L’école des femmes, Molière : fiche de lecture

l'école des femmes fiche de lectureVoici une fiche de lecture de la pièce L’école des femmes (1662) de Molière.

L’Ecole des femmes est une comédie de mœurs qui tourne en ridicule la peur que les époux ont de se faire tromper.

Arnolphe est un gentilhomme colérique dont la peur du cocuage est allée jusqu’à enfermer une jeune fille, Agnès, pour s’assurer de sa fidélité.

Il n’en sera bien évidemment rien, dans cette comédie qui entend démontrer le caractère naturel des désirs amoureux.

La pièce repose ainsi sur la tension, à la fois comique et violente, entre la domination masculine et sociale incarnée par Arnolphe, et la naïveté du cœur, incarnée par Agnès.

Sans remettre en question l’édifice sociale, la pièce et son titre dénoncent l’infériorisation des femmes dans une société où le rang social ne correspond pas toujours à la dignité morale.

Cette comédie en cinq actes fait la synthèse de la farce et de la comédie des mœurs, marquant l’avènement de la grande comédie comme genre littéraire.

L’ambition morale de la pièce suscita à l’époque une querelle que Molière tourna à son avantage en répondant l’année suivante avec une nouvelle comédie intitulée La Critique de l’Ecole des femmes.

Qui est Molière ?

Jean-Baptiste Poquelin dit Molière (1622-1673) est l’un des plus grands dramaturges français. Il révolutionna la comédie.

Issu de la bourgeoisie marchande parisienne, il cofonde la troupe de l’Illustre Théâtre en 1643.

Leur répertoire varié remporte un vif succès, mais la pression des créanciers impose cependant un départ en tournée en 1644, année où Molière prend son nom.

Durant ses tournées (1645-1658), Molière s’impose comme un maître de la farce et de la comédie inspirées de la commedia dell’arte.

Le retour à Paris, en 1658, sous la protection de Louis XIV, marque l’accession à la gloire théâtrale.

Molière suscite l’admiration et la réprobation par ses grandes comédies satiriques : Tartuffe, Le Misanthrope, Don Juan

Comment résumer L’école des femmes ?

Tu peux trouver ici un résumé détaillé scène par scène de L’école des femmes.

Arnolphe, un homme d’âge mûr (42 ans), n’a qu’une hantise : être un mari trompé.

Pour éviter le cocuage, il est devenu tuteur d’une jeune enfant de 4 ans qu’il a fait élever au couvent, dans l’ignorance la plus absolue.

La jeune fille, Agnès, a désormais 17 ans. Arnolphe l’a séquestrée chez des paysans et compte l’épouser le lendemain.

Mais Agnès est devenue une jeune femme naïve qui tombe sous le charme d’Horace, un jeune homme venu la courtiser sous sa fenêtre.

Or Horace révèle son aventure à Arnolphe, ignorant que le barbon est le tuteur d’Agnès qui se destine à l’épouser.

S’ensuit une suite de péripéties : Arnolphe s’efforce d’effrayer l’ingénue Agnès en lui intimant de ne plus revoir Horace et de lui lancer des pierres. Mais Agnès préfère lancer une lettre d’amour à son jeune amant.

Arnolphe parvient à déjouer le stratagème mais se lamente sur sa souffrance amoureuse.

Arnolphe tend alors un piège à Horace qui doit rendre visite à Agnès en pleine nuit. Il lui fait des donner des coups de bâtons si bien qu’Horace confie Agnès à Arnolphe, ignorant toujours que ce dernier est le tuteur de la jeune fille.

Par un coup de théâtre final, la promise que le père d’Horace a prévu pour son fils se révèle être Agnès elle-même, qui a dû changer de nom du fait de ses origines miséreuses.

Ce coup de théâtre résout la pièce, qui s’achève par un mariage heureux. Arnolphe ne se marie pas pour ne pas souffrir du cocuage.

Quels sont les thèmes importants dans L’école des femmes ?

