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Voici une analyse linéaire du chapitre 18 du roman Pot-Bouille d’émile Zola.
Il s’agit de l’excipit (la dernière page du roman), de « Et, naturellement, on tomba sur les maîtres » à « c’est cochon et compagnie. »
Pot-Bouille, excipit, introduction
Ce passage constitue l’excipit de Pot-Bouille, c’est-à-dire ses dernières lignes. Il s’agit de la conclusion théorique de la démonstration zolienne ou, pour le dire en d’autres termes, de la morale de la fable qui vient d’être narrée. (Voir ma fiche de lecture complète sur Pot-Bouille de Zola)
Or, Zola fait le choix de clore son roman sur un dialogue entre les domestiques qui critiquent les mœurs dissolues et l’hypocrisie de leurs patrons bourgeois. Cet extrait témoigne donc non seulement de la grande place dévolue aux classes populaires dans le roman, mais encore du rôle qu’elles tiennent dans la critique qui est faite de la bourgeoisie.
Zola ne se contente pas de faire un portrait des milieux populaires et de donner à entendre leurs voix, ce qui est déjà une nouveauté, mais il leur confère aussi un rôle majeur dans la dénonciation de la médiocrité bourgeoise.
Extrait analysé
Et, naturellement, on tomba sur les maîtres, on jugea la soirée de la veille avec des mines de répugnance profonde.
— Les voilà donc tous recollés ensemble ? demanda Victoire, qui sirotait son cassis trempé d’alcool.
Hippolyte, en train de laver la robe de madame, répondit :
— Ça n’a pas plus de cœur que mes souliers… Quand ils se sont craché à la figure, ils se débarbouillent avec, pour faire croire qu’ils sont propres.
— Faut bien qu’ils s’entendent, dit Lisa. Autrement, ce ne serait pas long, notre tour viendrait.
Mais il y eut une panique. Une porte s’ouvrit, et les bonnes replongeaient déjà dans leurs cuisines, lorsque Lisa annonça que c’était la petite Angèle : pas de danger avec l’enfant, elle comprenait. Et, du boyau noir, monta de nouveau la rancune de la domesticité, au milieu de l’empoisonnement fade du dégel. Il y eut un grand déballage du linge sale des deux années. Ça consolait de n’être pas des bourgeois, quand on voyait les maîtres vivre le nez là dedans, et s’y plaire, puisqu’ils recommençaient.
— Eh ! dis donc, toi, là-haut ! cria brusquement Victoire, c’est-il avec la gueule de travers que tu as mangé tes moules ?
Du coup, une joie féroce ébranla le puisard empesté. Hippolyte en déchira la robe de madame ; mais il s’en fichait à la fin, c’était encore trop bon pour elle ! Le grand chameau et la petite rosse se tordaient, pliées sur le bord de leur fenêtre dans une crise de fou rire. Cependant, Adèle, ahurie, et que la faiblesse endormait, avait tressailli. Elle répondait, au milieu des huées :
— Vous êtes des sans-cœur… Quand vous mourrez, j’irai danser devant vous.
— Ah ! mademoiselle, reprit Lisa en se penchant pour s’adresser à Julie, que vous devez être heureuse de quitter dans huit jours une pareille baraque de maison !… Ma parole ! on y devient malhonnête malgré soi. Je vous souhaite de mieux tomber.
Julie, les bras nus, tout saignants d’un turbot qu’elle vidait pour le soir, était revenue s’accouder près du valet de chambre. Elle haussa les épaules et conclut par cette réponse philosophique :
— Mon Dieu ! mademoiselle, celle-ci ou celle-là, toutes les baraques se ressemblent. Au jour d’aujourd’hui, qui a fait l’une a fait l’autre. C’est cochon et compagnie.
Problématique
Comment ce tableau naturaliste des classes populaires constitue-t-il en même temps la conclusion théorique de la démonstration zolienne de la médiocrité bourgeoise ?
Annonce de plan linéaire
Le dialogue des domestiques est retranscrit au discours direct (I), puis brièvement interrompu par l’arrivée impromptue d’Angèle (II), avant de clore définitivement le roman (III).
