Pot-Bouille, Zola, chapitre 6, l’étage des bonnes : analyse

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Voici une explication linéaire pour l’oral de français du chapitre 6 de Pot-Bouille d’Emile Zola.

L’extrait étudié correspond à un dialogue entre plusieurs bonnes de dernier étage de l’immeuble Choiseul. L’extrait étudié va de « Où donc est-elle votre bourgeoise ? » à « l’étouffement muet du calorifère. »

Pot-Bouille, chapitre 6, l’étage des bonnes, introduction

Pot-Bouille, roman publié en 1882 par Zola, s’attache à dépeindre une bourgeoisie corrompue par l’argent et le vice. (Voir la fiche de lecture sur Pot-Bouille pour le bac de français).

Cet extrait présente un dialogue entre plusieurs bonnes de l’immeuble de la rue de Choiseul, qui s’invectivent les unes les autres ou dénigrent leurs patronnes dans leur dos.

Il s’agit tout d’abord d’une scène animée et théâtrale. De plus, en faisant entendre les voix du peuple, Zola fait une peinture naturaliste des milieux populaires de l’époque, jugés jusqu’alors indignes d’être pris comme objet littéraire. Enfin, le discours des bonnes a la même ambition que le roman de Zola, celle de dénoncer les vices et les turpitudes cachées derrière l’hypocrisie bourgeoise. Ce passage peut donc aussi être considéré comme une illustration des buts du roman naturaliste.   

Extrait analysé

— Où donc est-elle, votre bourgeoise ? demanda curieusement Victoire.

— Elle vient de partir déjeuner chez une dame.

Lisa et Julie se démanchèrent le cou, pour échanger un regard. Elles la connaissaient, la dame. Un drôle de déjeuner, la tête en bas et les jambes en l’air ! Si c’était permis, d’être menteuse à ce point ! Elles ne plaignaient pas le mari, car il en méritait davantage ; seulement, ça faisait honte à l’espèce humaine, qu’une femme ne se conduisît pas mieux.

— Voilà Torchon ! interrompit Lisa, en découvrant la bonne des Josserand, au-dessus d’elle.

Alors, à plein gosier, une volée de gros mots s’échappa de ce trou, obscur et empesté comme un puisard. Toutes, la face levée, interpellaient violemment Adèle, qui était leur souffre-douleur, la bête sale et gauche sur laquelle la maison entière tapait.

— Tiens ! elle s’est lavée, ça se voit !

— Tâche encore de jeter tes vidures de poisson dans la cour, que je monte te débarbouiller avec !

— Eh ! va donc manger le bon Dieu, fille à curé !… Vous savez, elle en garde dans ses dents pour se nourrir toute la semaine.

Ahurie, Adèle les regardait d’en haut, le corps à demi sorti de la fenêtre. Elle finit par répondre :

— Laissez-moi tranquille, n’est-ce pas ? ou je vous arrose.

Mais les cris et les rires redoublèrent.

— T’as marié ta maîtresse, hier soir ? Hein ? c’est peut-être toi qui lui apprends à faire les hommes ?

— Ah ! la sans-cœur ! elle reste dans une boîte où l’on ne mange pas ! Vrai, c’est ça qui m’exaspère contre elle !… Trop bête, envoie-les donc coucher !

Des larmes étaient venues aux yeux d’Adèle.

— Vous ne savez que des sottises, bégaya-t-elle. Ce n’est pas ma faute, si je ne mange pas.

Et les voix grandissaient, des mots aigres commençaient à s’échanger entre Lisa et la nouvelle bonne, Françoise, qui prenait parti pour Adèle, lorsque celle-ci, oubliant les injures, cédant à l’instinct de l’esprit de corps, cria :

— Méfiance ! v’là madame !

Un silence de mort tomba. Toutes, brusquement, avaient replongé dans leur cuisine ; et il ne montait plus, du boyau noir de l’étroite cour, que la puanteur d’évier mal tenu, comme l’exhalaison même des ordures cachées des familles, remuées là par la rancune de la domesticité. C’était l’égout de la maison, qui en charriait les hontes, tandis que les maîtres traînaient encore leurs pantoufles, et que le grand escalier déroulait la solennité des étages, dans l’étouffement muet du calorifère. 

Problématique

Comment cette scène vivante constitue-t-elle une peinture naturaliste des milieux populaires et une illustration de l’objectif zolien de dénoncer l’hypocrisie bourgeoise ?

Annonce de plan linéaire

Les bonnes raillent d’abord Valérie (I), puis s’acharnent sur Adèle, leur souffre-douleur (II), mais l’arrivée d’une patronne met fin à l’échange (III).

