le misanthrope acte 1 scene 1Voici un commentaire de l’acte 1 scène 1 du Misanthrope de Molière.

L’extrait commenté va du vers 1 à 96 (de « Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ? » à « Est de rompre en visière à tout le genre humain » .) Clique ici pour lire cet extrait de l’acte I scène 1 (le texte).

 Le Misanthrope, acte I scène 1 : introduction

Le Misanthrope ou l’atrabilaire amoureux est une comédie de caractère écrite par Molière en 1666.

Après Dom Juan en 1665, et surtout après la censure du Tartuffe en 1664, Molière compose cette pièce en vers  en cinq actes, qui dénonce l’hypocrisie au XVIIe siècle, particulièrement à la cour du roi Louis XIV.

Dans la scène 1 de l’acte 1, Alceste, le misanthrope, se dispute avec son ami Philinte : il lui reproche d’être un hypocrite et d’entretenir des relations uniquement par intérêt.

Philinte se défend en évoquant l’étiquette et les concessions nécessaires à une bonne vie en société.

Questions possibles à l’oral de français :

♦ En quoi cette scène répond-elle aux exigences d’une scène d’exposition ?
♦ Relevez les éléments comiques de la scène.
Qu’est-ce qui oppose Alceste et Philinte dans cette scène 1 de l’acte I ?
♦ En quoi Alceste est-il un homme contradictoire ?
♦ Comment le conflit entre Alceste et Philinte est-il mis en évidence ?
♦ Dans quelle mesure cette scène d’exposition illustre-t-elle les fonctions de la comédie (divertir et instruire) ?

Annonce du plan :

La scène 1 de l’acte I du Misanthrope est une scène d’exposition dynamique et séduisante (I). Mais la querelle théâtrale qui oppose Alceste et Philinthe (II) comporte aussi une portée morale (III).

I- Une scène d’exposition dynamique

A- Une dispute « in medias res »

La scène d’exposition débute par une question posée par Philinte : « Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ? » .

Cette interrogation, qui pique d’emblée la curiosité du spectateur, laisse sous-entendre que l’action a déjà commencé avant que le rideau ne se lève.

C’est ce qu’on appelle un début « in medias res » (du latin « au milieu des choses »).

Le terme « action » est d’ailleurs employé par Alceste lui-même : « Une telle action ne s’aurait s’excuser »  et doit se lire avec une diérèse (a-cti-on en 3 syllabes au lieu de a-ction en 2 syllabes), ce qui met le terme en relief.

Deux personnages sont présents sur scène : Alceste et Philinte. Un évènement, que le spectateur ignore donc, s’est déroulé et pousse Philinte à interroger Alceste « Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ?  » .

L’explication de la colère d’Alceste vient un peu plus loin. On comprend qu’il vient d’être témoin d’un comportement de Philinte qu’il réprouve : « Je vous vois accabler un homme de caresses […] A peine pouvez-vous dire comment il se nomme » vers 17 à 22.

L’utilisation du verbe de perception « voir » permet à Alceste, par une habile mise en abyme du théâtre de devenir lui-même spectateur, puis de restituer au public l’évènement qu’il a manqué. Les évènements qui précèdent le début de la scène 1 sont ainsi relatés après-coup.

Alceste désapprouve le comportement de Philinte qu’il condamne vivement : Philinte a fait preuve d’hypocrisie en traitant en ami un homme qu’il connait à peine.

Cette action de Philinte située avant la scène est donc le prétexte à la confrontation de deux points de vue et de deux caractères différents.

B- Deux personnages aux caractères opposés

Cette scène 1 de l’acte I du Misanthrope ne dévoile pas l’intrigue de la pièce, mais elle en dévoile le thème – la dénonciation de l’hypocrisie –  et permet surtout de présenter au spectateur les caractères des personnages.

L’opposition entre les deux personnages de cette première scène se lit d’emblée dans leur nom.

À Alceste le misanthrope (probablement issu d’un hapax grec alkestès qui signifie « fort ») est opposé Philinte (dérivé du grec philein) celui qui aime.

La première réplique d’Alceste « Laissez-moi, je vous prie »  décrit le personnage dans ses contradictions. D’une part il aspire à être seul comme le souligne le verbe « rompre » (« et mon dessein / Est de rompre en visière à tout le genre humain » ); mais d’autre part, il ne peut s’empêcher de se lancer avec force dans une joute verbale.

