Le chevalier de la Charrette, Chrétien de Troyes : fiche de lecture

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Voici une fiche de lecture complète sur Lancelot ou Le chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes au programme du bac de français dans le cadre du parcours « Le roman et l’invention de l’amour » (série Générale) et « Héroïsme et amour » (séries Technologiques).

Ce roman narre l’histoire d’un valeureux chevalier, Lancelot, prêt à perdre son honneur pour l’amour de sa dame. Cet idéal chevaleresque va durablement influencer la littérature.

Cette œuvre permet aussi de comprendre les origines de la littérature courtoise. Elle s’inspire à la fois des légendes bretonnes, avec le roi Arthur et le merveilleux celtique, et de la poésie des trouvères et des troubadours, qui célèbrent le fin’amor, un amour fondé sur la fidélité et la soumission du chevalier à la femme aimée.

Qui est Chrétien de Troyes ?

L’on connaît peu de choses sur la vie de Chrétien de Troyes, bien qu’il soit l’écrivain le plus célèbre du XIIème siècle, auteur de 5 œuvres en vers octosyllabiques :  Érec et Énide, Cligès, Lancelot ou Le chevalier de la charrette, Yvain ou Le Chevalier au lion et Perceval ou le conte du Graal.

On le considère comme l’inventeur du roman, ainsi nommé car il était écrit en langue romane, notre langue vulgaire, par opposition au latin. Chrétien de Troyes travailla pour la Comtesse Marie de Champagne, fille d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII, dont l’influence le poussa à composer des romans courtois où les chevaliers accomplissent des exploits pour leurs dames.

Comment résumer Le chevalier de la charrette ?

Le jour de l’Ascension, un chevalier – que le lecteur découvrira être Méléagant – provoque la cour du roi Arthur : il retient captifs de nombreux sujets du royaume de Logres et ne consentira à les libérer que si la reine Guenièvre accompagne un chevalier prêt à l’affronter.

Le sénéchal Keu relève le défi, part avec la reine, mais tous deux sont faits prisonniers.

Gauvain se lance à leur poursuite, bientôt rejoint par un chevalier inconnu qui, en échange de nouvelles de la reine, accepte de monter dans une charrette, marque d’infamie et de déshonneur. (Ce chevalier n’est autre que Lancelot, mais à ce stade du récit, son identité est tenue secrète.)

D’épreuve en épreuve, le chevalier anonyme affirme sa vaillance : il triomphe de chevaliers hostiles, échappe à une lance de feu, résiste à la tentation de la chair et soulève une pierre tombale que nul n’était jamais parvenu à hisser.

Son courage culmine au passage du Pont de l’Épée, lame tranchante suspendue au-dessus d’un fleuve déchaîné. Blessé, il parvient à l’autre rive, le royaume de Gorre, où il affronte en duel Méléagant et le vainc grâce à la force que lui inspire la vue de la reine. À la demande de cette dernière, il interrompt toutefois le combat et laisse la vie sauve à son adversaire.

Libérée, la reine Guenièvre lui témoigne d’abord une froideur cruelle, caractéristique de la belle dame sans merci. Mais après un malentendu où chacun croit l’autre mort, la reine et Lancelot s’avouent mutuellement leur amour. La nuit, Lancelot rejoint la reine dans son lit, après avoir écarté les barreaux de sa fenêtre, ce qui rouvre ses blessures.

Le lendemain, à la vue du sang sur les draps de la reine, Méléagant accuse cette dernière d’adultère avec Keu. Lancelot combat de nouveau Méléagant pour défendre l’honneur de Guenièvre.

Piégé par un nain, Lancelot est ensuite emprisonné. Il parvient à s’évader le temps de participer anonymement au tournoi de Noauz, où il alterne prouesse et humiliation, selon les ordres contradictoires de la reine, qui teste sa soumission amoureuse.

Enfermé de nouveau par Méléagant dans une tour, Lancelot est délivré par la sœur de ce dernier, à qui il avait rendu service plus tôt dans le roman. Il revient ainsi à temps à la cour du roi Arthur pour affronter Méléagant et lui trancher la tête.

Retrouve le résumé du Chevalier de la charrette détaillé chapitre par chapitre ici.

Quels sont les thèmes importants dans Le Chevalier de la charrette ?

Le code chevaleresque

Le code chevaleresque, qui définit le comportement idéal du chevalier au Moyen âge, est mis à rude épreuve dans ce roman.

