la ballade des pendus villonVoici un commentaire de « La ballade des pendus » de François Villon.

La ballade des pendus, Villon, introduction :

Un certain mystère entoure « La ballade des pendus », aussi appelée l’« Épitaphe Villon » : François Villon a-t-il écrit ce poème comme une sorte de testament après avoir été condamné à être pendu pour avoir tué un notable ? Ou l’a-t-il écrit a posteriori, après la cassation de sa condamnation à mort ?

Quoiqu’il en soit, cette ballade sans doute écrite dans les années 1460, composée de trois dizains de décasyllabes et d’un envoi (adresse) de cinq vers, présente une description pour le moins réaliste d’un groupe de pendus après leur mort, sans doute inspirée des émotions de Villon en prison.

Le texte est en effet imprégné de l’idée de mort et de souffrance, mais aussi de pardon : Villon y fait appel à la charité chrétienne en donnant aux pendus une voix.

Questions possibles à l’oral de français sur « La ballade des pendus » :

♦ Qu’est-ce qui rend ce poème pathétique ?
♦ Quels sont les registres de ce poème ?
♦ Qu’est-ce qui fait l’originalité du lyrisme de cette ballade des pendus ?
♦ Comment Villon éveille-t-il la compassion du lecteur ?

Annonce du plan

Dans cette analyse, nous étudierons tout d’abord le réalisme de la scène décrite (I), avant d’aborder l’originalité du lyrisme dans ce poème (II). Pour terminer, nous remarquerons que Villon ne plaide pas seulement pour lui, mais pour l’humanité entière (III).

I – Une scène réaliste et pathétique

A – Le registre réaliste…

La mort a une place omniprésente dans ce poème.

François Villon en parle sans détour, rappelant plusieurs fois le sort qui a été renversé à ces « cinq, six » (v. 5) personnes qui ont été pendues (« ci attachés », v. 5) : « fumes occis » v. 12, « sommes transis » v. 15, « Nous sommes morts » v. 19.

On ne peut ignorer l’horreur de la scène qui nous est présentée, car Villon prend soin de nous la dépeindre avec force détails.

Le champ lexical de la décomposition est ainsi très présent dans le poème. Même après la mort, les pendus n’ont pas fini de souffrir : la chair est « dévorée et pourrie » (v. 6), la pluie les « a débués et lavés » (v. 21), « le soleil desséchés et noircis » (v. 22).

On remarque que ce sont principalement des éléments naturels qui tourmentent les suppliciés : la pluie, le soleil mais aussi le vent (« comme le vent varie / A son plaisir sans cesser nous charrie », v. 26-27) et les oiseaux.

L’image la plus frappante est sans doute celle des corbeaux qui leur mangent les yeux et arrachent les poils (« Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés, / Et arraché la barbe et les sourcils », v. 23-24, « becquetés d’oiseaux », v. 28). Cette image sinistre, ainsi que les nombreuses rimes en –i donnant un caractère lancinant à la ballade, renforcent l’atmosphère macabre du poème.

B – …exacerbe le pathétique

Ce réalisme ne rend que plus poignante le spectacle de la mort.

La dimension de spectacle est renforcée par la description des corps, présentée d’un point de vue extérieur (« Vous nous voyez ci attachés », v. 5), et donc a priori du lecteur, témoin de cette plainte des pendus.

Villon insiste particulièrement sur la durée du supplice : « jamais nul temps » (v. 25), « sans cesser » (v. 27). L’emploi du présent dans le poème contribue à figer cet événement dans l’instant, donnant une impression de durée (valeur durative du présent).

Les pendus s’adressent directement à leurs « Frères humains » (les témoins/lecteurs) à l’impératif pour demander leur pitié :
♦ « N’ayez les cœurs contre nous endurcis / Car, si pitié de nous pauvres avez » (v. 3-4);
♦  « priez Dieu » (dans le refrain à chaque fin de strophe);
♦ « Excusez-nous » (v. 15).
Le poète cherche donc à attirer l’attention du lecteur par l’aspect spectaculaire de la scène, mais vise surtout à attirer sa compassion (« nous pauvres », v. 3), afin qu’il prie pour les pendus.

