chant d'automne baudelaire analyseVoici une analyse du poème « Chant d’automne » de Baudelaire extrait de son recueil Les Fleurs du Mal (1857).

Chant d’automne, Baudelaire, introduction :

« Chant d’automne » appartient à la section « Spleen et Idéal » des Fleurs du Mal et au cycle de poèmes adressés à Marie Daubrun.

Questions possibles à l’oral de français sur « Chant d’automne » :

♦ Quels sont les sentiments du poète ici ? Comment sont-ils exprimés ?
♦ Commentez la composition du poème.
♦ Que représente ici la femme pour le poète ?
♦ De quelle manière se joue ici le rapport entre Spleen et Idéal ?
♦ Quel est le registre dominant dans ce poème ?

Annonce du plan :

Dans ce poème divisé en deux parties, Baudelaire évoque avec angoisse et nostalgie la fin de l’été. Si le poème est dominé par le Spleen (I), une issue semble possible grâce à la femme aimée et à la poésie (II).

I – Un poème dominé par le Spleen

A – Angoisse du poète face au passage du temps

Le temps est omniprésent dans le poème « chant d’automne ».

On relève tout d’abord le champ lexical du temps et de la durée : « Bientôt », « trop courts » (v. 1-2), « déjà » (v. 3), « en grande hâte » (v. 14), « hier » (v. 15), « aujourd’hui » (v. 18), « éphémère » (v. 23), « courte » (v. 25).

Baudelaire reprend ici le motif romantique traditionnel de la fuite du temps.

Cette fuite est évoquée principalement à travers le cycle des saisons : « étés » (v. 2), « l’hiver » (v. 5), « l’été » (v. 15, v. 27), « l’automne » (v. 15, v. 24).

Le passage du temps est renforcé par la conjugaison. En effet, on passe du futur au présent ou du présent au passé : « plongerons » (v. 1), « J’entends » (v. 3), « va rentrer » (v. 5), « sera » (v. 8), « J’écoute », « on bâtit » (v. 9-10), « est » (v. 11), « Il me semble », « on cloue » (v. 13-14), « c’était » (v. 15), « sonne », « J’aime » (v. 16-17), …

Le passage du temps est pour le poète vecteur d’angoisse.

Ainsi, l’approche de l’hiver entraîne une accumulation de sentiments négatifs marqués dans l’énumération de la deuxième strophe : « colère, Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé » (v. 5-6).

Par ailleurs, l’arrivée prochaine de l’hiver est synonyme de mort. On trouve ainsi dans le poème un vaste champ lexical de la mort : « ténèbres » (v. 1), « Adieu », « funèbres » (v. 2-3), « l’échafaud » (v. 10), « cercueil » (v. 14), « la tombe » (v. 25).

L’angoisse du poète face au temps est accentuée par une personnification de l’hiver et de la mort : « Tout l’hiver va rentrer dans mon être » (v. 5), « La tombe attend – elle est avide ! » (v. 25).

La mort, qualifiée par l’adjectif « avide », apparaît comme une figure vampirique.

Enfin cette angoisse de la mort constitue une souffrance physique et morale, ce qui transparaît notamment à travers les comparaisons : « Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé » (v. 8), « Mon esprit est pareil à la tour qui succombe/Sous les coups du bélier infatigable et lourd » (v. 11-12).

B – Un chant mélancolique

Le poète est en proie au spleen, sentiment mélancolique lié à la fuite du temps.

Cette mélancolie est ici liée à la fin de l’été que Baudelaire évoque avec nostalgie : « en regrettant l’été blanc et torride » (v. 27).

Ainsi, la fin de « l’arrière-saison » (v. 28) est vécue comme la perte irrémédiable d’une chose chère : « Adieu, vive clarté de nos étés trop courts ! » (v. 2), « C’était hier l’été ; voici l’automne! Ce bruit mystérieux sonne comme un départ » (v. 15-16).

La mélancolie du poète s’exprime à travers la monotonie : « bercé par ce choc monotone » (v. 13).

