Manon Lescaut de L’Abbé Prévost, la rencontre : commentaire

Tu passes le bac de français ? CLIQUE ICI et deviens membre de commentairecompose.fr ! Tu accèderas gratuitement à tout le contenu du site et à mes meilleures astuces en vidéo.

manon lescaut la rencontre amoureuseVoici deux analyses de la scène de rencontre entre Des Grieux et Manon dans Manon Lescaut de l’Abbé Prévost.

La première analyse est linéaire : elle correspond à ce que tu dois faire à l’oral de français.

La seconde analyse est un commentaire composé : il te montre ce que tu dois faire à l’écrit du bac de français.

L’extrait commenté va de « J’avais marqué le temps de mon départ d’Amiens. » jusqu’à « et qui a causé, dans la suite, tous ses malheurs et les miens.« 

1 – Analyse linéaire pour l’oral

L’abbé Prévost a rédigé l’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut en 1731. Jugé scandaleux, le roman est condamné en 1733 et 1735.

Manon Lescaut met en scène la passion naissante du chevalier des Grieux pour Manon Lescaut. (Voir la fiche de lecture pour le bac de Manon Lescaut)

C’est pour l’abbé Prévost l’occasion de réaliser un traité de morale sur les dangers de la passion.

Néanmoins l’abbé Prévost est une personnalité complexe, dont la vie oscille entre vocation religieuse et les plaisirs mondains. Cette scène de rencontre entre De Grieux et Manon Lescaut est marquée par cette ambiguïté.

Situé dans la première partie du roman, le texte proposé constitue un topos de la rencontre amoureuse.

Extrait étudié

J’avais marqué le temps de mon départ d’Amiens. Hélas ! que ne le marquai-je un jour plus tôt ! j’aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même de celui que je devais quitter cette ville, étant à me promener avec mon ami, qui s’appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche d’Arras, et nous le suivîmes jusqu’à l’hôtellerie où ces voitures descendent. Nous n’avions pas d’autre motif que la curiosité. Il en sortit quelques femmes qui se retirèrent aussitôt ; mais il en resta une, fort jeune, qui s’arrêta seule dans la cour, pendant qu’un homme d’un âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur, s’empressait de faire tirer son équipage des paniers. Elle me parut si charmante, que moi, qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention ; moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport. J’avais le défaut d’être excessivement timide et facile à déconcerter ; mais, loin d’être arrêté alors par cette faiblesse, je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur.
Quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée. Je lui demandai ce qui l’amenait à Amiens, et si elle y avait quelques personnes de connaissance. Elle me répondit ingénument qu’elle y était envoyée par ses parents pour être religieuse. L’amour me rendait déjà si éclairé depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d’une manière qui lui fit comprendre mes sentiments ; car elle était bien plus expérimentée que moi : c’était malgré elle qu’on l’envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son penchant au plaisir, qui s’était déjà déclaré, et qui a causé dans la suite tous ses malheurs et les miens.

Problématique

En quoi cette rencontre amoureuse pose-t-elle les jalons d’une passion funeste ?

Plan linéaire

Dans un premier mouvement, de « J’avais marqué le temps » à « aussitôt« , le chevalier Des Grieux fait le récit rétrospectif de sa rencontre avec Manon Lescaut.

Dans un deuxième mouvement, de « mais il en resta une » à « maîtresse de mon coeur« , il peint la naissance du sentiment amoureux.

Dans un troisième mouvement, de « Quoiqu’elle fût encore mois âgée » à « tous ses malheurs et les miens« , nous étudierons que cette rencontre déterminante scelle indéniablement le destin des personnages.

I – Le récit d’un souvenir

De « j’avais marqué le temps » à « aussitôt »

L’extrait en focalisation interne s’ouvre par un récit rétrospectif. Il permet ainsi d’entremêler le souvenir lui-même et son récit distancié.

