la igale et la fourmi analyseVoici une analyse de « La cigale et la fourmi » de Jean de La Fontaine (1668).

La cigale et la fourmi, introduction :

En 1668, La Fontaine donne à « La Cigale et la Fourmi » la première place dans son premier recueil des Fables.

Cette place ne doit rien au hasard car si cette fable est une réécriture de celle d’Esope (fabuliste du VII-VIème siècle avant J.-C), elle met en place les deux visions du monde qui animent La Fontaine.

La Fontaine se garde par ailleurs de donner une morale explicite à sa fable : il s’agit donc d’un apologue à la morale ambiguë.

Questions possibles sur « La cigale et la fourmi » à l’oral de français :

♦ Quelle est la morale de la fable « la cigale et la fourmi » ?
♦ De quoi la cigale est-elle l’allégorie ?
♦ Cette fable est-elle favorable à la cigale ou à la fourmi ?
♦ Pourquoi La Fontaine utilise-t-il des animaux pour parler des hommes ?
♦ Qu’est-ce qui fait la particularité de cette fable ?

I – Un apologue plaisant

 A – Un récit plaisant

« La cigale et la fourmi » est une réécriture de la fable d’Esope, un fabuliste latin du VIIème- VIème siècle avant J.-C.

Cette réécriture a tout pour plaire. Tout d’abord, l’utilisation des animaux doués de parole est une stratégie traditionnelle chez les fabulistes qui utilisent l’anthropomorphisme pour déceler le défaut des humains.

Le bestiaire utilisé par La Fontaine dans cette fable met ainsi en valeur de façon plaisante deux types humains opposés.

La cigale symbolise l’insouciance, l’oisiveté, le goût pour la beauté au détriment des biens matériels tandis que la fourmi symbolise le travail et le sens du négoce.

Ensuite, le style de cette fable est vif et rapide.

Les heptasyllabes (vers de sept syllabes) donne une vivacité au récit. Le complément circonstanciel « Tout l’été » constitue même un vers de trois syllabes, ce qui crée un effet d’accélération.

Cette vivacité est renforcée par la présence de dialogues qui animent le récit et lui donnent un aspect théâtral.

B – Une saynète

La fable « la cigale et la fourmi » ressemble à une saynète (courte pièce de comédie).

Au début du dialogue, La Fontaine distribue la parole par les incises « lui dit-elle », « Dit-elle à cette emprunteuse », puis les animaux poursuivent le dialogue sans l’intermédiaire du narrateur comme si les animaux prenaient leur autonomie comme le montre l’effet d’écho « Je chantais, ne vous déplaise / Vous chantiez ? ».

Ces effets d’écho ressemblent aux stichomythies du théâtre comique qui mettent en scène la lutte verbale entre deux personnages.

 C – La place originale de la morale

La fable « La cigale et la fourmi », quoique courte, ne comporte pas de morale.

Généralement, un apologue est un récit conclu par une morale. Dans « La cigale et la fourmi », la fable se conclut pas la prise de parole de la fourmi.

Il y a bien une chute puisque la fourmi reprend ironiquement le verbe chanter utilisé par la Cigale : « Vous chantiez, j’en suis fort aise / Et bien ! dansez maintenant. »

On pourrait donc penser que la dernière parole de la Fourmi se substitue à la morale. Mais Jean de La Fontaine laisse ouverte l’interprétation de la fable en ne donnant pas lui-même la clé de compréhension.

Ainsi, comment comprendre cette fable ? Faut-il se laisser porter par l’ironie de la Fourmi ou ne peut-on pas comprendre autrement cette rencontre entre deux types incarnant deux visions du monde opposées ?

II – Une critique de l’oisiveté

La critique de l’oisiveté est un topos (=un thème récurrent) de la littérature morale et du genre des fables.

A – La Cigale, incarnation de l’oisiveté

La Cigale est une allégorie de l’oisiveté.

