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Voici une analyse d’un épisode clé du Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes : la froideur de la reine Guenièvre à l’égard de Lancelot.
L’extrait étudié va du début de la p. 129 à « cela me tourmente fort et m’accable », p. 130, dans l’édition bibliocollège Belin Gallimard.
La froideur de la reine Guenièvre, Introduction
À la fin du XIIe siècle, le poète Chrétien de Troyes écrit, à la demande de la princesse Marie de Champagne, un roman tout en vers et rimé, Lancelot ou le chevalier à la charrette, sur les thèmes arthuriens.
Proposé ici dans une traduction en prose, ce roman rénove le vieux genre de l’épopée et façonne le concept littéraire d’amour courtois. En effet, les héros de Chrétien de Troyes ne se résument plus à leur puissance guerrière et leur courage ; ils sont dotés d’une dimension psychologique qui s’étoffe et se nourrit de l’introduction du thème amoureux et des personnages féminins dans l’épopée.
L’amour que le chevalier porte à sa dame soutient son courage ; il a la puissance d’une religion. Parangon de cet idéal courtois, Lancelot du Lac – célèbre pour ses amours adultères avec la reine Guenièvre – a traversé maintes épreuves pour la rejoindre et la délivrer des mains de Méléagant, orgueilleux prince de Gorre et fils du bon roi Bademagu. Après avoir passé le Pont de l’Épée, il a affronté Méléagant malgré ses blessures, sous les yeux de Guenièvre. Vainqueur, il demande à Bademagu de le conduire à elle. Mais contre toute attente, la reine lui signifie qu’elle ne veut ni le voir ni lui parler.
Problématique
Quelle nouvelle leçon d’amour courtois l’auteur nous donne-t-il à travers cette nouvelle épreuve psychologique : celle de l’indifférence de la femme aimée ?
Annonce du plan linéaire
Nous étudierons dans un premier temps l’indifférence de Guenièvre et la stupeur qu’elle suscite chez le roi Bademagu comme chez le lecteur (du début de l’extrait à « reconnaissante », l. 18).
Le narrateur se tourne ensuite vers Lancelot, dont nous analyserons la réaction toute en retenue et en pudeur (de « Voilà Lancelot », l. 19 à « pleins de larmes, avec le corps », l. 32).
Enfin, nous verrons comment Lancelot répond aux interrogations du roi Bademagu (de « Alors le roi, le prenant à part », l. 33, jusqu’à la fin de l’extrait).
I – L’indifférence de Guenièvre : froideur et mépris
A – Un accueil glacial et un franc mépris
Bademagu conduit Lancelot dans « la grande salle où la reine était venue l’attendre » (p. 120, l. 510-511). Mais la reine ne réserve pas à son sauveur l’accueil qu’il pouvait espérer.
Sa réaction est vive et rapide : le gérondif « en apercevant » (l. 1) signale l’immédiateté de son mouvement : « elle se leva ».
Le roi « tenait Lancelot par le doigt » (l. 1-2), signe d’amitié, mais la reine prend soin de les dissocier dans son salut : « elle se leva pour saluer le roi » (l. 2) et n’adresse pas un regard à Lancelot.
La conjonction de coordination « mais » (l. 2) signale une attitude inattendue : « mais montra un visage courroucé » (l. 3). La proposition participiale « baissant la tête sans dire un mot » (l. 3-4) signale un refus de communication.
Incompréhensible pour les deux hommes, cet accueil glacial semble cependant avoir été préparé à l’avance et relever du théâtre. Quelques indices le signalent : l’immédiateté du mouvement, et l’expression « montra un visage », qui relève du champ lexical de l’apparence.
Le roi Bademagu, cependant, ne s’arrête pas à ce visage peu enjoué, et introduit Lancelot, comme il en avait l’intention : « Madame, voici Lancelot qui vient vous voir » (l. 5). En ajoutant « c’est une visite qui doit vous sembler bien agréable et opportune » (l. 6-7), il exprime subtilement la situation qui devrait être.
