Le chevalier de la charette, Chrétien de Troyes, premier combat contre Méléagant et révélation du nom de Lancelot : analyse

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Voici une analyse linéaire du premier combat entre Lancelot et Méléagant dans Le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes.

L’extrait étudié va de « Dame, par Dieu, je vous demande » à « ne l’avait éprouvé ni malmené autant que celui-ci ». La translation moderne utilisée ici est celle du classicocollège de Belin Gallimard (p. 113 à p.115)

Premier combat contre Méléagant, Introduction

Lancelot ou le Chevalier à la charrette est un roman de chevalerie écrit par le poète Chrétien de Troyes à la fin du XIIe siècle, à la demande de la princesse Marie de Champagne.

Long poème narratif composé à l’origine d’octosyllabes rimés, ce roman de chevalerie mêle au thème épique et guerrier une trame amoureuse et féminine. C’est donc aussi un roman d’ « amour courtois ».

La reine Guenièvre, épouse du roi Arthur, a été enlevée par le fourbe Méléagant, fils du roi Bademagu, du royaume de Gorre. Le chevalier Gauvain se lance à leur poursuite, mais est devancé par Lancelot, chevalier d’un très grand renom, et amant caché de la reine.

Dans ce passage, Lancelot vient d’accomplir un exploit : il a passé le Pont de l’Épée, malgré blessures et sortilèges, sous les yeux du roi Bademagu et de son fils Méléagant, accoudés à une fenêtre de leur château.

Or, tout oppose le père et le fils : le sage Bademagu reconnaît immédiatement la valeur et le courage de Lancelot, qu’il accueille avec respect et générosité ; le fils Méléagant, arrogant, refuse quant à lui de rendre la reine Guenièvre, malgré les injonctions de son père. Un tournoi est donc organisé dans lequel s’affronteront Lancelot et Méléagant.

Or Lancelot souffre encore des blessures que lui a infligées le fil tranchant du Pont de l’Épée, et il semble en difficulté face à Méléagant. C’est alors qu’une demoiselle a l’idée de lui faire savoir que la reine Guenièvre assiste au combat à une fenêtre du château.

Problématique

En quoi l’amour peut-il sauver le guerrier épique et, dans un retournement, le guider vers la victoire ?

Annonce du plan

Nous analyserons dans un premier temps la mise en scène de la révélation du nom de Lancelot au centre de l’œuvre (du début de l’extrait à « assises aux loges de la tour », l. 338).

Nous verrons ensuite comment Lancelot, chevalier hors pair, tombe pourtant, à la vue de sa dame, dans un état de stupeur qui l’empêche presque de combattre (de « De l’instant où il s’en rendit compte », l. 338, à « car il fait bon la regarder ! », l. 356).

Enfin, nous étudierons le retournement de situation qui conduit Lancelot vers la victoire (de « Lancelot ressent comme un déshonneur », l. 357, à la fin du passage).

I – La révélation du nom de Lancelot

Nous sommes au centre du roman. Or Chrétien de Troyes a jusque-là gardé secret le nom de son héros, ne le nommant que par l’expression « le chevalier ». Mais le moment est venu de lui rendre son nom pour lui donner tout son éclat, alors qu’il combat sous les yeux de sa dame.

A – La demande pressante de la demoiselle

Dans cette scène, seule la reine Guenièvre a reconnu Lancelot et en connaît le nom. La demoiselle qui vient à elle s’en doute. Avec un ton suppliant, qui témoigne de l’urgence de la situation, elle vient le lui demander. Elle l’interpelle tout d’abord par le nom « dame » qui témoigne du respect pour la noblesse et le rang de Guenièvre ; puis immédiatement elle invoque l’aide de Dieu, et exprime ainsi non seulement la gravité de la situation, mais aussi sa loyauté : « Dame, par Dieu je vous demande, pour votre bien comme pour le nôtre, de me dire le nom de ce chevalier » (l. 322-323).

L’expression « pour votre bien comme pour le nôtre » exprime l’égalité de condition qui existe entre la reine d’une part, et une communauté que l’on devine sous le possessif de première personne du pluriel « nôtre » : la communauté des sujets du roi Arthur retenus de force au royaume de Gorre, qui ont eux aussi l’espoir d’être libérés.

