Cyrano de Bergerac, Rostand, acte V scène 5 : commentaire

Voici un commentaire composé de l’acte V scène 5 de Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand.

L’extrait étudié va de « ROXANE : Ouvrez lisez… » jusqu’à « ROXANE : Ce sang était le sien ».

Cyrano de Bergerac, acte V scène 5, introduction

Cyrano de Bergerac est une pièce d’Edmond Rostand écrite à la fin du XIXème siècle et représentée en 1897.

Très complexe à jouer, la pièce est finalement un triomphe car elle offre une bouffée d’oxygène à une fin de XIXème siècle engagée dans le naturalisme, le scientisme et le culte de la modernité.

Cyrano de Bergerac, affublé d’un nez fameux qui l’enlaidit, est amoureux de sa cousine Roxane, précieuse et amatrice de bel esprit.

Mais Roxane est amoureuse de Christian de Neuvillette, qui manque d’esprit. Cyrano propose alors un marché à Christian à l’acte II, scène 10 : il lui écrit ses lettres d’amour pour Roxane et lui donne ainsi de l’éloquence.

Alors qu’ils partent à la guerre, Cyrano écrit une lettre d’adieu passionnée à Roxane que Christian lui fait porter. Roxane est persuadée que cette lettre est de Christian. A la mort de Christian, Roxane porte le veuvage et conserve religieusement ses lettres. (Voir le résumé de Cyrano de Bergerac)

A l’acte V scène 5, quatorze ans ont passé et Roxane demande à Cyrano de relire cette lettre d’adieu.

Questions possibles à l’oral de français sur l’acte V scène 5 de Cyrano de Bergerac

♦ Étudiez le théâtre dans le théâtre dans cette scène.
♦ Quels sont les ressorts dramatiques de cette scène d’aveu ?
♦ A quel courant appartient cette pièce ?
♦ Peut-on dire qu’il s’agit d’un dénouement tragique ?
♦ Quels sont les registres dans cette scène et quels sont leurs effets ?

Annonce du plan :

Cette scène de théâtre dans le théâtre (I) met à nu le stratagème de Cyrano dans une scène d’aveu (II) qui prépare une fin tragique (III)

I – Le théâtre dans le théâtre

A – Cyrano, un acteur

L’acte V scène 5 de Cyrano de Bergerac suit une structure de théâtre dans le théâtre dans laquelle Cyrano apparaît comme un acteur qui joue un rôle.

En effet, alors que le spectateur sait que Cyrano ne lit pas la lettre, les didascalies internes précisent à deux reprises : « CYRANO, lisant » ce qui suggère que Cyrano mime comiquement la lecture d’une lettre (qu’il connaît par cœur puisque c’est lui qui l’a écrit comme on le sait depuis l’acte IV, scène 4).

Il se lance dans une pièce lyrique avec des apostrophes « Ma chère, Ma chérie, Mon Trésor » qui impliquent un jeu théâtral.

Roxane est placée dans la position du spectateur. Les verbes « Ouvrez … lisez » symbolisent l’ouverture des rideaux de théâtre.

Les formules exclamatives (« Comme vous la lisez cette lettre ») marquent l’approbation du spectateur qui trouve excellent l’acteur qui fait sa performance.

B – Un quiproquo comique

Cette scène de théâtre dans le théâtre donne lieu à un quiproquo presque comique.

Le spectateur, tout comme Cyrano, sait en effet que la lettre n’a pas été écrite par Christian. Seule Roxane est dans l’ignorance de ce vieux stratagème mise en place à l’acte II scène 10 . D’où la situation de quiproquo dans laquelle se trouve Roxane.

Roxane répète « Comme vous la lisez », « Comme vous la lisez », « Vous la lisez… ». La répétition du verbe « lire » relève du comique.

Ce quiproquo est d’autant plus fort que le texte que lit Cyrano est le parfait reflet de son cœur.

Le spectateur sait que le champ lexical de l’amour : « ma bien-aimée », « amour inexprimée », « baiseront », « chère », « trésor », « chérie », « Mon amour », « Mon cœur », « vous aima » exprime les vrais sentiments de Cyrano.

De même, le spectateur sait que le « je » lyrique représente Cyrano et non Christian : « Mon cœur ne vous quitta jamais une seconde / Et je suis et serai jusque dans l’autre monde ».

Le spectateur assiste donc à un quiproquo digne d’une comédie.

II – Une scène de révélation

Ce dénouement est une scène de révélation qui permet de rétablir la vérité.

A – L’aveu

La scène 5 de l’acte V bascule avec un acteur inattendu : la nuit.

La tombée de la nuit apparaît dans les didascalies internes « La nuit vient insensiblement » ainsi que par les didascalies externes « L’ombre augmente », « Il fait nuit ».

Ces nombreuses didascalies rappellent que la nuit doit être mise en scène car c’est l’obscurité qui va provoquer la révélation.

Avec la nuit, le masque tombe comme le montre la répétition de « C’était vous », « C’était vous ! », « Les lettres, c’était vous… », « Les mots chers et fous c’était vous… ».

Le champ lexical du théâtre souligne la chute des masques : « généreuse imposture », « joué », « rôle », « vieil ami », « drôle » .

Sur le plan scénique, Roxane qui était auparavant spectatrice, devient soudain actrice.

Elle fait même un aparté en employant la troisième personne du singulier pour désigner Cyrano qui est pourtant à ses côtés : « Et pendant quatorze ans il a joué ce rôle . D’être le vieil ami qui vient pour être drôle ! ».

B – Une mise en abyme de la pièce

Roxane se rend compte qu’elle a été le jouet d’un stratagème amoureux.