Mais Guenièvre répond pas une fausse question : « À moi sire ? » (l. 8). Par cette interrogation, qui est aussi une exclamation, la reine veut faire comprendre à Bademagu qu’il est impossible qu’on ait pu soupçonner qu’elle serait heureuse de voir Lancelot.
Elle poursuit en soulignant cette impossibilité : « Il ne peut pas me plaire » (l. 8), avec la négation du verbe « pouvoir ». Enfin, c’est du mépris qu’elle exprime, pour bien montrer qu’elle n’a aucun lien avec le chevalier : « je n’ai que faire de sa visite » (l. 8-9). La brièveté de ces trois phrases, qui se suivent sans coordination, exprime la sècheresse du ton avec lequel répond Guenièvre.
B – La stupeur du roi Bademagu
Le roi Bademagu exprime alors avec franchise sa sidération, en commençant par une exclamation de surprise : « Eh là ! Madame ! » (l. 10).
Il souligne l’inconstance de la reine dans l’interrogation qui suit : « d’où vous vient maintenant ce sentiment ? » (l. 11). L’adverbe « maintenant » sous-entend qu’il y a contraste et opposition entre l’attitude présente et l’attitude passée, et que Guenièvre n’a pas toujours affiché ce mépris.
Vient ensuite la protestation : « Vraiment c’est trop mépriser un homme qui vous a si bien servie » (l. 11-12). L’adverbe « vraiment » marque l’intensité de la protestation et la franchise du roi ; l’adverbe « trop », qui porte sur le verbe « mépriser », adresse un reproche à la reine, en tentant de lui montrer l’ingratitude dont elle fait preuve.
L’expression « trop mépriser » s’oppose à « si bien servie » en fin de phrase, où les adverbes intensifs « si bien » marquent l’admiration du roi pour les actions de Lancelot. Bademagu met donc en parallèle deux attitudes contraires : d’une part celle du chevalier dévoué, de l’autre celle de la reine ingrate.
Enfin, Bademagu rappelle les dangers auxquels s’est exposés Lancelot (« car dans cette aventure, il a souvent exposé sa vie à de mortels dangers », l. 12-14), et la délivrance qu’il est venu apporter à Guenièvre (« et il vous a porté secours et protection contre mon fils Méléagant », l. 14-15).
La proposition relative finale qui se rapporte à Méléagant dessine encore un contraste entre Lancelot, le bon chevalier, et Méléagant le fourbe, au profit de Lancelot : « lequel ne vous a relâché que bien à contrecœur » (l. 15-16). En trois propositions, Bademagu retrace donc le portrait du chevalier idéal qu’est Lancelot.
Les arguments du roi cependant ne semblent pas avoir touché Guenièvre. Sa réponse contraste par sa brièveté et sa sécheresse avec le discours sensible et argumenté de Bademagu. Comme dans la réplique précédente, la reine s’exprime par phrases courtes, affirmatives, qui n’appellent aucune réponse : « Sire, il a vraiment perdu son temps » (l. 17). L’adverbe « vraiment » signifie ici la conviction profonde de la reine selon laquelle Lancelot s’est trompé en venant la délivrer et en espérant de la reconnaissance.
Puis l’absence de reconnaissance envers Lancelot est franchement exprimée, totale et sans appel : « Je ne saurais nier que je ne lui en suis pas reconnaissante ».
II – L’abnégation de Lancelot : retenue et douleur cachée
A – Le « parfait amant »
Le narrateur se tourne alors vers Lancelot, resté silencieux pendant cet échange entre Bademagu et Guenièvre, et relégué au second plan : « Voilà Lancelot tout désemparé » (l. 19). Le présentatif « voilà » réintroduit le personnage dans le récit, comme si la « caméra » faisait tout à coup apparaître son visage. L’adjectif « désemparé » est appuyé par l’adverbe intensif « tout », laissant imaginer le visage figé et déconfit du pauvre chevalier et suggérant sa détresse intérieure.