La périphrase « cette emprunteuse » réduit l’animal à sa mendicité.

La Cigale est marquée par le dénuement comme le montre le champ lexical de la pauvreté : « dépourvue », « pas un seul petit morceau », « crier famine », « la priant de lui prêter », « subsister », « emprunteuse ».

L’extrême pauvreté est soulignée par l’insistance sur la négation « pas un seul petit ».

D’ailleurs, la cigale demande peu et réduit ses ambitions comme en témoigne le passage de « mouche » au diminutif « vermisseau ». De plus, la cigale demande non quelques grains comme on pourrait s’y attendre, mais simplement « Quelque grain » (au singulier).

La Cigale met en place une stratégie de mendicité : elle prétend pouvoir rembourser la fourmi. Mais les promesses de cette chanteuse n’inspirent pas confiance.

En effet la Cigale met le verbe « payer » au futur et recule au maximum l’échéance (« Avant l’août ») alors que l’auteur suggère que la fable se déroule justement à la fin de l’été « La Cigale, ayant chanté tout l’été ».

La mention de la « foi d’animal » est trompeuse car l’anthropomorphisme éloigne justement les personnages du règne animal, manière subtile de dire qu’elle n’honorera pas sa promesse.

Par ailleurs la Cigale cherche « Quelque grain pour subsister / Jusqu’à la saison nouvelle ». L’effet de suspens créé par l’enjambement conduit à une déception car en disant « Jusqu’à la saison nouvelle », le lecteur découvre que la Cigale compte, non se mettre à travailler, mais reproduire exactement le même scénario l’année suivante. Le personnage n’apprend donc rien de la vie et des épreuves.

La Fontaine fait donc le portrait sans concession d’une cigale oisive, épicurienne. Elle incarne ce que Diderot appellera les « parasites », les artistes cherchant un mécène dont ils dépendent.

La Fontaine condamnerait ce personnage et opèrerait une valorisation de la fourmi.

B – La Fourmi, incarnation de la prévoyance

Au contraire, la Fourmi est valorisée dans ce texte.

Au début du texte, elle n’est qu’une « voisine » et a donc une place périphérique.

Mais par la suite, « La Cigale » est désignée par la périphrase péjorative « cette emprunteuse » qui adopte le point de vue de la fourmi.

La Fourmi semble d’autant plus prendre le dessus qu’elle manie l’ironie. « Vous chantiez ? j’en suis fort aise / Eh bien ! dansez maintenant ». La Fourmi reprend le terme de la Cigale immédiatement employé avant son intervention « Je chantais ». Mais elle reprend aussi ironiquement le « fort dépourvue » du début du texte par un cinglant « J’en suis fort aise ». Elle a donc la puissance de la parole.

La Fourmi incarne le travail méritant, le sens de l’économie et de la mesure.

Il ne faut pas oublier que le 17ème siècle est le siècle du mercantilisme mis en place en France par Colbert. L’économie française est en pleine expansion et d’après la doctrine économique du mercantilisme, le Roi doit s’appuyer sur une classe de marchands pour dynamiser l’économie française et la conduire vers le progrès. La Fourmi représente l’esprit mercantiliste et rationnel qui privilégie le calcul et la raison sur les passions.

Sur un plan philosophique et littéraire, la fourmi incarne aussi l’idéal classique qui, par la mesure et la raison, ne laisse rien au hasard ou à l’aventure.

La Cigale représente plutôt l’esprit baroque qui va « à tout venant » tourne en rond et heurte le sens de l’effort et de la mesure.

Transition : Cette fable serait-elle une ode à la prévoyance et une critique sévère de l’oisiveté  ? Cela n’est pas si simple car La Fontaine demeure un épicurien. Il prend même des distances avec ce personnage modèle qu’est la fourmi et propose un autre modèle philosophique.

