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Voici une dissertation sur Lancelot ou le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes (parcours au bac de français : Le roman et la naissance de l’amour).
Important : Pour faciliter ta lecture, le plan de cette dissertation est apparent et le développement est présenté sous forme de liste à puces. N’oublie pas que le jour J, ton plan et ton développement doivent être intégralement rédigés. Tu trouveras ici un exemple de dissertation rédigé comme tu dois le faire le jour du bac.
Sujet de dissertation
Dans Le Chevalier de la charrette, les aventures de Lancelot servent-elles seulement à raconter une histoire d’amour ?
Pour que ce corrigé te soit utile, entraîne-toi d’abord à réaliser toi-même un plan sur ce sujet. Aide-toi de ma fiche et vidéo sur Le Chevalier de la charrette.
Dissertation sur Le chevalier de la charrette, introduction
Composé au XIIe siècle, Le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes explore, sous la forme d’une quête chevaleresque, l’amour adultère et passionné qui unit Lancelot et la reine Guenièvre. Pourtant, si le roman se présente comme une célébration de l’amour courtois, ou fin’amor, il s’inscrit aussi dans l’héritage du roman d’aventures : combats et épreuves rythment le parcours du héros. Plus encore, Chrétien interroge, à travers les errances de Lancelot, les limites de la chevalerie et la place nouvelle de l’individu dans la fiction médiévale. Dès lors, on peut se demander : les aventures de Lancelot sont-elles uniquement au service d’une histoire d’amour, ont-elles une autre signification ?
Pour répondre à cette question, il conviendra d’abord de montrer que l’amour courtois structure profondément la quête du héros, avant de souligner que Chrétien propose également un modèle chevaleresque complet, puis d’analyser enfin la manière dont l’auteur interroge les limites du modèle courtois, des valeurs chevaleresques et de la place du héros dans le récit initiatique.
I – Les aventures de Lancelot sont d’abord le support d’une histoire d’amour courtois
A – La passion pour Guenièvre comme moteur narratif
- L’enlèvement de la reine par Méléagant est le point de départ des aventures de Lancelot.
- La motivation du héros est de retrouver Guenièvre. Chaque épreuve surmontée est directement motivée par Guenièvre : le pont de l’Épée, le combat contre Méléagant, etc.
- L’amour est le moteur narratif, comme le montre le passage où Lancelot monte dans la charrette malgré le déshonneur : c’est la preuve d’une motivation amoureuse absolue. « Raison, qui s’oppose à Amour, lui dit de ne pas monter, le retenant et lui enseignant de ne rien faire ni entreprendre qui puisse lui apporter honte ou reproche. Ce n’est pas du cœur mais de la bouche que vient ce discours que Raison ose lui tenir. Mais Amour, enfermé dans le cœur, l’exhorte et l’invite à monter tout de suite dans la charrette. Amour le veut, alors il y saute ; il n’a plus peur de la honte, puisque c’est l’ordre et la volonté d’Amour. »
B – La fin’amor codifiée : Lancelot comme amant parfait
- Le roman apparaît comme une exaltation des codes de la fin’amor. Il a été commandé par Marie de Champagne, championne du code courtois. Chrétien met en avant le rôle de Marie de Champagne dans le « Prologue » qui ouvre le roman : « Puisque ma dame de Champagne veut que j’entreprenne la composition d’un roman, je l’entreprendrai très volontiers en homme qui se met totalement à son service pour tout ce qu’il peut faire en ce monde, sans risquer à la moindre flatterie. » Il exhibe un éthos d’humilité : « La matière et l’idée directrice lui ont été indiquées et données par la comtesse ; quant à lui, il se charge de la mise en forme, sans rien apporter de plus que son travail et son application. »
- Selon la conception courtoise de l’amour, l’amour est un principe supérieur aux normes sociales. On le voit lorsque Lancelot ne craint pas le déshonneur que le fait de monter dans la charrette constitue. La honte et la soumission deviennent gloire au nom de l’amour : « On doit donc s’estimer davantage si [Amour] daigne vous gouverner. Le cœur de ce chevalier était si estimé d’Amour qu’il lui était le plus soumis au monde, ce dont il était très fier » (p. 44).
- Le chevalier doit faire preuve d’une soumission totale à sa dame. Par exemple, lors du tournoi de Noauz, Lancelot obéit à la reine lorsqu’elle lui commande de perdre ou de gagner : « Il n’est rien qui me semble pénible à faire du moment que cela lui convient ; car tout ce qui lui plaît contente mon désir. »
- L’amour est secret et adultère : les deux amants doivent vivre dans la clandestinité. Lancelot va voir la reine en cachette la nuit. « Nous ne pourrions pas nous trouver ensemble puisque dans ma chambre, devant moi, est couché le sénéchal Keu (…) Quand vous viendrez, prenez garde que nul surveillant ne vous surprenne. » De même, il va au tournoi de Noauz sous l’armure merveille d’un autre chevalier.