Alceste se décrit lui-même comme un personnage possédant un tempérament bilieux  « Mes yeux sont trop blessés, et la cour et la ville / Ne m’offrent rien qu’objets à m’échauffer la bile : / J’entre en une humeur noire, et un chagrin profond »  c’est à dire, selon la théorie des humeurs, un dérèglement du caractère , enclin à la violence, mais aussi sombre, chagrin et méfiant. Cette réplique justifie en partie le sous-titre de la pièce : l’atrabilaire amoureux.

Au tempérament d’Alceste qualifié d’ « austère » s’oppose celui de Philinte, plus enclin aux compromis.

Philinte répond par un discours aimable et tempéré : « Je vous supplierai« , « Mais on entend les gens sans se fâcher » , et non dénué d’humour : « Que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt /Et ne me pende pas pour cela, s’il vous plaît » .

La forme interrogative, souvent utilisée par Philinte (« Je suis donc bien coupable ? », « Que voulez-vous qu’on fasse ? » ) s’oppose aux injonctions d’Alceste (« Laissez-moi » , « Courrez vous cacher » , « Rayez cela de vos papiers » ).

II-  Une querelle théâtrale

A- La répartition de la parole sur scène

L’étude de la répartition de la parole et des procédés stylistiques propres au théâtre permet de mettre en évidence les rapports de force qui se jouent sur scène.

Le début de la scène 1 de l’acte I se déroule très rapidement. Les personnages partagent le premier vers puis s’échangent des phrases très courtes.

Ils utilisent la répétition de termes dans des échanges rapides « ami » , « fâcher » , « pendre » , « pendable » . C’est ce qu’on appelle la stichomythie.

La stichomythie laisse pourtant la place à la tirade dès le vers 14.

Sommé de s’expliquer  par Philinte, Alceste se lance dans un discours argumentatif ponctué d’affirmations tranchées : « je vous déclare net » , « je veux » (qu’il utilise à trois reprises), « Je ne hais rien tant que » , « Je refuse » .

Les deux personnages adoptent une attitude opposée dans ce débat : Alceste use de phrases exclamatives et d’ interjections tandis que Philinthe demeure calme et posé.

Le début de l’acte 1 scène 1 est marqué par la différence dans la distribution de la parole.

Aux longues tirades d’Alceste, Philinte offre des réponses courtes qui sont parfois synonyme de son impuissance face une norme sociale à laquelle il se soumet, contrairement à Alceste : « que voulez-vous qu’on fasse ? » , « Il faut bien que » (utilisé deux fois).

Il prône une certaine forme d’hypocrisie qu’il conçoit comme un égard « Il faut bien payer de la même monnoie » ou de la diplomatie « la bienséance » et à laquelle Alceste répond très fermement : « Oui » , « Sans doute » , « Fort bien » .

Ces affirmations tendant à montrer la force de conviction d’Alceste devant un Philinte plus nuancé.

Alceste reste sérieux et  émotionnellement impliqué, ce que son ami qualifie de « brusques chagrins » .

Il refuse la moindre marque d’humour « Que la plaisanterie est de mauvaise grâce ! » .

Philinte quant à lui rétorque d’abord par une prise de position distanciée et ironique.

B- Une querelle comique

C’est justement le manque de nuance d’Alceste et son trop grand sérieux qui deviennent risibles.

La démesure dont il fait preuve, largement condamnée au XVIIe siècle, et son emportement participent à rendre cette scène comique et permettent de « châtier les mœurs en riant » (castigat ridendo mores).

Un grand nombre de figures de style procurent cet effet comique. La virulence d’Alceste se lit dans de très nombreuses figures de l’exagération.

Les hyperboles son régulièrement utilisées par le personnage : « cœurs corrompus » , « mourir de pure honte » , « scandaliser » , « accabler de caresses » , « fureur de vos embrassements » , « je m’en irais […] pendre » , « prostituée » , « qu’on nous mêle avec tout l’univers » rendent son discours disproportionné par rapport au sujet de la querelle.

