Tu passes le bac de français ? CLIQUE ICI et deviens membre de commentairecompose.fr ! Tu accèderas gratuitement à tout le contenu du site et à mes meilleures astuces en vidéo.

Voici une analyse linéaire des remords de la reine Guenièvre. Suite à de fausses rumeurs, la reine croit Lancelot décédé et regrette sa froideur passée.
L’extrait étudié va de de « Aussitôt douloureuse, elle se lève de table » (p. 173) à « ont plus de mérite que le repos de la mort » (p. 174) dans l’édition ClassicoLycée de Belin Gallimard.
Les remords de la reine Guenièvre, Introduction
C’est à la fin du XIIe siècle que le poète Chrétien de Troyes écrit Lancelot ou le chevalier à la charrette, roman de chevalerie versifié et rimé en octosyllabes et rimes plates. Ce roman met en scène un héros, Lancelot, excellant par sa bravoure guerrière, sa force épique, mais aussi par sa fidélité amoureuse à la reine Guenièvre.
Commande de la princesse Marie de Champagne, cette œuvre introduit en effet dans l’épopée, traditionnellement masculine et guerrière, le thème féminin et amoureux. L’amour s’y lie étroitement au combat : il devient la raison même de combattre, et le héros ne trouve plus seulement sa gloire dans la bravoure guerrière, mais aussi dans la dévotion à l’amour et à sa dame. (Voir la fiche de lecture sur Lancelot ou le chevalier de la charrette)
Or, à ce moment du roman, la tension amoureuse est à son comble : Lancelot, après maintes épreuves, a réussi à pénétrer dans le château de Méléagant, à le vaincre au combat et à libérer Guenièvre. Celle-ci, pourtant, le repousse publiquement, alors qu’il vient la saluer, et disparaît dans sa chambre.
Sans comprendre la raison de cette froideur, Lancelot quitte le château, mais est fait prisonnier par les habitants du royaume de Gorre. Une fausse nouvelle parvient alors au château : celle de la mort de Lancelot. Guenièvre l’apprend au moment où elle est à table en compagnie du roi Bademagu et de sa cour. Épouse du roi Arthur, ayant une liaison secrète et adultère avec Lancelot, Guenièvre est un personnage à la psychologie complexe, obligé de mener double jeu pour éviter tout soupçon : le discours qu’elle tient publiquement est rarement en accord avec sa pensée profonde et réelle. Or ce passage, où nous la voyons seule, nous fait entrer dans son intériorité, qui se révèle sombre et tortueuse.
Problématique
Quelles formes la culpabilité prend-elle chez Guenièvre, et comment passe-t-elle progressivement d’une envie de suicide à celle d’un prolongement indéfini de la souffrance ?
Annonce du plan linéaire
Nous étudierons tout d’abord les premiers mouvements de désespoir de Guenièvre : tentation du suicide et gestes violents, tempête intérieure due au poids de la culpabilité, altération physique (du début de l’extrait l.57 à « ne cesse de dire » l.74).
Nous verrons ensuite qu’elle mène un véritable procès contre elle-même, faisant dialoguer en elle-même une voix accusatrice et une voix tentant de se défendre (de « Hélas ! quelle idée m’est venue », l. 75, à « pas d’autres assassins », l. 89).
Enfin, analyserons la manière dont Guenièvre choisit son expiation avec le plus de cruauté possible, de façon à rétablir l’équilibre amoureux, et une forme de justice entre Lancelot et elle (de « Eh ! Dieu ! », l. 89, à la fin de l’extrait l.105).
I – Le désespoir de Guenièvre
A – La tentation immédiate du suicide
Sous le coup de cette fausse rumeur qu’elle croit vraie, Guenièvre, soudainement envahie par le désespoir, trouve la force de sauver les apparences face à la cour qui l’entoure.
Elle parvient à sortir de table sans montrer l’intensité de sa douleur. Mais il y a urgence pour elle d’échapper aux regards pour pouvoir donner libre cours à sa peine : « Aussitôt, douloureuse, elle se lève de table ». L’adverbe de temps « aussitôt » ainsi que l’emploi du présent de narration trahissent cette urgence : son mouvement est vif et suit immédiatement les paroles bienséantes qu’elle a adressées à la cour.
L’adjectif apposé, « douloureuse », suffit à la décrire tout entière : elle n’est plus que douleur de pied en cap.