- Enfin, c’est un amour mystique, quasi religieux, comme le montre l’emploi du lexique religieux dans la scène d’amour entre Lancelot et Guenièvre : « Au moment de s’éloigner, il a fait une génuflexion en direction de la chambre, comme on peut le faire devant un autel ».
C – L’aventure comme rituel de preuve de l’amour
- Chaque épreuve est une preuve donnée à la dame que le chevalier mérite son amour. Lancelot n’agit pas pour la gloire, mais pour être digne d’être aimé. Dans le tournoi de Noauz, Lancelot combat d’abord brillamment, puis Guenièvre lui envoie l’ordre de se battre « au pire », c’est-à-dire de perdre volontairement. Il obéit aussitôt : il se laisse frapper, recule, se fait ridiculiser devant toute la cour. Il ne cherche pas à briller, il prouve qu’il est capable de tout sacrifier, y compris sa réputation de chevalier, pour obéir à la dame. C’est l’inverse de la gloire : c’est une humiliation consentie, offerte comme preuve d’amour.
- La structure de la quête imite la structure du désir : progression, obstacles, récompense (la nuit avec Guenièvre). Le sang sur le drap après la nuit avec Guenièvre est la preuve physique de la réalisation de l’amour.
II – Mais les aventures de Lancelot constituent aussi un parcours chevaleresque complet
A – Lancelot accomplit une série d’épreuves héroïques indépendantes de l’amour
- Le roman adopte la structure du roman d’aventures, basée sur une succession d’épisodes : combats, rencontres, épreuves… Lancelot doit affronter plusieurs chevaliers, franchir des ponts dangereux, résoudre des problèmes ou délivrer des personnages en détresse. Avant d’arriver à Gorre, Lancelot affronte un chevalier qui garde un gué et refuse de le laisser passer, puis doit passer une nuit dans une maison où il est attaqué par des hommes armés alors qu’il dort. Il croise ensuite une demoiselle qui lui offre l’hospitalité à condition qu’il partage sa couche. En arrivant dans Gorre, il doit choisir entre deux passages impossibles : le pont sous l’eau et le pont de l’Épée, une lame tranchante posée à l’horizontale au-dessus d’un gouffre. Il le franchit à mains nues et en ressort en sang. Dans Gorre il libère des prisonniers captifs et affronte Méléagant une première fois en combat singulier pour obtenir la libération de la reine. Puis, enfermé dans une tour, il s’échappe pour aller combattre Méléagant une seconde fois. De nouveau capturé et doit attendre le duel final devant la cour d’Arthur. Chaque épisode fonctionne comme une étape indépendante, avec ses propres règles et ses propres enjeux. Ainsi Lancelot entreprend des défis chevaleresques autonomes qui ne sont pas directement liés à Guenièvre.
B – Chrétien de Troyes met son roman au service d’une affirmation des valeurs chevaleresques traditionnelles
- Lancelot illustre les idéaux chevaleresques, en particulier la défense des faibles et la justice.Par exemple, arrivé dans Gorre, Lancelot sauve un groupe de jeunes femmes retenues prisonnières. Il affronte les chevaliers qui les menacent, ce qui montre qu’il agit aussi par devoir chevaleresque et non seulement par amour. Ces combats n’ont pas de lien direct avec l’amour, mais permettent de montrer sa valeur chevaleresque.
- Il incarne aussi le courage, notamment dans les combats où il triomphe seul contre plusieurs adversaires.
C – Le monde arthurien comme cadre autonome de sens
- Les aventures s’inscrivent dans un univers qui a sa propre cohérence sans la clé amoureuse et qui est régi par les valeurs de loyauté, d’honneur, de loi du plus fort.
- Gauvain, figure parallèle de Lancelot, accomplit des aventures similaires sans motivation amoureuse, constituant ainsi la preuve que l’aventure a sa logique propre.
- Le duel judiciaire final contre Méléagant, ordonné par Arthur illustre le fonctionnement de la justice féodale, et non pas le sentiment amoureux.
III – Les aventures servent aussi un propos symbolique, moral et réflexif dans l’œuvre
A – Les aventures interrogent les limites du modèle courtois
- Chrétien de Troyes est-il en tension avec son propre sujet ? Dans le prologue, Chrétien dit n’avoir fait que mettre en forme la « matière et le sens » donnés par Marie de Champagne. Est-ce une manière d’adopter une distance ironique par rapport au récit ? Le roman n’est pas achevé par Chrétien mais par Godefroy de Leigni, est-ce en raison d’un malaise de l’auteur face à la glorification de l’adultère ?
