Les Bonnes, Genet : résumé et fiche de lecture

les bonnes jean genetVoici une résumé détaillé et une analyse de la pièce Les Bonnes de Jean Genet jouée pour la première fois en 1947.

Lorsque Jean Genet fait jouer Les Bonnes en 1947, il est un auteur encore peu connu et sa pièce est mal accueillie par le public et la critique.

C’est que la violence de la pièce suscite un malaise que le spectateur de 1947 n’était peut-être pas encore prêt à accepter.

Le langage venimeux, le comportement brutal et sauvage des bonnes scandalisent nombre de spectateurs de l’époque.

Les Bonnes est pourtant aujourd’hui la pièce de Jean Genet la plus jouée en France et dans le monde.

Quel est le contexte des Bonnes ?

 En 1947, la France est encore sous le choc moral, philosophique et politique de la seconde guerre mondiale (qui s’est achevée en 1945).

La reconstruction n’a pas encore commencé et la IVème République, à ses balbutiements, montre déjà des signes d’instabilité politique.

L’épuration est encore présente dans les esprits et n’est pas encore terminée.

Ce déchaînement de violence a fait naître un sentiment d’absurde et de quête de sens. Quelle est la place de l’homme dans le monde ? Face à la violence et à l’irrationalité de la guerre, comment donner un sens à son existence ?

Ces questionnements ont profondément influencé la littérature. Au roman comme au théâtre, les personnages et les intrigues porteurs de sens sont remis en cause.

La civilisation et la littérature traditionnelle sont en effet objet de soupçons car ils n’ont pas empêché la barbarie nazie d’advenir.

Lors de sa première représentation en 1947, la pièce Les Bonnes déplut au public. Ce n’est qu’à partir des années 1970 que la pièce fut jouée et rencontra un public.

On peut imaginer que le public français qui a côtoyé la violence pendant 6 ans et qui souhaitait s’en divertirl a mal accepté la violence que contient Les Bonnes.

Résumé détaillé des Bonnes

La scène s’ouvre sur deux sœurs, Claire et Solange l’aînée, les bonnes d’une femme riche appartenant à la haute bourgeoisie, Madame.

Alors que Madame est absente, Claire joue le rôle de Madame, et sa soeur Solange joue le rôle de Claire.

Dans ce jeu de rôle, Madame (jouée par Claire) se voit accusée d’avoir entraîné l’emprisonnement de Monsieur, mais elle s’en défend.

Elle est accusée de s’intéresser à Mario, le laitier, qu’une des bonnes apprécie.

La tension dramatique monte entre les deux personnages joués et dévoilent la violence entre les Bonnes et Madame.

Solange, qui joue Claire, est sur le point d’étrangler Claire, qui joue Madame, mais le réveil sonne, annonçant l’arrivée imminente de Madame. Claire et Solange cessent leur jeu de rôles.

Alors qu’elle remettent tout en place avant l’arrivée de Madame, on apprend que Claire a rédigé une lettre entraînant l’arrestation de Monsieur et que Solange a une vue sur l’héritage en cas de mort de Madame.

La discussion laisse apparaître des tensions entre les deux Bonnes. Solange avoue qu’elle a voulu étrangler Madame mais n’a pas été capable d’aller jusqu’au bout.

Monsieur téléphone et apprend à Claire que le juge l’a laissé en liberté provisoire. Il charge les Bonnes de dire à Madame qu’il l’attend au café le Bilboquet.

S’ensuit un mouvement de panique : Madame et Monsieur risquent de découvrir que Claire est l’auteur de la lettre ayant entraîné l’arrestation de Monsieur.

Claire décide de tuer Madame en mettant du gardénal dans le tilleul.

Madame revient et affirme son soutien à Monsieur qu’elle suivrait jusqu’au bout du monde. Elle exprime son chagrin.

Son rapport avec les Bonnes est à la fois maternel et méprisant. Même si le ton est parfois condescendant, elle leur propose d’hériter de toutes ses toilettes.