La misogynie

Arnolphe est le misogyne type du 17ème siècle, qui suscite la moquerie.

Sa hantise du cocuage l’obsède alors que son nom renvoie comiquement au « patron » des maris trompés, ce qui annonce le contenu de la pièce.

Arnolphe est d’autant plus amusant qu’il se moque des maris trompés, alors qu’il est lui-même trompé : « Enfin ce sont partout des sujets de satire ; / Et comme spectateur, ne puis-je pas en rire ? » (I, 1)

Son discours misogyne est si hyperbolique qu’il décrédibilise la prétendue supériorité masculine : « Votre sexe n’est là que pour la dépendance ; / Du côté de la barbe est la toute-puissance » (III, 2).

Sa vision de la femme est négative : il la juge trompeuse et perfide. C’est la raison pour laquelle il opprime et enferme Agnès, espérant ainsi la soustraire à ses penchants naturels et se faire obéir.

Étranger aux sentiments amoureux et dépourvu de charmes, Arnolphe ne considère le mariage que comme un contrat légitimant la disposition de la femme par l’homme.

D’ailleurs, incapable d’exprimer des sentiments amoureux, il se contente de rudoyer sa pupille.

À Agnès, il ne promet qu’une promotion sociale, de « pauvre villageoise » à « honorable bourgeoise » (III, 2). Le mariage s’apparente donc à un achat.

Arnolphe est odieusement autoritaire : « Je suis maître, je parle : allez, obéissez. » (II, 4)

Mais il se fait déborder par les aspirations à l’amour et à la liberté de sa pupille.

L’amour met donc finalement en échec l’ordre social hiérarchisé et la domination masculine du personnage principal.

L’amour : une aspiration naturelle

Agnès a grandi enfermé au couvent dans une ignorance qui fait d’elle un « être de nature ». Elle croit même encore que les enfants se font par les oreilles.

En la maintenant dans l’ignorance la plus absolue, Arnolphe entend la confiner dans un rôle d’épouse soumise.

Or Agnès, pure et sincère, se laisse guider par son instinct sensuel.

C’est au départ par compassion qu’elle fait entrer Horace chez elle, de peur que ce dernier meurt de la maladie dont il se prétend atteint.

Puis le plaisir sensuel, celui des caresses d’Horace sur ses bras, la convainc de poursuivre son instinct amoureux.

Agnès est donc l’objet d’une sorte d’expérience sociologique qui démontre que le désir amoureux est naturel et ne doit pas être réprimé.

La pièce défend ainsi l’amour et le plaisir, contre le dogmatisme religieux.

Subtilement, Molière montre aussi que ce n’est pas le théâtre ou les Lettres qui corrompt les mœurs, le désir étant naturel.

La critique de la galanterie

Si Arnolphe est un personnage-repoussoir, son concurrent amoureux, Horace, n’est pas pour autant un modèle valorisé par la pièce.

En effet, Horace incarne le « galant », jeune homme apprêté et charmeurs pour qui la séduction est une conquête qui flatte l’orgueil.

C’est Arnolphe lui-même qui critique les galants hypocrites : « Je sais qu’en vous flattant le galant ne désire / Que de vous abuser, et puis après s’en rire. » (II, 5)

Il souligne l’antithèse entre leur charme et leur cruauté manipulatrice : « Grands cheveux, belles dents et des propos fort doux ; / Mais, comme je vous dis, la griffe est là-dessous » (III, 1)

Et en effet, Horace réifie sans cesse Agnès, qu’il désigne par le terme d’ « objet », tandis qu’Agnès devine, malgré son inexpérience, qu’Horace l’aime moins qu’elle ne l’aime : « Non, vous ne m’aimez pas autant que je vous aime. » (V, 3).

L’éducation des femmes

Le titre de la pièce, L’école des femmes, souligne déjà la visée pédagogique de cette comédie qui s’interroge sur l’éducation à donner aux femmes.

Agnès est volontairement maintenue dans l‘ignorance la plus absolue, ce qui n’avait rien de choquant au XVIIème siècle.

