Madame Bovary : analyse du chapitre 7

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Crédits image : Adonis/Romans de toujours

Voici une analyse du chapitre 7 (1ère partie) de Madame Bovary de Flaubert.

Lire l’extrait commenté du chapitre 7 de Madame Bovary.

Astuce : Si votre extrait est un peu plus court que celui commenté, vous pouvez garder le même plan mais retirer le II – C (Charles, un homme béatement amoureux).

Problématiques possibles à l’oral sur cet extrait de Madame Bovary :

♦ Quel portrait peut-on dresser d’Emma Bovary dans cet extrait ?

♦ Dans quelle mesure cet extrait illustre le bovarysme ?

I – Les pensées d’une femme exaltée

A – L’accès aux pensées intimes d’Emma

Des lignes 1 à 49 ( « elle songeait quelquefois […] du bonheur même qu’elle lui donnait »), le lecteur pénètre dans les pensées intimes d’Emma grâce à l’emploi du point de vue interne. On relève ainsi des verbes de perception : « elle songeait » (l.1), « Il lui semblait que », « les mots lui manquaient », « il lui semblait qu’une abondance subite ».

Cet accès aux pensées intimes de l’héroïne est renforcé par l’emploi du discours indirect libre aux lignes 3 à 49 (à partir de « pour en goûter la douceur » jusqu’a « du bonheur même qu’elle lui donnait »). En supprimant les marques qui annoncent un propos rapporté, la voix du narrateur et celle d’Emma se fondent et permettent au lecteur de se plonger dans l’intériorité de l’héroïne.

B – Emma, une femme sensuelle

Emma apparaît comme une femme sensuelle à l’imagination débordante. Dès le début de l’extrait, elle projette ses fantasmes de lune de miel.

Dans sa rêverie, tous les sens sont sollicités :

♦ l’ouïe : « noms sonores » (l.3), « la chanson du postillon » (l.6), « les clochettes » (l.7), « le bruit sourd de la cascade » (l.7).
♦ La vue : « stores de soie bleue » (l.5), « le soleil » (l.7), « on regarde les étoiles » (l.9)
L’odorat : «  »on respire […] le parfum des citronniers » (l.8).
Le goût : « pour en goûter la douceur » (l.3)
Le toucher : « douceur » (l.4), « les doigts confondus » (l.9).

Elle imagine un décor exotique dans lequel on retrouve la présence des quatre éléments :

L’eau : « la cascade »
♦ La terre : « toutes escarpées, « la montagne », « la terre », « sol »
L’air : « on respire », « le parfum ».
♦  Le feu : « le soleil »

Ce décor est teinté d’exotisme : « noms sonores », « suaves paresses », « au bord des golfes », « citronniers ».

Il s’agit d’un endroit fantasmé qu’Emma serait bien incapable de localiser. Elle utilise ainsi des expressions vagues et des clichés pour nommer ces lieux imaginaires : « ces pays à noms sonores », « certains lieux sur la terre devaient produire du bonheur. »

C – Une femme bercée d’illusions romanesques

Emma se berce d‘illusions romanesques.

Au fil de ses lectures, elle s’est créé une réserve d’images toutes faites à travers laquelle elle se représente désormais la réalité. Elle juxtapose ainsi des images sans lien ni cohérence : les « chalets suisses » (l.13) se juxtaposent avec le « cottage écossais ».

A travers ces représentations romanesques, Flaubert critique les romans sentimentaux mais également les romans historiques mis à la mode au début du XIXème siècle par le romancier Walter Scott, avec le « cottage écossais » et un mari fantasmé qui porte « bottes molles, chapeau pointu et des manchettes ».

Le pouvoir de ces illusions romanesques est tel qu’Emma finit par s’intégrer à sa rêverie. On observe ainsi un glissement des pronoms personnels entre le premier et le deuxième paragraphe. Le pronom personnel « on » répété tout au long du premier paragraphe (« on monte », « on respire », « on regarde ») se mue en « elle » dans le deuxième paragraphe (« que ne pouvait-elle s’accouder »). Emma s’intègre à sa rêverie et s’imagine elle-même accoudée sur un balcon comme une héroïne de roman.

Confondant les romans et la vie, Emma rêve sa vie au lieu de la vivre et se heurte douloureusement à la platitude du réel.

II – La platitude du réel

A – L’absence de complicité entre Charles et Emma

Après ces descriptions d’une lune de miel idéale et d’un mari rêvé, la platitude du réel prend un relief saisissant.