I – Le dialogue des domestiques est retranscrit au discours direct
(De « Et, naturellement, on tomba sur les maîtres » à « Autrement, ce ne serait pas long, notre tour viendrait. »)
L’adverbe « naturellement » indique que c’est une habitude propre aux domestiques que de critiquer les maîtres. L’emploi du pronom indéfini « on », l’utilisation du verbe « tomber sur » au sens figuré de « dénigrer » et l’asyndète (absence de coordination) dans « on tomba sur les maîtres, on jugea la soirée de la veille » créent un effet d’oralité : le discours du narrateur lui-même est imprégné d’oralité.
Les « mines » sont les expressions du visage reflétant un état d’esprit ou un sentiment. Le mépris ressenti par les domestiques, pourtant vulgaires et méchants, à l’égard de leurs maîtres, témoigne de la bassesse des maîtres.
Le narrateur retranscrit au discours direct les paroles des domestiques. La syntaxe lâche et le lexique relevant de l’argot créent des effets de réalisme : le lecteur a l’impression d’entendre les voix populaires.
« Recollé » signifie de manière familière « réconcilié » et « avoir du cœur » signifie « avoir du courage » : les maîtres sont des lâches et des hypocrites qui préfèrent faire comme s’ils étaient en bons termes par peur des conflits.
L’emploi du comparatif « Ça n’a pas plus de cœur que mes souliers » a un double effet : d’une part, sur le plan argumentatif, la comparaison indique à quel point les maîtres sont des lâches, car ils n’ont pas plus de courage qu’un objet inanimé évidemment dépourvu de volonté. D’autre part, la comparaison surprenante crée un effet comique et burlesque (le burlesque est caractérisé par l’emploi de termes comiques, familiers voire vulgaires pour évoquer des choses nobles et sérieuses).
La métaphore filée « Quand ils se sont craché à la figure, ils se débarbouillent avec, pour faire croire qu’ils sont propres. » crée une image frappante et comique. Le verbe « se cracher à la figure » est d’abord employé au sens figuré, signifiant s’insulter mutuellement. Puis, la suite de la phrase file l’image du crachat, la transformant en métaphore filée qui crée un effet comique.
L’ellipse (omission) du pronom « il » dans « faut » (pour « il faut ») témoigne de la syntaxe lâche des domestiques et crée un effet naturaliste : l’auteur s’efforce d’écrire de la même manière que les classes populaires s’expriment, donnant ainsi une représentation fidèle de ces classes populaires.
« Autrement, ce ne serait pas long, notre tour viendrait. » cette phrase énigmatique aux connotations menaçantes semble signifier que les maîtres s’en prendraient aux domestiques s’ils n’étaient plus occupés par les conflits qui les opposent les uns aux autres.
II – Le dialogue des domestiques est interrompu par l’arrivée impromptue d’Angèle
(De « Mais il y eut une panique » à « Quand vous mourrez, j’irai danser devant vous »)
Le dialogue retranscrit au discours direct est interrompu et le narrateur reprend la main. Cependant, il ménage des effets de surprise en adoptant une focalisation interne : il se met au niveau des personnages et des informations auxquelles ils ont accès. Ainsi il n’indique pas immédiatement que c’est Angèle qui entre, mais il décrit successivement la réaction de panique, suivie du soulagement en apprenant que ce n’est qu’Angèle. Malgré leur mépris pour les bourgeois, les domestiques vivent tout de même dans la crainte de leurs maîtres.
Grâce à l’emploi du discours indirect libre dans « pas de danger avec l’enfant, elle comprenait », la voix du narrateur et les voix des personnages se mêlent, ce qui rend la narration plus vivante.
Le narrateur décrit la reprise des commérages au moyen de l’image spatiale des paroles des domestiques s’élevant verticalement. De plus, les paroles sont désignées par le substantif « la rancune », qui est sujet du verbe de mouvement.
« Il y eut un grand déballage du linge sale des deux années ». Le linge sale désigne au sens figuré les « affaires privées et confidentielles qui ne sont pas destinées à être dévoilées en public ». Les deux années couvrent les événements narrés par le roman, depuis l’arrivée d’Octave Mouret dans l’immeuble jusqu’à son mariage avec Mme Hédouin.
