la cour du lion lecture analytiqueVoici une lecture analytique de la fable « La cour du lion » de Jean de la Fontaine.

La cour du lion, introduction

La Fontaine écrit les fables dans un but éducatif, entre 1668 et 1694 : elles sont dédiées au dauphin, fils de Louis XIV.

La fable « La cour du lion » étudiée ici (la sixième du Livre VII, publié dans le deuxième recueil des fables en 1678) est inspirée d’une fable de Phèdre, « Le Lion régnant », mise en vers par La Fontaine et actualisée pour correspondre à la réalité de la cour de Louis XIV.

Comment souvent, les personnages sont des animaux anthropomorphes, qui représentent le roi et ses courtisans.

Lire « la cour du lion » de la Fontaine (le texte)

Questions possibles à l’oral de français sur « La cour du lion »

♦ Quelle est la portée satirique de la fable « La cour du lion » ?
♦ En quoi cette fable est-elle une critique audacieuse ?
♦ Par quels procédés La Fontaine fait-il passer sa satire ?
♦ En quoi « La cour du lion » est-il un apologue ?
♦ Qu’est-ce qui fait l’efficacité de cette fable ?

Annonce de plan

Après avoir étudié ce qui fait de cette fable un court récit à la forme classique (I), nous mettrons en évidence ce qui en fait un apologue ludique et plaisant (II). Enfin, nous verrons en quoi elle constitue une satire non seulement de la Cour, mais aussi du roi (III).

I – « La cour du lion » : Une fable classique dans sa forme

 A – Dans sa structure

« La Cour du lion » se présente comme un court récit terminé par une morale explicite (les quatre derniers vers).

Le récit lui-même peut se diviser en deux :

♦ Une mise en contexte (l’invitation du Roi qui débouche sur la venue au Louvre de ses sujets);

♦ L’action à proprement parler, c’est-à-dire les interventions des animaux et la réaction du Roi à chacune (l’ours se bouche la narine : il est tué ; le sage flatte : il est tué, le renard ruse : « il s’en tire »).

L’utilisation des temps reflète cette structure :

♦ Durant le récit, on observe une alternance des temps du récit au passé : l’imparfait (portait, devait, étalait) et le passé simple (voulut, manda, invita);

♦ La morale est introduite par un présent d’énonciation : « Ceci vous sert d’enseignement » et le conseil de La Fontaine se présente sous forme d’impératifs (« ne soyez », « tâchez »).

B – Dans ses personnages

Les protagonistes de la fable sont tous des animaux aux caractéristiques humaines.

Ils sont personnifiés puisque dotés de volonté (« voulut connaître »), sachant lire et écrire (« Une circulaire écriture »), parler (« lui dit le Sire ») ou accablés de maladies humaines (« un grand rhume »).

Ils sont également anthropomorphes dans leurs comportements ; ainsi l’Ours qui « se bouch[e] la narine » et qui grimace, le Roi « irrité », etc.

Chacun des animaux a été soigneusement choisi pour figurer un caractère particulier. Ce sont des stéréotypes :

♦ Le Roi tout-puissant est un lion;
♦ Le courtisan maladroit un ours;
♦ Le flatteur un singe;
♦ Le rusé un renard (dans la tradition du Roman de Renart, où le « goupil » appelé Renart est un personnage espiègle et malin).

Transition : à bien des égards, il s’agit donc d’une apologue classique, tant dans sa structure que dans ses protagonistes. Mais La Fontaine parvient également à en faire un récit ludique et enlevé.


II – « La cour du lion » : Une fable ludique


A – Un schéma de rimes et de mètres varié

1 – Une alternance d’alexandrins et d’octosyllabes

Si la lecture de la fable « La cour du lion » est plaisante, c’est d’abord en raison du schéma de mètres varié, un procédé souvent utilisé par La Fontaine.

Il commence ainsi par deux alexandrins, un vers classique qui permet d’introduire le roi (« Sa Majesté Lionne ») avec élégance.

