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Voici une analyse linéaire pour l’oral de français de la leçon d’éducation dispensée par Mme Josserand à sa fille Berthe dans le chapitre 2 de Pot-Bouille.
Cette lecture linéaire porte sur l’extrait allant de « Ce qu’il faut faire ! elle demande ce qu’il faut faire !… » à « elle gifla Berthe
».
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Pot-bouille, la leçon d’éducation des filles par Mme Josserand, Introduction
Dans ce passage, Zola nous fait pénétrer dans l’intimité d’une famille bourgeoise désargentée. Mme Josserand, excédée par les difficultés qu’elle rencontre à marier ses deux filles, tente de montrer à sa fille Berthe comment séduire un homme.
Ce passage se veut une représentation fidèle de la réalité qu’il dépeint : il constitue un tableau de la bourgeoisie, de ses manières et de ses valeurs.
Il s’agit aussi d’une scène vivante, particulièrement théâtrale, avec une montée progressive de la tension, qui culmine dans les gifles que la mère donne à sa fille. La scène est comique et les dialogues au discours direct ressemblent à des répliques de comédie, mais c’est un comique où l’on rit jaune devant les pleurs de Berthe, la colère de Mme Josserand et la passivité du père de famille.
Enfin, c’est aussi une satire de la bourgeoisie, prête à toutes les compromissions morales pour acquérir des avantages financiers.
Problématique
Comment cette scène naturaliste constitue-t-elle une représentation satirique de la bourgeoisie ?
Extrait étudié
— Ce qu’il faut faire ! elle demande ce qu’il faut faire !… Eh ! ne vous ai-je pas dit cent fois le ridicule de vos effarouchements. Vous êtes appelée à vivre dans le monde. Quand un homme est brutal, c’est qu’il vous aime, et il y a toujours moyen de le remettre à sa place d’une façon gentille… Pour un baiser, derrière une porte ! en vérité, est-ce que vous devriez nous parler de ça, à nous, vos parents ? Et vous poussez les gens contre un meuble, et vous ratez des mariages !
Elle prit un air doctoral, elle continua :
— C’est fini, je désespère, vous êtes stupide, ma fille… Il faudrait tout vous seriner, et cela devient gênant. Puisque vous n’avez pas de fortune, comprenez donc que vous devez prendre les hommes par autre chose. On est aimable, on a des yeux tendres, on oublie sa main, on permet les enfantillages, sans en avoir l’air ; enfin, on pêche un mari… Si vous croyez que ça vous arrange les yeux, de pleurer comme une bête !
Berthe sanglotait.
— Vous m’agacez, ne pleurez donc plus… Monsieur Josserand, ordonnez donc à votre fille de ne pas s’abîmer le visage à pleurer ainsi. Ce sera le comble, si elle devient laide !
— Mon enfant, dit le père, sois raisonnable, écoute ta mère qui est de bon conseil. Il ne faut pas t’enlaidir, ma chérie.
— Et ce qui m’irrite, c’est qu’elle n’est pas trop mal, quand elle veut, reprit madame Josserand. Voyons, essuie tes yeux, regarde-moi comme si j’étais un monsieur en train de te faire la cour… Tu souris, tu laisses tomber ton éventail, pour que le monsieur, en le ramassant, effleure tes doigts… Ce n’est pas ça. Tu te rengorges, tu as l’air d’une poule malade… Renverse donc la tête, dégage ton cou : il est assez jeune pour que tu le montres.
— Alors, comme ça, maman ?
— Oui, c’est mieux… Et ne sois pas raide, aie la taille souple. Les hommes n’aiment pas les planches… Surtout, s’ils vont trop loin, ne fais pas la niaise. Un homme qui va trop loin, est flambé, ma chère.
Deux heures sonnaient à la pendule du salon ; et, dans l’excitation de cette veille prolongée, dans son désir devenu furieux d’un mariage immédiat, la mère s’oubliait à penser tout haut, tournant et retournant sa fille comme une poupée de carton. Celle-ci, molle, sans volonté, s’abandonnait ; mais elle avait le cœur très gros, une peur et une honte la serraient à la gorge. Brusquement, au milieu d’un rire perlé que sa mère la forçait à essayer, elle éclata en sanglots, le visage bouleversé, balbutiant :
— Non ! non ! ça me fait de la peine !
Madame Josserand demeura une seconde outrée et stupéfaite. Depuis sa sortie de chez les Dambreville, sa main était chaude, il y avait des claques dans l’air. Alors, à toute volée, elle gifla Berthe.
Annonce de plan linéaire
Mme Josserand sermonne d’abord sa fille, avec l’aide de son mari (I), avant de lui faire jouer le rôle de la séductrice, mais cet exercice se termine dans une crise de larmes et une paire de gifles (II).
