On ne badine pas avec l’amour, Musset, acte II scène 1 : analyse

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Voici une analyse linéaire de l’acte II scène 1 de On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset.

L’extrait analysé va de « Déjà levée, cousine ? » à « Mais si cela te déplaît, n’en parlons plus; adieu mon enfant« .

On ne badine pas avec l’amour, acte II scène 1, introduction

En écrivant On ne badine pas avec l’amour, Alfred de Musset a probablement investi symboliquement sa relation sentimentale tumultueuse avec George Sand.

Ce drame romantique fut publié en 1834, puis parut et enfin fut joué en 1861 à la Comédie Française, soit quatre ans après la mort du dramaturge.

Le premier acte est marqué par les retrouvailles entre Perdican et Camille, deux cousins séparés pendant dix ans après une enfance commune. (Voir la fiche de lecture sur On ne badine pas avec l’amour)

À ce stade, le mariage souhaité par la mère de Camille dans son testament semble compromis malgré les efforts du Baron et du curé. En effet, Camille se montre glaciale avec Perdican.

Le texte étudié, la scène1 de l’Acte II, se situe au moment où Maître Blazius quitte la scène et où Camille entre en scène : il s’agit donc du premier moment où les jeunes gens se retrouvent seuls.

Problématique

En quoi ce texte constitue-t-il un échange franc entre des cousins aux desseins divergents ?

Texte étudié

Perdican

Déjà levée, cousine ? J’en suis toujours pour ce que je t’ai dit hier ; tu es jolie comme un cœur.

Camille

Parlons sérieusement, Perdican ; votre père veut nous marier. Je ne sais ce que vous en pensez ; mais je crois bien faire en vous prévenant que mon parti est pris là-dessus.

Perdican

Tant pis pour moi si je vous déplais.

Camille

Pas plus qu’un autre, je ne veux pas me marier : il n’y a rien là dont votre orgueil puisse souffrir.

Perdican

L’orgueil n’est pas mon fait ; je n’en estime ni les joies ni les peines.

Camille

Je suis venue ici pour recueillir le bien de ma mère ; je retourne demain au couvent.

Perdican

Il y a de la franchise dans ta démarche ; touche là et soyons bons amis.

Camille

Je n’aime pas les attouchements.

Perdican, lui prenant la main.

Donne-moi ta main, Camille, je t’en prie. Que crains-tu de moi ? Tu ne veux pas qu’on nous marie ? eh bien ! ne nous marions pas ; est-ce une raison pour nous haïr ? ne sommes-nous pas le frère et la sœur ? Lorsque ta mère a ordonné ce mariage dans son testament, elle a voulu que notre amitié fût éternelle, voilà tout ce qu’elle a voulu. Pourquoi nous marier ? voilà ta main et voilà la mienne, et pour qu’elles restent unies ainsi jusqu’au dernier soupir, crois-tu qu’il nous faille un prêtre ? Nous n’avons besoin que de Dieu.

Camille

Je suis bien aise que mon refus vous soit indifférent.

Perdican

Il ne m’est point indifférent, Camille. Ton amour m’eût donné la vie, mais ton amitié m’en consolera. Ne quitte pas le château demain ; hier, tu as refusé de faire un tour de jardin, parce que tu voyais en moi un mari dont tu ne voulais pas. Reste ici quelques jours, laisse-moi espérer que notre vie passée n’est pas morte à jamais dans ton cœur.

Camille

Je suis obligée de partir.

Perdican

Pourquoi ?

Camille

C’est mon secret.

Perdican

En aimes-tu un autre que moi ?

Camille

Non ; mais je veux partir.

Perdican

Irrévocablement ?

Camille

Oui, irrévocablement.

Perdican

Eh bien ! adieu. J’aurais voulu m’asseoir avec toi sous les marronniers du petit bois et causer de bonne amitié une heure ou deux. Mais si cela te déplaît, n’en parlons plus ; adieu, mon enfant. (Il sort.)

On ne badine pas avec l’amour, Alfred de Musset, acte II scène 1

Plan linéaire

Nous verrons que face au refus de Camille, Perdican tente de passer de l’amour à l’amitié, en vain.

Puis nous analyserons l’échange final entre les deux jeunes gens, qui signe l’échec de la tentative de persuasion de Perdican.

I – L’amour ou l’amitié, un choix difficile

Du début jusqu’à « laisse-moi espérer que notre vie passée n’est pas morte à jamais dans ton cœur. »

L’extrait s’ouvre sur des mentions temporelles (« déjà levée », « hier ») qui soulignent la prise de distance de Musset avec la règle de l’unité de temps du théâtre classique.