« Ça consolait de n’être pas des bourgeois, quand on voyait les maîtres vivre le nez là dedans, et s’y plaire, puisqu’ils recommençaient. » est aussi au discours indirect libre. D’un côté, la phrase paraît être dite ou pensée par les personnages, comme le montre par exemple l’emploi du pronom démonstratif « ça », forme plus orale que la forme « cela », ainsi que l’expression argotique « vivre le nez là dedans ». D’un autre, la phrase pourrait aussi faire partie du discours du narrateur. Cette ambiguïté d’un discours appartenant à la fois aux personnages et au narrateur a pour effet de donner l’impression que les domestiques sont les porte-parole du narrateur et de sa démonstration de la médiocrité bourgeoise.
Puis, une nouvelle phrase au discours direct imite l’oralité populaire, au moyen de l’interjection « eh ! », de la locution verbale « c’est-il », version familière de la locution « est-ce que c’est » et du substantif familier « la gueule ». L’irruption du discours direct a aussi pour effet de rendre le passage plus vivant.
Le narrateur décrit l’hilarité des domestiques, mêlée de cruauté, comme le montre l’expression oxymorique de « joie féroce ». L’intensité de leur hilarité est mise en avant par le fait qu’Hippolyte déchire la robe de sa patronne, ainsi que par l’emploi du verbe « se tordaient » et du participe passé « pliées », particulièrement expressifs.
Les périphrases animalières « le grand chameau » et « la petite rosse » donnent à la scène une tonalité comique. (Une « rosse » est un mauvais cheval sans vigueur.)
Les domestiques s’acharnent sur leur souffre-douleur, Adèle, qui ne se défend que par une menace bien peu effrayante, celle d’assez danser devant leurs cadavres ou leurs tombes.
III – Le roman se clôt définitivement sur les paroles des domestiques, qui servent de conclusion morale et théorique
(De « Ah ! mademoiselle, reprit Lisa » à « C’est cochon et compagnie »)
Le discours direct imite l’oralité populaire, au moyen de l’interjection populaire « Ma parole ! », ainsi que l’expression « une pareille baraque de maison !… » qui est doublement familière, d’une part car elle est pléonastique, d’autre part car le substantif « baraque » désigne de manière familière une maison mal tenue ou mal gérée.
Le paradoxe apparent « on y devient malhonnête malgré soi » traduit l’intensité de la perversité bourgeoise, capable de se transmettre par contamination comme une maladie.
La « réponse philosophique » de Julie est une illustration du bon sens populaire. Elle est exprimée dans un registre de langue populaire, comme le montrent la locution pléonastique familière « au jour d’aujourd’hui », le substantif argotique « baraque » et enfin l’expression « c’est cochon et compagnie », qui clôt le roman.
Cette dernière phrase constitue la conclusion théorique de la démonstration faite par Zola avec Pot-Bouille, ou, pour le dire en d’autres termes, la morale de la fable. Elle signifie que les personnages du roman ne sont pas des exceptions ou des cas particuliers, mais des représentants types de la bourgeoisie. Ainsi, ce qui en a été dit peut être dit de tous les bourgeois.
En faisant énoncer cette conclusion dans une forme familière, Zola fait des milieux populaires les porte-paroles de sa démonstration. En outre, en finissant son roman sur une expression argotique, Zola fait un pied de nez à ceux qui estiment que les milieux populaires ne sont pas un objet digne de figurer en littérature.
Pot-Bouille, chapitre 18, Conclusion
Ainsi, cette scène de dialogue entre les domestiques constitue à la fois un tableau naturaliste des milieux populaires, qui fait entendre leurs voix de manière fidèle, et une conclusion donnant au roman de Zola la valeur d’un exposé théorique sur la médiocrité de la bourgeoisie pouvant être appliqué à toute cette classe sociale sans distinction.
En faisant entendre les commentaires des milieux populaires sur les classes bourgeoises, Zola introduit une nouveauté littéraire qui sera reprise par des écrivains aussi divers que Marcel Proust avec le personnage de Françoise, la servante de la famille, qui irrite le héros bourgeois par ses fautes de français.
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