Les Fausses Confidences, Marivaux : fiche de lecture

les fausses confidences

Pierrot d’Antoine Watteau

Voici une fiche de lecture (résumé et analyse) des Fausses Confidences de Marivaux au programme du bac de français.

Les Fausses Confidences, pièce écrite pour les comédiens italiens, rencontra un succès immédiat auprès du public lors de sa représentation en 1737.

Cette pièce qui mêle comédie d’intrigue, comédie de mœurs et comédie psychologique permet d’entrer de plain-pied dans le théâtre de Marivaux qui peint la surprise de l’amour et ses obstacles.

Cette pièce permet également de découvrir le marivaudage, terme d’abord utilisé au XVIIIème siècle pour moquer le style de Marivaux jugé peu naturel et compliqué, mais qui prit peu à peu un sens positif pour désigner une écriture subtile, raffinée, mondaine et pleine de rebondissements.

Les Fausses Confidences : analyse en vidéo

Lectures linéaires des Fausses Confidences :

Qui est Marivaux ?

Né en 1688, Marivaux est célèbre pour son œuvre théâtrale qui dépeint la surprise de l’amour dans un style subtil, proche de la conversation mondaine, et que l’on appellera le marivaudage.

Ses pièces les plus célèbres sont La Surprise de l’amour (1722), La Double Inconstance (1723), Le Jeu de l’amour et du hasard (1730) et Les Fausses Confidences (1737).

Derrière la fine analyse psychologique du sentiment amoureux, Marivaux porte également dans ses pièces une réflexion sur les préjugés et la hiérarchie sociale, représentative de l’esprit des Lumières et particulièrement frappante dans L’île des esclaves (1725).

Il a écrit également deux romans inachevés, La Vie de Marianne et Le Paysan parvenu.

Comment résumer Les Fausses Confidences ?

L’acte I met en scène Dorante, un bourgeois ruiné mais sincèrement amoureux d’Araminte, une jeune veuve riche et belle.

Dubois, ancien valet de Dorante passé au service d’Araminte, met au point un stratagème : il pousse Dorante à se faire engager comme intendant d’Araminte pour séduire la jeune femme.

Mais Mme Argante, la mère d’Araminte, est furieuse : elle avait prévu d’engager un autre intendant susceptible de servir ses intérêts car elle souhaite marier sa fille au Comte Dorimont pour la faire entrer dans la noblesse.

Quant à M. Rémy, l’oncle de Dorante, il conseille à son neveu d’épouser Marton, la servante d’Araminte.

À la fin de l’acte I, Dubois se livre à la première fausse confidence essentielle de la pièce : il révèle à Araminte que Dorante est épris d’elle depuis plusieurs mois. Cette confidence n’est pas fausse en soi puisque Dorante aime réellement Araminte, mais elle l’est dans son intention car elle a pour but de tromper et manipuler la jeune femme. Araminte demande à Dubois de ne pas éventer ce secret.

Dans l’acte II, Plusieurs rebondissements viennent complexifier l’intrigue menée de main de maître par le valet Dubois.

Tout d’abord, Dorante reçoit une autre demande en mariage que l’on devine manigancée par Dubois et qu’il refuse en arguant que son cœur est déjà pris. Marton s’imagine alors que Dorante est épris d’elle. Mais il n’en est rien.

Un quiproquo s’ensuit autour d’un portrait apporté pour Dorante, qui se révèle être celui d’Araminte.

La jeune veuve Araminte décide alors de piéger Dorante pour le pousser à révéler ses sentiments : elle lui fait croire qu’elle va épouser le Comte Dorimont. Dorante avoue aimer une femme mais ne révèle pas son nom.

Dans l’acte III, Dubois s’arrange pour faire intercepter une lettre dans laquelle Dorante révèle sa passion pour Araminte. Dorante confesse alors son amour et dévoile à Araminte le stratagème mis en place par Dubois pour favoriser leur rapprochement. Araminte lui pardonne et renonce au mariage avec le Comte pour épouser Dorante.

Dubois, qui a tiré toutes les ficelles de cette machination, triomphe.

Quels sont les thèmes importants dans Les Fausses Confidences de Marivaux ?

L’amour

 Dans Les Fausses Confidences, l’amour doit vaincre des obstacles extérieurs et des obstacles intérieurs.