C’est ce que le lecteur constate dès les deux premières phrases grâce à l’usage du plus-que-parfait (« j’avais marqué le temps ») et à sa reprise grandiloquente (« que ne le marquais-je »).

Le chevalier Des Grieux ne cache aucune émotion quant au souvenir qu’il va relater. En effet, l’utilisation de l’interjection « hélas », de la tournure exclamative introduite par « que » et du conditionnel passéj’aurais porté ») souligne d’emblée le regret.

L’expression « toute mon innocence » peut se comprendre de deux manières : par le jeune âge et par l’absence de péché, alliance qui sous-tend tout le texte.

L’expression du regret se lit également dans la phase « je devais quitter cette ville ». Le destin du personnage semble scellé dès le début.

Cette première partie définit un cadre spatio-temporel précis, par l’usage des noms des villes (Amiens, Arras) et par le champ lexical du temps (« la veille », « le temps », « un jour plus tôt »).

La scène décrite est banale : un cadre urbain (« hôtellerie », « coche », « voitures »), une promenade avec un ami, une scène de rue dont les deux amis sont témoins à partir du passage au passé simple : « nous vîmes … et nous le suivîmes ».

La négation restrictive « Nous n’avions pas d’autre motif que la curiosité » propose une justification de la scène que le lecteur ignore encore.

Ce premier mouvement s’achève sur une observation anodine, comme le soulignent la tournure impersonnelle (« il en sortit ») et le déterminant indéfini (« quelques femmes »).

Les deux amis sont spectateurs d’une scène de rue et le regard du narrateur âgé pique la curiosité du lecteur.

II – La naissance du sentiment amoureux

De « mais il en resta une » à « maîtresse de mon cœur »

La conjonction de coordination adversative « mais » fait émerger une femme, vue par Des Grieux qui devient spectateur ébloui.

Dès lors, cette seule femme devient l’objet de toutes les attentions du chevalier.

Elle se détache et n’agit pas de la même façon que les autres : c’est ce que montre l’antithèse « se retirèrent » / « s’arrêta » : les autres femmes « se retirèrent aussitôt » -telle était la fin du premier mouvement ; mais elle, « s’arrêta seule dans la cour ».

De plus, l’intérêt du chevalier se traduit par l’emploi de l’adverbe intensif (« fort jeune ») et par son acuité visuelle : chaque détail fait l’objet d’une description afin de cerner au mieux l’identité de la femme.

Ainsi l’homme plus âgé qui l’accompagne « paraissait lui servir de conducteur » : le verbe d’état suggère que le chevalier n’est plus spectateur passif dans une rue mais spectateur obnubilé par une seule femme, qui fait des suggestions.

Il ne sera fait aucune mention de la description physique de cette femme ni de son nom. Seule prédomine l’expression lyrique de l’émotion du chevalier, à travers l’emploi de l’intensif « si charmante ».

La construction même de la phrase épouse l’état « enflammé » du narrateur.

En effet, ce qui ressemble à un coup de foudre se traduit dans le souffle de la phrase : le complément circonstanciel de conséquence dont l’importance émotionnelle est capitale se trouve relégué en fin de phrase.

Les mots se précipitent, s’enchevêtrent : « moi qui… », « ni… », au point de nécessiter une incise « moi, dis-je ».

L’état amoureux dans lequel se trouve le chevalier est intense : « je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport ».

Dans le détail, il souligne que cette rencontre a bousculé la personne qu’il était : auparavant indifférent aux femmes, mesuré comme l’indique la proposition subordonnée relative « dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue », il est désormais passionné.

De connotation religieuse, l’adjectif métaphorique « enflammé » fait signe vers l’enfer et répond à l’« innocence » perdue évoquée au début de l’extrait.

Ce changement brutal de personnalité oppose donc deux périodes de la vie de des Grieux : l’une marquée par deux défauts qu’il nomme (« timide et facile à déconcerter ») ; l’autre désormais placée sous le sceau de l’audace, comme l’illustre la phrase « je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur ».

