Les Fourberies de Scapin, Molière : résumé et fiche de lecture

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Voici une fiche de lecture complète (résumé et analyse) des Fourberies de Scapin de Molière.

Qui est Molière ?

Molière, de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin, naît à Paris en 1622 dans une famille de marchands tapissiers aisés, proches de la cour. Destiné à reprendre la charge de tapissier ordinaire du roi, il renonce à cet avenir tout tracé pour se consacrer au théâtre : en 1643, il fonde avec la famille Béjart l’Illustre-Théâtre, qui périclite rapidement, l’obligeant à un séjour de treize années en province, à la tête d’une troupe itinérante.

De retour à Paris en 1658, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, puis de Louis XIV lui-même, qui lui accorde une pension et prend sa troupe sous sa protection. Il enchaîne les succès et les scandales, en particulier Tartuffe et Dom Juan, interdits et censurés pour leur audace envers la religion et la bonne société. Directeur de troupe, acteur, auteur, il mène une carrière exigeante qui use sa santé. Il meurt en 1673, peu après une représentation du Malade imaginaire, pièce où il tenait, comme souvent, le rôle principal.

Les Fourberies de Scapin est créée en 1671 au théâtre du Palais-Royal, alors en travaux, ce qui impose à Molière une pièce simple à monter, jouable avec un décor sommaire. L’accueil du public est mitigé et la critique, incarnée par Boileau, lui reproche sa veine trop populaire. La pièce s’imposera pourtant durablement au répertoire.

Comment résumer Les Fourberies de Scapin ?

Acte I 

Pendant l’absence de leurs pères respectifs partis en voyage, Octave, fils d’Argante, a épousé en secret Hyacinte, une jeune fille pauvre, tandis que son ami Léandre, fils de Géronte, s’est épris d’une jeune Égyptienne, Zerbinette.

Silvestre, valet d’Octave, annonce à celui-ci le retour imminent de son père, qui projette de le marier à la fille de Géronte. Affolé, Octave se tourne vers Scapin, valet de Léandre, qui s’engage à défendre la cause des deux amants. Resté seul face à Argante, il tente de plaider la cause d’Octave, mais le vieillard, furieux, reste sur ses positions.

Acte II 

Argante ayant appris de Scapin que Léandre aurait commis une grave erreur, le répète à Géronte. Géronte dispute donc son fils, qui, à son tour, dispute Scapin.

Apprenant qu’il doit verser une rançon pour ne pas perdre Zerbinette, enlevée par des Égyptiens, Léandre supplie Scapin de l’aider. Scapin décide alors de soutirer de l’argent aux deux pères.

À Argante, il invente un frère vengeur de Hyacinte acceptant d’annuler le mariage de sa sœur moyennant une forte somme. Argante refuse d’abord, mais lorsque Silvestre, valet d’Octave, déguisé un spadassin, vient réclamer l’argent, Argante, terrifié, le donne.

À Géronte, Scapin invente l’histoire d’un Turc qui aurait enlevé Léandre sur une galère et réclamerait cinq cents écus de rançon. Géronte finit par céder.

Acte III

Scapin, qui veut se venger de Géronte pour l’avoir accusé auprès de Léandre, le convainc qu’un spadassin le recherche pour le tuer et le persuade de se cacher dans un sac qu’il portera sur son dos. Sous couvert de le protéger, il feint plusieurs voix d’assaillants et roue le sac de coups de bâton, avant que Géronte ne découvre la supercherie.

Zerbinette, ignorant qu’elle parle au père de Léandre, raconte à Géronte en riant comment Scapin lui a volé son argent, ce qui redouble la fureur du vieillard.

Une double reconnaissance dénoue l’intrigue : Hyacinte se révèle être la fille de Géronte, née d’un second mariage, et Zerbinette celle qu’Argante croyait perdue en mer des années plus tôt. Les deux mariages peuvent enfin être célébrés. Pour finir, Scapin fait semblant d’avoir été victime d’un accident mortel et se fait porter sur scène, mourant, afin d’obtenir le pardon des deux pères.

Quels sont les thèmes importants dans Les Fourberies de Scapin ?