Transition : Cette « ballade des pendus » pour le moins réaliste invoque des images d’horreur chez le lecteur et éveille en lui une certaine compassion, d’autant que Villon ne traite pas seulement de son cas mais de celui de ses frères humains.

II – Un lyrisme original

A – La situation d’énonciation

La situation d’énonciation a de quoi surprendre : d’ordinaire, dans une ballade, le poète évoque un drame personnel, ses propres sentiments.

Ici, ce sont cinq ou six pendus qui prennent la parole en groupe, sous le pronom personnel « nous » (v. 1, 2, 3, 5, etc.), ce qui implique que Villon s’inclut dans ce groupe.

Ils s’adressent à un lectorat très large : les « Frères humains qui après nous vivez » (v. 1), soit l’humanité encore en vie, mais aussi à Dieu lui-même, dans l’envoi de la ballade (« Prince Jésus, qui sur tous as maistrie », v. 33).

Les morts s’expriment depuis le gibet où ils ont été pendus (« ci attachés » v. 5, « le vent [] nous charrie », sous-entendu au bout de leur corde, v. 26-27), et donc après leur mort. Ce procédé, appelé prosopopée (figure de style qui consiste à faire parler un élément qui ne devrait pas pouvoir s’exprimer, comme un mort, un animal, un objet), fait une forte impression sur le lecteur.

B – Les vivants et les morts

Dans cette ballade des pendus entrent en collusion deux mondes, celui des morts (nous) et celui des vivants (vous).

Comme on l’a montré, le monde des morts est marqué par la dégradation du corps (« devenons cendre et poudre », v. 8). Les morts ont presque disparu déjà : les éléments les maltraitent, leurs organes leur sont retirés – ne reste que leur plainte.

La situation d’énonciation accentue le chiasme entre ces deux mondes distincts mais renversés : ce sont les morts qui parlent et les vivants qui se taisent et dont on ne sait presque rien.

Les pendus semblent craindre d’être abandonnés, méprisés par les vivants : « N’ayez les cœurs contre nous endurcis » (v. 2), « Si frères vous clamons, point n’en devez / Avoir dédain » (v. 11-12), « Hommes, ici n’a point de moquerie » (v. 34).

C’est la justice des hommes qui a condamné les futurs pendus à la mort, mais il n’y a pas de rancœur ou de colère de la part des pendus. Au contraire, ils redoutent le jugement divin et sollicitent l’aide des spectateurs pour obtenir le pardon de Dieu.

C – Un memento mori

La confrontation de ces deux mondes bien distincts n’empêche pas Villon de montrer à quel point la barrière est fine entre ces deux groupes : il est évident que les vivants finiront eux-mêmes par mourir.

Ce rappel de la condition mortelle de l’homme constitue ce que l’on appelle un memento mori, expression latine signifiant « souviens-toi que tu vas mourir ».

Le refrain, « Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre », relie les vivants et les morts à travers Dieu. On ne sait d’ailleurs pas exactement ce que recouvre le mot « tous » : s’agit-il des seuls pendus, ou de l’humanité tout entière (comme semble l’indiquer l’adresse « Hommes », v. 34) ?

Transition : Cette situation d’énonciation particulière et la rencontre de deux mondes opposés (nous/vous, morts/vivants) fait de la ballade des pendus un poème lyrique très original, qui permet à Villon d’aller plus loin encore dans son propos en exprimant l’angoisse universelle du jugement de Dieu après la mort.

III – Un plaidoyer universel

A – L’universalité

L’originalité de « la ballade des pendus » réside non seulement dans la voix que Villon donne aux morts, mais dans l’aspect collectif de la plainte.

Le nombre même de pendus, très imprécis (cinq ou six) indique que l’accent n’est pas mis sur certains condamnés en particulier, mais sur un groupe indéfini, les morts.

Villon se fait donc porte-parole et ne parle pas en son nom propre, mais au nom de « tous » (« Priez Dieu que tous nous veuille absoudre »), tous recouvrant d’abord les pendus, puis tous ses Frères, soit l’Humanité entière, les morts comme les vivants.