I – Les bonnes raillent Valérie

(De « Où donc est-elle votre bourgeoise ? » à « ça faisait honte à l’espèce humaine, qu’une femme ne se conduisît pas mieux. »)

Victoire, domestique chez les Campardon, demande à Françoise, domestique chez les Vabre, où se trouve Valérie. La formulation orale et familière « votre bourgeoise ? » accentue l’effet de réalisme du passage. En outre, le fait que Valérie soit désignée uniquement par sa classe sociale souligne à quel point, au XIXème siècle, les individus étaient définis par leur appartenance à une classe sociale donnée.

Le narrateur lui-même adopte un langage familier, puisqu’il emploie le verbe « se démancher » qui signifie de façon familière se désarticuler, se disloquer. Le narrateur construit ainsi une image comique, celle des deux bonnes se tordant le cou, propre à amuser le lecteur.

L’emploi du discours indirect libre fait se confondre la voix du narrateur et les voix des domestiques. Le style est fortement oralisé, ce qui donne au lecteur l’impression d’entendre les bonnes parler. Cet effet d’oralité repose sur l’appellation ironique « la dame », sur la présence de deux exclamations, ainsi que sur l’emploi de phrases non conformes à la grammaire écrite : une phrase nominale (« Un drôle de déjeuner, la tête en bas et les jambes en l’air ! ») et une subordonnée employée sans principale (« Si c’était permis, d’être menteuse à ce point ! »), enfin sur l’utilisation de l’adverbe « seulement » en début de phrase, typique d’un style parlé.

La formule « la tête en bas et les jambes en l’air ! » est particulièrement vulgaire, obscène et osée, ce qui accentue l’effet de réalisme.

Les domestiques soulignent l’hypocrisie de Valérie, qui dissimule son adultère derrière des prétendues visites amicales. La formule « l’espèce humaine » contribue à animaliser Valérie, en faisant des hommes une espèce parmi d’autres au sein de la nature.

II – Les bonnes s’acharnent sur Adèle, leur souffre-douleur

(De « Voilà Torchon ! interrompit Lisa » à « Méfiance ! v’là madame ! »)

L’apparition d’Adèle, la bonne des Josserand, met fin à la discussion à propos de Valérie. Adèle est désignée par le surnom insultant « Torchon », en référence à sa saleté.

L’image des gros mots qui sortent du trou comme une « volée », c’est-à-dire un envol d’oiseaux ou un jet de projectile, permet de traduire le débordement de violence verbale qui se produit. En outre, la cour est comparée à un « puisard », c’est-à-dire un puits dans lequel se déversent les eaux usées et les eaux de pluie, ce qui accentue l’impression de saleté.

En désignant Adèle par le substantif « la bête », le narrateur la déshumanise et souligne à la violence dont elle est victime. De la même manière, le narrateur joue sur le double sens du verbe « taper », qui au sens propre, désigne les coups qui seraient vraiment portés à Adèle, et au sens figuré, l’acharnement dont elle est victime.

Le recours au discours direct permet de créer une impression de réalisme. De plus, le narrateur ne précise pas qui prononce les phrases au style direct, ce qui permet d’une part de créer un effet d’immersion, comme si le lecteur était en présence directe des bonnes, et d’autre part d’accélérer le rythme et de rendre ainsi le passage plus vivant.

Les nombreuses exclamations et les interjections (« tiens ! », « eh ! ») créent un effet d’oralité. La méchanceté des bonnes est mise en avant par leur recours à la menace (« Tâche encore de jeter tes vidures de poisson dans la cour, que je monte te débarbouiller avec ! »). Ces menaces bien entendues illusoires, permettent à Zola de montrer le bagou et l’inventivité verbale des classes populaires, qui ont la langue bien pendue.

En outre, les bonnes ont recours à l’insulte (« fille à curé ! »), désignant ainsi le fait qu’Adèle pratique la religion catholique. Mais cette insulte a aussi une connotation sexuelle, car  le terme de « fille » désigne au XIXème siècle une prostituée.

De plus, les bonnes n’ont pas peur de blasphémer en se moquant de la communion, c’est-à-dire le fait d’aller à la messe manger une hostie considérée par les catholiques comme le corps du Christ, fils de Dieu. Elles associent le blasphème et l’insulte en plaisantant qu’Adèle garde des morceaux d’hostie dans ses dents à la messe du dimanche pour en manger tout au long de la semaine suivante (« Vous savez, elle en garde dans ses dents pour se nourrir toute la semaine. »).