La périphrase « maîtresse de mon coeur » souligne que le narrateur est désormais sous la domination d’une femme à laquelle il n’a pas encore parlé.

III – Une rencontre déterminante

De « quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi » … à « les miens »

La scène de rue anodine au détour d’une promenade amicale devient une rencontre déterminante pour le chevalier dont les sentiments sont déjà à leur paroxysme.

Ainsi, le portrait de cette femme s’esquisse à travers une conversation, retranscrite de façon elliptique (« elle reçut mes politesses ») et par le discours indirect : « je lui demandai », « elle me répondit ».

Le portrait qui en résulte est ambivalent : la mention de son jeune âge (« encore moins âgée que moi »), voire de sa naïveté (l’adverbe « ingénument ») tranche avec une assurance marquée (« sans paraître embarrassée », « elle était bien plus expérimentée que moi »).

L’échange permet ainsi d’attiser la curiosité du lecteur pour cette jeune fille ambigu¨ë.

L’audace du chevalier se traduit par les questions indirectes.

La réponse est indirectement rapportée par la proposition subordonnée conjonctive « qu’elle y était envoyée par ses parents pour être religieuse ».

La tournure passive de la réponse (qu’elle y était envoyée») rappelle les codes dans l’éducation d’une femme, et sa soumission à un ordre familial.

L’effet de surprise que provoque cette réponse sur le chevalier est d’autant plus fort qu’il nomme pour la première fois le sentiment qui l’envahissait : « l’amour me rendait déjà si éclairé ».

Le projet du noviciat de cette jeune fille est reçu avec intensité comme le souligne l’expression hyperbolique « un coup mortel pour [s]es désirs ».

Contre la naissance des sentiments s’érige donc un obstacle : celui d’une morale religieuse mortifère, incompatible avec le cœur.

L’échange s’achève sous la forme d’un discours indirect libre – « c’était malgré elle qu’on l’envoyait au couvent ».

La vie religieuse est présentée comme le dernier rempart contre le « penchant au plaisir » de Manon.

Le péché de chair évoqué à demi-mot est développé par deux propositions subordonnées successives. La première, « qui s’était déjà déclaré » laisse sous-entendre un passé sulfureux ; la seconde « et qui a causé, dans la suite, tous ses malheurs et les miens » clôt de façon proleptique et tragique cet extrait tout en plaçant le lecteur dans un effet d’attente.

Par cette rencontre, le destin des personnages est scellé.

Conclusion

La rencontre amoureuse racontée par le double regard d’un narrateur jeune et passionné et d’un narrateur plus âgé et critique place le lecteur au cœur d’une histoire complexe.

Témoin de la naissance des sentiments intenses de Des Grieux, le lecteur assiste, impuissant, aux débuts de cette passion, à l’étymologie double : à la fois source d’amour et de souffrance, entre sentiments et interdits, la tragédie se noue déjà.

2 – Commentaire composé pour l’écrit

NB : Dans un commentaire composé, les analyses ne sont plus présentées linéairement, dans l’ordre du texte, mais elles sont organisées dans un plan qui fait ressortir l’intérêt littéraire du texte étudié.

Annonce du plan de commentaire composé

Cette scène de rencontre amoureuse traditionnelle (I) est annonciatrice d’une tragédie pour les deux personnages (II). A travers cette histoire, l’abbé Prévost écrit un traité de morale où la condamnation de la passion laisse place à la compassion (III).

I – Une scène de rencontre amoureuse traditionnelle

A – Une rencontre romanesque

La soudaineté de la rencontre amoureuse entre le chevalier Des Grieux et Manon Lescaut est mise en valeur par la structure du récit :

♦ La situation initiale est la promenade avec Tiberge.
♦ L’élément modificateur est l’arrivée du coche d’Arras, comme l’indique le passage au passé simple « vîmes » et « suivîmes ».
♦ La phrase suivante (« Il en sortit quelques femmes, qui se retirèrent aussitôt ») met en œuvre une stratégie déceptive : alors que le lecteur s’attend à un évènement clé, le récit semble ne pas réussir à démarrer.
♦ La rupture vient enfin avec la conjonction de coordination marquant l’opposition « Mais » : « Mais il en resta une« 
♦ Le personnage de Manon Lescaut se détache alors de l’ensemble de la scène. Elle est marquée par la singularité : « Mais il en resta une, fort jeune, qui s’arrêta seule dans la cour, pendant qu’un homme d’un âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur, s’empressait […] ».