III – Une critique de l’esprit matérialiste

 A – L’égoïsme de la fourmi

La fourmi est certes un modèle d’organisation, de planification et de prévoyance. Mais elle n’en reste pas moins égoïste.

A la caricature « emprunteuse », La Fontaine répond par effet de rime pas une autre caricature : « La Fourmi n’est pas prêteuse » ce qui ramène la Fourmi à l’archétype de l’Avare si souvent moqué dans les satires ou au théâtre (L’Avare de Molière la même année en 1668).

Le vers qui suit « C’est là son moindre défaut » suggère que l’auteur pourrait dresser un portrait satirique sans concession du personnage.

De plus, la fourmi profite de sa position de force avec une méchante jubilation. Les questions qu’elle pose à la cigale sont des questions rhétoriques (dont elle connaît la réponse) pour pousser la Cigale à l’aveu et renforcer son humiliation.

L’emploi de l’impératif « Dansez maintenant » dévoile également un caractère autoritaire.

La Fontaine est donc loin de considérer la Fourmi comme un modèle.

B – L’éloge de l’oisiveté philosophique ?

Au contraire, il y a chez La Fontaine un forme de bienveillance à l’égard de la Cigale qui est l’allégorie de la créativité, des arts et de la poésie comme le montre l’harmonieuse allitération en [t] « ayant chanté / Tout l’été ».

La Cigale est en outre marquée par la générosité. « : « Nuit et jour à tout venant / Je chantais […] ». Elle distribue son art à tout le monde au hasard des rencontres.

La Cigale a un langage et un comportement aristocratique marqué par la civilité qui siéent à l’esprit de Cour : « La priant de lui prêter », « ne vous déplaise ». Au contraire, la Fourmi est caractéristique d’un tempérament économe et bourgeois qui n’est certainement pas du goût de La Fontaine.

L’oisiveté de la Cigale se rapproche de l’otium philosophicum. Cette expression latine désigne l’oisiveté mise à profit pour la réflexion, la poésie ou la méditation, opposée à l’esprit de négoce rationaliste et matérialiste qu’incarne la Fourmi.

Or, dans les Amours de Psyché et de Cupidon, La Fontaine fait l’éloge de la Volupté en disant ceci :

J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout ; il n’est rien
Qui ne me soit souverain bien,
Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique.

La Fontaine fait clairement l’éloge de cette oisiveté philosophique qui permet à l’esprit poétique de s’extraire d’un monde matérialiste ou trop rationaliste.

La cigale et la fourmi, conclusion :

L’absence de morale dans « La cigale et la fourmi » permet à La Fontaine de jouer avec son lecteur en valorisant tout à tour un personnage puis l’autre.

S’il ne fait pas de choix explicite, il est fort à parier que l’épicurien La Fontaine porte un regard bienveillant sur sa Cigale qui reflète l’ordre aristocratique face au nouvel ordre triomphant des marchands.

La Fontaine reste un homme de son temps : il voit les mérites des valeurs nouvelles de prévoyance et d’individualisme, mais il en perçoit aussi les limites.

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  4 commentaires à “La cigale et la fourmi, La Fontaine : analyse”

  1.  

    Je suis une MAmie qui doit aider ses petits enfants aux devoirs de français , les miens datent de 1965 mais j’ai toujours continué à lire beaucoup , ce qu’ils ne font malheureusement plus autant que nous à leur âge . Et surtout avec ce qu’on leur donne à lire ; désolée , mais ça ne peut les captiver , moi même , je dois parfois lire 2 fois le chapitre pour essayer d’en faire un résumé ( fiche de lecture désormais ). Toutes vos explications sont très claires et compréhensibles pour tout âge . Un grand merci , madame la professeure .

  2.  

    Pourquoi vous mettre pas les.réponse des question

  3.  

    Mettre les questions en haut pour qu’on clique et qu’on sache plus d’information !!!!!!!!

    Ps: j’ai fait une pétitions et les gens sont d’accord.

    Votre chère amie kdbvje

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