La demoiselle invoque ensuite l’intérêt de Lancelot lui-même (« ce qui pourra l’aider », l. 324) sans pour autant révéler ses intentions, car le temps presse. Enfin, la proposition conditionnelle qui clôt cette prise de parole (« si vous le connaissez », l. 324) montre l’incertitude de la jeune fille : si elle a supposé que Guenièvre connaissait le chevalier, elle n’en est pas certaine pour autant. Ce détail montre aussi sa franchise et son innocence.

B – Guenièvre révèle le nom de Lancelot

Aussi la reine choisit-elle de lui faire confiance : « Votre requête, demoiselle, répondit la reine, ne me paraît inspirée ni par la haine ni par quelque sombre machination » (l. 325-326). Le verbe « me paraît » (l. 325-326) montre que la reine a analysé intérieurement les paroles et l’attitude de la jeune fille. Méfiante et avertie, elle s’est posé la question de la « haine » ou d’une possible « machination » qui aurait pu lui nuire ou nuire à Lancelot. Mais nié (« ne me paraît »), ce verbe indique aussi qu’elle accepte consciemment de se fier aux apparences, en espérant ne pas se tromper.

C’est alors qu’elle révèle le nom du chevalier : « Lancelot du Lac, tel est le nom du chevalier » (l. 327-328). La tournure syntaxique, légèrement emphatique, met ce nom en valeur, en le plaçant hors de la proposition, en tête de phrase ; puis en le reprenant par le pronom « tel », laudatif. En tête et en fin de phrase se répondent donc les deux syntagmes principaux : « Lancelot du Lac » et « le nom du chevalier ».

La proposition qui suit en revanche (« autant que je sache », l. 328), montre que Guenièvre ne s’est pas complètement départie de sa méfiance, car elle doit cacher sa liaison avec Lancelot : même si elle a avoué avoir reconnu le chevalier en donnant son nom, elle se protège de tout soupçon par cette petite phrase qui lui donne l’air de ne pas être complètement sûre du nom qu’elle a donné. Elle masque ainsi sa proximité avec Lancelot et veut faire croire qu’il lui est indifférent.

C – Le nom du héros est lancé au-dessus de la foule

Ayant obtenu la réponse qu’elle espérait, la demoiselle exprime avec spontanéité un grand soulagement, comme en témoignent les exclamations : « Dieu ! Comme mon cœur, soulagé, en bondit de joie ! » (l. 329-330).

Pressée par l’urgence de la situation, elle agit alors avec audace : « Alors, elle s’avança puis cria si fort que toute la foule entendit sa voix très haute appeler » (l. 331-332). Dans cette phrase, trois verbes au passé simple marquent une succession rapide d’actions.

La jeune fille s’avance à la fenêtre : elle surplombe la foule ; sa voix est « très haute » à la fois dans son timbre, aigu et clair, mais aussi par sa situation dans l’espace. C’est de cet endroit symbolique que résonne soudain le nom du héros de ce roman : « Lancelot ! Retourne-toi et regarde qui est là, les yeux fixés sur toi ! ». Cette interpellation intempestive, exclamative et impérative (« retourne-toi », « regarde »), crée une double surprise : surprise de la foule, et surprise de Lancelot de s’entendre nommer.

Pour piquer au vif la curiosité de Lancelot, la jeune fille lui pose comme une énigme, avec cette interrogative indirecte : « regarde qui est là ». Elle est certaine qu’il connaîtra la réponse. Or, avec la précision « les yeux fixés sur toi » (l. 333-334), la jeune fille semble savoir l’effet que ce regard peut avoir sur Lancelot. Le suspense est alors à son comble.

II – La stupeur de Lancelot

A – L’apparition

Lancelot fait volte-face : « Quand Lancelot entendit son nom, il n’attendit pas pour se retourner » (l. 335-336). Le poète souligne la vivacité du mouvement par l’emploi du passé simple et l’expression « il n’attendit pas pour ».

La proposition subordonnée circonstancielle de temps (« Quand Lancelot entendit son nom« ) indique la quasi concomitance entre l’instant où Lancelot perçoit son nom et celui où il se retourne.

