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Voici une fiche de lecture complète (résumé et analyse) du roman Ourika de Claire de Duras.
Les pages mentionnées dans cette fiche font référence à l’édition Classique & cie Lycée chez Hatier.
Qui est Claire de Duras ?
Claire de Duras, née Claire de Kersaint en 1777 et morte en 1828, est une romancière française du début du XIXe siècle. Issue d’une famille aristocratique, elle émigre pendant la Révolution française, après l’exécution de son père, guillotiné sous la Terreur. Elle se réfugie d’abord en Martinique, où elle vit dans les plantations, ce qui la sensibilise au sort des esclaves, puis en Angleterre, où elle épouse le duc de Duras. Elle rentre en France lorsque Napoléon accède au pouvoir, mais demeure à l’écart de Paris.
La restauration de la monarchie en 1815 permet à Claire de Duras de revenir s’installer à Paris. Elle y tient un salon littéraire qui devient vite l’un des plus influents et que fréquente l’écrivain romantique François-René de Chateaubriand.
Accablée par la dépression, Claire de Duras se retire dès 1821 à la campagne. C’est à ce moment qu’elle se met à écrire, d’abord Ourika (1823), puis Édouard (1825). Alors que le public attend la parution de son troisième roman, un auteur publie anonymement un texte qu’il s’efforce de faire passer pour le roman de Claire de Duras. Découragée, l’autrice se refuse dès lors à toute publication de ses romans extérieurs, qui n’ont été publiés qu’au début du XXIème siècle.
Comment résumer Ourika ?
Le narrateur est un jeune médecin appelé dans un couvent pour soigner une jeune religieuse malade. Il rapporte le récit que cette religieuse lui fit de sa vie :
Ourika, jeune fille noire originaire du Sénégal, a été recueillie toute petite par Mme de B., une aristocrate française bienveillante qui l’a élevée comme si elle était de sa propre famille. Ourika grandit dans un milieu cultivé et reçut une éducation soignée.
Le tournant de l’histoire survint lorsqu’Ourika, à l’adolescence, surprit par hasard une conversation entre Mme de B. et une de ses amies, Mme de…. Celle-ci déplorait la situation de la jeune fille : intelligente et cultivée, mais noire. Elle ne pourrait jamais se marier dans leur monde, ni trouver sa place. Ourika prit soudain conscience que sa couleur de peau la condamnait à une solitude irrémédiable, car son éducation l’avait éloignée de ses origines sans lui ouvrir les portes de la société blanche. La Révolution française donna à Ourika quelques espoirs, vite déçus, d’accéder à l’égalité.
En outre, Ourika tomba amoureuse de Charles, le petit-fils de Mme de B., un jeune homme qu’elle a vu grandir à ses côtés. Mais cet amour était doublement condamné : par la race et par la condition sociale. Charles épousa une autre femme, ce qui plongea Ourika dans un désespoir profond. Mme de… se rendit auprès d’elle, et, tentant de l’aider, lui fit se rendre compte qu’elle aimait Charles. L’état d’Ourika empira tant qu’on appela un prêtre. Celui-ci l’incita à se tourner vers Dieu et Ourika decida de devenir religieuse.
Le roman se clôt sur la voix du médecin, qui explique qu’Ourika finit ainsi son récit et mourut peu après.
Quels sont les thèmes importants dans Ourika ?
Un récit novateur qui combat les préjugés racistes
- Claire de Duras innove en présentant une héroïne noire, narratrice de sa propre histoire qui plus est. À rebours des théories racistes de son temps, l’autrice présente Ourika comme une enfant particulièrement sage et précoce (« je n’avais rien de la turbulence des enfants » p. 25), puis une jeune fille douée de nombreux talents (« j’avais de la voix, les maîtres les plus habiles l’exercèrent ; j’avais le goût de la peinture, ami de madame de B., se chargea de diriger mes efforts ; j’appris l’anglais, l’italien, et madame de B. elle-même s’occupait de mes lectures. » p. 26). Elle montre ainsi qu’une race n’est inférieure ou supérieure par nature, mais que tout est question d’éducation.
