harmonie du soir commentaireVoici l’analyse d’ « Harmonie du Soir » de Baudelaire.

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Introduction de commentaire composé

« Harmonie du Soir », issu des Fleurs du Mal de Baudelaire, est l’avant dernier poème du cycle de l’amour spirituel inspiré par Madame Sabatier.

Madame Sabatier, considérée par Baudelaire comme une muse, une madone, s’oppose à la figure de Jeanne Duval, amante de Baudelaire à laquelle est consacrée le cycle de l’amour charnel et orageux.

Dans ce poème, Baudelaire évoque l’atmosphère harmonieuse d’un crépuscule (I) qui s’apparente à une célébration religieuse (II). Mais Baudelaire intériorise ce paysage crépusculaire afin d’y fixer son état d’âme (III).

I – L’atmosphère harmonieuse du poème

L’harmonie de ce poème repose sur sa profonde unité.

A – L’unité des diverses sensations

Dans « Harmonie du Soir », les sons, les parfums et les images se font écho, illustrant la théorie des correspondances de Baudelaire.

On retrouve ainsi le champ lexical des sens avec des termes relatifs aux différentes sensations :

- sensations auditives : « les sons » (v.3), « violon (v.6 et 9), « valse » (v. 4 et 7)

- sensations olfactives : « fleur » (v.2 et 5), « encensoir » (v.2 et 5), « parfums (v.3)

- sensations visuelles : les mouvements sont décrits : « valse », « tournent », « s’évapore ». On relève des références au soleil et à la luminosité : « le soleil » (v.12 et 15), « lumineux » (v.14)

Ces différentes sensations se fondent dans l’air du soir, créant une harmonie profonde.

C’est ainsi que les sons et les parfums vibrent tous les deux :

- « vibrant sur sa tige », « s’évapore » (le parfum des fleurs)
- « le violon frémit » (sons)

Ils se mêlent dans l’air où ils « tournent » comme une « valse », laissant une impression de « vertige ».

La fusion des sons et parfums qui « tournent » dans l’air est accentuée par le chiasme au vers 4 :

« Valse mélancolique et langoureux vertige »
   A                                   B                A

« Valse » et « vertige » se répondent en début et fin de vers tandis que les deux adjectifs (mélancolique et langoureux) s’entremêlent au milieu du vers.

Notez la répétition de la syllabe « lan » dans « mélancolique et langoureux » qui tend à confondre les deux adjectifs.

Ce chiasme dessine ainsi une boucle qui évoque le mouvement de la valse et souligne le  vertige des sens.

B – Une composition musicale

Le caractère musical de ce poème provient en partie des effets tirés du pantoum.

Le pantoum est  une forme poétique d’origine malaise.

Il s’agit d’un poème constitué de quatrains qui se caractérise par le retour de certains vers : le deuxième et le quatrième vers d’un quatrain deviennent le premier et le troisième vers du quatrain suivant.

La répétition des mêmes vers crée ici un refrain enivrant. La lecture du poème devient incantatoire.

Par ailleurs, le mouvement du pantoum suggère, sur le plan musical, le tournoiement de la valse et des parfums évoqués par Baudelaire dans le poème.

Vous pouvez également remarquer qu’il n’y a que deux rimes dans ce pantoum : « ige » et « oir ».

La répétition de ces seules rimes tout au long des quatre quatrains crée un rythme lancinant et rend présent de façon quasi obsessionnelle les deux motifs principaux du poème : le soir et le vertige.

II – Les comparaisons religieuses (ou les correspondances verticales)

A – Le vocabulaire religieux

L’harmonie du crépuscule est présentée comme une cérémonie religieuse.

On retrouve ainsi dans ce poème de nombreuses comparaisons d’éléments de la nature à des objets religieux : encensoir, reposoir; ostensoir.

♦ L’encensoir est une boîte à parfums où l’on fait brûler de l’encens au cours de certaines cérémonies.