La structure du récit permet donc de mettre en relief le personnage de Manon.

En outre, cette scène de rencontre est narrée en focalisation interne : nous découvrons Manon Lescaut du point de vue du chevalier Des Grieux.

La répétition du verbe paraître « paraissait », « elle me parut », « sans paraître » et l’adverbe « sans doute » montrent que Des Grieux perd ses certitudes. Il narre en effet une scène de coup de foudre.

B – Le coup de foudre

Des Grieux est submergé par la passion amoureuse comme le montre le champ lexical de l’amour : « enflammé », « transport », « maîtresse de mon cœur », « l’amour », « mon cœur », « désirs », « plaisir ».

Ce champ lexical est renforcé par le registre lyrique.

Ainsi, la proposition « je m’avançai /vers la maîtres/se de mon cœur » est un alexandrin au rythme ternaire cadencé par une allitération en [m], sonorité douce qui met en évidence l’amour qui s’installe dans l’âme du personnage.

L’amour de Des Grieux est un amour passionnel. Des Grieux n’est plus maître de lui-même comme le montrent les tournures de sens passif : « je me trouvai enflammé », « L’amour me rendait déjà si éclairé ». Le jeune homme n’est plus acteur de son destin : il subit cette flamme soudaine.

II – Une rencontre tragique

La rencontre de ces deux personnages est une mise en scène théâtrale (A) de nature tragique (B)

A – Une mise en scène théâtrale

L’abbé Prévost insiste sur la théâtralité de cette scène de rencontre.

Le départ des femmes et la présence d’un seule personnage « il en resta une » ressemble à une transition scénique dans la tragédie grecque où le chœur qui se retire laisse place à l’héroïne seule sur scène.

Le narrateur ponctue son texte d’adverbes de manière ou de locutions adverbiales qui, comme des didascalies théâtrales, précisent les circonstances de l’action : « sans paraître embarrassée », « Elle me répondit ingénument », « d’une manière qui lui fît comprendre mes sentiments ».

De plus, on retrouve dans ce passage les personnages types du théâtre : la jeune ingénue et le jeune premier.

L’abbé Prévost utilise le champ lexical de la jeunesse : « fort jeune », « timide », « facile à déconcerter », « encore moins âgée que moi », « ingénument », « plus expérimentée que moi ».

Ces deux types de théâtre sont mis en valeur par le type opposé « un homme d’un âge avancé » qui rappelle le vieux barbon ou le valet des comédies.

Des Grieux est marqué du sceau de la virginité conformément à ce type théâtral. En effet, le champ lexical de la vertu le caractérise : « tout innocence », « sagesse », « retenue », « politesses ».

Il est de plus marqué par la négation et le dénuement qui suggèrent une pureté d’âme propre au jeune premier : « moi qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention ».

Cette théâtralité est de nature tragique.

B – Une passion fatale

La passion que ressent le chevalier Des Grieux est fatale.

Le jeu sur les temps montre l’inéluctabilité de cette passion. En effet, les verbes au plus-que-parfait ponctuent tout le texte : «« J’avais marqué le temps de mon départ », « moi qui n’avais jamais pensé » , «plaisir, qui s’était déjà déclaré» . Or le plus-que-parfait a une valeur d’accompli : il suggère donc que les actions sont scellées d’avance.