Le but de cette fuite est exposé ensuite : « pour se lamenter sans être entendue ni surprise par personne ». Il lui faut écarter tout témoin de sa peine, qui révèlerait sa passion interdite pour Lancelot.
Cette peine est si intense qu’elle pousse tout d’abord la reine vers le suicide : « Elle est si follement poussée à se tuer ». La tournure passive de cette phrase et l’adverbe « follement » expriment la puissance de cette douleur dont Guenièvre est le jouet : elle ne se maîtrise plus, il est question de folie et non plus de raison.
Son corps, ses gestes mêmes semblent lui échapper : « à plusieurs reprises elle se prend à la gorge », comme si ses mains, de leur volonté propre, cherchaient à l’étrangler.
B – Tempête intérieure et accablement de la culpabilité
Pourtant, la volonté de « se confesser à elle-même » retient encore un instant ses gestes suicidaires. La locution « mais avant » signale le surgissement de cette idée et le délai qu’elle impose au suicide.
Nous entrons alors dans la pensée de Guenièvre et l’écoutons se torturer à l’idée de la « faute » commise.
Le poids accablant de cette « faute » se révèle avec une cascade de termes issus du champ lexical de la culpabilité et du regret : « avec repentir et remords », « faute », « péché commis ».
Un peu plus bas, il est question de « tous ses méfaits », expression dans laquelle le déterminant « tous » et le pluriel amplifient le sentiment de culpabilité.
Les verbes témoignent également de la dureté avec laquelle elle s’accuse elle-même : les participes présents « se blâmant, s’accusant » s’accumulent sans coordination, renforcés par l’adverbe « sévèrement ».
Puis « elle regrette si fort d’avoir été cruelle » ; l’idée de « cruauté » revient, renforcée immédiatement par celle de « félonie », qui ajoute une notion de traitrise.
Cette accumulation lexicale témoigne de la tempête intérieure, du tourbillon mental dans lequel est pris la reine. Elle ne s’épargne rien, comme le montre l’emploi du verbe « savoir » : « elle savait qu’il avait toujours été à elle » ; elle n’a jamais douté de la fidélité de Lancelot, qu’elle sait indéfectible : il « le serait encore s’il était vivant » (l. 171-172). Guenièvre écarte donc toute excuse possible à son comportement envers le chevalier.
C – L’altération psychologique cause une altération physique
Le lien entre l’altération de l’esprit et le corps est établi par la tournure consécutive et intensive « si… que… » : « Elle regrette si fort d’avoir été cruelle que sa beauté en est très altérée ».
Le narrateur nous fait sortir à cet instant de la pensée de Guenièvre pour en brosser un rapide portrait. L’adverbe intensif « très » annonce l’ampleur de la transformation physique. La noirceur morale (« sa cruauté, sa félonie ») affecte la clarté même du visage (« lui assombrissent le visage »), laissant imaginer une expression tendue, un visage contracté et plein d’ombres. Mais le portraitiste corrige le verbe « assombrir » en « ternir » : « le ternissent même » . L’adverbe « même » signale que l’on franchit encore un degré dans l’enlaidissement, puisque l’on en vient à un manque d’éclat, causé par la fatigue physique : « à force de veiller et de jeûner » .
L’incessant ressassement des remords est signifié dans la phrase suivante : en « récapitulant tous ses méfaits », la reine fait un effort de mémoire (« alors qu’ils lui reviennent en mémoire ») pour se les représenter les uns après les autres. Elle en dresse une liste : « elle se les rappelle tous ». La récurrence du déterminant ou pronom « tous » montre qu’elle fait effort pour n’en oublier aucun et ainsi mieux se rendre compte de l’ampleur de sa culpabilité. Ce ressassement intérieur franchit encore un degré en intensité et devient ressassement à voix haute, comme l’annonce le verbe qui introduit le discours direct : « et ne cesse de dire ».
II – Un procès intérieur
A – Pourquoi Guenièvre a-t-elle rejeté Lancelot : l’acte inexplicable
Ouvrant les guillemets pour passer au discours direct, le narrateur s’efface à présent pour laisser entendre la voix de Guenièvre.
On y découvre une pensée agitée, qui s’exclame et se plaint (« hélas ! »), s’interroge, se corrige, réaffirme sa pensée, s’interroge à nouveau.