L’appel au pardon divin est aussi une forme d’universalité, car tous les hommes sont égaux devant Dieu et seront jugés par lui.

B – Un poème religieux

La religion est clairement présente dans ce poème, comment en témoigne le champ lexical du religieux : « Dieu » (v. 4, 10, 20, 30), « merci » (v. 4), « priez », « absoudre » (v. 10, 20, 30), « le fils de la Vierge Marie » (v. 16), « grâce » (v. 17), « infernale foudre » (v. 18), « Prince Jésus » (v. 31), « Enfer » (v. 32).

Villon en appelle également à la charité et la fraternité chrétiennes : « Frères humains » (v. 1), « pitié » (v. 3), « frères » (v. 11), « confrérie » (v. 29) et demande au lecteur d’adresser des prières à Dieu.

On retrouve également le thème de la supériorité de l’âme sur le corps.

Le corps pourrit, se détériore, devient un aliment pour les oiseaux charognards, comme le décrit Villon par de nombreuses accumulations binaires qui insistent sur cet état de dégradation (« dévorée et pourrie », « cendre et poudre », « débués et lavés », « desséchés et noircis »).

Les condamnés reconnaissent eux-mêmes que de leur vivant, ils ont trop profité des plaisirs de la chair (« Quant à la chair, que trop avons nourrie »), négligeant par là leur âme.

C – L’importance de la rédemption

Cependant, même si la justice des hommes a condamné les pendus, il n’est pas encore trop tard pour sauver leur âme : Dieu peut leur pardonner.

Si les condamnés ne remettent pas en cause le jugement de leurs pairs (« quoique fumes occis / Par justice », v. 12-13), ils cherchent, par la prière des vivants qui servent d’intermédiaires, l’absolution divine, comme en témoigne l’entêtant refrain.

Les pendus demandent donc à « vous », lecteur, frère humain, de prier pour qu’ils n’aillent pas en Enfer où continuerait leur supplice (« Nous préservant de l’infernale foudre », v. 18, « Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie », v. 32). Cette crainte de l’Enfer est très présente dans les deux dernières strophes.

La ballade des pendus, conclusion :

Ce n’est donc pas de sa mort prochaine que traite Villon dans « La ballades des pendus », mais de la mort en général.

Prenant la voix angoissée et macabre d’un groupe de pendus, il devient leur porte-parole et instaure une situation de dialogue avec le lecteur, faisant entendre la plainte des morts par le rythme et les rimes de la ballade.

En prônant la charité et l’humilité, en dépeignant une scène extrêmement réaliste et pathétique, Villon fait de sa ballade un plaidoyer universel et un appel à la compassion dans son sens le plus chrétien, demandant à Dieu lui-même la rédemption des péchés de toute l’humanité.

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  4 commentaires à “La ballade des pendus, Villon : commentaire”

  1.  

    Bonjour, dans mon plan j’ai B) un poème argumentatif.

    Chose que je ne retrouve pas dans votre analyse, pouvez vous m’aider. Pour le moment j’ai trouvé les mots comme « Mais » « Ne soyez DONC de notre confrérie ».

    En gros, les pendus disent aux vivants de ne pas faire de bêtises sinon ils vont finir comme eux ?

  2.  

    Bonjour, le plan que vous donnez est-il valable pour toutes les questions possibles à l’oral que vous évoquez juste avant ?

  3.  

    Bonjour Amélie, tout d’abord merci pour ce site qui m’aide beaucoup!
    En classe nous avons étudié ce poème en tant que LA je me suis fait mes fiches. Jusque là tout va bien. Notre professeur ne nous a ni introduit le texte, ni ne nous l’a conclu. Du coup je me suis aidé de différents sites je me suis débrouillé. Le problème maintenant c’est qu’il m’est impossible de trouver une ouverture à cette analyse. Malgré toutes les LC que nous avons étudié, aucune n’a de rapport et le professeur ne veut plus entendre parler de cette LA…
    Pouvez-vous m’aider, me donner un titre de poème que l’on pourrait mettre en ouverture de celui-ci s’il vous plaît.
    Merci d’avance.
    Maxime

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