En outre, les sentiments sont sujets de nombreuses phrases :

« L’amour me rendait déjà si éclairé »
« […] son penchant au plaisir qui s’était déjà déclaré »

Ce n’est donc plus Des Grieux qui agit : ses sentiments ont pris le dessus et guident toutes ses actions. La passion amoureuse apparaît dès lors comme une force tragique contre laquelle le personnage ne peut lutter.

L’abbé Prévost utilise aussi des expressions traditionnelles dans la tragédie : « Hélas ! que ne le marquais-je un jour plus tôt » .

III – Manon Lescaut, un traité de morale ambigu

Au 18ème siècle, le roman était encore vu comme un genre dangereux qui encourageait des mœurs peu chrétiennes. Or à travers cette scène de rencontre, l’abbé Prévost change l’image du roman en l’utilisant pour promouvoir la morale chrétienne.

A – La rencontre dans Manon Lescaut : une réécriture du péché originel

Avec cette scène de rencontre, l’abbé Prévost fait une réécriture symbolique et modernisée du péché originel (Adam et Eve).

Tout d’abord, l’insistance du narrateur sur l’indifférenciation des sexesmoi, qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes ») montre une âme angélique, pré-adamique.

Mais derrière la pureté du jeune homme, se cache la corruption d’une âme pécheresse : « Nous n’avions pas d’autre motif que la curiosité ». Or la curiosité est dans la Genèse le motif du péché originel.

La jeunesse des deux personnages rappelle l’état de virginité d’Adam et Eve.

Quant à Manon, son « penchant au plaisir qui a causé, dans la suite, tous ses malheurs et les miens » fait songer à la scène de la Chute : Eve goûte le fruit défendu et entraîne Adam dans sa chute.

Le texte est d’ailleurs marqué par la culpabilité du narrateur : « que ne le marquais-je un jour plus tôt » .

L’irréel du passé dans « j’aurais porté chez mon père tout mon innocence » fait référence à une culpabilité chrétienne où le fils indigne s’est égaré dans le péché. L’abbé Prévost joue ici sur le double sens du mot « père » :
Le père biologique d’une part;
♦ Le père théologique d’autre part (Dieu).

Cette culpabilité donne lieu à l’introspection d’une âme tourmentée. Grâce à la focalisation interne, le lecteur suit l’examen de conscience de Des Grieux :

« J’avais le défaut d’être excessivement timide et facile à déconcerter »
« Je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs ».

Or le chevalier des Grieux révèle une âme qui devient calculatrice et stratège au service de sa propre passion.

Le possessif « mes désirs » souligne un attachement à la part charnelle de l’humanité.

Des Grieux adopte un langage indirect et calculateur : « Je lui parlai d’une manière qui lui fit comprendre mes sentiments ».

Ainsi, l’introspection de Des Grieux montre au lecteur une âme calculatrice, corrompue par le péché.

En cela, Manon Lescaut est bien, comme le disait l’Abbé Prévost, un traité de morale : en montrant les ravages de la passion, l’auteur encourage à y résister pour se préserver du péché.

Et pourtant, l’Abbé Prévost ne se contente pas d’une condamnation morale. Le narrateur pose même un regard distancié et bienveillant sur les personnages.

B – Un regard bienveillant sur les égarements du coeur

Dans cette scène de rencontre, le narrateur Des Grieux plus âgé se dédouble et observe avec un œil averti les égarements de sa jeunesse : « L’amour me rendait déjà si éclairé, depuis un moment qu’il était dans mon cœur […]».

Les verbes à l’imparfait soulignent que cette passion est révolue.

Cette distance permet au chevalier Des Grieux plus âgé de défendre le jeune Des Grieux.

L’incise « moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue » fonctionne comme des circonstances atténuantes à sa passion et le champ lexical de la vertu (« sagesse », « retenue », « timide ») insiste sur son ingénuité.

Par ailleurs, l’abbé Prévost joue sur les possibles romanesques. En effet, cette rencontre aurait presque pu ne pas avoir lieu car elle se déroule «la veille même de celui où [il] devait quitter cette ville ».  Cette remarque donne un éclairage nouveau à cette épisode : le coup de foudre de Des Grieux est plus le fruit du hasard que le déploiement d’une âme enfermée dans le péché.