En effet, lors de sa première apparition, Lancelot est dans une situation désavantageuse : son cheval est « mal en point, harassé haletant et baigné de sueur ». Puis il se déshonore en faisant un pacte avec le nain : en échange d’une information sur le lieu de captivité de la Reine Guenièvre, il accepte de monter sur une charrette, signe d’infamie.

Les épreuves qui suivent vont lui permettre de reconquérir son honneur : il déjoue la lance de feu dans son sommeil, accorde la grâce à un chevalier qui l’a défié, et réaffirme sa fidélité à la reine Guenièvre en se soustrayant avec tact aux avances d’une demoiselle.

Le code chevaleresque ne repose pas uniquement sur des prouesses guerrières. Lancelot sait faire preuve de courtoisie, de foi, de raison et de tempérance. Au sein même d’un duel, il est capable de maîtriser ses passions et d’accorder la grâce à ses adversaires. Sa fidélité à la reine Guenièvre souligne la constance, l’harmonie et la pureté de son cœur. Le chevalier est aussi le garant de l’harmonie du groupe. Ainsi, lorsque les prisonniers du royaume de Gorre se querellent pour l’héberger, Lancelot les réconcilie : « La discorde n’est pas bonne entre nous, alors que nous devrions nous entraider ».

À l’inverse, Méléagant, dont le nom laisse entendre le terme « mal », incarne le contre-modèle de la courtoisie et de la chevalerie. Il introduit la discorde en enlevant la reine Guenièvre, rompt la filiation chevaleresque en rejetant l’enseignement et les conseils de son père, le roi Bademagu, et fait preuve de cruauté et de lâcheté en enfermant Lancelot.

Le combat

Au XIème siècle, les chansons de gestes relataient des exploits guerriers sanglants. Un siècle plus tard, Chrétien de Troyes transforme les batailles sanguinaires en duels et tournois permettant de prouver la force, le courage et la vaillance des chevaliers. Ces combats ne témoignent plus seulement de la force physique mais aussi de l’élégance et du raffinement des chevaliers. Le tournoi de Noauz, par exemple, est un véritable spectacle attendu par une foule innombrable. La description des armoiries ajoute au décorum et à la dimension exceptionnelle de l’événement : « personne dans l’assistance n’échappe au ravissement du spectacle » écrit Chrétien de Troyes.

Le combat revêt aussi un but politique ou judiciaire. Ainsi, le premier affrontement entre Lancelot et Méléagant débouche sur la libération des otages. Dans la lignée de la tradition médiévale de l’ordalie, qui soumettait un accusé à des épreuves physiques pour conclure à sa culpabilité ou à son innocence, les duels permettent la résolution de litiges. Par exemple, Lancelot lave l’honneur de la reine Guenièvre, accusée d’une liaison adultère avec Keu, en remportant son deuxième combat contre Méléagant.

L’amour

L’amour courtois est un thème clé de l’œuvre : nous allons l’étudier plus en détail ci-dessous dans le cadre du parcours « Le roman et la naissance de l’amour » !

Quelles sont les caractéristiques de l’écriture de Chrétien de Troyes ?

Au Moyen Âge, la notion d’auteur est bien différente de celle d’aujourd’hui : les écrivains ne signent pas leurs œuvres et leur art consiste surtout à mettre en forme des récits déjà connus, en demeurant effacés.

Chrétien de Troyes se distingue en laissant entendre sa voix et en affirmant une maîtrise totale du déroulement de son texte, comme lorsqu’il fait mine, avec humour, de s’auto-censurer : « Mais quant à moi je n’en dirai pas davantage, car il est interdit à un conte d’en parler. » Il rappelle régulièrement son exigence de rigueur – « je retourne au texte de mon histoire » – et insiste sur la nécessité d’une stricte économie du récit : « Mais je ne veux pas m’en expliquer maintenant, car ce n’est pas dans l’ordre du récit à cet endroit, et je ne veux pas le défigurer, l’abîmer ni lui faire violence, mais lui faire suivre correctement son cours ». Ce faisant, il définit la qualité d’un bon conte : ne pas perdre le fil de l’histoire, éviter les digressions et maintenir le dynamisme du récit.