I – Mme Josserand réprimande sa fille Berthe avec l’aide de son mari
De « Ce qu’il faut faire ! elle demande ce qu’il faut faire !… » à « Il ne faut pas t’enlaidir, ma chérie.
»
Berthe a repoussé les avances d’un homme qui tentait de l’embrasser de force lors d’une soirée mondaine. Or ce refus provoque l’ire de Mme Josserand qui désespère de marier sa fille.
La colère et l’indignation de Mme Josserand transparaissent dans les deux exclamations et la reprise mot pour mot des derniers mots prononcés par sa fille, qu’elle répète à son tour : « Ce qu’il faut faire ! elle demande ce qu’il faut faire !…
».
De plus, en désignant sa fille par le pronom de la troisième personne du singulier « elle », Mme Josserand prend son mari à témoin et construit un rapport de force où la jeune fille est seule face à ses deux parents.
L’emploi de la forme interro-négative et de la question rhétorique (« ne vous ai-je pas dit cent fois le ridicule de vos effarouchements
») confèrent à la phrase le poids d’un reproche sans réplique possible. Quant à l’interjection « eh ! » et l’hyperbole « cent fois », elles accentuent encore la colère de Mme Josserand.
Mme Josserand banalise l’attitude des hommes et inverse le blâme : au lieu de considérer que Berthe était dans son bon droit en repoussant l’homme qui tentait d’abuser d’elle, elle affirme qu’elle a mal agi. En qualifiant d’« effarouchements
» le refus de Berthe de se laisser embrasser, elle la culpabilise.
La phrase « vous êtes appelée à vivre dans le monde
» signifie que la société bourgeoise est régie par des lois implicites que nul ne doit ignorer ni enfreindre, et que Mme Josserand va expliciter à sa fille. L’emploi de l’expression « être appelé à », qui signifie « être destiné à » mais contient une connotation religieuse de vocation ou de sacerdoce, fait de la vie dans le monde une obligation à laquelle Berthe ne peut pas se soustraire.
Dans cette société bourgeoise, la brutalité des hommes est considérée comme une preuve d’amour (« Quand un homme est brutal, c’est qu’il vous aime
»). Mme Josserand inverse la culpabilité et au lieu d’estimer que Berthe a protégé sa vertu contre une agression masculine, elle affirme qu’elle a fait preuve de méchanceté (« il y a toujours moyen de le remettre à sa place d’une façon gentille
»).
La succession d’exclamations et d’interrogations rhétoriques contribue à exprimer la colère de Mme Josserand. Elle minimise l’agression vécue par Berthe (« Pour un baiser, derrière une porte !
») et l’encourage à pratiquer la dissimulation (« est-ce que vous devriez nous parler de ça, à nous, vos parents ?
»).
L’emploi de la polysyndète (répétition de la même conjonction de coordination) et de la forme du pluriel (« Et vous poussez les gens contre un meuble, et vous ratez des mariages ! ») expriment l’intensité de l’énervement de Mme Josserand.
À travers cette réaction démesurée, Mme Josserand est tournée en ridicule à la manière d’un personnage de comédie. Elle agit comme une donneuse de leçon, à la façon des femmes savantes de Molière (« Elle prit un air doctoral
»).
L’irritation de Mme Josserand est mise en avant par l’utilisation de termes disproportionnés par rapport à la situation (« c’est fini, je désespère
»), d’insultes (« vous êtes stupide, ma fille
»), ainsi que de mots familiers, tel le verbe « seriner » qui signifie apprendre quelque chose à quelqu’un en le lui répétant souvent.
Elle donne à Berthe une leçon de séduction machiavélique où la fin justifie les moyens.
La gradation « on est aimable, on a des yeux tendres, on oublie sa main, on permet les enfantillages, sans en avoir l’air ; enfin, on pêche un mari
» rejoue en accéléré les étapes de la séduction, la transformant en un processus extrêmement facile.
L’utilisation du pronom indéterminé « on » fait de cette méthode de séduction une pratique généralisée au sein de la bourgeoisie. La métaphore filée de la prise ou de la pêche (« prendre les hommes », « on pêche un mari
») déshumanise les hommes et réduit la séduction à un rapport de force où il faut user de ruse pour parvenir à ses fins.
Mme Josserand ne console pas sa fille, mais lui ordonne de cesser de pleurer. Elle n’est pas touchée par le chagrin de Berthe, elle craint uniquement qu’elle ne devienne laide. La comparaison avec un animal (« pleurer comme une bête ») montre la vulgarité et la méchanceté de Mme Josserand.
Monsieur Josserand est aussi tourné en ridicule. Malgré les hypocoristiques (termes exprimant une affection tendre) qu’il adresse à sa fille (« mon enfant », « ma chérie »), il est totalement soumis à sa femme, comme un mari soumis de comédie.