Pour accompagner cette révélation, Edmond Rostand fait une mise en abyme de la pièce Cyrano de Bergerac en revisitant les scènes que le spectateur a déjà vues :

♦ « Mais … que je n’entends pas pour la première fois » fait référence à la scène du balcon où Cyrano de Bergerac s’est fait passer pour la voix de Christian de Neuvillette à l’acte II de la scène 7.

♦ Ces « mots chers et fous » rappellent la déclaration fougueuse faite par Cyrano de Bergerac à Roxane.

♦ « Pourquoi vous être tu pendant quatorze années » rappelle les premières scènes de l’acte V où Cyrano de Bergerac fait une gazette humoristique sur les habitudes de la cour.

♦ « Ces pleurs étaient de vous » rappelle la larme que Cyrano avait versée en écrivant la lettre d’adieu de Christian et que Christian avait repérée à l’acte IV, scène 4.

Condensés dans cette scène, tous les épisodes de la pièce sont revisités par Roxane et réinvestis de leur véritable signification.

III – Vers une fin tragique ?

A contre-courant de la modernité et du réalisme de la fin du XIXème siècle, Edmond Rostand ressuscite dans Cyrano de Bergerac le romantisme (on parle alors de neoromantisme) et les valeurs héroïques de la tragédie.

 A – Un drame romantique

Dans l’acte V scène 5 de Cyrano de Bergerac, on sort de l’univers héroïcomique de la pièce pour entrer dans un lyrisme qui rappelle les drames romantiques de la première moitié du XIXème siècle.

Le début de la scène, lorsque le masque de Cyrano tombe, mêle encore des éléments tragiques et cocasses.

Tel est le cas des stichomythies (répliques courtes) que s’échangent les personnages et qui mettent en place un véritable combat verbal pour tirer l’aveu de la bouche de Cyrano.

L’adverbe « Non » répété plusieurs fois relève du comique et montre que Cyrano, accablé par les preuves, n’a plus que la négation de l’évidence.

Mais les didascalies internes indiquent une « voix qui faiblit » ce qui montre que Cyrano est en train de baisser les armes.

La posture des personnages devient alors romantique. Roxane est « rêveuse », «et Cyrano s’enferme dans un « long silence ».

Il y a des effets de miroir entre les deux personnages qui montrent qu’ils ne sont plus qu’une seule et même personne : « Elle tressaille », « Il tressaille ».

La communion des personnages transparaît dans la répétition « Vous m’aimiez« , « vous m’aimiez« .

Les didascalies nous font voir les tableaux intimistes en clair-obscur du mouvement romantique : « Il tressaille, se retourne, la voit là tout près, fait un geste d’effroi, baisse la tête. Un long silence. Puis dans l’ombre complètement venue elle dit avec lenteur, joignant les mains » .

La réplique « Non, non mon cher amour, je ne vous aimais pas » fait définitivement tomber le masque de Cyrano.

Le langage de l’acteur (« je ne vous aimais pas ») est trahi par le langage du cœur (« Mon cher amour » ).

B – Une tragédie en préparation

Une atmosphère tragique plane aussi sur la scène.

Plusieurs indices montrent l’imminence de la mort de Cyrano.

Le champ lexical de l’obscurité d’abord (« ce soir », « La nuit vient », « L’ombre », « Il fait nuit ») symbolise la mort qui approche.

Les verbes au temps du passé et notamment à l’imparfait marquent un temps révolu : « Vous m’aimiez » alors que Cyrano aime toujours Roxane.

Avec l’emploi du temps du passé, le spectateur a l’impression que Cyrano appartient déjà au passé et que sa mort est imminente.

L’ellipse de 14 ans entre l’acte IV et l’acte V montre une accélération fulgurante du temps qui précipite le personnage de Cyrano vers une fin tragique.

La lettre de Christian que Cyrano lit évoque sa mort prochaine comme le montre le champ lexical de la mort : «adieu, » « mourir », « je meurs », « yeux grisés ».

Or, il y a un parallélisme entre la situation de Christian qui faisait ses adieux à l’acte IV car il partait en guerre, et Cyrano qui s’apprête à mourir de sa grave blessure. Il y a donc une situation d’ironie tragique.

Les deux personnages, Cyrano et Christian, sont entraînés dans le même destin tragique.

On a l’impression que Cyrano de Bergerac a scellé son propre destin lorsqu’il a écrit la lettre d’adieu de Christian, ce qui donne d’ailleurs un caractère presque fantastique au texte.

L’acte V scène 5 de Cyrano de Bergerac reste donc empreint d’une certaine gravité.

Cyrano de Bergerac, Rostand, acte V scène 5, conclusion

Cette scène d’aveu met en évidence l’inscription de Cyrano de Bergerac dans le mouvement néo-romantique.

Mélangeant les genres, Edmond Rostand passe dans ce passage du comique au tragique avec une scène d’aveu riche en ressorts dramatiques.

Le Cyrano d’Edmond Rostand est devenu aussi mythique que les grands personnages comme Hamlet ou Dom Juan.

Qui suis-je ?

Amélie Vioux

Je suis professeur particulier spécialisée dans la préparation du bac de français (2nde et 1re).

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2 commentaires

  • re bonjour Amélie,
    J’ai oublié de l’écrire dans mon précédent commentaire mais je me suis posé une question en lisant ton articles sur la méthode du commentaire composé. Tu nous a fait part de deux astuces pour élaborer un plan de commentaire composé. dans la méthode « inversé » je n’ai pas compris ce que c’est que des hypothèses de lecture.
    Merci de m’éclairer sur ce point

  • boujour Amélie,
    Je remarque que sur mes commentaire composé je fait souvent la même faute : la paraphrase. Comment peut t-on faire pour l’éviter ?
    Merci pour votre aide

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