Mais le lecteur y comprend tout d’abord que Guenièvre ne sait pas expliquer pourquoi elle a rejeté Lancelot : « Hélas ! quelle idée m’est venue, lorsque mon ami se présenta devant moi, de ne pas daigner lui témoigner ma joie ». La reine elle-même se trouve face à ce paradoxe : d’une part, l’interjection désespérée « hélas » et l’emploi des termes « mon ami », « ma joie » témoignent de la constance de ses sentiments pour Lancelot ; d’autre part, le verbe « daigner » et sa négation rappellent le mépris avec lequel elle a traité Lancelot, mépris renforcé par l’expression qui suit : « ni même de l’entendre ! ». L’adverbe « même » allié à la négation « ni » souligne le fait que le minimum, laisser parler Lancelot, n’a pas été permis.
Au milieu de cela, l’interrogation « quelle idée m’est venue » exprime l’incompréhension de la reine pour son propre comportement. Cela confirme une intuition que pouvait avoir eu le lecteur : Guenièvre a joué le mépris, alors qu’en réalité, elle était heureuse de revoir Lancelot.
Pour tenter de la comprendre, Guenièvre ressasse elle-même la scène dans son esprit : la proposition temporelle « quand je lui refusai de me voir et de m’entendre », en coordonnant les deux infinitifs, rappelle le refus absolu qu’elle a opposé à Lancelot. Puis elle s’indigne : « ne me suis-je pas comportée comme une folle ? ». L’interro-négation est rhétorique et ne fait qu’affirmer avec force l’idée de folie, plaidant ainsi pour un acte irrationnel.
B – Deux voix pour un procès intérieur
Or, dans ce dialogue intérieur, la reine fait entendre deux voix : l’une, plaidant la folie, représente la reine accusée qui tente de se défendre ; l’autre réduisant toute excuse à néant, représente la reine accusatrice.
Aussi Guenièvre répond-elle elle-même à cette interro-négation, et c’est la voix accusatrice qui s’exprime avec dureté : « Une folle ? Disons plutôt, ma foi, une cruelle traitresse ». Le terme « folle » est corrigé par l’expression « cruelle traitresse » : l’épanorthose (figure de style consistant en une auto-correction) est sans pitié, et s’inscrit dans la volonté de Guenièvre de ne se trouver aucune excuse. L’adjectif « cruelle » fait écho au paragraphe précédent, où l’idée de cruauté était déjà récurrente ; la notion de traitrise rappelle celle de « félonie » et, contrairement à la folie, suppose un acte prémédité : la « faute » n’en est que plus grave et le sentiment de culpabilité plus lourd.
Cependant, la première voix, celle de l’accusée, reprend, tentant avec sincérité de se défendre : « Je ne pensai pourtant le faire que par plaisanterie ». Voilà sans doute la véritable motivation de Guenièvre. La négation restrictive, « ne… que », cherche à minimiser la raison de ce rejet, à montrer la légèreté du motif, et l’incompréhension fatale de Lancelot : « mais il ne vit pas le fait de cette façon et il ne me l’a pas pardonné ». Ce faisant, Guenièvre tente d’alléger sa culpabilité, rejetant une part de la faute sur la situation et sur la mauvaise interprétation que Lancelot en aurait faite. Quant à la supposée rancune de Lancelot, le lecteur sait que Guenièvre se trompe, Lancelot incarnant la fidélité sacrificielle absolue.
C – Le verdict
Cependant, cette voix est réduite au silence par une nouvelle tirade accusatrice, qui établit un verdict définitif. L’accusation refuse tout rejet de culpabilité sur autrui et ramène la faute entière sur ce « moi » coupable sujet de nombreux verbes : « Personne d’autre que moi ne lui a donné le coup mortel, que je sache ». L’expression « que je sache » signale à la fois une recherche de preuves et un constat d’évidence.
La « faute » prend aussi une nouvelle tournure : l’expression « coup mortel », métaphorique, est répétée puis relayée par l’expression « ce double coup qui l’a tué » et par le terme « assassins ». Le terme « meurtre » clôt cette gradation qui accable l’accusée.
Quant à la temporelle « quand il vint devant moi en riant », elle fait apparaître le visage heureux et sincère de Lancelot ce qui rend le contraste avec l’attitude fausse et sombre de Guenièvre encore plus saisissant.
La proposition suivante « persuadé que je lui témoignerais ma grande joie, que je lui accorderais un entretien » plaide pour Lancelot, placé en position de victime, tout en revenant encore sur l’opposition entre ce qu’il attendait et ce qu’il a reçu : « alors que je le bannis de ma vue ».