La boîte contenant l’encens est suspendue à une chaîne, ce qui permet de la balancer en direction du prêtre.

La comparaison de Baudelaire (« Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ») se fonde sur deux éléments communs : le parfum et le mouvement de balancement.

Le reposoir est un petit autel sur lequel on dépose l’Hostie qui représente le corps du Christ.

Au vers 8, Baudelaire compare le ciel à un reposoir (« Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir »), donnant au ciel une présence divine.

ostensoir harmonie du soir baudelaire

un ostensoir

♦ Au vers final, Baudelaire ait apparaître l’image d’un ostensoir : « Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir ».

L’ostensoir est un objet en or dans lequel est placé l’Hostie. Cet objet de forme circulaire a des rayons en métal à l’image des rayons du soleil.

La métaphore du dernier vers est ainsi double :

- Baudelaire fait de la femme aimée son soleil intérieur
- La femme aimée représente également une présence divine au centre de son souvenir.

B – Du mouvement à la contemplation

On observe deux tendances dans ce poème :

1- Des vers 1 à 10, le poème souligne le mouvement :
« vibrant sur sa tige », « s’évapore », « tournent », « valse », « vertige », « frémit ».

La lecture du poème donne une impression de mouvement et de vertige.

2 - A partir du vers 11, le poème va vers une immobilisation : « triste et beau », « grand reposoir », « qui se fige ».

La tranquillité, le repos transparaît dans le choix du terme « reposoir ».

Ce passage du mouvement au repos et au calme marque le passage de la célébration à la contemplation.

III – La correspondance entre le paysage et l’état d’âme du poète

Le paysage contemplé par Baudelaire est intériorisé. Cela veut dire que le crépuscule décrit devient intérieur et permet de représenter l’état d’âme de Baudelaire.

A – La souffrance du poète

La souffrance de Baudelaire apparaît pour la première fois au vers 6 :
« Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige« 

La douleur est soulignée phonétiquement par la diérèse sur le terme violon.

Afin de respecter la métrique du vers, le lecteur doit en effet prononcer le terme violon en trois syllabes distinctes : vi-o-lon. Le hiatus produit un son désagréable qui souligne l’affliction du poète.

De même, l’ assonance en « i » , son aigu, fait entendre l’acuité de la souffrance :

Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Le lecteur comprend alors que la mélancolie évoquée dans le premier quatrain (« Valse mélancolique et langoureux vertige ») n’est pas seulement celle du soir mais également celle du poète.

L’image du cœur, qui apparaît au vers 6 comme un simple élément de comparaison est repris par le poète au vers 10 :
« Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir ! »

La souffrance se fait plus intense : on perçoit dans ce vers l’angoisse de Baudelaire.

Au premier degré, le néant représente la nuit qui tombe. Mais Baudelaire intériorise ce paysage et la nuit représente dès lors son néant intérieur, la peur profonde de ne plus aimer et de ne plus être aimé.

B – La sublimation de la souffrance (le dépassement de la souffrance)

On peut parler de sublimation de la souffrance car Baudelaire parvient à métamorphoser sa souffrance,  à la dépasser grâce à la poésie.

D’une part, la souffrance de Baudelaire est transfigurée par la beauté de l’évocation poétique. Son état d’âme se fixe sur un paysage intérieur qui l’apaise.

D’autre part, à travers son poème, Baudelaire parvient à recueillir le souvenir et à faire renaître le passé (« Du passé lumineux recueille tout vestige. »).

Le vers final du pantoum s’achève ainsi sur l’image du culte de la femme aimée :
« Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir »

Le tutoiement de la femme aimée (« Ton souvenir ») et la présence du poète (« en moi ») clôt le poème sur l’image d’un entrecroisement des coeurs.

La femme est divinisée.

Ainsi, « Harmonie du Soir » ne s’achève pas sur l’image sombre de la nuit qui avance mais sur l’image lumineuse du soleil intérieur du poète.