De même que les accumulations : « Indigne, lâche, infâme » , « amitié, zèle, estime, tendresse » , « Lâche flatterie / Qu’injustice, intérêt, trahison, fourberie » et enfin les redondances : les vers 68 à 72 qui reprennent les vers 35 et 36 par exemple.

Ces figures de l’exagération montrent un Alceste excessif et intransigeant. Incapable d’atténuer son discours et emporté par sa passion, il est rendu risible par son manque de contrôle.

L’utilisation d’un chiasme en début de scène démontre la différence d’attitude des deux personnages : le raisonnable Philinte est opposé à un Alceste ridiculement buté : « Mais on entend les gens au moins sans se fâcher / Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre » .

Cependant, si on rit de l’emportement d’Alceste on rit jaune et Musset à dire de la pièce « Lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer » car son discours, bien qu’excessif, n’en cache pas moins un fond de vérité.

III- Une portée morale

A- La dénonciation d’une société hypocrite

Par le discours certes excessif d’Alceste, Molière dénonce les travers d’une société qu’il juge hypocrite et dans laquelle rester sincère est quasiment impossible.

Ainsi Alceste dénonce des rapports humains qui se trouvent totalement faussés : « Quel avantage a-t-on qu’un homme vous caresse […] Lorsqu’au premier faquin il court en faire autant ?  »

Cette question rhétorique démontre une fatale perte de confiance dans la parole de l’autre. Le mot « parole » est d’ailleurs mis à la rime avec le mot « frivole » au vers 45-46 :

Ces affables donneurs d’embrassades frivoles,
Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles

Cette perte de confiance se lit d’abord dans les rapports amicaux, mais s’étend ensuite à toute la société :
« Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font / Je ne trouve partout que lâche flatterie / Qu’injustice, intérêt, trahison, fourberie » .

Alceste considère que l‘idéal réside dans une franchise et une sincérité sans faille.

Pour lui toute vérité doit être bonne à dire, en amitié comme en société. Il prescrit donc un comportement selon lui nécessaire : « On devrait châtier, sans pitié / Ce commerce honteux de semblant d’amitié » .

B – La dénonciation d’une société qui ne reconnaît plus la valeur des gens

Les mœurs, basées sur la flatterie et l’hypocrisie, conduisent la société à une perte des valeurs et à une exclusion (volontaire ou forcée) de ceux qui restent attachés à ces valeurs d’un autre temps.

Révélateur des travers de la société, Alceste se trouve nécessairement isolé.

L’emploi des pronoms le démontre. Alceste emploie le pronom « je » tandis que Philinte utilise le « on » : « il est bon de cacher ce qu’on a dans le cœur » , « Mais quand on est du monde » ce qui l’inscrit dans un système de fonctionnement social reconnu « Quelques dehors civils que l’usage recommande » contrairement à Alceste, qui est donc seul contre tous.

Son exil est volontaire et sa fermeté peut passer pour de l’orgueil : « Je veux qu’on me distingue » .

Cependant, il touche un point essentiel, mis en exergue pas un paradoxe construit en parallélisme : « Et c’est n’estimer rien qu’estimer tout le monde » .

Alceste considère que la société à force de bassesse et de compromission a perdu la faculté de reconnaître le mérite et l’honneur, ce qu’il met en relief par l’antithèse « honnête homme » / « fat » : « Et traitent du même air l’honnête homme et le fat » .

Alceste est attaché à un système de valeurs proche de celui de la chevalerie qui se trouve en décalage avec le XVIIe siècle et les mœurs de la cour de Louis XIV.

Son intransigeance le sépare du reste des humains et son repli sur lui-même face à une société hypocrite pose une véritable question philosophique de fond sur la place de la vérité dans la société.

Le misanthrope, acte I scène 1 : conclusion

La scène d’exposition du Misanthrope, qui commence « in medias res » avec la querelle entre Alceste et Philinte, permet de définir les caractères des personnages.

A travers leur débat théâtral, Alceste dénonce l’hypocrisie et prône un idéal de vérité et de franchise. Cependant, la posture emportée, virulente et trop sérieuse d’Alceste en fait un personnage comique paradoxalement porteur d’une véritable réflexion philosophique.

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  20 commentaires à “Le Misanthrope, acte I scène 1 : commentaire”

  1.  

    Bonjour Amélie,

    Je voulais savoir si tu ne préparais qu’au Bac ou si tu pouvais éventuellement remettre à niveau pour le BTS.