Le conflit entre l’autorité paternelle et le désir amoureux

  • L’intrigue repose sur l’opposition entre des pères qui veulent régler des mariages par intérêt (alliance, fortune, convenance) et des fils qui veulent épouser par amour. Argante et Géronte, absents pendant les mariages secrets d’Octave et de Léandre, incarnent cette autorité contrariée.

  • Il s’agit d’un topos de la comédie, depuis l’Antiquité. Le schéma type, hérité des auteurs latins Plaute et Térence, qui l’ont eux-mêmes hérités de la comédie grecque, met en scène un jeune homme amoureux d’une femme jugée inappropriée par son père (souvent une courtisane, une esclave, ou une fille sans dot/sans identité connue), un père qui s’oppose au mariage, généralement pour des raisons d’argent ou de statut social, et qui a souvent son propre projet matrimonial pour son fils et un esclave rusé qui met au point des stratagèmes pour tromper le père et permettre l’union. Le dénouement type révèle que la femme est en réalité de bonne famille, souvent une citoyenne enlevée dans son enfance, ce qui lève l’obstacle social et légitime le mariage. Cette intrigue est celle de pièces comme Le Pseudolus ou Les Captifs de Plaute, ou L’Andrienne, Les Adelphes de Térence.

  • La pièce dramatise la tension entre alliance matrimoniale dictée par la famille, en raison d’impératifs financiers et de question de rang social, et choix individuel fondé sur l’amour. Le dénouement tranche en faveur de l’amour, mais par un artifice, celui de la double reconnaissance, qui réconcilie in extremis les désirs des enfants et les intérêts des pères, comme le résume Sylvestre : « Le hasard a fait, ce que la prudence des pères avait délibéré » (III, 8, p. 107). La dimension subversive de la pièce est ainsi considérablement amoindrie par ce topos de la reconnaissance.

Le renversement de la hiérarchie sociale par la ruse

  • Scapin, simple valet, en bas de l’échelle sociale, est le seul personnage doté d’une véritable intelligence stratégique. Il gouverne l’intrigue de bout en bout, alors que ses maîtres, jeunes ou vieux, subissent les événements sans jamais les maîtriser.

  • La pièce inverse ainsi l’ordre social : ce n’est plus l’autorité (celle du père, celle du maître) qui commande, mais l’esprit et l’audace. Scapin le revendique lui-même comme un « noble métier » : « on n’a guère vu d’homme qui fût plus habile ouvrier de ressorts et d’intrigues, qui ait acquis plus de gloire que moi dans ce noble métier » (I, 2, p. 13).

  • Ce renversement reste néanmoins temporaire et cadré : à la fin de la pièce, l’ordre familial et social se rétablit par le mariage et par le pardon accordé aux pères, ce qui limite la portée subversive de la pièce. Le plaisir de voir la hiérarchie sociale inversée est limité au temps de la représentation.

La satire des vieillards

  • Géronte incarne la figure classique du vieillard avare, un type que Molière développe aussi dans L’Avare. Sa réaction à l’annonce de la rançon en témoigne : il répète, incrédule et accablé, « Cinq cents écus ! N’a-t-il point de conscience ? » avant de finir par céder sa bourse à contrecœur (II, 7, p. 72).
  • Argante, de son côté, incarne davantage le père procédurier et coléreux, prêt à « plaider » plutôt qu’à payer, jusqu’à ce que la peur le fasse renoncer à ses résistances (II, 5-6). Molière ridiculise aussi bien l’avarice que la lâcheté des deux vieillards.

Le théâtre dans le théâtre

  • Scapin agit comme un dramaturge, un acteur et un metteur en scène :

    • Dramaturge, il invente des situations et des personnages : le frère de Hyacinthe, l’enlèvement et la demande de rançon, la troupe de soldats.