L’obstacle extérieur, ce sont les conventions sociales qui considèrent le mariage comme une affaire d’intérêt et non de sentiments.

Ainsi, Dorante, même s’il est roturier comme Araminte, n’est pas un bon parti car il n’est pas fortuné. Le Comte, dont la fortune est certainement affaiblie, présente en revanche l’avantage d’élever socialement Araminte en la faisant accéder à la noblesse.

L’amour doit également vaincre un obstacle intérieur : celui de l’amour-propre.

Lorsque Araminte est surprise à la vue de Dorante (I, 6) et lui témoigne de nombreux égards (I, 7), le spectateur devine que la jeune femme éprouve de l’amour avant même qu’elle n’en ait pris conscience. Mais Araminte va devoir surmonter son embarras et vaincre son amour-propre en acceptant ses sentiments amoureux.

Les conditions sociales

 À l’époque de Marivaux, la société est divisée en trois ordres : le clergé, la noblesse et le tiers état dont fait partie la bourgeoisie.

Araminte appartient à la grande bourgeoisie des financiers et sa mère souhaite tirer profit de cette fortune pour la marier au Comte. Mais Araminte hésite et Mme Argante déplore qu’elle n’ait pas le sens du rang social : « le rang de comtesse ne la touche pas assez ; elle ne sent pas le désagrément qu’il n’y a de n’être qu’une bourgeoise » (Acte I, scène 10).

Les autres personnages sont également considérés selon leur rang et leur fortune. Ainsi, Dorante est fils d’avocat, « un homme de très bonne famille » (I,7), mais il est ruiné. M. Rémy envisage donc de marier Dorante à Marton car cette dernière est l’héritière d’une vieille parente, jusqu’à ce qu’il lui préfère une veuve de 35 ans qui possède « trente mille livres de rente ». En montrant sur scène ces calculs intéressés, Marivaux dresse la satire d’une société obnubilée par l’argent et le rang social.

Plus encore, il souligne que le mérite n’est pas lié au statut social. Ainsi, le valet Dubois, vif, intelligent et astucieux, est le seul à avoir une influence réelle sur le destin des personnages. Ce personnage du petit peuple parvient à manipuler et à dominer la haute bourgeoisie et l’aristocratie grâce à son ingéniosité et à sa connaissance des sentiments amoureux.

La vérité

Au début des Fausses Confidences, tout le monde est masqué : Dorante dissimule ses sentiments, Araminte tait son amour naissant pour Dorante et Dubois camoufle son stratagème.

L’enjeu de la pièce est de faire émerger la vérité. Cette vérité affleure parfois, par exemple lorsque Araminte avoue son trouble dans des apartés (I,15). Mais elle est vite refoulée.

C’est le procédé de la fausse confidence qui va obliger chacun à se démasquer et à se comporter en accord avec ses sentiments.

Contre toute attente, le Comte, à la scène 13 de l’acte III, résume dans une brièveté saisissante la vérité des sentiments : « J’ai deviné tout. Dorante n’est venu chez vous qu’à cause qu’il vous aimait ; il vous a plu, vous voulez lui faire sa fortune ; voilà tout ce que vous allez dire. « 

Quelles sont les caractéristiques de l’écriture dans Les Fausses Confidences ?

Les Fausses Confidences s’inscrivent dans la tradition de la comédie dont on retrouve de nombreux procédés.

Madame Argante par exemple est un personnage ridicule et caricatural qui ressemble à une version féminine de M. Jourdain dans Le Bourgeois gentilhomme de Molière.

Arlequin est un personnage traditionnel de la comedia dell’arte qui donne lieu à des scènes farcesques comme dans sa confrontation avec Dubois à la scène 10 de l’acte II : « Comme je te bâtonnerais, sans le respect de Madame ». Les quiproquos sont nombreux, par exemple lors de la confusion de Marton autour du portrait adressé à Dorante (II, 9).

Mais le comique de Marivaux repose avant tout sur les jeux de langage et la double énonciation. Les dialogues sont vifs, gracieux et pleins d’ironie comme dans les répliques d’Araminte et Mme Argante :

Araminte : « On se trompe apparemment ? »
Madame Argante « il ne serait pas impossible qu’il le fût »
(acte III scène 6)

Plane néanmoins sur cette comédie une légère mélancolie. L’amour triomphe grâce à la manipulation et la tristesse du Comte à la fin de la pièce est bien réelle :

« Le Comte, tristement.
Il n’y a plus que notre discussion, que nous réglerons à l’amiable. J’ai dit que je ne plaiderais point et je tiendrai parole. »
(III, 13)

Que signifie le parcours « Théâtre et stratagème » ?