- Le roman fait-il l’éloge ou la critique de la soumission amoureuse ? L’obéissance absolue de Lancelot peut être lue comme une forme de déchéance : il n’est plus chevalier, il est instrument. Guenièvre le rejette après la nuit ensemble, montrant que la dame peut se montrer cruelle et arbitraire. De même, la colère de Guenièvre quand elle apprend que Lancelot a hésité deux pas peut apparaître comme une punition disproportionnée.
B – Le roman constitue une réflexion sur les contradictions de la chevalerie et de la société féodale
- Lancelot transgresse le code chevaleresque en montant dans la charrette. De plus, monter dans la charrette revient à accepter l’infamie publique : le récit critique l’ordre social et le regard des autres
- Gorre incarne un monde inversé où les codes chevaleresques sont mis en question.
- Chrétien interroge l’autorité royale : le roi Arthur apparaît affaibli, laissant la place à la figure du chevalier.
C – Le récit questionne le sens de l’épreuve et la place du héros
- L’œuvre peut être lue selon un double niveau de lecture : d’un côté, l’aventure littérale, de l’autre l’aventure allégorique. Le voyage est aussi une quête intérieure et spirituelle. Les épreuves sont des étapes initiatiques.Lancelot n’a pas de nom propre au début du roman. L’aventure est une quête de soi, la quête d’une identité construite dans l’action.
- L’aventure est aussi une méditation sur la mort, sur la gloire, questions existentielles qui dépassent le roman amoureux.
- Le roman constitue aussi un questionnement sur la place de l’individu dans le récit médiéval : il met en avant la primauté de l’individu amoureux sur la collectivité chevaleresque, en rupture avec les récits centrés sur le groupe arthurien.
- Enfin il illustre l’émergence d’un nouveau rapport à la subjectivité : l’aventure n’est plus seulement action mais aussi expression de l’intériorité. En particulier, les motivations psychologiques de Lancelot sont parfois explicitées (hésitation, honte, extase). Par exemple, lorsque Lancelot doit passer la nuit avec une demoiselle à qui il l’a promis, le conteur décrit en détail les réticences qu’il ressent : « Il ne tourne son visage ni vers elle, ni de l’autre côté. Pourquoi ? Il ne peut arracher de son cœur un autre objet qui accapare ses pensées. » (p. 44)
Dissertation sur Le chevalier de la charrette, Conclusion
Ainsi, si Le Chevalier de la Charrette raconte incontestablement une histoire d’amour, celle-ci ne constitue ni le seul enjeu ni la seule interprétation possible du roman. L’amour pour Guenièvre est bien le moteur fondamental de l’action : il donne à Lancelot une force extraordinaire et l’amène à accepter le déshonneur. Mais l’œuvre ne se réduit pas à un simple récit passionnel. Chrétien élabore en parallèle un véritable parcours chevaleresque, peuplé d’adversaires, d’épreuves et de situations exemplaires, qui font de Lancelot un modèle de prouesse et d’honneur. Enfin, le roman ouvre une réflexion plus profonde sur les limites de l’amour courtois et des valeurs de la chevalerie, et questionne le sens de l’épreuve et la place de l’individu dans le récit médiéval. Ainsi, Le Chevalier de la charrette annonce La Queste del Saint Graal, rédigée au XIIIᵉ siècle. Dans ce texte, l’amour de Lancelot pour Guenièvre devient un obstacle spirituel majeur : le chevalier, pourtant le plus preux du royaume, échoue dans la quête sacrée à cause de sa passion terrestre. La Queste réinterprète ainsi, sur un mode chrétien et moral, la tension déjà présente dans La Charrette entre amour et chevalerie.
Analyses linéaires sur Le chevalier de la charrette :
Dissertations sur les autres oeuvres au programme :
- Dissertation sur On ne badine pas avec l’amour
- Dissertation sur Pour un oui ou pour un non
- Dissertation sur Le Menteur
- Dissertation sur Pot-Bouille
- Dissertation sur Pluie et vent sur Télumée miracle
- Dissertation sur Lettres d’une Péruvienne
- Dissertation sur Entretiens sur la pluralité des mondes
- Dissertation sur Discours de la servitude volontaire
- Dissertation sur La Rage de l’expression
- Dissertation sur Mes forêts
- Dissertation sur Cahiers de Douai
Dissertations sur l’ancien programme :
- Dissertation sur La Peau de chagrin
- Dissertation sur Sido et Les Vrilles de la vigne
- Dissertation sur Manon Lescaut
- Dissertation sur Juste la fin du monde
- Dissertation sur Le Malade imaginaire
- Dissertation sur Les Fausses confidences
- Dissertation sur Gargantua
- Dissertation sur Les Caractères
- Dissertation sur La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne
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