    • Acteur, il imite le père d’Octave : « Bon. Imaginez-vous que je suis votre père qui arrive, et répondez-moi fermement, comme si c’était à lui-même. Comment, pendard, vaurien, infâme, fils indigne d’un père comme moi, oses-tu bien paraître devant mes yeux après tes bons déportements, après le lâche tour que tu m’as joué pendant mon absence ? » (I, 3, p. 22). Il travestit sa voix et interprète plusieurs personnages en même temps dans la scène du sac (III, 2) ; il se fait passer pour agonisant dans la scène finale, où la didascalie indique « apporté par deux hommes, et la tête entourée de linges, comme s’il avait été blessé. » (III, 13, p. 112)

    • Metteur en scène, il dirige le jeu des autres acteurs : « Répétons un peu votre rôle et voyons si vous ferez bien. Allons. La mine résolue, la tête haute, les regards assurés. » (I, 3, p. 22)

Quelles sont les caractéristiques de l’écriture dans Les Fourberies de Scapin ?

Une farce héritée de la commedia dell’arte

  • Molière puise largement dans la comédie italienne : le personnage du valet rusé, les déguisements, les coups de bâton, le rythme trépidant des scènes doivent beaucoup à cette tradition.
  • Cet héritage vaut à la pièce d’être jugée trop populaire par une partie de la critique classique, comme par exemple Boileau, dans L’Art poétique : « Dans ce sac ridicule où Scapin s’enveloppe, / Je ne reconnais plus l’auteur du Misanthrope. »

Une prose vive, rythmée par le dialogue

  • Contrairement à d’autres comédies de Molière écrites en alexandrins, Les Fourberies de Scapin est intégralement en prose, ce qui accentue la rapidité des échanges et le naturel du langage parlé. Les répliques sont courtes, souvent réduites à un mot ou une exclamation, comme dans l’affrontement serré entre Scapin et Argante qui prend la forme d’une stichomythie (échange de répliques très courtes et rapides) : « Vous ne le romprez point. – Je ne le romprai point ? – Non. » (I, 4, p. 29)
  • Cette prose laisse aussi place à des morceaux de bravoure oratoire, comme la tirade de Scapin sur les lenteurs et les dangers de la justice (II, 5, p. 61-62), qui contraste par son ampleur avec la sécheresse comique du reste du dialogue et montre la virtuosité verbale du personnage.

Les procédés du comique

  • Le comique de mots repose sur les jeux de langage : par exemple, les répétitions obsessionnelles, comme le « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » que Géronte égrène à sept reprises (II, 7) ou encore les accents étrangers contrefaits par Scapin dans la scène du sac : « Parti moi courir comme une Basque, et moi ne pouvre point troufair de tout le jour sti tiable de Gironte ? […] Dites-moi un peu fous, Monsir l’homme, s’il ve plaist, fous savoir point où l’est sti Gironte que moi cherchair ?  […] Dites-moi-le vous frenchemente, moi li fouloir pas grande chose à lui. L’est seulemente pour li donnair un petite régale sur le dos d’un douzaine de coups de bastonne, et de trois ou quatre petites coups d’épée au trafers de son poitrine. » (III, 2, p. 95-96)
  • Le comique de gestes domine particulièrement la scène du sac (III, 2), pure pantomime qui doit tout au jeu physique de l’acteur.
  • Le comique de caractère s’incarne dans les types fixes de la comédie classique : le vieillard avare, le père colérique, le valet fourbe, les jeunes amoureux transis.
  • Le comique de situation apparaît dans les quiproquos comme la scène 3 de l’acte III où Zerbinette se moque de Géronte devant lui sans savoir qu’il s’agit de lui, ou encore la scène où Argante, se croyant seul, monologue à voix haute pendant que Scapin commente en aparté chacune de ses phrases (I, 4). Ce comique repose sur le principe de l’ironie dramatique, où le spectateur détient une information que les personnages ignorent. Ce procédé crée une connivence entre le dramaturge et le public, qui rit à la fois de la situation et de la naïveté des personnages.

Tu étudies Les Fourberies de Scapin ? Regarde aussi :

• Le Malade imaginaire, Molière [fiche de lecture]
• Dom Juan, Molière : résumé [vidéo]
• L’école des femmes, Molière [Fiche de lecture]
• Le Misanthrope, Molière : résumé
• Tartuffe, Molière [fiche de lecture]

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