermon pour pousser le lecteur à se convertir

Ce texte sur le divertissement ressemble à un sermon, c’est à dire à un discours visant à enseigner la foi religieuse.

Par le déterminant possessif « notre » Pascal implique le lecteur dans son texte. Il l’exhorte à passer de l’ordre de la nature à l’ordre de la grâce par un véritable art de persuader.

Pour Pascal, seule la foi peut sauver l’homme. C’est pourquoi l’adjectif « naturel » vient qualifier le substantif « malheur » : « le malheur naturel de notre condition faible et mortelle » . L’ordre de la nature est celui du péché originel. L’homme ne peut se libérer de sa condition malheureuse que par la religion.

Pascal montre donc à son lecteur sa misère pour mieux le convertir.

Pour cela il joue habilement avec les synonymes du bonheur : « félicité languissante », «  bonheur », « vraie béatitude ». Pascal montre toute la palette qui sépare le bonheur illusoire et fugitif de la béatitude véritable en Dieu. Pour lui, la conversion est un chemin qui amène l’homme à cette béatitude.

Divertissement, Pascal, conclusion :

Pascal traite du divertissement comme Montaigne l’avait fait un siècle plus tôt. Mais il donne à cette notion un sens théologique qu’elle n’avait pas chez Montaigne.

Pour Pascal, le divertissement détourne l’homme de sa véritable condition et l’éloigne de Dieu. Dans les Pensées, il invite le lecteur à renoncer à ses grandeurs illusoires pour accéder à sa vérité.

Cette thématique du roi sans divertissement a marqué les esprits et sera utilisée jusqu’ au XXème siècle par un auteur comme Jean Giono dans Un roi sans divertissement.

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  6 commentaires à “Pensées de Pascal, divertissement : commentaire”

  1.  

    Bonjour madame , merci beaucoup pour ce site , vous m’avez sauve la vie a plusieurs reprises :) J’ai juste une question , notre prof de francais nous a dis que le jour de l’oral nous pouvons avoir un des tableaux de l’histoire des arts comme commentaire mais d’apres ce que j’ai vu sur internet ce n’est pas possible donc je me demande si je dois apprendre l’analyse des tableaux et les biographies des peintres ou si ce n’est pas vraiement necessaire?

    •  

      en fait on doit pouvoir te demander de faire un lien avec une séquence lors de l’entretien, mais tu ne peux pas tomber dessus en analyse

  2.  

    bonjour , merci pour ce commentaire, j’aimerais juste savoir que veut dire la vanité du divertissement? est dans le sens que les divertissements sont vains vide ?
    merci

  3.  

    Merci pour tes commentaires toujours pertinents dans un langage simple.

  4.  

    Je suis tombée sur ce texte pour le bac blanc, j’avais travaillé sur votre site (notre prof ne nous donne que des bouts d’analyse et nous n’avions rien compris). Résultat : 17/20 :) Merci Amélie !! Avec vous, je retrouve le motivation pour le français :)

  5.  

    Bonjour Amélie, Merci beaucoup pour ce commentaire qui m’aide beaucoup dans mes révisions ! Néanmoins j’ai du mal à comprendre la structure du commentaire avec les démarches déductives, inductives : Pascal utilise les deux ? Mais dans quel but ? Et à quoi le voit on dans le texte ?

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