Face à la méchanceté des domestiques, Adèle rétorque par une faible menace « Laissez-moi tranquille, n’est-ce pas ? ou je vous arrose. », bien moins violente que celles des autres bonnes.

Les bonnes ont à nouveau recours à des allusions graveleuses (de nature sexuelle) et se moquent d’Adèle en sous-entendant que c’est elle qui a enseigné à Berthe comment séduire un homme (« T’as marié ta maîtresse, hier soir ? Hein ? c’est peut-être toi qui lui apprends à faire les hommes ? »). Les interrogations rhétoriques, l’interjection (« Hein ? ») et l’expression familière « faire les hommes » créent un effet d’oralité qui contribue à faire de ce passage une scène naturaliste.

Puis, les bonnes parlent d’Adèle à la troisième personne du singulier, ce qui est une marque d’impolitesse. Cela montre à la fois le manque d’éducation des domestiques et le mépris qu’elles ont pour Adèle.

De plus, elles emploient un argot populaire : « la sans-cœur » est expression familière désignant une personne insensible à la souffrance d’autrui ; « boîte » désigne de manière figurée et familière la maison où Adèle travaille ; et « envoyer quelqu’un coucher » signifie familièrement éconduire ou repousser quelqu’un. La locution « vrai » placée en début de phrase est aussi une formulation populaire utilisée pour donner plus de force à la phrase qui va suivre. Cette langue familière donne au lecteur l’impression d’assister à une scène de théâtre.

En précisant que « des larmes étaient venues aux yeux d’Adèle », le narrateur fait appel au registre pathétique et invite le lecteur à éprouver de la compassion pour Adèle, victime de la méchanceté des autres domestiques.

Pourtant, l’esprit de corps prévaut : « [Adèle] oubliant les injures, cédant à l’instinct de l’esprit de corps, cria : Méfiance ! v’là madame ! ». Victime des autres domestiques, Adèle n’en reste pas moins une domestique. Le narrateur souligne ainsi à quel point l’appartenance sociale d’un individu définit son identité.

L’exclamation « Méfiance ! » met en avant le fait que les rapports qui unissent domestiques et bourgeois sont toujours des rapports d’hostilité et défiance réciproques.  La syncope (retranchement de lettres au milieu d’un mot) « v’là » accentue l’effet d’oralité et de parler populaire.

III – L’arrivée d’une patronne met fin à l’échange

(De « Un silence de mort tomba. » à « l’étouffement muet du calorifère. »)

L’emploi d’une phrase courte et sans conjonction de coordination, crée un effet de contraste avec la cacophonie du dialogue qui précède (« Un silence de mort tomba. »). De plus, l’expression intensive « silence de mort » crée un effet d’insistance. La rapidité avec laquelle les bonnes se remettent à leurs occupations est exprimée par le verbe très imagé « replonger ».

La conjonction de coordination « et » introduit une longue phrase qui fonctionne comme une conclusion apportée au passage. La présence du narrateur se fait sentir dans la métaphore filée au moyen de laquelle la puanteur de la cour est comparée à l’odeur des vices dissimulés par les bourgeois hypocrites habitant l’immeuble.

Le narrateur adopte ici un style emphatique qui contraste avec l’oralité des discours populaires précédents : phrases longues, mots ou expressions savants, rares et élégants (« exhalaison », « charriait les hontes »), ou encore formulations presque poétiques (« dans l’étouffement muet du calorifère »).

Le narrateur construit un contraste entre d’un côté, cet « égout de la maison » et de l’autre, l’apparence hypocrite d’honnêteté bourgeoise, incarnée par les maîtres traînant leurs pantoufles et le luxe factice du grand escalier.

Ce paragraphe apparaît comme un commentaire théorique et une conclusion morale qui donnent à la scène qui précède et à l’ensemble du roman le statut d’une démonstration de l’hypocrisie bourgeoise.

Pot-Bouille, chapitre 6, conclusion

Cette scène de dialogue entre les bonnes, issue du chapitre 6 de Pot-Bouille, constitue une peinture naturaliste des milieux populaires parisiens. En retranscrivant l’argot des domestiques, Zola donne à entendre leurs voix.

Cette scène vivante est aussi une manière pour Zola de dénoncer l’hypocrisie bourgeoise : les domestiques apparaissent comme des porte-parole de l’auteur.

Enfin, en donnant aux classes populaires une place dans ses romans, Zola s’inscrit dans la filiation d’œuvres comme Germinie Lacerteux des frères Goncourt, qui raconte la double vie et la déchéance d’une servante, Germinie Lacerteux. Paru en 1864, il est considéré comme le point de départ du mouvement naturaliste.

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Amélie Vioux

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