    Cordialement,

    Raphael

  2.  

    Bonjour! merci pour ce site vraiment génial!!
    je voulais juste vous demander, dans cet exemple de commentaire, quelle était la problématique?
    bonne soirée :)

    •  

      Bonjour Emma,
      Je choisis des plans de lecture analytique larges et complets qui permettent de répondre à l’ensemble des questions possibles (énumérées dans l’introduction). Lis attentivement cet article pour apprendre à adapter un plan à une nouvelle question.

  3.  

    Bonjour Aurélie , Dans le film « Aleceste a la bicyclette » Fabrice Lunchini dit  » Alceste est un « chieur » , il est ridicule et merveilleux , en meme temps …. c’est quoi cette idée de dire la vérité ?
    Si vous réfléchissez bien , Philante , c’est l’homme de la compréhansion de la nature humaine , avec un pessimiste profond »

    Est-ce vrAI ?

  4.  

    bonjour Amélie,
    j’ai ce texte à présenter à l’oral et j’aurai aimé savoir quels textes ou œuvres d’art prendre en ouverture. J’en ai déjà une : Le Bourru de Ménandre, mais j’aimerais en avoir une supplémentaire pour être plus sûre de moi.
    Que me conseilleriez-vous ?

  5.  

    merci !!
    ce site m’a éclairé sur le misanthrope même si je ne suis pas en première je suis en seconde !

  6.  

    Bonjour Amelie,
    Le plan que vous nous proposez fonctionne t-il pour les « questions possibles que l’on pourrait poser à l’oral que vous nous proposer » ?

    J’ espère qu’on me comprend 😉

    Merci beaucoup :)

    •  

      Oui, bien sûr ! Je propose justement des plans qui peuvent être adaptés à toutes les questions possibles à l’oral. N’hésite pas à t’abonner à mes 10 vidéos gratuites sur le bac de français si tu veux plus de précisions sur la façon d’adapter un plan à l’oral.

  7.  

    je dois faire une lecture analytique de cette scene mais il est long !!!

  8.  

    je ne sais pas quoi faire ?

  9.  

    Bonsoir amelie. Stp je ne comprends pas très bien le commentaire composé. C’est difficile pour moi. comment faire? Et bientôt les examens. Stp aide moi! !

  10.  

    Bonjour amélie, excellent commentaire, ca m’a beaucoup aidé. J’ai essayé d’en faire un en deux parties avec Placere(je plais, je seduis) : (I) et Docere (j’instruit) : (II) permettant de repondre à la problématique  » en quoi cette scène respecte-t-elle les exigences d’une scène d’exposition. Malheureusement je ne pense pas pouvoir répondre à la problématique  » en quoi alceste est il un homme contradictoire?  » avec ce plan? Est ce la cas?

  11.  

    Bonjour Amélie
    Quel serait le plan idéal pour en quoi Alceste est il un personnage contradictoire? Dans le commentaire la réponse de limite à une phrase comment doit on s y prendre pour l oral?

  12.  

    Bonjour Amélie !
    Quel est la thèse développée par alceste ?
    Merci

  13.  

    Bonjour Amélie
    Quelle est la thèse soutenue par Alceste ? Quel regard porté-t-il sur ses contemporaines?

  14.  

    bonjour, j’ai beaucoup apprécié cette analyse merci beaucoup ! En revanche j’ai du mal à trouver une ouverture pour cet scène … pourriez vous m’aider ?
    Merci d’avance
    Noémie

  15.  

    Je suis en prépa, mais sans avoir besoin de trop creuser j’ai tout ce qu’il me faut, merci ‘

  16.  

    Bonjour Amélie,
    Je suis lycéen en seconde et mon établissement organise des oraux de français. Nous n’avons que cinq textes, mais celui-là en fait partie. Je voulais donc te demander : pour la problématique « Qu’est-ce qui oppose Alceste et Philinte dans cette scène 1 de l’acte I ? » peut-on faire un plan avec 1. Alceste et 2. Philinte ?
    Merci de ta réponse.
    Merlin

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Commentaire composé 2017 - Amélie Vioux - Droits d'auteur réservés - Tous les articles sont déposés AVANT publication chez copyright France - Reproduction sur le WEB interdite -