Dans la suite de la fable, on trouve une alternance irrégulière d’octosyllabes (un vers plus rapide et moins grandiose, mieux adapté au récit) et d’alexandrins, notamment lorsque c’est le roi qui est évoqué (« Le Prince à ses sujets étalait la puissance ») ou qu’il prend la parole (« Que sens-tu ? dis-le-moi : parle sans déguiser. »).

2 – Des effets de rythme

La vivacité du récit est renforcée par des effets de rythme, comme les enjambements (« dont l’ouverture / Devait être un fort grand festin ») et des rejets (« Alléguant un grand rhume ; il ne pouvait que dire / Sans odorat »).

Grâce à ces procédés, le rythme du vers ne coïncide pas entièrement avec le rythme de la phrase, permettant de rendre le récit plus alerte et de mettre certains mots en valeur.

Dans cette fable, ce sont souvent les actions du lion qui sont mises en avant. Les enjambements soulignent ainsi la sévérité des punitions :
♦ « Le Monarque irrité / L’envoya chez Pluton faire le dégoûté » ;
♦ « Sa sotte flatterie / Eut un mauvais succès, et fut encore punie. » .

3 – Un schéma de rimes irrégulier

De même, le schéma de rimes est très irrégulier, puisqu’on trouve à la fois des rimes plates (connaître / maître), des rimes croisées (députés / nature / côtés / écriture) et des rimes embrassées (Sire / s’excuser / déguiser / dire).

Ces rimes sont parfois mêlées ; ainsi, écriture rime également avec ouverture trois vers plus loin, participant également à un schéma de rimes croisées : écriture / portait / tiendrait / ouverture.

On trouve même une fin de vers (« Et flatteur excessif il loua la colère ») qui ne semble rimer avec aucun autre vers, si ce n’est dans la morale finale avec plaire / sincère.

B – Différents types de discours

La présence de différents types de discours contribue également à créer des effets de rythmes et à mettre certaines actions en valeur.

On trouve ainsi :

♦ Du discours direct lorsque le roi parle : « Or çà, lui dit le Sire, / Que sens-tu ? dis-le-moi : parle sans déguiser. » Il est le seul à avoir droit à une prise de parole directe, ce qui confirme sa puissance sur les autres personnages de la fable.

♦ Du discours indirect lorsque les sujets s’expriment : La Fontaine utilise des verbes qui sous-entendent le discours, tels que « approuver », « louer » et « s’excuser ».

♦ Du discours indirect libre lorsque la flatterie du singe est retranscrite : « Il n’était ambre, il n’était fleur, / Qui ne fût ail au prix. »

Transition : Cette fable est donc tout d’abord un récit plaisant et drôle. C’est sous couvert de distraire que La Fontaine livre au lecteur un portait très sévère de la Cour, qui n’épargne pas non plus le Roi.

III – Un apologue à la critique double

A – Une satire des courtisans

Les trois courtisans distingués dans cette fable représentent chacun un comportement particulier.

♦ L’ours, incapable de se maîtriser, fait un geste malencontreux qui déclenche la colère du Roi : il représente le courtisan maladroit et bête, mais aussi spontané (il fait le geste que tous aimeraient faire).

♦ Le singe représente le « flatteur excessif », le courtisan qui loue le Roi pour s’attirer ses bonnes grâces, au prix de mensonges éhontés que même le lion est capable de déceler ; le rythme ternaire (« Et la griffe du Prince, et l’antre, et cette odeur », avec l’accumulation renforcée par la répétition de la coordination « et ») montre la gradation dans le mensonge.

♦ Il n’y a que le renard qui « s’en tire », grâce à un petit mensonge qui lui permet de ne pas répondre à la question directe du roi (« alléguant un grand rhume »). Il représente le courtisan qui parvient à survivre à la cour par la ruse.

B – Une critique du pouvoir arbitraire

Le Roi n’est pas épargné dans cette description critique de la vie à la cour.

Il est montré comme vaniteux : il veut savoir jusqu’où s’étend son territoire  (« de quelles nations le Ciel l’avait fait maître ») et « étal[er] sa puissance » aux yeux de ses sujets. Il est le seul à s’exprimer librement, comme le montre l’utilisation du discours direct.

Il est également colérique et violent, profitant de sa toute-puissance pour châtier ses sujets de manière totalement disproportionnée. Il est « irrité », on parle de sa « griffe » : ce sont des attributs de violence.