II – Mme Josserand fait jouer à Berthe le rôle de la séductrice mais cet exercice se termine dans une crise de larmes et une paire de gifles
De « Et ce qui m’irrite, c’est qu’elle n’est pas trop mal, quand elle veut, reprit madame Josserand » à « elle gifla Berthe
»
La litote (« elle n’est pas trop mal
») montre que Mme Josserand, dans sa colère, ne veut pas adresser de compliments à sa fille.
Elle tente en revanche d’exercer Berthe à prendre des attitudes séductrices. Elle se met à jouer le rôle d’un homme, instaurant une espèce de jeu de rôles (« regarde-moi comme si j’étais un monsieur en train de te faire la cour
»).
La bizarrerie de ce jeu de rôle, qui se fait sous les yeux du père de famille, qui incarne le public de cette scène de théâtre étrange, crée un effet comique.
L’accumulation des verbes à l’impératif (« essuie », « regarde », « renverse », « dégage
») et au présent de l’indicatif à valeur d’ordre (« tu souris », « tu laisses tomber »), ainsi que l’asyndète (suppression des liens logiques et des conjonctions de coordination dans une phrase) montrent l’insistance de Mme Josserand qui submerge sa fille d’instructions.
La métaphore filée aviaire (= relative aux oiseaux), avecl’emploi du verbe « rengorger », normalement employé pour parler d’un oiseau qui gonfle la gorge en ramenant la tête en arrière, et de la comparaison avec une « poule malade
», crée un effet comique. Le comique provient notamment du contraste entre l’attitude séductrice que Mme Josserand essaie de faire prendre à Berthe et la réalité de ce dont Berthe a l’air (« une poule malade
»).
L’emploi de « jeune » pour qualifier le cou de Berthe, alors que c’est un adjectif utilisé normalement pour qualifier des êtres vivants, crée un effet de personnification qui met en avant le cou de la jeune fille et en fait un outil de séduction.
L’emploi de termes familiers (le substantif « planche » désigne une femme maigre, plate et sans formes ; l’adjectif « flambé » signifie perdu) rend le passage plus vivant et crée un effet de réel. Il témoigne aussi de la vulgarité de Mme Josserand, et met en avant le contraste entre son ambition de marier ses filles à des hommes riches et la bassesse de sa condition.
« Surtout, s’ils vont trop loin, ne fais pas la niaise
» constitue un paryponoïan ou effet d’attente trompée (figure de style consistant à remplacer par quelque chose d’inattendu la deuxième partie d’une phrase). Ici, on attendrait : s’ils vont trop loin, ne te laisse pas faire. Le paryponoïan met en avant le cynisme de Mme Josserand, prête à mettre en péril la vertu de sa fille pour obtenir un riche mariage. La formule « aller trop loin » désigne par euphémisme des actes physiques et sexuels. Ainsi, la phrase « un homme qui va trop loin, est flambé, ma chère
» indique que si un homme attente à la vertu de Berthe, il sera forcé de l’épouser. Le machiavélisme de Mme Josserand est mis en avant.
Le retour à la narration omnisciente à partir de « Deux heures sonnaient à la pendule
» permet de faire connaître au lecteur le contraste entre l’état d’esprit de Mme Josserand et celui de Berthe. Le polyptote (répétition de plusieurs termes de même racine) « tournant et retournant sa fille
» et la métaphore filée de la poupée sans volonté (« comme une poupée de carton » et « celle-ci, molle, sans volonté, s’abandonnait
») mettent en avant la mainmise de Mme Josserand sur sa fille.
Le contraste entre le « rire perlé
» (c’est-à-dire dont chacun des sons est égrené avec une netteté particulière) que Berthe est forcée de simuler et les larmes qu’elle se met à verser fait culminer la tension dramatique du passage.
Après une brève pause (« Madame Josserand demeura une seconde outrée et stupéfaite
»), la tension dramatique se résout dans les gifles que Mme Josserand donne à Berthe. La locution adverbiale « à toute volée
» (c’est-à-dire qui est effectué avec le maximum d’intensité) manifeste la violence des coups.
S’il y a une dimension comique dans les coups portés, qui rappellent le comique de geste de certaines comédies et farces, il s’agit d’un comique doux-amer. Alors que dans les comédies, le personnage dont on se moque est celui qui est frappé, ici c’est le personnage qui porte les coups qui est satirisé.
Pot-bouille, chapitre 2, Conclusion
Ainsi, cette leçon de séduction constitue une satire de la petite bourgeoisie parisienne. La convoitise de Mme Josserand est moquée. Et le contraste entre ses ambitions élevées et la vulgarité de son langage contribue à la ridiculiser.
Cette satire des ambitions d’une mère avide d’argent fait écho à de nombreux romans contemporains, où l’on voit aussi bien des hommes (Bel-Ami de Maupassant) que des femmes (La Cousine Bette de Balzac) tenter de s’élever grâce à de riches mariages.
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