Pour aller plus loin :

« Harmonie du Soir », Baudelaire : le poème
Les Fleurs du Mal : analyse (vidéo)
Spleen et Idéal : analyse (vidéo)
Baudelaire : biographie (et plus encore)
Baudelaire (tous les articles)
Vie antérieure : commentaire
L’ennemi, Baudelaire (commentaire)
La chevelure, Baudelaire (commentaire)

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  12 commentaires à “Harmonie du Soir, Baudelaire : analyse”

  1.  

    merci pour toutes ces explications claires, je suis en première L avec 4 poèmes de Baudelaire à l’oral et votre site m’est d’une aide infinie !! :)

  2.  

    Je ne sais pas si on vous remercie assez pour tous ces commentaires très utiles :)

  3.  

    Très bien, mais je cherche une problématique, pour ce texte la. Qu’est ce que tu peux nous proposer?

  4.  

    C’est super, merci bcp :mrgreen: !!!!!!

  5.  

    Le commentaire est super bien construit, très utile quand on nous a donné qu’une étude linéaire alors que c’est ce qu’il ne faut surtout pas faire dans un commentaire ! Merci beaucoup !

  6.  

    Super commentaire !! Merci mille fois :)

  7.  

    Merciii beaucouuup !!
    Ce site est vraiment bien fait !! ça m’aide à comprendre ce que la prof a dit trop vite en cours ou ce qu’elle nous donne sans vraiment nous expliquer !
    Merci encore, je compte bien repasser ;)

  8.  

    Merci beaucoup, je ne sais pas comment vous remercier pour votre précieuse aide et tout le temps que vous consacrez pour nous aider.
    Je passe l’oral blanc mercredi et le cours de ma prof est trop dur a mémoriser alors que là, tout est clair, précis, concis!

    Mille mercis, continuez ainsi!

  9.  

    pourriez vous donner la problématique qui va avec se texte? ainsiqu’une idée d’ouverture s’il vous plait?

    meci beaucoup clo 1ere S

  10.  

    Je suis tombe sur votre site car je travaille au piano un prelude de Debussy intitule « Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ». J’ai donc voulu relire le poeme de Baudelaire et j’ai eu aussi la curiosite de lire votre analyse qui m’a rappele des souvenirs du lycee ! Un site comme le votre m’aurait ete precieux a l’epoque, le risque etant cependant pour les eleves d’aujourd’hui de chercher des analyses ‘toutes pretes’ sur le net au lieu de ressentir les textes et les analyser par eux-memes, ce qui est bien plus interessant !

    Un paragraphe de votre analyse m’a interpele : « Le lecteur comprend que la melancholie evoquee… n’est pas seulement celle du soir mais egalement celle du poete ». Le soir est-il une personne qui peut ressentir de la melancholie independamment du poete ?? C’est forcement la projection de l’etat d’ame du poete sur ce qu’il vit et decrit, en l’occurence ce moment du soir. La tournure de phrase semble donc assez irrealiste…

  11.  

    bonjour
    Comment fait on pour imprimer le commentaire ?

  12.  

    Bonjour, ayant suivi votre article pour la rédaction de ma fiche analytique, j’aimerais avoir votre avis sur une idée qui m’a traversé l’esprit concernant la possibilité d’une ouverture : peut-on dire par exemple, qu’en privilégiant la préservation de la femme aimée par l’écriture, Baudelaire rejoint la thèse de Jorge Semprun dans laquelle il peut renaître par l’écriture ?

    Baudelaire s’est toujours caractérisé par sa lutte contre le spleen, et on peut voir dans votre conclusion qu’il sort vainqueur de ce combat grâce à la divinisation -et donc à la préservation du souvenir- de la femme. À vos yeux, cela constitue-t-il une ouverture acceptable ? Merci pour votre réponse.

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