Perdican réaffirme son attirance pour Camille par la métaphore « tu es jolie comme un cœur ».

Mais face à ce compliment, Camille montre sa sagacité de façon laconique. Elle ne veut pas être dupée par les compliments de son cousin qu’elle imagine résulter d’une décision extérieure : « Parlons sérieusement, Perdican ; votre père veut nous marier ».

L’adverbe « sérieusement«  détonne avec le discours galant et léger de Perdican. L’allitération en « p » accentue cette gravité : « Parlons sérieusement, Perdican ; votre père veut nous marier. Je ne sais pas ce que vous en pensez »

Sans attendre le point de vue de son cousin comme l’indique la phrase « Je ne sais ce que vous en pensez », elle prend les devants et exprime sa position par la proposition subordonnée conjonctive complétive « que mon parti est pris là-dessus. »

Mais en l’absence d’arguments de Camille, Perdican analyse ce refus avec dépit et amertume, comme l’illustre la phrase « Tant pis pour moi si je vous déplais. »

Il demeure toutefois dans une analyse classique des rapports amoureux, en suggérant qu’il n’est pas au goût de Camille : « si je vous déplais » . Dans cette proposition subordonnée circonstancielle d’hypothèse, Perdican se retrouve en position grammaticale de complément d’objet (« vous » ) tandis que Camille est sujet du verbe « déplaire » . Perdican souligne ainsi qu’il subit la décision de Camille.

Pourtant, Camille ne lui reproche rien dans la mesure où elle affirme sa volonté par une négation totale : « Pas plus qu’un autre, je ne veux pas me marier ».

Les asyndètes (absence de mots de liaison entre les propositions) accentuent la sécheresse de son discours.

Elle souligne que son refus ne tient pas à la personne de Perdican. La proposition subordonnée relative « dont votre orgueil puisse souffrir. » attribue à Perdican un défaut : l’orgueil, ce qui vise sans doute à piquer Perdican dans son amour-propre.

Par la suite, Camille est très explicite et s’en tient aux faits, qu’il s’agisse d’une explication sur le temps (le passé composé « je suis venue », le présent à valeur de futur proche « je retourne demain »), ou le lieu (« ici », « au couvent »).

Le lecteur-spectateur comprend alors que la venue de Camille n’est que temporaire et que cette dernière est mue par son éducation religieuse. Le complément circonstanciel de but « pour recueillir le bien de ma mère » souligne une démarche prosaïque dans laquelle les sentiments n’ont pas de place pour Camille.

À première vue, Perdican ne s’offusque pas de la réponse de sa cousine, au contraire : il en loue la franchise et lui propose, par le recours à l’impératif présent, de sceller une amitié : « touche là et soyons bons amis. »

L’emploi de la première personne du pluriel (« soyons » ) souligne la volonté de réconciliation du jeune homme.

Mais Camille se froisse aussitôt et refuse ce geste en affirmant « Je n’aime pas les attouchements. » La négation totale marque une fois de plus un rejet de Perdican.

Le jeune homme ne tient nul compte de cette réponse comme l’illustre le participe présent de la didascalie « lui prenant la main. »

Il va développer sa réflexion autour de ce geste symbolique des mains réunies : tantôt signes de mariage, tantôt témoins d’une amitié indéfectible, leurs mains jointes peuvent revêtir plusieurs fonctions.

L’émotion de Perdican est palpable dans la longueur de ses répliques et la ponctuation expressive. Ce nouveau refus de Camille réveille en lui un réel émoi que traduisent les questions ouvertes (« Que crains-tu de moi ? ») ou les interro-négatives (« Tu ne veux pas qu’on nous marie ? », « ne sommes-nous pas le frère et la sœur ? »).

Il renonce au mariage pour garder l’amitié de sa cousine, au point qu’il est prêt à suivre l’avis de sa cousine, de façon désinvolte en apparence : « eh bien ! ne nous marions pas ».

Mais afin de persuader Camille, il a recours aux émotions, en rappelant les voeux de la mère de Camille : « Lorsque ta mère a ordonné ce mariage dans son testament, elle a voulu que notre amitié fût éternelle, voilà tout ce qu’elle a voulu. » Il utilise cet événement, avec la répétition du verbe vouloir, comme un argument d’autorité, justifiant la nécessité de leur relation, même amicale.

