Fables, La Fontaine (livres VII à XI) [Fiche de lecture]

les fables la fontaine

Les livres VII à XI des Fables de La Fontaine sont au programme du bac de français 2020.

Publiés dix ans après le premier recueil, les livres 7 à 11 des Fables sont dédiés à Mme De Montespan, favorite de Louis XIV.

Les fables de ce deuxième recueil se veulent donc plus complexes et plus subtiles puisqu’elles ne sont plus destinées à un enfant (le premier recueil était dédié au Dauphin âgé de 6 ans) mais à un public adulte.

Derrière la fantaisie et la légèreté des fables se cache une satire mordante des pouvoirs, de la société, une peinture de l’âme humaine et un message philosophique.

Qui est Jean de La Fontaine ?

Né à Château-Thierry en Champagne en 1621, Jean de La Fontaine s’installe à Paris en 1658, et fait partie des artistes qui entourent le ministre Fouquet au château de Vaux-Le-Vicomte.

Après la disgrâce de Fouquet, La Fontaine fréquente les salons parisiens et obtient la protection de diverses personnes, notamment Mme de la Sablière.

Auteur classique, il est célèbre pour ses Fables publiées en 1668 (livres I à VI), 1678-1679 (livres VII à XI) et 1694 (livre XII) qui visent à « plaire et instruire » .

La Fontaine tire aussi du classicisme son admiration pour les Anciens chez lesquels il puise son inspiration (Esope, Phèdre, Pilpay). Il prend parti pour les Anciens dans la célèbre querelle des Anciens et des Modernes.

Comment résumer les Fables (livres VII à XI) ?

Les fables des livres VII à XI ne se résument pas si facilement puisque La Fontaine dans son « Avertissement » revendique justement leur diversité :

« j’ai jugé à propos de donner à la plupart de celles-ci un air et un tour un peu différent de celui que j’ai donné aux premières, tant à cause de la différence des sujets, que pour remplir de plus de variété mon ouvrage« .

Cette variété touche les sujets abordés (critique sociale et politique, peinture des vices humains, confidence lyrique…), les personnages (des animaux anthropomorphes comme dans « Le rat qui s’est retiré du monde« , des humains comme dans « Le savetier et le financier » ), les styles et les tons (ton satirique, polémique dans « Les animaux malades de la peste », lyrique dans « Les deux pigeons » ).

L’unité des Fables est donc à trouver dans l’univers poétique qui les anime et dans la sagesse qui en ressort, une sagesse fondée sur le bon sens, le pragmatisme et la simplicité.

Quels sont les thèmes importants dans les Fables (livres 7 à 11) ?

La ruse

La ruse ou la tromperie est un ressort classique de la comédie et La Fontaine se plaît à utiliser fréquemment ce registre, comme dans « Le loup et le chien maigre » (Livre IX) où le loup se fait berner par un chien rusé ou dans « La Cour du lion » où le renard doit ruser pour échapper aux foudres du roi.

Dans « Les obsèques de la Lionne » , le cerf ne doit sa survie qu’à l’invention d’un songe qui trompe le lion (Livre VIII).

Dans « L’Huître et les Plaideurs » (Livre IX), la justice, représentée par Perrin Dandin, trompe les deux plaideurs en mangeant l’huître qu’ils se disputent et en laissant à chacun des plaideurs une écaille.

La vanité

La vanité est un défaut humain récurrent dans les Fables.

L’homme dans « L’homme et la couleuvre « (livre X) a la vanité de se mettre en tête que « tout est né pour (lui), quadrupèdes, et gens, et serpents ».

Le coq vainqueur dans « Les deux coqs » périt en chantant sa victoire sur un toi.

Le Héron du livre VII dédaigne la carpe, les tanches puis le goujon. Le soir venu, affamé, il se contente d’un limaçon, sa vanité se trouvant là punie.

Dans « Le coche et la mouche » (livre VII), la mouche se croit indispensable alors qu’elle n’est qu’une gêne.

Le rat qui critique l’éléphant voit sa vanité punie par le chat (« Le rat et l’éléphant », livre VIII).

Par cette condamnation de la vanité, La Fontaine engage l’homme à rester dans la mesure.

La justice

La justice est particulièrement visée dans les livres VII à XI.

« Les Animaux malades de la peste » critique la partialité de la justice qui rend ses arrêts selon la position sociale de l’accusé ou du plaignant : « Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements vous feront blanc ou noir».

« L’Huître et les Plaideurs » (livre IX) illustre l’avidité de la justice qui de surcroît ne rend justice à aucun des plaignants.

Le chat dans « Le chat, la belette et le petit lapin » (livre VII) abuse de son pouvoir en croquant les deux plaignants.