En outre, par l’expression « malgré elle« , l’abbé Prévost présente le couvent comme une prison qui bride l’expression des sentiments : « C’est malgré elle qu’on l’envoyait au couvent« . Sans promouvoir la passion, l’abbé Prévost montre un sentimentalisme nouveau à cette époque ce qui vaudra à son roman des condamnations sans appel.

Manon Lescaut, La rencontre amoureuse, conclusion

On retrouve dans cette scène de rencontre de Manon Lescaut les topoï du coup de foudre. Mais cette rencontre est marquée d’emblée par le sceau de la fatalité et se lit d’ailleurs comme une réécriture du péché originel.

Même s’il décrit son âme en proie au péché, le narrateur âgé pose un regard bienveillant sur les errements de sa jeunesse. Ce texte ouvre ainsi, en cette première moitié du 18ème siècle un sentimentalisme où la compassion l’emporte sur la condamnation de la passion.

Tu étudies Manon Lescaut ? Regarde aussi :

Print Friendly, PDF & Email

Qui suis-je ?

Amélie Vioux

Je suis professeur particulier spécialisée dans la préparation du bac de français (2nde et 1re).

Sur mon site, tu trouveras des analyses, cours et conseils simples, directs, et facilement applicables pour augmenter tes notes en 2-3 semaines.

Je crée des formations en ligne sur commentairecompose.fr depuis 9 ans.

Tu peux également retrouver mes conseils dans mon livre Réussis ton bac de français 2022 aux éditions Hachette.

32 commentaires

  • Bonjour,

    Je n’arrive pas à trouver à quel mouvement littéraire appartient Manon Lescaut? Classique ou siècle des Lumières?
    Merci d’avance.

  • Bonjour Amélie,
    c’est pour savoir si vous avez une ouverture à me proposer s’il vous plaît, car je n’en trouve pas, c’est pour mon bac blanc que je passe dans même pas 2 semaine.
    Merci d’avance

  • Bonjour Amélie,
    Je voulais savoir la différence entre une lecture analytique et une lecture linéaire ? par exemple, cette analyse n’est pas prise pour une lecture linéaire, si ?
    Je dois étudier cet extrait, et c’est un hasard que je suis tombée sur cette analyse 🙂

    • Une lecture analytique ne suit pas forcément le mouvement du texte comme le fait une lecture linéaire. Mais tu peux quand même t’aider de mes analyses pour compléter et améliorer ton travail.

  • Bonjour Amelie,
    Je me demandais juste si tu avais une problematique en tete lorsque tu as ecrit ce plan?
    Merci d’avance et bravo pour tout ce travail qui aide beaucoup de lycéens 🙂

  • bonjour est-ce que tu pourrais aussi faire un pour la scene de reconciliation, apres la 1ere tromperie de manon, quand elle se rend a l’exercice de theologie de DG. Merci.

  • Bonjour, tout d’abord merci beaucoup pour votre site qui, vous devez sûrement le savoir au vu du succès qu’il rencontre, est très utile pour réviser le bac de français. Alors pour cela, merci !
    Je voulais également souligner à quel point le fait que vous mettiez les problématiques possibles sur chaque textes est rassurant, on sait à peu près à quoi on peut s’attendre le jour de l’oral. Cependant, je me demandais si les plans proposés correspondaient à toutes les problématiques possibles ? J’entends par là, sont-ils assez « larges » pour permettre de les utiliser peu importe la problématique ? Bien entendu, la conclusion sera différente puisque la réponse à la problématique le sera, mais au niveau du plan je me posais la question.
    Merci d’avance pour votre réponse et merci encore pour votre investissement.

  • Bonjour Amélie,

    Merci pour tes cours et tes conseils en ligne, ils sont précieux

    Je ne sais pas sur quelle ouverture terminer Manon Lesacault, avez vous des oeuvres à me J’ de proposer ?