Son texte se distingue aussi par ses rebondissements incessants, mêlant les registres épique et merveilleux, caractéristiques de la littérature médiévale. Mais son originalité réside dans l’attention portée aux sentiments, à travers l’analyse de l’intériorité des personnages. Certes, on est encore loin du roman psychologique, mais Chrétien de Troyes s’attache déjà à dépeindre les conflits intérieurs de ses héros et à révéler les subtils stratagèmes amoureux, notamment ceux de la « belle dame sans merci ».

Que signifie le parcours « Le roman et l’invention de l’amour » ?

Introduction

Pourquoi associer le roman à l’« invention de l’amour » ? Il ne s’agit évidemment pas de dire que l’amour n’existait pas avant, mais le roman au Moyen Âge invente une nouvelle manière de raconter et de penser l’amour : c’est la naissance de l’amour courtois.

L’amour devient un sujet littéraire central, analysé, idéalisé qui nourrira durablement la production romanesque future.

La naissance du roman

En France, le roman apparaît à partir du XIème siècle, avec les chansons de gestes, longs poèmes célébrant les exploits guerriers, dont la plus célèbre est La chanson de Roland. Dans ces œuvres, l’amour est absent : l’intrigue se concentre sur les combats sanglants des héros.

À partir de la seconde moitié du XIIᵉ siècle, sous l’influence d’une aristocratie plus raffinée et d’un lectorat plus féminin, le roman se développe et place la quête amoureuse au cœur de la narration. L’amour devient un moteur essentiel de l’action, notamment dans les romans de Chrétien de Troyes comme Lancelot ou le chevalier de la charrette qui narre l’aventure amoureuse sensuelle entre un chevalier et une reine.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’amour entre la reine Guenièvre et Lancelot n’est pas représentatif des histoires d’amour réelles au Moyen-âge. C’est une vision de l’amour idéalisée et codifiée, inspirée du fin’amor chanté par les trouvères et troubadours : l’amour courtois.

Mais qu’est-ce que l’amour courtois ?

Dans la littérature courtoise, les chevaliers sont guidés par l’amour. Leurs exploits ne sont plus motivés par la foi religieuse ou la fidélité au suzerain mais par la dévotion envers leur « dame ». Ainsi, le roman de Chrétien de Troyes repose sur une série d’épreuves destinées à prouver que Lancelot est digne de l’amour de la reine Guenièvre. Après s’être déshonoré en montant sur une charrette, le chevalier prouve trois fois sa valeur au début du roman, libère les prisonniers de Méléagant, franchit le Pont de l’Epée puis affronte son rival à trois reprises.

L’amour, sublimé et idéalisé, inspire les plus grandes prouesses. C’est ainsi la vue de la reine qui redonne courage à Lancelot dans son combat contre Méléagant : « Et sa force et son audace grandissent sous l’effet d’amour qui lui apporte un grand secours ».

Mais cet amour exige aussi une soumission totale à sa dame. C’est pourquoi, au tournoi de Noauz, Lancelot obéit à la reine, au point de passer pour un « poltron », insulte suprême pour un chevalier. Renoncer à son honneur par amour : telle est l’exigence de l’amour courtois qui invite le chevalier au dépassement de soi.

L’amour courtois est aussi une expérience spirituelle. Lorsqu’il songe à la reine, Lancelot est entièrement absorbé par son sentiment, dans un état proche de la contemplation mystique :
« Et sa méditation est telle qu’il en oublie qui il est ; il ne sait s’il est ou s’il n’est pas, il ne sait son nom, il ne sait s’il est armé ou non, il ne sait où il va ni d’où il vient. Il ne se souvient de rien sauf d’une seule personne » . La femme aimée devient l’objet d’un culte. Ainsi, les cheveux de la reine Guenièvre sont conservés par Lancelot comme des reliques, devant lesquelles il manifeste son « adoration ». Quant au sang du chevalier qui coule lors de ses retrouvailles avec la Reine, il donne au héros une dimension christique.

Lancelot ou le Chevalier de la charrette invente ainsi une nouvelle vision de l’amour conçu comme une quête à la fois spirituelle et sensuelle, qui unit l’âme et le corps. Cette représentation idéalisée et exigeante du sentiment amoureux marque durablement le genre romanesque. On la retrouve dans les récits d’amour impossible comme Tristan et Iseut, dans les romans où les héros sont déchirés entre passion et devoir, comme La Princesse de Clèves, ou encore dans des romans modernes tels que Madame Bovary, où l’héroïne, nourrie d’idéaux amoureux hérités du roman, souffre du décalage entre amour rêvé et réalité.