Cependant, Lancelot garde toute sa grandeur et sa force de caractère en répondant de manière exemplaire : « Il lui répond avec beaucoup d’élégance comme doit le faire un parfait amant » (l. 19-20). Cette phrase témoigne de l’admiration du narrateur pour son personnage : son « élégance » fait contraste avec la bassesse affichée de Guenièvre et est d’autant plus héroïque qu’elle masque une grande douleur intérieure. La proposition comparative introduite par « comme » impose un idéal, celui du « parfait amant », et un devoir (« comme doit le faire ») : celui de se conformer à cet idéal.
Lancelot exprime alors sa peine avec franchise et sans honte, mais avec une grande retenue, en une courte phrase : « Madame, j’en suis, il est vrai, fort affligé » (l. 21). Il poursuit pour signifier qu’il n’entrera pas en discussion : « mais je n’ose vous en demander la raison » (l. 21-22). La négation du verbe « oser » en dit long ; elle exprime à la fois une douleur psychologique intense, la crainte d’apprendre qu’on n’est plus aimé de celle qu’on aime, et la modestie du chevalier qui sait rester à sa place face à une reine.
Le narrateur réhausse le courage de son personnage en précisant : « Lancelot aurait eu de quoi se lamenter si la reine avait bien voulu l’écouter » (l. 23-24). Il laisse ainsi entrevoir les tourments intérieurs – interrogations, incompréhension – et la frustration qu’endure Lancelot en cet instant. Le chevalier n’en dit rien pourtant, respectant la volonté de la reine qui n’a pas l’intention de l’écouter.
B – Déchirement intérieur
Guenièvre ne déroge pas à son attitude première : « elle refusa de lui répondre un seul mot et se retira dans sa chambre » (l. 24-25). La négation de l’expression « un seul mot », c’est-à-dire la négation du minimum, exprime l’étonnement du narrateur, qui se communique au lecteur.
Ainsi, pour toute réponse, la reine sort de scène. Selon le narrateur, cette sortie a pour but d’augmenter la peine de Lancelot, comme l’indique la proposition de but : « pour ajouter à sa douleur et à sa confusion » (l. 24-25).
Le narrateur nous faire entrevoir la « confusion » intérieure de son héros : « Et Lancelot la suivit des yeux et du cœur jusqu’à l’entrée » (l. 26-27). En coordonnant les yeux et le cœur, le narrateur prépare l’opposition qui va suivre entre le corps et l’esprit ; le corps prisonnier des contingences physiques ; l’esprit, lui, plus libre : « mais pour les yeux, le voyage parut bien court car la chambre était trop proche » (l. 27-28) : le narrateur illustre ici la peine de la séparation et le regret de l’amant si promptement privé de voir celle qu’il aime.
Le poète poursuit et insiste sur cette peine en personnifiant les yeux et en leur attribuant le sentiment de regret, marqué par l’emploi du conditionnel : « et ils seraient entrés avec elle bien volontiers, si c’eût été possible » (l. 28-29).
Mais là où la vue s’arrête face aux obstacles physiques, le cœur, lui, peut passer : « Le cœur, qui a plus de noblesse et d’autorité » (l. 29-30). Le coeur représente en effet la dimension spirituelle du personnage. Il « dispose de plus de pouvoir » car il n’est pas soumis à la matérialité du corps. Cette dissociation poétique entre les yeux et le cœur permet au narrateur d’exprimer le déchirement intérieur que vit Lancelot : physiquement présent dans la grande salle avec le roi, son esprit est ailleurs, avec la reine, dans un endroit inaccessible.
Les larmes qui apparaissent dans ses yeux expriment la souffrance de cette séparation physique et de cette mise à l’écart : « les yeux sont restés dehors, plein de larmes, avec le corps » (l. 33).
III – Interrogations
A – Les interrogations de Bademagu
Le roi Bademagu reprend la parole et ramène le chevalier ainsi que le lecteur dans le présent de l’action : « Alors le roi, le prenant à part, lui dit : « “Lancelot, je me demande bien ce que cela signifie“ » (l. 33-34).