Théâtre et stratagème sont intimement liés dans Les fausses Confidences.

L’emploi du stratagème pour faire émerger la vérité

Un stratagème est une ruse de guerre qui a pour but de tromper l’ennemi.

Tout le paradoxe des Fausses Confidences réside dans le fait que le stratagème, procédé qui repose sur le mensonge et la tromperie, est utilisé ici pour faire émerger la vérité des sentiments.

Dès le début de la pièce règne un univers de dissimulation et d’illusion car Dubois enjoint à Dorante de ne pas révéler qu’ils se connaissent.

Dubois met alors en œuvre un stratagème complexe pour faire émerger la vérité des sentiments.

Le stratagème de Dubois : un stratagème proprement théâtral

Or ce stratagème est proprement théâtral : Dubois se comporte comme un metteur en scène qui dirige ses acteurs, les manipule et va même jusqu’à leur souffler les répliques.

Dubois incarne le valet d’intrigue, personnage traditionnel de la Comedia dell’arte qui utilise sa ruse et son intelligence pour servir la passion de son maître.

(N’hésite pas à te renseigner sur les valets d’intrigue afin de te construire des références solides pour tes dissertations. Plus fin et éloquent que le Scapin de Molière, Dubois préfigure déjà le Figaro de Beaumarchais. Je te conseille notamment de lire en regard ma fiche de lecture sur Le Mariage de Figaro.)

L’assurance de Dubois est irrésistible : il annonce à l’acte I scène 2 ce qui va se dérouler : « je sais votre mérite, je sais mes talents, je vous conduis ; et on vous aimera, toute raisonnable qu’on est ; on vous épousera, toute fière qu’on est ; et on vous enrichira, tout ruiné que vous êtes ; entendez-vous ? Fierté, raison et richesse, il faudra que tout se rende. Quand l’amour parle, il est le maître ; et il parlera. Adieu »

L’expression « je vous conduis » est celle d’un metteur en scène qui pilote ses personnages et qui n’hésite pas à utiliser l’impératif comme un maître du jeu (« Partez » à la scène 16 de l’acte I).

Il tire les fils comme un marionnettiste (l’intrigue de Marton, l’intrigue d’Araminte) et manipule à distance les personnages en leur expliquant quoi faire et pourquoi : « Partez ; aussi bien ai-je un petit avis à donner à Marton. Il est bon de jeter dans tous les esprits les soupçons dont nous avons besoin ».

Il complexifie l’intrigue pour rendre le jeu illisible aux autres personnages et rester maître de la situation.

En bon stratège, Dubois connaît le cœur des hommes et des femmes. Il perçoit la préciosité d’Araminte et sait que le stratagème du portrait – qui est un code amoureux de la préciosité comme dans La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette – ne peut qu’être gagnant.

Dubois sonde les cœurs, les martyrise parfois (Marton, par exemple, est déçue de ne pas être l’élue). C’est grâce à sa connaissance des mécanismes de l’amour que Dubois assure son jeu théâtral et son triomphe à la fin de la pièce.

Dubois est meneur du jeu dans cette pièce, mais ce qui rend l’intrigue particulièrement complexe et renforce l’impression de théâtre dans le théâtre, c’est qu’il n’est pas le seul à user de stratagèmes.

Presque tous les personnages usent de stratagèmes

Presque tous les personnages, en effet, ont recours à la fausse confidence : Araminte feint de vouloir épouser le Comte pour tromper Dorante ; Marton dupe sa maîtresse en lui recommandant d’épouser le Comte ; Dorante trompe Marton en lui laissant croire qu’il l’aime.

Dorante ne trompe-t-il pas même Araminte à la fin de la pièce en feignant d’avoir été « forcé de consentir » au stratagème de Dubois alors que le spectateur l’a vu y consentir volontiers au début de la pièce ?

En fin de compte, le vrai stratagème est celui qu’utilise Marivaux pour concevoir une pièce complexe dans laquelle la vérité se dérobe tout le temps.   

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Qui suis-je ?

Amélie Vioux

Je suis professeur particulier spécialisée dans la préparation du bac de français (2nde et 1re).

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