Ce chant d’automne monotone (les deux termes sont d’ailleurs liés par la rime aux vers 13 et 15) est marqué par la régularité de l’alexandrin et l’assonance en « ou » qui renforcent la sensation de bercement : « nous », « courts », « cours » (v. 1 à 4), « Tout », « rouge » (v. 5 et 8), « J’écoute », « sourd », « tour », « sous les coups », « lourd » (v. 9 à 12), « cloue » (v. 14), « Douce », « tout aujourd’hui », « ni votre amour, ni le boudoir » (v. 18-19), « pourtant », « pour », « Amante ou sœur, soyez la douceur », « ou d’un soleil couchant » (v. 21 à 24), « Courte tâche ! », « genoux », « Gter », « doux » (v. 25 à 28).

C – Entre Spleen et Idéal : le choc des extrêmes

Le terme de « choc » est répété dans la première partie du poème : « chocs funèbres » (v. 3), « choc monotone » (v. 13).

Il est renforcé par un champ lexical de la chute et du choc : « tomber » (v. 3), « tombe », « l’échafaud » (v. 9-10), « succombe », « les coups du bélier » (v. 11-12), « cloue » (v. 14) et par une allitération en « k » qui fait entendre les échos du choc : « clarté », « courts », « chocs », « cours », « colère » (v. 1 à 5), « Mon cœur ne sera plus qu‘un bloc », « J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe » (v. 8-9), « qu‘on bâtit n’a pas d’écho », « qui succombe », « les coups » (v. 10-12), « choc », « Qu‘on cloue en grande hâte un cercueil quelque part », « Pour qui ? » (v. 13-15).

Ce choc est celui des extrêmes : obscurité et lumière, chaud et froid, spleen et idéal. Ainsi la « vive clarté » (v. 2) de « l’été blanc et torride » (v. 27) se heurte aux « froides ténèbres » (v. 1) de l’hiver et au cœur désormais « glacé » (v. 8) du poète.

Ainsi, la fusion du chaud et du froid à l’origine du choc se réalise dans les oxymores : « dans son enfer polaire », « un bloc rouge et glacé » (v. 7-8).

Transition : Mais cette fusion des contraires n’est-elle pas une caractéristique de l‘idéal poétique baudelairien ? Il semble en effet que le poète cherche une issue au spleen à travers la femme aimée et la poésie.

II – Une issue possible grâce à la femme et à la poésie

A – Apparition de la femme : une figure maternelle et apaisante

Dans la deuxième partie de « chant d’automne », Baudelaire s’adresse directement à la femme aimée sous le mode de l‘impératif : « Et pourtant aimez-moi, tendre cœur ! soyez mère », « soyez la douceur éphémère » (v. 21-23), « Ah! laissez-moi » (v. 26).

Ces injonctions du poète traduisent son désespoir et la femme apparaît alors comme seul réconfort possible.

La femme décrite ici joue tous les rôles : à la fois amante, sœur (v. 23) et mère (v. 21).

C’est malgré tout la figure maternelle qui l’emporte. Elle est marquée par le champ lexical de la douceur et de la tendresse : « Douce beauté » (v.18), « tendre cœur » (v. 21), « la douceur » (v. 23), « le rayon jaune et doux » (v. 28).

La douceur de la femme est implicitement comparée à la douceur de l’été et ainsi apaise le poète.

D’ailleurs, le poète joue sur l’homophonie entre « mère » et « mer » (v. 20 et 21) mise en valeur par la rime et lie ainsi les deux termes.

Comme un petit garçon, il se repose sur les genoux de sa mère : « mon front posé sur vos genoux » (v. 26).

Les sonorités traduisent l’apaisement du poète. L’allitération en « m » et l’assonance en « ou » renforcent la sensation de bercement : « J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre/Douce beauté, mais tout aujourd’hui m‘est amer/Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,/Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer » (v. 17 à 20), « Et pourtant aimez-moi, tendre cœur! soyez mère/Même pour un ingrat, même pour un méchant/Amante ou sœur, soyez la douceur éphémère/D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant » (v. 21 à 24), « Courte tâche! La tombe attend – elle est avide !/Ah! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux/Gter, en regrettant l’été blanc et torride/De l’arrière-saison le rayon jaune et doux ! » (v. 25 à 28).

B – Une musicalité importante : transformation du bruit en musique

Ainsi la musicalité joue un rôle important dans le poème, musicalité annoncée dès le titre « Chant d’automne ».

Le bruit présent au début du poème se transforme peu à peu en musique.