L’illusion

La Fontaine dénonce les illusions de l’imagination, fidèle en cela à l’enseignement de Pascal dans les Pensées qui enjoint les hommes à se méfier des tromperies de l’imagination.

Dans « La laitière et le Pot au lait » (Livre VII), Perette se perd dans des rêveries irréalistes, tout comme le curé dans « Le Curé et le Mort » : ils sont tous deux vite rattrapés par la réalité.

La Fontaine nous invite à rechercher le bonheur dans le moment présent et dans une vie simple proche de la nature (« Le songe d’un habitant du Mogol », livre XI).

Quelles sont les caractéristiques de l’écriture de La Fontaine ?

La Fontaine veut « plaire et instruire« , « joindre l’utile à l’agréable » conformément aux principes définis par Horace et repris par les classiques.

Pour plaire, La Fontaine utilise des animaux anthropomorphes qui permettent d’instruire les hommes en maniant l’ironie ou le comique.

Les récits rapides, plaisants, les dialogues alertes donnent un aspect vivant et dynamique au texte. L’utilisation de vers hétérométriques (des vers qui n’ont pas tous la même longueur) et des enjambements permet un jeu sur le rythme, toujours suggestif chez La Fontaine.

Mais derrière cette fantaisie et cette légèreté qui font le plaisir du lecteur, La Fontaine vise à instruire. La morale est souvent exprimée clairement et distinctement, La Fontaine n’hésite pas à utiliser un vocabulaire philosophique ou conceptuel.

Que signifie le parcours « Imagination et pensée au XVIIème siècle » ?

Les livres VII à XI des Fables de La Fontaine sont au programme du bac de français 2020 dans le cadre du parcours « Imagination et pensée au XVIIème siècle ».

Pour comprendre ce parcours, tu dois savoir que le XVIIème siècle est traditionnellement considéré comme le siècle de la raison.

À l’époque de La Fontaine, la mode est au cartésianisme, impulsé par le philosophe René Descartes (1596 – 1650) qui, dans son Discours de la Méthode, prône la raison comme instrument d’accès aux vérités premières. Le philosophe Blaise Pascal (1623-1662) affirme dans les Pensées que l’imagination est « maîtresse d’erreur ».

Mais alors, de quel côté se situe La Fontaine : celui de la pensée ou de l’imagination ?

La Fontaine et la critique de l’imagination

La Fontaine s’inscrit dans la lignée de Descartes et Pascal quand il montre les illusions dans lesquelles nous égare l’imagination avec par exemple « La Laitière et le pot au lait » (livre VII).

La laitière Perrette se laisse entraîner par son imagination en construisant mentalement une vie parallèle. Mais l’imagination est trompeuse : Perrette trébuche et revient vite à la réalité.

Dans « Le vieillard et les trois jeunes hommes » (livre VIII), les trois jeunes hommes voient leur ambition punie par la mort alors que le vieillard, sage et raisonnable, récolte le fruit de son travail.

Dans « L’homme qui court après la Fortune, et l’homme qui l’attend dans son lit » (livre VII), ce sont également l’imagination et l’ambition qui guident l’homme qui parcourt le monde pour des chimères : La Fontaine souligne le caractère dangereux et absurde de l’imagination qui n’est que la poursuite du néant.

La Fontaine, au cœur d’un XVIIème siècle fondamentalement cartésien, dénonce donc les illusions de l’imagination et valorise au contraire la pensée.

La fable « L’avantage de la science » (livre VIII) est ainsi un éloge du savoir : « Laissez dire les sots : le savoir a son prix ».

La Fontaine et le recours à l’imagination à des fins didactiques

Cependant, La fontaine ne rejette pas toute forme d’imagination. Au contraire, La Fontaine utilise l’imagination à des fins didactiques pour plaire et instruire conformément à l’idéal classique.

L’utilisation des animaux est une stimulation de l’imagination pour le lecteur. La mise en scène d’un bestiaire imaginaire montre ce plaisir de raconter une histoire et de passer par l’imagination du lecteur pour mieux illustrer la morale.

Dans « Le pouvoir des fables » , La Fontaine fait l’éloge de la fable qui, parce qu’elle a recours à l’imagination, est un outil de persuasion plus efficace que les discours sérieux. Il confesse l’émerveillement enfantin des hommes face aux histoires : « Le monde est vieux, dit-on, je le crois; cependant / Il le faut amuser encor comme un enfant. »

Tu peux aussi lire mes commentaires des fables des livres I à VI :

La cigale et la fourmi : analyse
La mort et le bûcheron : analyse
Le chêne et le roseau : analyse
Le laboureur et ses enfants : analyse
Le lion et le moucheron : analyse
Le loup et l’agneau : analyse
Le loup et le chien : analyse
Les grenouilles qui demandent un roi : analyse
Les membres et l’estomac : analyse

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Amélie Vioux

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