Solange apporte le tilleul empoisonné mais Madame ne le boit pas immédiatement.

Madame se rend compte que plusieurs objets ont changé de place, notamment le récepteur du téléphone.

Claire puis Solange avouent alors que Monsieur est en liberté provisoire et a téléphoné pour dire qu’il attend Madame au Bilboquet.

Madame charge Solange de trouver un taxi.

Pendant ce temps, Claire essaie de lui faire boire le tilleul mais Madame refuse disant qu’elle préfère désormais le champagne. Madame finit par sortir.

Solange reproche à Claire de n’avoir pas su lui faire boire la tisane.

Les deux soeurs sont en panique et passent en revue la trahison des objets qui révèlent leurs méfaits (le téléphone, le fard, le réveil…). Elle craignent d’être découvertes.

Claire reprend alors le rôle de Madame. Solange envisage le suicide mais c’est Claire dans le rôle de Madame qui demande son tilleul. Elle finit par le boire.

Quels sont les thèmes importants dans Les Bonnes ? 

L’identité

 Dans Les Bonnes, les identités sont troubles et les personnages jouent un autre rôle que le leur.

Ce thème de la quête d’identité est affirmé dès la scène d’expostion.

Traditionnellement, la scène d’exposition a pour but d’éclaircir l’identité de chaque personnage (qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Que veulent-ils ?).

Or lorsque la pièce commence, le spectateur ne sait pas qu’il assiste à un jeu de rôles. Il lui faut du temps pour comprendre que Claire est une bonne qui joue le rôle de Madame et que Solange joue le rôle de sa soeur Claire.

Les masques tombent lorsque l’arrivée imminente de Madame est annoncée. Les Bonnes réintègrent leurs identités pour la reperdre lorsque Madame s’en va.

Même Madame joue plusieurs rôles lors de son apparition. Elle est tantôt une veuve éplorée (« Je suis brisée. Chaque fois que je rentrerai mon coeur battra avec cette violence terrible et un beau jour je m’écroulerai morte sous vos fleurs.« ), tantôt une mère généreuse donnant ses vêtements aux bonnes.

A l’image d’un monde d’après-guerre, les identités sont floues, éclatées.

Les personnes sont interchangeables et ne cessent de se travestir jusqu’à ne plus savoir vraiment qui ils sont.

Le pluriel du titre « Les Bonnes » illustre d’ailleurs cette confusion des identités.

Le rapport maître-domestique

Jean Genet écrit dans Comment jouer les Bonnes (1963) : « Une chose doit être écrite. Il ne s’agit pas d’un plaidoyer sur le sort des domestiques. Je suppose qu’il existe un syndicat des gens de maison – cela ne nous regarde pas ».

Pourtant, il est difficile de ne pas voir à travers le personnage de Madame une satire de la bourgeoisie.

Si le personnage de Madame n’est pas totalement antipathique, sa supériorité est vécue par les bonnes comme une constante humiliation, ce dont témoigne l’imitation de Madame par Claire et la haine expurgée dans leur jeu de rôles.

Ainsi, Madame exprime son affection de manière condescendante (le tutoiement est utilisé par Madame alors que les bonnes la vouvoient).

Elle corrige le vocabulaire des bonnes comme une Précieuse du XXème siècle (« Ce n’est pas de la poudre, c’est du fard, c’est de la « cendre de roses » un vieux rouge dont je ne me sers plus »).

Elle leur donne des vêtements tout en faisant sentir leur différence sociale (« Et toi Solange, Qu’est-ce que je peux te donner ? Je vais te donner…Tiens, mes renards » ).

Son engouement pour la fête (« Mais non je n’ai pas soif cette nuit c’est du champagne que nous allons boire ») fait également de cette bourgeoise une illustration de la société du spectacle, obnubilée par les apparences.

Lorsque Genet fait dire à Claire « Car Madame est bonne », on peut y voir l’expression ironique d’une sympathie pour le marxisme, qui voudrait une sorte de retournement social, Madame devenant « bonne » et les Bonnes devenant Madame par le jeu de rôles.