Les filles étaient souvent confiées à des communautés religieuses qui les tenaient à l’écart du monde et les préparaient à être de futures servantes pour leur mari. L’obsession première était de préserver la virginité des jeunes filles jusqu’à leur mariage.

Or Molière remet en cause ce modèle tyrannique.

C’est d’ailleurs l’ambition morale de cette pièce qui choque ses contemporains et suscite une vive querelle.

Quelles sont les caractéristiques de l’écriture dans cette pièce ?

L’élévation de la comédie

1662 est une date clé dans l’histoire du théâtre français : c’est en effet avec L’École des femmes que Molière donne à la comédie ses titres de noblesse.

Jusque là, la comédie était un genre bas.

On distinguait la farce populaire dont l’intrigue reposait sur un mauvais tour avec des personnages stéréotypées et des procédés comiques souvent grossiers, et la comédie de mœurs qui se caractérisait par des intrigues complexes et imbriquées.

Avec L’école des femmes, Molière opère la synthèse de ces genres comiques, donnant à la comédie une dignité et une profondeur qui la hausse au rang de la tragédie.

L’école des femmes emprunte à la farce légère son thème (l’infidélité féminine), ainsi que certains procédés comiques licencieux, comme à la scène 5 de l’acte II.

Les différents personnages représentés incarnent des stéréotypes sociaux qui tendent vers la caricature comique.

À la comédie de mœurs, Molière emprunte la satire sociale à l’encontre d’un vice.

L’École des femmes se distingue cependant par son comique plus profond et son ambition morale.

C’est en effet une pièce qui dénonce des défauts humains mais qui interroge également des sujets de société ambitieux comme l’éducation des femmes, la domination masculine…

Arnolphe se distingue également par sa complexité presque tragique.

Il correspond au personnage type du barbon, mais Molière lui donne une profondeur inégalée auparavant dans une comédie.

Ainsi, Arnolphe est odieux et ridicule, mais il prend conscience de son amour pour Agnès au fur et à mesure que la jeune fille lui résiste. Sa douleur sincère éclate dans la scène 1 de l’acte IV :

« J’étais aigri, fâché, désespéré contre elle;
Et cependant jamais je ne la vis si belle,
Jamais ses yeux aux miens n’ont paru si perçants,
Jamais je n’eus pour eux des désirs si pressants;
Et je sens là dedans qu’il faudra que je crève
 »

Arnolphe apparaît ainsi comme un personnage contradictoire qui peut susciter le rire mais aussi l’empathie.

La parodie des registres élevés

La pièce est ponctuée de monologues et de tirades où Arnolphe s’afflige ou s’enflamme.

Ces passages constituent souvent des parodies de répliques tragiques.

Ce genre élevé triomphe à la même époque avec Racine.

Or cette incursion du tragique dans une comédie de mœurs crée un décalage comique et souligne la volonté de Molière de faire de la comédie la rivale de la tragédie.

La pièce parodie également les recueils de préceptes moraux d’inspiration chrétienne que les personnes bien nées se devaient de respecter (III, 2).

C’est ici le caractère hyperbolique et misogyne des préceptes qui crée un effet comique. Leur pesanteur cherche à amuser autant qu’à agacer.

Ces caricatures s’attaquent indirectement à l’Eglise, dont le dramaturge condamne le dogmatisme conservateur qui étouffe les aspirations naturelles à l’amour.

Enfin, Molière critique également la poésie galante à travers le personnage d’Horace. Il poursuit en effet un « objet » amoureux en la personne d’Agnès, et semble prendre un plaisir narcissique à dire l’amour, ce qui jette le doute sur la sincérité de ses sentiments.

Tu étudies L’École des femmes ? Regarde aussi :

Le Malade imaginaire, Molière [Fiche de lecture]
Tartuffe, Molière [Fiche de lecture]
Dom Juan, Molière : résumé
Le Misanthrope, Molière : résumé

Qui suis-je ?

Amélie Vioux

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