Le verbe « bannir » a un sens puissant, qui signifie le rejet véhément et définitif d’une personne à qui l’on a beaucoup à reprocher. Le choix de ce terme accentue l’injustice dont Lancelot a été victime.
Une nouvelle interro-négation vient clore cette phrase avec l’intention d’insister sur l’évidence du meurtre : « est-ce que cela n’a pas été un coup mortel ? » . Et l’accusation renchérit avec une nouvelle proposition temporelle, et l’anaphore du subordonnant « quand » suivi du passé simple comme dans la phrase précédente : « Quand je lui ai refusé ma conversation ».
La proposition principale, en revanche, ne s’exprime plus sous la forme interrogative, mais est affirmative : « je le privai du même coup, je pense, de son cœur et de la vie ». Guenièvre remonte à la source de son crime : la proposition incise « je pense » modalise l’affirmation et lui donne l’allure d’une hypothèse. Le cœur est ici siège à la fois concret et métaphorique de la vie, en étant aussi celui de l’amour.
Un peu plus loin, Guenièvre reformule son hypothèse en guise de conclusion : « C’est ce double coup qui l’a tué, il me semble ». L’expression « il me semble » fait écho à « je pense » : la même hésitation semble persister. Pourtant, cette hésitation ne dure pas. L’accusation devient sans appel et ne connaît qu’un seul coupable : « ne cherchons pas d’autres assassins ».
III – L’expiation du meurtre
A – L’impossible expiation
Guenièvre vient finalement de prendre conscience de l’ampleur de son crime. Alors que le dialogue intérieur continue, c’est la première voix, celle de la plainte, qui semble alors prendre la parole et s’écrier : « Eh ! Dieu ! Est-il possible de racheter ce meurtre, ce péché ? » . Les termes « meurtre » et « péché », qui se complètent l’un l’autre, sont graves ; le « péché » implique le jugement divin, de même que la notion de « rachat ».
Mais à nouveau, la voix accusatrice coupe court à tout espoir de compensation et d’allègement de la faute : « Non, vraiment, pas avant que tous les fleuves ne soient taris et la mer asséchée ! » . L’adverbe négatif « non » tombe sans réplique possible, renforcé par l’adverbe « vraiment », qui ancre cette impossibilité dans la réalité. Quant à la proposition subordonnée circonstancielle de temps qui suit, elle donne un terme inaccessible dans le temps pour mieux exprimer l’impossibilité du rachat et par là la gravité de la faute.
Cette réponse terrible provoque une nouvelle plainte de la première voix (« Hélas ! ») suivie de regrets et du rêve d’un soulagement : « Comme je serais plus tranquille, et quel réconfort ce serait pour moi ».
Mais ce soulagement, si bref soit-il (« si une seule fois »), est lui-même irréalisable et exprimé à l’irréel du passé : « si une seule fois avant sa mort j’avais eu l’occasion de le tenir entre mes bras ».
Il n’y a pas eu d’adieu, et Guenièvre le regrette amèrement. C’est soudain un désir érotique qui lui vient, alors que la voix accusatrice semble interroger de nouveau : « De quelle manière ? ». Dans la réponse qu’elle donne, Guenièvre se laisse aller à exprimer son désir, comme s’il était encore possible : « Eh bien, tous nus l’un et l’autre pour jouir d’un plus grand bonheur ». Cette scène érotique – nudité, idée de jouissance et de bonheur, aussi bien psychologique que charnel – est ici évoquée comme en rêve, au milieu du désespoir, mais elle préfigure les véritables retrouvailles de Lancelot et Guenièvre qui auront lieu plus tard.
B – Revirement
Mais pour l’heure, la reine est sur le point de se résigner au suicide : « Maintenant qu’il est mort, il faut être mauvaise pour ne pas tout faire pour mourir aussi… » . La phrase comporte cependant des nuances ambiguës. La double expression « il faut être mauvaise pour », suivie de « ne pas tout faire pour » donne précisément le sentiment que Guenièvre ne fait pas tout pour mourir, qu’une part d’elle-même résiste à cette idée : et c’est un nouveau sujet de honte, de jugement moral dépréciatif qu’elle émet contre elle-même.
Or, après une pause marquée par les points de suspension, l’esprit complexe et tortueux de Guenièvre trouve une parade au suicide : « Mais au fond pourquoi ? », s’interroge la reine dans une soudaine prise de conscience.