Sa réplique enchaîne les propositions interrogatives, soulignant son étonnement. L’interrogation indirecte « pour quelle raison la reine ne peut vous voir et ne veut vous parler » (l. 35-36) met en parallèle les verbes « pouvoir » et « vouloir » d’une part, tous deux niés, et les verbes « voir » et « parler » d’autre part, tous deux frappés d’impossibilité, pour signifier une nouvelle fois l’absolu refus de communication de la reine.
Bademagu, qui ne sait rien des amours de Guenièvre et Lancelot, fait ensuite une supposition, avec la proposition conditionnelle « Si jamais elle avait l’habitude de vous parler » (l. 36). Il interroge ici discrètement les rapports entre la reine et le chevalier, qu’il suppose être des rapports de courtoisie et d’amitié.
La proposition principale, avec son verbe « devoir » au mode conditionnel, tente d’établir un rapport logique entre les faits : « elle ne devrait pas maintenant s’y opposer, ni rejeter votre conversation » (l. 36-37). L’adverbe « maintenant » soulignant toujours une opposition entre passé et présent, et un revirement soudain de comportement. C’est le manque de rapport entre l’attitude passée et l’attitude présente de Guenièvre qui reste inexplicable, de même que son manque flagrant de reconnaissance : « après tout ce que vous avez fait pour elle » (l. 38).
Bademagu en vient à supposer que le chevalier a dû se rendre coupable de quelque « méfait » pour mettre la reine dans cette humeur. Il l’interroge à ce propos : « Mais dites-moi si vous savez pour quelle affaire, pour quel méfait elle vous a réservé un tel accueil ? » (l. 39-40).
B – L’abattement de Lancelot
La réponse de Lancelot est franche et sincère : « Sire, il y a un instant encore je ne m’y attendais pas » (l. 41). Le chevalier exprime la surprise qu’il a ressentie à un tel accueil. Le complément de temps « il y a un instant encore » souligne la soudaineté du comportement de la reine.
Mais Lancelot prend acte des volontés de la reine, qu’il respecte sans comprendre : « Mais elle n’a pas envie de me voir, ni d’écouter ce que je pourrais lui dire » (l. 42-43). La coordination négative qui relie les verbes « me voir » et « écouter » fait écho à la double impossibilité signalée par le roi aux lignes 35 et 36 (« ne peut vous voir et ne veut vous parler »).
La proposition exprimée au conditionnel : « écouter ce que je pourrais lui dire » exprime toutefois le désir de parler et d’obtenir une explication. Le mode conditionnel signale une fois encore l’aspect irréalisable de ce désir.
Enfin, Lancelot confie au roi Bademagu son abattement avec deux verbes puissants exprimant son tourment intérieur : « cela me tourmente fort et m’accable » (l. 43).
La froideur de la reine Guenièvre, conclusion
Cette scène constitue un rebondissement inattendu dans l’action du roman, pour le lecteur autant que pour les personnages. Car après le combat de Lancelot contre Méléagant, et alors que Guenièvre a contribué à la victoire de Lancelot en acceptant de dévoiler son nom et de se montrer à la fenêtre, le lecteur s’attend à une scène de retrouvailles et n’a qu’une envie : celle de voir les amants réunis.
Or le poète décide de retarder ces retrouvailles en imposant une nouvelle épreuve à son chevalier idéal : une épreuve psychologique, qui lui permet de parachever le portrait du « parfait amant », c’est-à-dire du parfait chevalier. C’est par cette ultime épreuve que le poète donne le plus de grandeur à son personnage, en lui donnant l’occasion de montrer toute sa grandeur d’âme, son empire sur lui-même, mais aussi sa sensibilité et la sincérité de son amour. Lancelot, idéal irréel et poétique, brille une fois encore par sa capacité à dominer sa douleur et à se sacrifier au nom du dieu Amour.
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