La haine et la violence

La haine est centrale dans cette pièce et mène jusqu’au meurtre.

Le langage violent diffuse la haine d’un personnage à une autre.

Les « crachats« , omniprésents, symbolisent cette haine que se renvoient les personnages : « je vous ai dit, Claire, d’éviter les crachats. Qu’ils dorment en vous, ma fille, qu’il y croupissent. » , « Et moi, si je n’ai plus à cracher sur quelqu’un qui m’appelle Claire, mes crachats vont m’étouffer. » , « Couvrez-moi de haine ! d’insultes ! de crachats » .

Claire et Solange ne parviennent pas à contenir cette haine et l’expurgent lors de leur jeu de rôles : « votre contact est immonde« , « Disposez la traîne, traînée« , « Mais j’en ai assez de ce miroir effrayant qui me renvoie mon image comme une mauvaise odeur. Tu es ma mauvaise odeur. »

Claire et Solange ne supportent pas même l’affection de Madame qu’elles voient comme un poison « Avec sa bonté, elle nous empoisonne » dit Claire.

La haine surgit également entre les deux sœurs qui ne supportent pas l’image de médiocrité qu’elles se renvoient (« Et nous, nous ne pouvons pas nous aimer. La crasse…« ).

Le tilleul empoisonné est d’ailleurs la matérialisation de cette haine qui ne parvient pas à atteindre son objet (Madame) et se retourne contre les Bonnes jusqu’à faire mourir Claire.

Quelles sont les particularités de l’écriture de Genet dans Les Bonnes ?

Les Bonnes est une pièce complexe et inclassable.

La tradition comique du couple maître-valet

Le théâtre dans le théâtre, induit par le jeu de rôles des bonnes, se rattache à la tradition baroque qui remonte à Corneille (L’Illusion comique) en passant par Marivaux jusqu’à Beaumarchais où le valet joue le rôle du maître.

Les déguisements rappellent d’ailleurs le théâtre de Marivaux (L’île des esclaves, Le jeu de l’amour et du hasard).

De ce point de vue, la pièce de Jean Genet s’inscrirait dans la tradition des comédies avec le couple théâtral maître-valet.

Le registre comique est d’ailleurs présent dans la pièce.

Par exemple, le comique de mots est présent dans la phrase « Madame est bonne » qui mélange ironiquement les identités.

Une tragédie moderne

Néanmoins, la pièce de Genet se rapproche plutôt d’une tragédie.

Tous les ingrédients de la tragédie sont présents et les deux bonnes suscitent en effet terreur et pitié.

L’écriture des lettres, hors scène, fonctionne comme une culpabilité originelle et fatale dont les personnages ne peuvent pas se débarrasser.

Cette fatalité est incarnée de façon très originale par les objets scéniques qui trahissent les deux sœurs auprès de Madame : le téléphone, le fard… : « Tu sais bien que les objets nous abandonnent (…) Il faut que nous soyons de bien grands coupables pour qu’ils nous accusent avec un tel acharnement ».

Tout concorde ainsi à révéler progressivement l’identité de celle qui a écrit les lettres.

Le tilleul est une allégorie du destin qui passe de main en main jusqu’à être bu par Claire.

La violence de l’écriture n’est toutefois pas dénuée de poésie voire même de lyrisme lorsque Solange fait un long monologue à la fin de la pièce où elle mime son suicide : « J’ai pitié de la blancheur de Madame, de sa peau satinée, de ses petites oreilles, de ses petits poignets ». Les rimes internes en « é » et l’ allitération en (p) rappelle les monologues lyriques de certains personnages de Giraudoux, auteur qui était très à la mode à cette période.

Tu étudies Les Bonnes ? Regarde aussi :

Le Mariage de Figaro, Beaumarchais (résumé et analyse)
L’île des esclaves, Marivaux : résumé

Qui suis-je ?

Amélie Vioux

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