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Voici une analyse linéaire pour l’oral de français de l’épisode du peigne de la reine Guenièvre. L’extrait étudié va de
L’extrait analysé va de « En entendant cette révélation le chevalier eut une faiblesse » « et le chevalier est transporté de joie à cause des cheveux qu’il garde sur sa poitrine ». La translation utilisée est celle du classicolycée de Belin Gallimard (p.64 à 67).
Le peigne de la reine Guenièvre, introduction
Le chevalier de la charrette narre l’histoire de Lancelot, un chevalier prêt à perdre son honneur par amour pour la reine. (Voir la fiche de lecture pour le bac du Chevalier de la charrette)
Dans cet extrait, le chevalier de la charrette poursuit sa quête pour délivrer la reine Guenièvre, accompagné d’une demoiselle qui l’escorte. Près d’une source, ils trouvent sur la margelle un peigne en ivoire doré auquel sont restés accrochés des cheveux.
La demoiselle révèle au chevalier que le peigne appartenait à la reine et que les cheveux sont les siens. En apprenant cela, le chevalier est transporté d’amour.
Cet épisode démontre l’intensité de l’amour du chevalier pour la reine, au travers de la mention des symptômes physiques du chevalier, qui s’évanouit presque, et de la description du culte qu’il voue aux cheveux de la reine, décrit avec le lexique religieux de l’adoration et de la foi. De plus, les interventions du conteur qui commente son propre récit permettent de mettre en avant la profondeur de l’amour du chevalier.
Problématique
Comment le conteur fait-il des cheveux de la reine une relique sacrée, signe de la dévotion absolue du chevalier ?
Annonce de plan linéaire
En apprenant que les cheveux sont ceux de la reine, le chevalier défaille, et la demoiselle lui dissimule la vérité par délicatesse (I). Il voue ensuite aux cheveux un véritable culte (II), dont le conteur célèbre la valeur inestimable avant de reprendre son récit (III).
I – Le chevalier défaille en apprenant que les cheveux sont ceux de la reine
(De « En entendant cette révélation le chevalier eut une faiblesse » à « que je n’ai eu de cesse que je l’eusse. »)
Le choix du substantif « révélation » donne une coloration presque religieuse à la découverte, rappelant le terme chrétien de « Révélation ».
La réaction du chevalier est d’abord physique : il « eut une faiblesse et dut s’appuyer devant lui à l’arçon de la selle ». Le contraste est frappant entre le chevalier invincible, capable d’affronter tous les dangers pour délivrer la reine, et ce même chevalier qui manque de tomber de cheval devant un simple peigne. Ce contraste montre que la seule pensée de la reine a plus de pouvoir sur lui que tous les dangers qu’il affronte.
Le doublet synonymique (paire de mots synonymes) « stupéfaite et ébahie » crée un effet d’insistance. La surprise de la demoiselle permet au lecteur de mesurer à quel point la réaction du chevalier est violente.
Le conteur interrompt ensuite son récit pour s’adresser directement à son public au moyen de l’impératif « Ne la blâmez pas ». Cette apostrophe, qui rappelle l’oralité des récits médiévaux, crée un effet de connivence avec le lecteur. Le conteur joue aussi avec son récit par une épanorthose (correction d’un propos que l’on vient de tenir) : « Autant dire qu’il l’était, il s’en fallait de peu ». Cette correction montre que le chevalier se trouve à la limite de la perte de conscience.
La cause de cette faiblesse est désignée par « la douleur qu’il avait au cœur ». Les symptômes décrits, la perte de « l’usage de la parole » et de « ses couleurs », c’est-à-dire le mutisme et la pâleur, sont ceux de la maladie d’amour, un topos de la littérature médiévale hérité d’Ovide. Le complément de temps « pendant un long moment » souligne l’intensité du choc.
Le chevalier revient à lui et se sent « tout honteux ». La cause de sa honte est qu’il a laissé voir son amour pour la reine, alors que l’amour courtois, adultère, doit rester secret.
Le conteur intervient une nouvelle fois, à l’impératif : « N’allez pas penser que la demoiselle lui ait avoué la vraie raison ». Les doublets « honte et angoisse » et « blessé et gêné » insistent sur la souffrance qu’aurait causée la vérité au chevalier.
La demoiselle fait preuve de tact et de courtoisie, comme le montrent les expressions « se gardant de laisser transparaître cette vérité » et « en pesant ses mots ». Elle invente un prétexte : « je suis venue chercher ce peigne, et c’est pour cela que j’ai mis pied à terre ». Sa réponse repose sur une ironie dramatique, puisque le lecteur et la demoiselle connaissent la vérité, alors que le chevalier croit son secret préservé. De plus, la formule « j’en avais une telle envie que je n’ai eu de cesse que je l’eusse » prête à la demoiselle un désir qui est en réalité celui du chevalier.
II – Le chevalier voue aux cheveux de la reine un véritable culte
(De « Et lui qui voulait bien qu’elle ait le peigne » à « qu’il n’avait plus besoin d’autre aide. »)
Le chevalier sépare le peigne des cheveux. La subordonnée conjonctive consécutive « si doucement qu’il n’en rompt aucun » souligne la délicatesse de son geste et l’attention qu’il porte au moindre cheveu. Le peigne, simple support, perd tout intérêt dès qu’il en a retiré les cheveux.
La phrase « Jamais on ne verra de regard d’homme honorer à ce point un objet » repose sur une hyperbole renforcée par l’adverbe « jamais » et par le futur, qui étend la comparaison à tous les temps à venir. Les termes « honorer » et « adoration » appartiennent au lexique religieux et montrent que l’amour du chevalier prend la forme d’un culte. Les cheveux deviennent des reliques, semblables à celles des saints que les fidèles vénèrent au Moyen Âge.
