Eldorado, Laurent Gaudé : résumé et analyse

eldorado laurent gaudé résuméVoici une résumé et une analyse du roman Eldorado de Laurent Gaudé publié en 2006.

Chaque année, un nombre croissant de migrants venus d’Afrique meurent en tentant de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe, en qui ils voient leur Eldorado.

Ce cimetière marin est l’objet de tensions politiques et économiques toujours plus vives.

Le traitement médiatique de cette crise humanitaire laisse percevoir des acteurs multiples : Etats, réseaux de passeurs clandestins, marins secouristes, migrants épuisés.

Avec Eldorado, Laurent Gaudé a voulu donner un visage et une dignité à ceux qui risquent tout pour traverser la Méditerranée.

La littérature va au-delà de l’article de journal : elle pénètre l’intériorité des êtres, pour mieux comprendre le monde qui nous entoure.

A travers le commandant Salvatore Piracci, secouriste en mer, et Soleiman, migrant soudanais, Laurent Gaudé trace deux portraits croisés, deux destins qui s’opposent et qui pourtant se ressemblent.

Qui est Laurent Gaudé ?

Laurent Gaudé est considéré comme l’un des plus grands écrivains français contemporain.

Né en 1972, il commence sa carrière littéraire en tant que dramaturge, avant de se consacrer au roman.

Ses œuvres mettent en scène des conflits tragiques, opposant les personnages à un destin qui les dépassent.

Son écriture tend vers une grandeur solennelle, mais elle s’arrête également sur des détails lyriques et émouvants. La composition des récits est souvent complexe, et entrelace voix et récits.

Le Soleil des Scorta, vaste fresque familiale publiée en 2004, reçoit le prestigieux prix Goncourt.

Laurent Gaudé publie Eldorado en 2006, en réponse à une actualité tragique sur laquelle il souhaite que le lecteur s’interroge.

Résumé d’Eldorado

Première partie :

En 2006, à Catane, petite ville portuaire de Sicile, le commandant Salvatore Piracci, marin secouriste, est abordé par une mystérieuse femme qu’il avait secourue sur un navire de migrants clandestins en 2004.

Il accepte de lui donner l’arme qu’elle demande pour tuer l’homme responsable de la mort de son enfant. Cette troublante rencontre bouleverse Piracci.

Deuxième partie :

Soleiman, un migrant soudanais, raconte à la première personne le déracinement du départ, de l’exil vers l’Eldorado européen.

Troisième partie :

Piracci, accablé de doutes sur son métier, doit une fois encore sauver des migrants en mer, et désespère de n’avoir pu tous les secourir malgré sa détermination.

Quatrième partie :

Le migrant soudanais apprend que son frère Jamal, atteint du sida, ne pourra partir avec lui, ce qui le désespère et le détermine à réussir sa traversée.

Cinquième partie :

Salvatore Piracci refuse d’aider un migrant clandestin, et frappe le capitaine responsable du naufrage. Il erre désespéré à Lampedusa.

Sixième partie :

Le migrant soudanais, Soleiman, raconte son tabassage par les passeurs qui l’abandonnent sur la côte lybienne. Cependant, la rencontre de Boubakar, un autre migrant, le sauve.

Septième partie :

Piracci décide de fuir une vie qu’il juge inutile, et part en Lybie, et devenir l’un de ces jeunes conquérants que fascine l’Eldorado. Il rêve de disparaître de sa vie, comme eux.

Huitième partie :

Sur la route de Ghardaïa, Soleiman agresse et vole un homme, ce qui l’emplit de culpabilité.

Neuvième partie :

Dans une prison lybienne, Salvatore Piracci rencontre la cheffe d’un réseau de passeurs mafieux. Elle lui propose de travailler pour eux, mais il refuse et part vers Ghardaïa.

Dixième partie :

Au Maroc, Soleiman et Boubakar vivent dans un camp de migrants, avec qui ils prennent d’assaut l’enclave espagnole de Ceuta.

Onzième partie :

Vers Ghardaïa, Piracci s’attriste des chimériques rêves d’Eldorado qui animent les migrants qui partent vers la mort. Désespéré, il rate son suicide par immolation.

Douzième partie :

Arrivés blessés à Ceuta, Soleiman et Boubakar envisagent enfin un destin favorable.

Treizième partie :

A Ghardaïa, Piracci croise Soleiman, qui le prend pour Massambalo, le dieu protecteur des migrants.

Salvatore Piracci comprend alors que « L’Eldorado n’était pas pour lui », et meurt percuté par un camion.

Quels sont les thèmes importants dans Eldorado ?

La tragédie des migrants

Dénoncer la tragédie des migrants qui meurent en Méditerranée est le thème central d’Eldorado, qui met en scène des migrants mais aussi des marins secouristes.