S’ensuit alors une longue phrase complexe (l. 336-338) qui mime la suspension du temps qui se produit dès que Lancelot aperçoit Guenièvre.

Le verbe « il vit », au passé simple, exprime le saisissement du chevalier à la vue de celle qu’il aime. Mais les compléments circonstanciels de lieu qui le précèdent et le suivent (« derrière lui », « là-haut ») ralentissent le rythme de la phrase. L’adverbe « là-haut » sépare par exemple le verbe de son objet (« la personne », l. 336), jouant sur l’impatience du lecteur.

Ensuite, c’est par une longue périphrase que l’on désigne Guenièvre : « la personne qu’au monde il désirait le plus pouvoir regarder, assise aux loges de la tour » (l. 336-337). Par sa longueur et sa complexité syntaxique, elle participe pleinement à l’effet de suspension de l’action et de flottement temporel. La tournure est hyperbolique et utilise le superlatif (« le plus… au monde ») : elle donne à Guenièvre, placée au-dessus de la foule, un statut supérieur.

Pour Lancelot, c’est une apparition quasi divine. On sort donc du rythme du combat pour passer à celui de la contemplation, étayé par le champ lexical de la vue (« regarde », l. 333 ; « il vit », l. 336 ; « regarder », l. 337). Or, dans ce verbe « regarder », amené par l’expression « il désirait… pouvoir regarder », se concentre toute la force du désir de Lancelot, et le caractère « courtois » de cette passion amoureuse, qui est avant tout adoration respectueuse.

B – Lancelot amoureux transi

Mais contre toute attente, l’apparition de Guenièvre ne fait qu’empirer la situation. Non sans humour, le poète décrit alors une scène invraisemblable où Lancelot fait figure d’amoureux transi et manque de perdre son combat.

Toujours au paroxysme de la fidélité amoureuse, Lancelot ne peut détacher son regard de celle qu’il aime, et cela dès qu’il la voit, comme l’exprime cette proposition temporelle : « de l’instant où il s’en rendit compte » (l. 338).

L’immobilité est signifiée par deux verbes et leurs deux objets, coordonnés et niés deux à deux : « il ne détourna ni ne bougea son regard ni sa tête » (l. 338-339). La situation est comique. Frappé de stupeur amoureuse, Lancelot semble ne plus savoir ce qu’il fait. Le combat devient pour lui secondaire.

Or Méléagant espère tirer profit de la situation et redouble d’ardeur : « Et Méléagant cependant le pressait du mieux qu’il pouvait » (l. 340-341). Lâche, il se réjouit de ce qui semble être une faiblesse chez son adversaire : « tout heureux à la pensée qu’il ne pourrait plus se défendre contre lui » (l. 340-341).

Le regard du narrateur s’élargit alors aux spectateurs. Fidèle à son héros, il s’attarde peu à décrire les partisans de Méléagant, qu’il expédie en une brève proposition : « Ceux du pays s’en réjouirent » (l. 342), ce qui suppose qu’ils ne valent guère mieux que Méléagant. Mais il décrit avec pitié le désespoir des partisans de Lancelot : « mais les autres furent si consternés qu’ils n’avaient plus de jambes » (l. 343-344). Et le narrateur poursuit avec le vocabulaire de la chute et du désespoir : « nombreux étant ceux qui, éperdus, tombèrent à genoux, ou allongés » (l. 344-345). Et d’un coup d’œil, il embrasse la totalité de la scène, dessinant nettement les deux camps opposés réduits au sentiment qui les domine, grâce à l’antithèse joie / douleur : « D’un côté c’est la joie, de l’autre la douleur » (l. 345-346).

C – Seconde interpellation de la demoiselle

L’ingénieuse demoiselle fait alors une seconde intervention : « Alors la jeune fille de nouveau l’appela de la fenêtre » (l. 346-347). L’adverbe « de nouveau » souligne la réitération.

Ses premières exclamations marquent la surprise et la protestation : « Ah ! Lancelot ! Est-il possible que tu te comportes si stupidement ? » (l. 348-349). La question est rhétorique, et l’expression « est-il possible que » invite à une réponse négative : non ce n’est pas possible, et il faut donc se reprendre.