- Cependant, le roman montre comment une société en apparence bienveillante produit une violence structurelle. Mme de B. aime sincèrement Ourika, mais ne lui a pas donné les moyens de vivre dans le monde réel. L’exclusion n’est pas le fait de personnages malveillants mais du système social lui-même. Ourika a « brisé l’ordre de la nature. [Elle] n’a pas rempli sa destinée : elle s’est placée dans la société sans sa permission ; la société se vengera. » (p. 31)
- Le roman explore les espoirs d’émancipation et d’égalité que la Révolution a fait naître : « J’entrevis donc que, dans ce grand désordre, je pourrais trouver ma place ; que toutes les fortunes renversées, tous les rangs confondus, tous les préjugés évanouis, amèneraient peut-être un état de choses où je serais moins étrangère. » (p. 41). Toutefois, ces espoirs sont vite déçus. En particulier, la révolte des esclaves de la colonie française de Saint-Domingue qui se soulèvent contre les colons et les massacrent atterre Ourika, qui dit avoir « honte d’appartenir à une race de barbares et d’assassins. »(p. 47).
L’identité et l’entre-deux
- Le thème central du roman est celui de l’identité impossible : Ourika est africaine de naissance, française de culture, et n’appartient pleinement à aucun des deux mondes. Son éducation lui a donné de l’esprit et de la sensibilité, mais sa couleur de peau l’empêche de se marier avec quelqu’un ayant reçu autant d’éducation qu’elle.
Mme de… révèle à Ourika l’entre-deux dans lequel elle se trouve : « à qui la marierez-vous, avec l’esprit qu’elle a et l’éducation que vous lui avez donnée ? Qui voudra jamais épouser une négresse ? Et si, à force d’argent, vous trouvez quelqu’un qui consente à avoir des enfants nègres, ce sera un homme d’une condition inférieure, et avec qui elle se trouvera malheureuse. Elle ne peut vouloir que de ceux qui ne voudront pas d’elle. » (p. 31).
Ourika dit plusieurs fois qu’elle aurait préféré rester dans son pays d’origine : « Pourquoi ne me laissait-on pas suivre mon sort ? Eh bien ! je serais la négresse esclave de quelque riche colon ; brûlée par le soleil, je cultiverais la terre d’un autre : mais j’aurais mon humble cabane pour me retirer le soir ; j’aurais un compagnon de ma vie, et des enfants de ma couleur qui m’appelleraient leur mère. » (p. 65)
- Ourika est définie par le regard des autres avant de pouvoir se définir elle-même.
La scène de la conversation entendue par Ourika montre bien que c’est autrui qui lui révèle ce qu’elle est : « je vis tout ; je me vis négresse, dépendante, méprisée, sans fortune, sans appui, sans un être de mon espèce à qui unir mon sort, jusqu’ici un jouet, un amusement pour ma bienfaitrice, bientôt rejetée d’un monde où je n’étais pas faite pour être admise. » (p. 30)
Ourika craint le regard que les autres portent sur elle : elle porte des gants, des vêtements couvrants et un grand chapeau pour cacher son visage. Elle ne supporte même plus de voir sa propre couleur de peau, au point qu’elle enlève tous les miroirs de sa chambre (p. 54).
Une héroïne romantique
- Ourika est une héroïne romantique similaire aux personnages décrits par les grands auteurs romantiques. Elle est déçue par la Révolution et sans perspective d’avenir, comme le personnage d’Octave dans La Confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset. Pour ces personnages, l’optimisme des premiers temps de la Révolution a laissé place à une désillusion profonde.
- De plus, la solitude d’Ourika la rapproche des héros romantiques, comme le montre par exemple l’épigraphe du roman, constituée par une citation de Lord Byron, poète romantique anglais « C’est là ce que j’appelle être seul ; c’est là, c’est là la solitude ! » (p. 14).
- L’héroïne ne cesse d’évoquer son sentiment de solitude : « La pensée qui me poursuivait le plus, c’est que j’étais isolée sur la terre, et que je pouvais mourir sans laisser de regrets dans le cœur de personne » (p. 39).