Une nouvelle phrase interrogative vient encore l’affaiblir : « Est-ce que cela fait du tort à mon ami si je reste vivante après sa mort » . C’est l’honneur du chevalier qui préoccupe Guenièvre : sa gloire serait moindre si l’on comprenait que sa dame ne l’aimait pas autant qu’il l’aimait.
Mais elle expose ainsi la condition sacrificielle de sa survie : « sans cultiver d’autre passion que dans les souffrances que j’endure pour lui ». La reine imagine son supplice : le verbe « cultiver » exprime l’application avec laquelle elle a l’intention d’entretenir ses « souffrances ». Le polyptote de « souffrir » (répétition du mot sous des formes grammaticales différentes) insiste sur ce sacrifice : « les souffrances que j’endure pour lui » , « souffrir pour lui », « la souffrance pour son ami ». Le groupe prépositionnel « pour lui » vise à rétablir l’équilibre amoureux et la réciprocité entre elle et son amant : « certes il eût apprécié, vivant, de me voir désirer ainsi souffrir pour lui ».
C – La souffrance vaut mieux que la mort
Or, le choix de ce long supplice est un nouveau signe de cruauté extrême de la reine envers elle-même, voire de perversité, car la souffrance qu’elle va « cultiver » devient « divertissement » : « si c’est là mon divertissement après sa mort ».
La souffrance devient même objet de désir dans l’expression « désirer ainsi souffrir ». Guenièvre en vient finalement à affirmer l’opposé de ce qu’elle disait plus haut : « Il faut être mauvaise pour préférer la mort à la souffrance pour son ami ». Par cette phrase, elle renie sa volonté de mourir, exprimée plus haut, en réutilisant la même expression introductive, « il faut être mauvaise pour ».
La dernière phrase, construite autour des antithèses « vie » / « mort » et « coups » /« repos » parachève ce retournement : « Les coups supportés dans la vie ont plus de mérite que le repos de la mort » (l. 208-209). Le mérite se nourrit de la souffrance. La mort n’a donc pas de valeur morale et est assimilée à une lâcheté.
Les remords de la Reine, Conclusion
Ce passage est l’un des rares moments à nous présenter l’intériorité de Guenièvre. Dans cet instant de désespoir, la psychologie de la reine se révèle complexe, violente et tortueuse, et ce passage est probablement l’un des plus sombres du roman. Le poids de la culpabilité accable la reine qui se révèle extrêmement dure envers elle-même, jusqu’à la perversion. Sa pensée, profondément agitée, est marquée par une syntaxe et des intonations changeantes et instables : plaintives, exclamatives, affirmatives, accusatrices, interrogatives…
Au bord du suicide, ce personnage de roman de chevalerie doit pourtant rester chrétien et montrer lui aussi sa valeur épique, son mérite moral. Le poète doit donc l’amener à un renversement psychologique, et use pour cela de champs sémantiques qui évoluent et portent en eux-mêmes le retournement : le vocabulaire de la faute devient celui du meurtre ; le raisonnement devient procès ; la tentation du suicide devient rejet de la mort et attrait pour la souffrance ; la souffrance elle-même devient plaisir et désir. Ces glissements lexicaux, s’ils évitent à Guenièvre le suicide – contraire à la pensée chrétienne qui domine dans cette œuvre –, en font tout de même un personnage étrange et inquiétant, difficile à saisir. Dans le procès intérieur qu’elle mène contre elle-même, Guenièvre retourne l’idée de suicide en lâcheté et lui préfère, pour expier son crime, une vie de souffrances – idée très chrétienne. Elle fait ainsi pendant à Lancelot, personnage profondément sacrificiel lui aussi.
Tu étudies Le Chevalier de la charrette au bac de français ? Regarde aussi :
- Le chevalier de la charrette, le lit périlleux : analyse
- Le chevalier de la charrette, Premier combat contre Méléagant et révélation du nom de Lancelot par la reine : analyse
- Le chevalier de la charrette, l’indifférence de la reine
- Le chevalier de la charrette : la nuit d’amour entre Lancelot et la reine
- Dissertation sur Le chevalier de la charrette
Les 3 vidéos préférées des élèves :
- La technique INCONTOURNABLE pour faire décoller tes notes en commentaire
- Quel sujet choisir au bac de français ?
- Comment trouver un plan de dissertation ?
Le livre indispensable pour réussir ton bac de français ↓
Tout pour réussir le Brevet ici ↓