On observe ainsi un riche champ lexical du bruit et du son dans la première partie du poème : « J’entends », « retentissant » (v. 3-4), « J’écoute », « écho plus sourd » (v. 9-10), « monotone » (v. 13), « bruit mystérieux », « sonne » (v. 16).

Les perceptions du poète sont donc, dans la première partie, essentiellement auditives.

De plus, ces sensations sont amplifiées, notamment par des hyperboles : « J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres/Le bois retentissant sur le pavé des cours » (v. 3-4), « J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe/L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd » (v. 9-10).

Les allitérations et assonances sont nombreuses et accentuent les sensations du poète tout au long de ce chant plaintif.

C’est aussi cette forte musicalité qui berce le poète et l’apaise, du moins temporairement.

C – Victoire de l’idéal ?

Si l’idéal se manifeste dans le poème à travers la douceur et la beauté de la femme aimée et la poésie, c’est tout de même le spleen qui s’installe et qui domine dans ‘chant d’automne ».

Rien ne peut empêcher l’hiver et le passage du temps, ce que le poète exprime par une accumulation de termes et phrases négatifs accentués par l’anaphore : « Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre/Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer » (v. 19-20).

D’autre part, on peut remarquer que le printemps est absent du cycle des saisons. Il n’y a donc pas d’espoir, de renouveau possible.

Chant d’automne, conclusion :

Dans « Chant d’automne », Baudelaire reprend au romantisme le thème traditionnel de la fuite du temps à travers le cycle des saisons.

Dans ce chant mélancolique, le poète exprime son angoisse à travers la nature et la musicalité.

Ses perceptions amplifiées donnent au poème une dimension à la fois tragique et subjective importante que l’on peut retrouver dans d’autres poèmes comme « L’Horloge » par exemple.

La femme et la poésie apparaissent comme un soulagement temporaire, laissant le spleen s’installer dans le cœur du poète.

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  8 commentaires à “Chant d’automne, Baudelaire : commentaire”

  1.  

    Salutt
    je suis eleve en premier S au Liban et je presente l’EAF le 28 mais et le 11 juin.
    J’ai reussi a repondre a toutes les problematiques en rapport avec la poesie et Baudelaire qui figurent dans mon descriptif sauf une, qui est sans doute la plus simple mais a laquelle je n’arrive pas a trouver une reponse claire.
    La poesie, un moyen pour transfigurer le reel?
    Je me demandais si vous pouviez m’aider ( en repondant par mail ) et assez rapidement, si possible bien sur, et ceci en me donnant des pistes pour y repondre, ou en m’expliquant un peu, ou en me donnant les noms des poemes qui pourraient repondre a cette problematique.
    Je suis un peu perdue et stressee.
    Alors votre aide me serait inestimable.

  2.  

    Désolé Camille, il m’est impossible de faire de l’aide aux devoirs par email. Je vous aide via les articles de mon blog; pour des aides précises il vous faut faire appel à votre professeur ou à un professeur particulier.

  3.  

    Bonjour Amélie, j’ai remarqué la pertinence de tes analyses.
    Elles m’aident beaucoup. J’aimerais bien que tu réalises une analyse de l’excipit de l’Etranger
    « Que m’importaient  » à « …cris de haine  » (la fin)
    Pourrais-tu la réaliser s’il te plait ?

  4.  

    Pourriez- vous s’il vous plait le faire au plus vite ? car l’EAF approche

  5.  

    Excellente étude des sonorités, de la musicalité du poème, entre autre.
    Mercie Amélie.

    Bonne continuation dans ce travail passionnant.

    Patrick

  6.  

    Bonjour! je trouve que votre blog est très intéressant et utile pour mes révisions de bac de Français c’est pourquoi j’ai quelque questions à vous posez.
    je voudrais choisir ce poème pour mon anthologie sur les 5 sens mais je ne suis pas sur qu’il réponde bien à ce thème ( évocation de l’ouïe? de la vue?)
    de plus je ne sais pas à quel mouvement l’associer: romantisme ou symbolisme?

  7.  

    Bonjours, cette analyse m’a beaucoup aider dans mon travail qui est une questions corpus mais est ce qu’il serait possible de faire pareil pour le poème de Victor HUGO Voici que la saison décline car il faudrait que je rejoigne les 2 textes en les comparant et je suis un peu bloqué. Merci par avance.

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