La jeune fille tente de faire sortir Lancelot de sa stupeur, qu’elle souligne en employant l’adverbe « stupidement » (racine latine de stupor : « engourdissement, saisissement, paralysie », physique et psychique).

Toujours dans le but de le faire réagir, elle lui rappelle sa valeur : « Jusqu’alors tu avais en toi toutes les qualités de la prouesse » (l. 349-350).

La locution adverbiale « jusqu’alors » contient une interrogation sous-jacente : cette valeur appartient-elle au passé ?

Pourtant, la demoiselle choisit de réaffirmer sa confiance inébranlable en Lancelot en dressant de lui un portrait superlatif : « J’ai la ferme conviction que », affirme-t-elle avec franchise (l. 350) ; puis elle souligne l’excellence de Lancelot : « que jamais Dieu ne fit un chevalier qui pût se mesurer à ta valeur et à ta gloire » (l. 350-351). Ici, plusieurs éléments marquent l’aspect superlatif : l’adverbe et la négation « jamais…ne… », l’évocation de « Dieu », le créateur du monde, le verbe pouvoir au subjonctif dans la relative (« qui pût ») et le champ lexical de la gloire chevaleresque.

Puis elle met ce portrait du chevalier idéal en opposition avec la scène qui se déroule sous ses yeux. C’est le complément de temps « et à présent » (l. 352) qui introduit cette opposition, en répondant à la locution « jusqu’alors » (l. 349). L’expression « nous te voyons » souligne le caractère visuel de cette scène, tableau grotesque.

Puis la jeune fille dépeint le chevalier : « si emporté que tu t’escrimes » ; c’est la perte de maîtrise de soi  emporté ») a pour conséquence une aberration martiale : « tu t’escrimes mains en arrière et combats en tournant le dos à l’adversaire » (l. 352-354). 

Par des impératifs, la demoiselle appelle le chevalier à un second retournement : « Retourne-toi et passe de l’autre côté de manière à avoir toujours cette tour sous les yeux » (l. 354-355). Les derniers mots qu’elle prononce sont pleins de sous-entendus, et prouvent qu’elle connaît la passion de Lancelot pour la reine : « car il fait bon la regarder ! » (l. 355-356).

III – Le retournement

A – La honte de Lancelot

Le discours de la jeune fille a atteint son but : Lancelot est piqué au vif par cette rhétorique.

Son honneur de chevalier est en jeu : « Lancelot ressent comme un déshonneur et une infamie » (l. 357-358). Le verbe « ressent » indique un changement d’état d’esprit.

S’ensuit une cascade de notions exprimant cette honte, avec les termes « déshonneur » et « infamie ». Ces sentiments sont « assez graves pour qu’il s’en méprise » : la forme pronominale du verbe (« se mépriser ») montre qu’il se juge lui-même durement.

Ce mépris de soi provient du fait « d’avoir été le plus faible au combat » (l. 358-359) : c’est sa réputation héroïque qui est en question. La phrase suivante, « tous et toutes l’ont bien remarqué » (l. 359), rappelle qu’il est au centre des regards (le verbe « remarquer » l’indique) et des attentes. Il faut donc se reprendre sans plus tarder.

B – Retournement de situation

Avec le « retournement » de la position de combat s’effectue un retournement psychique, qui doit aboutir à un retournement de situation.

L’adverbe temporel « alors » (l. 360) marque la rupture avec la stupeur précédente. S’ensuit une série de verbes d’actions : « il fait un bond en arrière », « contournant Méléagant », « il le force à se tenir » (l. 360-361) ; un peu plus bas : « Lancelot s’élance » (l. 362), « il le heurte » (l. 363), « il le fait chanceler » (l. 364). Lancelot reprend donc le dessus.

Sujet de tous les verbes principaux dans ce passage, il fait de Méléagant ce qu’il veut, et le contraint donc au changement de position : « il le force à se tenir entre la tour et lui » (l. 361).

La faiblesse de Méléagant est indiquée par le verbe « essaie » (l. 362) : « il essaie de revenir de l’autre côté », sans y parvenir ; ou par l’expression « quand il veut s’écarter » (l. 364), qui décrit aussi une vaine tentative de Méléagant.

La perte de contrôle est totale du côté de Méléagant, qui devient objet des verbes et est physiquement malmené : « Lancelot s’élance contre lui et il le heurte si violemment de tout son poids avec son écu » (l. 362-364).