La Fontaine le compare même à Caligula (un empereur romain despote et mégalomane), dans deux octosyllabes qui se détachent du reste de la scène, écrite en alexandrins.

Les alexandrins utilisés tournent le roi et son palais en ridicule, par un effet de grandiloquence mal placée.

La Fontaine utilise ainsi un vers noble (l’alexandrin) pour parler de la puanteur de l’antre du lion, créant un effet burlesque : « Quel Louvre ! un vrai charnier, dont l’odeur se porta / D’abord au nez des gens… ».

Le cadre de la Cour du roi, censé être élégant, est ici réduit à un « charnier », rabaissant les personnages anthropomorphes à leur condition d’animaux.

C – Une leçon ambigüe  

La morale de « La cour du roi » qui clôt la fable est une leçon de prudence et de mesure (« Ne soyez […] / Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère »).

Mais le récit qui l’accompagne semble prôner le mensonge et la dissimulation : si le renard s’en tire, c’est parce qu’il a menti.

La Fontaine dénonce ici le fait que dans la Cour d’un roi tout-puissant, les courtisans ont peu d’options pour rester dans les bonnes grâces du souverain ; ils sont obligés de ruser (« de répondre en Normand ») et n’ont pas droit à une opinion personnelle si elle diverge de celle du roi.

La cour du lion, conclusion :

La Fontaine se sert ainsi d’un court apologue ludique pour peindre un portrait négatif et satirique de la Cour de Louis XIV : les courtisans sont hypocrites, menteurs, arrivistes. Le roi lui-même est mal vu et même tourné en ridicule dans cette fable : souverain autoritaire, il ne supporte ni la franchise ni les flatteries et sa cruauté est disproportionnée.

La morale est ambigüe : pour survivre dans ce milieu social, il faut se montrer rusé, et donc mentir au besoin.

Comme dans de nombreuses autres fables, les animaux anthropomorphes, tout en permettant à La Fontaine d’éviter la censure, sont d’utiles outils pour « instruire et plaire », comme il l’écrit dans la morale de la fable « Le pâtre et le lion » (livre VI).

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  12 commentaires à “La cour du lion, La Fontaine : analyse”

  1.  

    merci pour ce super site, est ce que vous allez aussi publier l’analyse de le coche et la mouche de la fontaine ?

  2.  

    Voici plusieurs fois que je vous trouve comme une bouée de secours alors je prends quelques minutes pour vous remercier!!!
    Je vous remercie donc et vous encourage pour continuer ce site!!!!

  3.  

    J’ai un commentaire de texte a faire sur la cours du lion je dois :
    -Montrer d’abord que la Fontaine propose un récit structuré, vif et animé pour le plaisir du lecteur

    -Vous étudierez ensuite la dimension critique de la fable, la satire du pouvoir et celles des courtisans

    merci de m’aider s’il vous plais.

  4.  

    Bonjour,
    Je tenais d’abord à vous remercier pour cette analyse, qui est assez facile à comprend! (Pas que ma prof de français est incompréhensible mais….presque)
    Pouvez vous me dire qu’elle est l’ouverture de cette fable?
    Je pensais aux obsèques de la lionne mais je n’en suis pas sûre.
    Merci d’avance pour votre réponse,
    Bonne journée 🙂

  5.  

    Merci de votre aide sans troll vraiment merci

  6.  

    Bonjour, cette analyse répond à toute les questions possibles à l’oral du bac de français ? Merci d’avance

  7.  

    Bonjour, tous d’abord merci beaucoup de nous mettre a disposition tant de choses ! je suis en train de faire mes fiches de bac pour l’oral de français . J’ai trouver sur ton site pour le texte les animaux malades de la peste des exemples de problématique avec des plans , et je ne trouve pas la même chose pour ce texte .. Pourrait tu m’indiquer ou le trouver ?

    •  

      Bonjour Alexia,
      J’ai montré comment adapter mon plan à différentes questions possibles sur quelques textes seulement. Le but est de vous montrer comment faire : je n’ai pas fait ce travail pour chaque texte que je commente.

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