Que signifie le parcours « Héroïsme et amour » ? (séries Technologiques)

Introduction

Dans le roman de Chrétien de Troyes, héroïsme et amour sont intimement liés.

Mais ce ne fut pas toujours le cas dans la littérature médiévale ! En France, le roman apparaît à partir du XIème siècle, à travers les chansons de gestes, longs poèmes célébrant les exploits guerriers, dont la plus célèbre est La chanson de Roland. Dans ces œuvres, l’amour est absent : l’intrigue se concentre sur les combats sanglants des héros.

À partir de la seconde moitié du XIIème siècle, sous l’influence d’une aristocratie plus raffinée et d’un lectorat plus féminin, la littérature se développe et place la quête amoureuse au cœur de la narration. L’œuvre de Chrétien de Troyes reprend alors les codes de l’héroïsme des chansons de gestes, mais le chevalier est désormais guidé par l’amour pour sa « dame » : c’est la naissance de l’amour courtois.

Un roman qui reprend les codes de l’héroïsme

Chrétien de Troyes s’inscrit dans la tradition de la Chanson de Roland (XIème siècle) et en reprend les codes de l’héroïsme. Il compose ainsi un récit épique dans lequel le héros suit un itinéraire semé d’obstacles et de dangers : « il a franchi tant de dangereux obstacles et doit encore en franchir beaucoup ; après tant de hauts faits, il lui en reste autant à accomplir ».

Lancelot se distingue ainsi des autres par sa valeur exceptionnelle et sa capacité à porter le destin collectif : « ce fut grâce aux exploits d’un seul chevalier, il me semble, plutôt que par une émulation collective ». Courageux et déterminé, il affronte chaque nouvel obstacle, sans jamais faire demi-tour : « Plutôt mourir que faire demi-tour ». Même face au redoutable pont de l’Épée, il brave le danger et continue d’avancer.

…désormais motivés par l’amour

Mais à la différence des chansons de gestes, le moteur de cet héroïsme est l’amour, et non plus la foi religieuse ou la fidélité au suzerain. Les prouesses de Lancelot sont inspirées par l’amour pour la reine dont la vue lui redonne force et courage lors de son premier duel contre Méléagant : « Et sa force et son audace grandissent sous l’effet d’amour qui lui apporte un grand secours ».

Néanmoins, l’amour entre parfois en tension avec l’héroïsme, mettant en péril le statut même de héros de Lancelot. Dès le début du roman, pour obtenir des informations sur le lieu de détention de la reine, Lancelot accepte de monter dans une charrette, signe d’infamie réservé aux criminels. Ce geste semble lui interdire définitivement accès au statut de héros. D’ailleurs, cette image infamante le poursuit tout au long du récit, comme le lui rappelle un chevalier déloyal : « Tu aurais dû te souvenir de la charrette où tu montas ». Pourtant, Lancelot parvient à effacer cette souillure initiale par sa vaillance et ses exploits.

À la fin du roman, alors que la valeur de Lancelot est désormais bien établie, la Reine Guenièvre lui ordonne, au tournoi de Noauz, de combattre « Au pire ! ». Cet ordre pousse Lancelot à se faire « passer pour un poltron » et constitue une rupture totale du code chevaleresque : la gloire du héros vacille, sa réputation menace de s’effondrer. Comme lors de l’épisode de la charrette, il devient la risée de tous.

Mais lorsque la reine lui intime de « faire au mieux qu’il pourrait », Lancelot triomphe sans difficulté. On comprend que cette humiliation n’était qu’une ultime mise à l’épreuve : Guenièvre voulait s’assurer que son chevalier l’aime plus que sa propre gloire. En répondant simplement « C’est très bien ainsi », Lancelot prouve qu’il est prêt à renoncer à son statut de héros pour se soumettre entièrement à sa Dame.

Ainsi, l’amour courtois fait naître un nouvel héroïsme, non plus fondé sur la force physique et la gloire, mais sur la soumission à sa dame, la fidélité, la modestie et la maîtrise de soi. C’est un héroïsme intérieur : le véritable chevalier, en plus de triompher des autres, est celui qui dépasse son amour-propre pour sa Dame.

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Qui suis-je ?

Amélie Vioux

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