- De plus, cette solitude est aggravée par le fait qu’Ourika refuse de se confier au seul personnage qui comprend ce qu’elle ressent, madame de B… (p. 65-68).
- Enfin, Ourika souffre d’un amour non réciproque pour Charles, le petit-fils de madame de B… Sa couleur de peau rend cet amour impossible et condamne Ourika à la souffrance.
- Ourika se plonge dans sa souffrance, à la manière des romantiques : « si je supportais quelques lectures, c’étaient celles où je croyais retrouver la peinture imparfaite des chagrins qui me dévoraient. Je m’en faisais un nouveau poison, je m’enivrais de mes larmes ; et, seule dans ma chambre pendant des heures entières, je m’abandonnais à ma douleur. » (p. 64) L’idée romantique d’une compréhension intime entre auteurs et lecteurs apparaît ici. Pour les romantiques, l’être qui souffre trouve plus de réconfort dans l’art et la littérature qu’auprès de ses semblables.
Quelles sont les caractéristiques de l’écriture dans Ourika ?
L’héritage du récit classique
- Le roman reprend certains procédés du récit des XVIIe et XVIIIe siècles.
- En plaçant son récit dans un cadre historique authentique, Claire de Duras emprunte les codes de la nouvelle historique, telle La Princesse de Montpensier de Madame de La Fayette. Dans Ourika, les références à la Révolution française et à la Terreur, ou encore à la révolte de Saint-Domingue constituent un cadre réaliste à l’histoire.De plus, le récit est inspiré de deux histoires vraies, celle de Mademoiselle Aïssé et celle d’Ourika.
- Le procédé consistant à désigner les personnages par des initiales ou par des points de suspension (« Madame de B. » « La Marquise de … ») contribue aussi à créer une fiction de réalisme. On le retrouve dans des romans comme Manon Lescaut de l’abbé Prévost ou La Religieuse de Diderot.
- Enfin, le roman est construit sur le modèle du récit enchâssé, un procédé typique du roman des Lumières, pratiqué par exemple par l’abbé Prévost avec Manon Lescaut. Le texte débute par le récit à la première personne d’un médecin qui vient visiter une sœur malade, qui se révèle être précisément Ourika, qui lui raconte ses mésaventures. Le récit du médecin est le récit-cadre dans lequel s’insère le récit fait par Ourika au médecin. Le procédé du récit enchâssé est une autre manière de créer des effets d’authenticité.
Une esthétique de la concision
- Le roman est fondé sur une esthétique de la concision. Il ne contient ni longues descriptions, ni intrigues secondaires. Il renferme en une cinquantaine de pages le récit d’une existence entière. Il n’y a pas de descriptions physiques des personnages ou de descriptions spatiales. Cela permet au lecteur de se concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire le récit fait par Ourika de son destin tragique.
Un récit pathétique à la première personne
- Le roman est donc entièrement narré à la première personne, ce qui permet une exploration psychologique approfondie.
- La psychologie de l’héroïne est sondée. C’est l’évolution des sentiments et des émotions d’Ourika qui fait l’objet du récit.La narration à la première personne donne lieu à des monologues intérieurs aptes à traduire les émotions de l’héroïne. Ourika reproduit par exemple au discours direct, sans guillemets ni verbes introducteurs, les pensées et paroles silencieuses qu’elle adresse à Dieu « Mais pourquoi avez-vous donné la vie à la pauvre Ourika ? […] Retirez de la terre la pauvre Ourika ! Personne n’a besoin d’elle ; n’est-elle pas seule dans la vie ? » (p. 59)
- Pour traduire les émotions de l’héroïne, l’autrice fait usage d’une ponctuation expressive, avec de nombreux points d’exclamation et d’interrogation : « à chaque instant je me répétais, seule ! pour toujours seule ! » (p. 32).
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- Lettres d’une Péruvienne, Graffigny
- La Tresse, Laetitia Colombani
- La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges
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