L’hyperbole « plus de cent mille fois » et l’énumération « de ses yeux, de sa bouche, de son front, de son visage », rythmée par la répétition des déterminants possessifs, mettent en valeur l’intensité de ce culte. Le chevalier engage tout son visage dans cette adoration, comme le fidèle qui baise une relique. Les cheveux fonctionnent ici comme une synecdoque (figure qui désigne le tout par la partie) : à travers eux, c’est la reine elle-même que le chevalier caresse, ce qui donne aussi à la scène une dimension sensuelle.
L’anaphore et le parallélisme « c’est son bonheur, c’est sa richesse » insistent sur la valeur des cheveux, et le terme « richesse » annonce les comparaisons avec les pierres précieuses.
La phrase « Sur son sein, près du cœur, il les glisse entre sa chemise et sa chair » suit une progression graduelle vers l’intimité du chevalier. Ce contact direct avec la peau donne au geste une dimension érotique. De plus, les cheveux sont placés « près du cœur », siège de l’amour. Le chevalier les porte comme on porte un reliquaire sur la poitrine.
L’hyperbole « Il ne les aurait pas cédés pour un plein chariot d’émeraudes ou d’escarboucles » oppose la valeur marchande des pierres précieuses à la valeur affective des cheveux.
Les cheveux acquièrent ensuite un pouvoir de guérison : « Il n’avait plus peur d’attraper d’ulcère ou d’autre maladie ». L’interjection « Fi » et l’énumération des remèdes, « du diamargariton, de la pleuriche et de la thériaque », traduisent le mépris du chevalier pour la médecine. La gradation culmine avec les « prières à saint Martin et à saint Jacques » : les cheveux de la reine l’emportent sur les saints eux-mêmes. Cette comparaison est presque blasphématoire, et la phrase exclamative en souligne l’audace.
La subordonnée conjonctive consécutive « tellement foi en ces cheveux qu’il n’avait plus besoin d’autre aide » reprend le lexique religieux. Le terme « foi » désigne la vertu théologale par laquelle le fidèle croit en Dieu. Le chevalier a déplacé sa foi de Dieu vers sa dame, conformément à la conception de l’amour courtois comme religion de la dame.
III – Le conteur célèbre la valeur inestimable des cheveux avant de reprendre son récit
(De « Mais quel était donc le pouvoir de ces cheveux ? » à « et le chevalier est transporté de joie à cause des cheveux qu’il garde sur sa poitrine. »)
La question rhétorique « Mais quel était donc le pouvoir de ces cheveux ? » relance l’intérêt du lecteur. Le conteur feint ensuite de craindre de ne pas être cru : « On va me prendre pour un menteur et pour un sot si j’en dis la vérité. » Le conteur insiste sur la vérité de son récit au moment où il va recourir aux comparaisons les plus fortes. Ainsi l’exagération apparaît comme la seule manière d’exprimer ce qui est indicible.
La comparaison avec « la foire du Lendit », immense foire qui avait lieu près de Paris à l’époque médiévale, introduit dans le monde arthurien une référence au monde contemporain du public de Chrétien de Troyes. Cet anachronisme rapproche le récit de ses auditeurs et poursuit l’opposition entre les richesses matérielles et la valeur des cheveux. Le conditionnel « ne voudrait pas l’avoir à la place de ces cheveux » montre que rien ne pourrait les remplacer.
Il a recours à une comparaison hyperbolique : « l’or cent mille fois purifié, cent mille fois fondu, semblerait plus obscur que la nuit comparée à une belle journée d’été ». L’or, qui sert habituellement de référence pour décrire les cheveux blonds, idéal de beauté médiéval, se trouve ici dévalorisé. L’antithèse entre « la nuit » et « une belle journée d’été » associe les cheveux de la reine à la lumière. La construction de la phrase, avec la subordonnée hypothétique « si, après les avoir rapprochés, on le comparait à ces cheveux », est complexe, puisque la comparaison est enchâssée dans une autre comparaison, ce qui rend l’éloge d’autant plus démesuré.
La question rhétorique « Mais pourquoi retarder encore mon histoire ? » marque le retour au récit. L’adverbe « encore » montre que le conteur a conscience d’avoir fait une digression.
La dernière phrase repose sur une construction symétrique : « La jeune fille se remet vite en selle avec le peigne qu’elle emporte ; et le chevalier est transporté de joie à cause des cheveux qu’il garde sur sa poitrine ». Chacun repart avec la part de l’objet qu’il désire, et les deux propositions relatives « qu’elle emporte » et « qu’il garde » se répondent.
Le peigne de la reine Guenièvre, conclusion
Ainsi, l’épisode du peigne fait des cheveux de la reine une véritable relique que le chevalier honore. Le lexique religieux de l’adoration et de la foi illustre la conception de l’amour courtois comme un culte rendu à la dame. Les interventions répétées du conteur et l’accumulation des hyperboles permettent d’exprimer la puissance de l’amour du chevalier.
Ce passage rappelle un épisode de Perceval ou Le Conte du Graal, un autre roman de Chrétien de Troyes. Perceval aperçoit sur la neige trois gouttes de sang laissées par une oie blessée, qui lui rappellent le teint de son amie Blanchefleur. Il reste plongé dans une rêverie amoureuse dont rien ne peut le tirer. Dans les deux romans, une simple trace de la femme aimée suffit à plonger le chevalier dans l’extase.
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