Mais la notion de sacrifice n’est jamais absente des actions héroïques de Lancelot, car le narrateur précise qu’il combat « quoi qu’il lui en coûte » (l. 365), évoquant peut-être la douleur des blessures dues au passage du Pont de l’Épée.

C – L’aide d’Amour et de la haine

Le narrateur se détache alors du détail du combat pour évoquer les forces supérieures qui agissent en Lancelot et lui donner une aura épique.

La démonstration de force de Lancelot va croissant : « Et sa force et son audace grandissent sous l’effet d’Amour qui lui apporte un grand secours » (l. 365-367). Le sentiment amoureux est ici allégorisé grâce à la majuscule. C’est le dieu Amour, hérité de l’Antiquité, qui entre en scène pour magnifier ce combat, qui est aussi une scène d’amour courtois. La piété de Lancelot envers le dieu Amour est indéfectible et le rend invincible.

Or un second sentiment aussi puissant que l’amour intervient pour donner de l’énergie à Lancelot : « la haine sans égale qu’il a conçue pour son adversaire en ce combat » (l. 367-368). La qualification « sans égale » a une valeur superlative, qui est reprise dans la phrase suivante : « cette haine mortelle, si grande qu’il n’y en a jamais eu de telle » (l. 368-369). Cette haine peut être comprise par le lecteur, puisque Méléagant représente l’exact opposé de Lancelot : chevalier félon, fourbe et traître, sans honneur, l’enlèvement de la reine Guenièvre le place hors de l’amour courtois.

Le grandissement épique de Lancelot atteint alors son comble : « Amour et cette haine mortelle […] le rendent si farouche et courageux que Méléagant ne le prend plus du tout à la légère » (l. 370-371). Méléagant en vient à un sentiment de terreur : il « est saisi devant lui d’une crainte terrible » (l. 371-372). Le verbe « est saisi » contribue à donner l’impression d’une pétrification de Méléagant.

La fin de la phrase accumule à nouveau des expressions laudatives et superlatives à la gloire du héros. Elle se structure en deux propositions introduites par la conjonction « car », explicative. Ces deux propositions sont introduites par l’adverbe « jamais », en anaphore, suivi de la négation : « car jamais il n’avait rencontré ni connu » (l. 372) ; « et jamais aucun chevalier » (l. 373). Le plus-que-parfait (« il n’avait rencontré ni connu », « ne l’avait éprouvé ni malmené », l. 373-374) signifie que Méléagant n’a jamais rien vécu de semblable dans son expérience passée. L’exception de Lancelot est mise en avant par les adverbes intensifs (« si hardi », « autant que celui-ci », l.373-374).

Le premier combat contre Méléagant, Conclusion

On se situe ici à un moment charnière du roman de Chrétien de Troyes, moment de révélation et de retournement : retournement spatial, mais aussi psychique du héros.

Au cœur du roman, son nom est révélé deux fois : la première fois en privé, de la bouche même de Guenièvre; la seconde fois, ce nom est lancé au-dessus de la foule, en plein combat, par une demoiselle qui pousse Lancelot vers la victoire. Ce nom est donc profondément lié à la fois à l’amour et à la guerre.

Et Lancelot lui-même se situe à la fois au paroxysme de la bravoure guerrière et au paroxysme de la passion amoureuse, comme en témoigne l’écriture de Chrétien de Troyes, pleine de superlatifs et d’hyperboles à l’égard de son héros.

Et ici tout particulièrement, alors qu’il faut combattre devant Guenièvre, la passion amoureuse ne va plus sans la bravoure guerrière, et l’une devient le moteur de l’autre. C’est ainsi l’alliance d’Amour et de la soif de gloire épique, dans le troisième mouvement de ce passage, qui provoque un retournement de situation : cette alliance confère une aura quasi divine à Lancelot – alors égal aux héros demi-dieux de l’Iliade par exemple – et le conduit à la victoire.

C’est ainsi une scène de combat très originale que dépeint Chrétien de Troyes : une scène qui tranche avec les traditions épiques plus anciennes par la complexité des sentiments du héros et le mélange d’humour et de tension dramatique qu’elle met en jeu.

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