    Merci

    Amélie

  • Bonjour madame,
    pourrai-je avoir des informations sur la lecture analytique de Manon Lescaut : une creature d’un caractere extraordinaire ( p 78-79 du livre).
    merci d’avance.

  • En effet, je suis entrain de préparer mon bac toute seule vu que je suis tunisienne et je passe le bac en candidat libre
    je voulais savoir à quel séquence appartient cet extrait au mouvement littéraire ou bien au roman
    je suis perdue et j’ai besoin d’aide
    et une dernière question est ce que je peux mettre l’Etranger de Camus et Manon Lescaut dans le descriptif ?
    sinon merci pour tout le travail que vous faites, vous m’avez aidé comme pas possible merci beaucoup et bonne continuation j’adore votre travail sincèrement vous me sauvez la vie

  • Bonjour Amélie,

    Je suis en 1ère ES et je passe bientôt mon oral blanc de français. Tout au long de l’année je me suis aidée de vos lectures analytiques qui sont très bien construites et claires à comprendre. Ma prof de français est absente depuis 5 semaines et demi et ne revient pas avant les vacances de printemps, c’est donc la catastrophe. Je voulais vous remercier de prendre le temps de tout mettre sur internet ! C’est vraiment génial !!

  • Bonjour Amélie

    Vous êtes absolument virtuose dans vos commentaire.
    Je vous suis depuis l’Espagne depuis quelques années.
    Mais avant vous me facilitiez plus les choses en voyant directement les extraits de texte complets et en pouvant les décargés et même les photocopiés.
    Merci beaucoup pour votre travail magnifique et j’ai eu l’occasion de voir que vous êtes apparue dans un programme de télévison. Mes sincères félicitations.
    Je me propose comme votre guide de voyage en Andalousie (c’est mon travail, à part l’étude de la langue française) dans le cas d’une visite à mon pays. A bientôt.

    • Bonjour Carmen,
      Merci pour ton message très gentil ! C’est agréable de voir que mon site internet n’intéresse pas que les lycéens français. S’agissant de l’option pour télécharger et imprimer les commentaires, j’ai pour intention de la proposer de nouveau dans quelques mois. J’ai besoin pour cela de faire quelques modifications techniques sur mon site. Bonne journée !

    • C’est toujours écrit au début de mon commentaire. L’extrait commenté va de « J’avais marqué le temps de mon départ d’Amiens. » jusqu’à « et qui a causé, dans la suite, tous ses malheurs et les miens. »

  • Bonsoir !
    Tout d’abord, merci pour vos cours, conseils et fiches, car ils m’aident beaucoup.
    Je suis un élève de première S, du moins pour l’instant : j’ai demandé à passer en L.
    Je me posais seulement une question à propos de cette lecture analytique.
    Bien que l’annonce de la fin tragique de la relation de Des Grieux et Manon soit très claire dans le texte, peut-on, à l’oral, évoquer -si la problématique le permet- la fin de histoire ?
    Je crois que mon professeur déconseille de parler du rapport de l’extrait étudié à l’œuvre dont il est tiré…
    Merci d’avance !
    Gabriel

  • BONJOUR

    d’abord je voulais vous remercier a ce site qui ma beaucoup aider pendant tout l’annee
    je voulais cependant vous demander si vous avez fais un commentaire pour l’incipit de manon lescaut .
    Merci beaucoup

  • Bonjour.
    Je voulais tout d’abord vous signifier toute mon admiration concernant le travail que vous menez en vue d’aider les élèves en Français. Ce site m’a donné le goût d’apprécier et de mieux cerner la beauté et les objectifs de la langue française.
    Je voulais cependant vous demander si, étant élève de 1e et passant cette année les épreuves de français, si nous pouvions, lors de l’oral notamment, utiliser vos ouvertures ainsi que vos expressions (transitions, parties…).
    Je vous remercie d’avance de la réponse que vous m’apporterez.

Laisse un commentaire !