Il ne renonce néanmoins pas à ce mariage puisqu’il estime que ce dernier n’a pas besoin du sacrément d’un prêtre. Pour Perdican, le mariage est avant tout une affaire de coeur. Il tente ainsi de célébrer un mariage symbolique :

  • Par la gestuelle : « voilà ta main et voilà la mienne » : les deux présentatifs (« voilà ») en miroir recréent l’atmosphère d’une cérémonie solennelle.
  • Par le passage au présent de l’indicatif pour énoncer les voeux : « pour qu’elles restent unies ainsi jusqu’au dernier soupir »
  • Par le rappel d’un des préceptes du sacrément du mariage : « éternelle« , « pour qu’elles restent unies jusqu’au dernier soupir » qui évoque la formule consacrée « jusqu’à ce que la mort nous sépare » .
  • Dans un élan grandiloquent, il assène sa conclusion solennelle : « Nous n’avons besoin que de Dieu. » . Perdican ne semble pas mesurer, à ce stade, l’importance de la religion pour Camille. Par la négation restrictive, il critique indirectement les membres de l’institution religieuse, intermédiaires non nécessaires entre Dieu et les hommes.

Camille répond de façon laconique et formelle : « Je suis bien aise que mon refus vous soit indifférent. » Le vouvoiement renforce sa distance avec Perdican.

Mais Perdican ne semble pas renoncer à un rapprochement. Il se montre lyrique et grandiloquent : « Ton amour m’eût donné la vie, mais ton amitié m’en consolera. » La construction binaire entre l’amour et l’amitié, ainsi que le recours au conditionnel passé d’un côté et au futur simple de l’autre montrent que Perdican souhaite maintenir une relation amicale. L’allitération en « m », douce, renforce le lyrisme de cette réplique.

Perdican enjoint à sa cousine de ne pas partir, par trois impératifs : « ne quitte pas le château », « reste ici », « laisse-moi espérer ». Plus qu’une règle de bienséance, son comportement traduit sa volonté de garder une amitié avec Camille, à défaut de devenir son mari.

Il a pris acte de la décision de sa cousine mais son émotion est vive, comme en témoigne le registre pathétique : « laisse-moi espérer que notre vie passée n’est pas morte à jamais dans ton cœur. » Le déterminant possessif « notre » fait référence à un passé commun idéalisé.

II – L’échec de l’art de la persuasion

De « Je suis obligée de partir » à « adieu, mon enfant« 

Le deuxième mouvement de la scène est marqué par un échange de stichomythies qui accélère le rythme des échanges et crée un effet de symétrie : Camille affirme ses actes par des phrases affirmatives courtes et Perdican pose des questions afin de persuader sa cousine de rester plus longtemps.

Camille souhaite mettre un terme à leur entretien (« Je suis obligée de partir », « je veux partir ») mais sans donner d’explication sur la nature de cette obligation.

Elle se contente d’une réponse quelque peu énigmatique : « C’est mon secret. » Ces réponses laconiques peuvent s’interpréter comme une volonté d’affirmer sa liberté mais aussi comme un caprice d’enfant gâté.

Perdican ne semble pas comprendre les raisons de Camille puisqu’il imagine d’emblée que le cœur de Camille est pris par un autre homme, alors qu’il s’agit d’un engagement religieux. Sa tentative de persuasion est alors mise en échec lorsque Camille répond en reprenant l’adverbe de Perdican « Oui, irrévocablement. »

Le cousin semble respecter ce départ comme le souligne la répétition du terme « adieu ».

Il oppose son souhait exprimé par le conditionnel passé à valeur d’irréel  J’aurais voulu ») à la réalité : « Mais si cela te déplaît, n’en parlons plus ».

La scène bucolique qu’il avait imaginée, comme dans son souvenir comme l’indique le complément circonstanciel de lieu « sous les marronniers du petit bois » n’aura donc pas lieu, même en discutant d’amitié.

On ne badine pas avec l’amour, acte II scène 1, conclusion

En définitive, cette scène apparaît essentielle parce qu’il s’agit du premier moment où les cousins se retrouvent, sans tierce personne. Leur échange peut donc être plus franc.

Il porte sur la nature des sentiments qui les réunit et partant, sur la relation qui va en découler. Si Camille refuse l’amour de Perdican, elle ne semble pas pour autant accepter son amitié tant elle est pressée de repartir au couvent.

Son cousin use de toutes les techniques pour tenter de la persuader : le recours au pathos, à l’image de la défunte mère, à la grandiloquence, en vain.

Camille apparaît résolument forte et s’en tient à des réponses brèves, qui apparaissent presque dénuées d’émotion.

C’est ce refus ferme qui lancera la machine tragique puisque Perdican, par dépit amoureux, décidera de séduire Rosette, la soeur de lait de Camille.

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Amélie Vioux

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