Ce roman dénonce l’horreur de leur situation tragique : « Le nombre de clandestins n’avait cessé d’augmenter », et ils meurent « au milieu des vacanciers. »

La responsabilité des multiples acteurs en jeu est interrogée : « Qui était à châtier en premier dans toute cette chaîne de responsabilités où chacun avait touché de l’argent sur le destin de pouilleux condamnés à l’agonie ? »

Eldorado est une invitation à s’interroger sur une tragédie complexe et contemporaine, dans laquelle les Etats de « la forteresse Europe » ont une responsabilité.

Restituer leur dignité aux migrants

Eldorado donne un visage et une vie aux migrants anonymes dont la mort rythme l’actualité, et ce afin de leur rendre leur dignité et leur grandeur.

C’est notamment le cas avec la mystérieuse femme qui ouvre le roman par son histoire émouvante. A travers cette femme noble et déterminée, Laurent Gaudé rend hommage à l’ensemble des migrants : « C’était le visage de la vie humaine battue par le malheur ».

En laissant Soleiman raconter son récit à la première personne, ce roman se fait le témoignage d’un de ces migrants que la misère rend anonyme.

Soleiman exprime ainsi le déchirement du départ (« Comme c’est étrange de dire adieu à sa vie »), l’espoir d’une vie meilleure (« Plus rien ne m’arrêtera. »), la misère  Je n’ai plus rien »), la peur La peur qui ne nous quitte plus »), le désespoir je ne suis plus rien qui vaille d’être sauvé »).

Eldorado rappelle à chacun la violence de ces exils : « Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes. »

Le rêve meurtrier de l’Eldorado européen

Le titre du roman, Eldorado, renvoie à une région mythique censée renfermer des richesses et des plaisirs inouïs.

L’Eldorado est en effet une contrée imaginaire d’Amérique du Sud qui est censée regorger d’or.  Par extension, on désigne d’Eldorado un endroit où richesses et plaisirs sont supposés abonder.

Or pour les migrants africains, l’Eldorado est l’Europe  : « l’herbe sera grasse […] et les arbres chargés de fruits. De l’or coulera au fond des ruisseaux […]. […] Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse. »

Mais ce rêve d’Eldorado est meurtrier : « C’est le cimetière de l’Eldorado » que Piracci traverse à Lampedusa.

Laurent Gaudé montre que, paradoxalement, si ce rêve d’eldorado est meurtrier, ce rêve est la seule richesse des migrants et donne sens à leur vie.

Au contraire, « la misère des riches » d’Europe est de ne pas avoir de rêve.

La détermination à se battre pour son destin

La force de se battre pour son destin anime les migrants de ce roman, dont chacun part car « il enrage que rien ne soit possible chez lui. ».

Soleiman et Piracci, même s’ils s’opposent, représentent l’homme prêt à tout pour « Quitter sa vie », jugée médiocre et absurde, vers un plus haut destin.

Mais s’arracher à sa vie est dangereux : c’est aussi risquer d’aller vers le néant et la mort, comme Piracci.

De plus, ces ceux qui se battent se heurtent à « la laideur des hommes » (les passeurs sans scrupule notamment) autant qu’à la toute-puissance de la nature et de la « la mer […] sauvage ».

La fraternité

Eldorado montre cependant que la fraternité entre les hommes peut leur permettre de dépasser la tragédie de leur condition: la fraternité des marins qui sauvent des migrants (« Des hommes partaient sauver d’autres hommes, par une sorte de fraternité sourde. » ), la fraternité des migrants entre eux (« tu as eu le courage de rester mon frère. » )

Quelles sont les caractéristiques de l’écriture de Laurent Gaudé ?

Une tragédie et une épopée

Le roman Eldorado peut se lire comme une tragédie dont les personnages cherchent de toutes leurs forces à s’affranchir d’un implacable destin.

Eldorado cherche ainsi à susciter l’horreur et la pitié, comme avec l’agonie du bébé de la migrante au début du roman.

Mais ce roman est également épique, à travers « l’incroyable épopée » des migrants, et la lutte contre la mer présentée comme un combat épique : « le commandant sut […] que la mer s’était réveillée et que le vrai combat allait commencer»

Eldorado est également une œuvre empreinte de lyrisme, notamment lorsque Laurent Gaudé évoque les espoirs et les luttes des migrants désespérés : « Je me mets à pleurer doucement de joie, pour la première fois de ma vie. »

L’intériorité des personnages

Ce roman fait pénétrer le lecteur dans les pensées, l’intériorité et l’imagination des personnages.

Il s’agit ainsi d’une œuvre polyphonique, où alternent la première et la troisième personne.

Cette polyphonie souligne les ressemblances entre les destins qui s’opposent (ceux de Piracci et Soleiman).

Qui suis-je ?

Amélie Vioux

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