Alors qu’ils se sont tout juste mariés, la séparation entre Emma et Charles semble déjà consommée. En témoigne le conditionnel passé : « Peut-être aurait-elle souhaité« , «  »se serait détaché de son cœur ». Il n’y a déjà plus de retour en arrière possible.

Cette séparation au sein du couple est mise en valeur par le parallélisme syntaxique  : « Il la croyait heureuse; et elle lui en voulait de ce calme si bien assis. »
Le croisement des pronoms sujets et objets dans ces deux propositions (il => elle ; la => lui), loin de faire croire à une communion entre Emma et Charles, insiste sur la séparation des chemins de ces deux êtres qui se croisent.

B – Charles, un homme décevant

Charles apparaît à Emma comme un mari décevant qui ne correspond pas au mari rêvé.

Elle ne lui trouve aucune qualité comme en témoigne l’abondance des négations : « sans exciter d’émotion », « il n‘avait jamais été », « il ne savait ni nager, ni faire des armes, ni tirer au pistolet, et il ne put […] ».

Le démonstratif « celui-là » (l.46) et l’épiphore en « rien » aux lignes 46 et 47 cantonne irrémédiablement  Charles dans son rôle de repoussoir :
« Mais il n’enseignait rien, celui-là, ne savait rien, ne souhaitait rien« .
(Une épiphore est une figure de style symétrique à l’anaphore : la répétition se fait en fin de groupe).

Charles manque de charisme. Il a les « idées de tout le monde » et Emma lui reproche d’être « ordinaire ».

La comparaison péjorative entre « la conversation de Charles » et « un trottoir de rue » marque le mépris d’Emma qui ne trouve aucune hauteur à son mari.

C – Charles, un homme béatement amoureux

Charles est présenté comme un homme naïf et profondément amoureux de sa femme.

Inconscient de la rupture entamée avec Emma (« Il la croyait heureuse »), il vit depuis son mariage dans un état de bonheur quasi béat. On relève le champ lexical du bonheur à la fin de l’extrait : « pesanteur sereine », « bonheur », « grand amusement », « il s’émerveillait ».

Charles est un homme qui apprécie le « calme » et la sérénité. Il jouit de bonheurs simples comme regarder sa femme dessiner ou jouer au piano. Ces moments lui procurent tant de fierté qu’il finit « par s’estimer davantage ».

A l’inverse d’Emma, son attitude mentale le pousse à apprécier leur vie. Ainsi, il encadre les « deux petits croquis » de « cadres très larges » (l.61 à 62). L’antithèse « petit » et « très larges » met en valeur l’attitude positive de Charles qui, contrairement à Emma, ne trouve nullement sa vie étriquée.

Pour aller plus loin :

Madame Bovary, chapitre 7 (le texte)
Résumé détaillé de madame Bovary
Incipit de Madame Bovary : commentaire
Mme Bovary, Flaubert : La mort d’Emma
Tous les commentaires composés / analyses du blog
L’Education sentimentale, la rencontre : Flaubert

50 commentaires

  • Dans un devoir de français on me demande de commenter l’emploi du temps verbal le plus utilisé de « Elle songeait quelquefois…. » a « du bonheur qu’elle lui donnait. ». J’ai trouvé que c’était l’imparfait mais je ne sais pas expliquez son emploi. Pourriez-vous m’aidez ?

  • Bonjour, premièrement je tenais à vous remercier pour votre grande aide en littérature. Par ailleurs je n’ai pas bien compris un des points de votre commentaire lorsque que vous écrivez :
    Le démonstratif « celui là » l.46 et l’épiphore en « rien » cantonne irrémédiablement Charles dans son rôle de repoussoir
    Je ne comprends pas vraiment l’idée de repoussoir ? Et le fait également qu’elle utilise le démonstratif « celui là » pourrait dénoter une forme de mépris de sa part envers Charles ? Dites moi si je me trompe.
    Merci de votre réponse, bonne journée

    • Chloé, « celui-là » c’est une manière péjorative de désigner Charles. Comme dans l’expression « Il est con celui-là ! ». Tu comprends ?

  • salut, est-ce que tu n’aurais pas fait un commentaire sur « diner de bal » de madame Bovary. Le texte commence par  » A sept heure, on servit le diner. « 

  • Merci beaucoup pour ce commentaire.
    En revanche je ne vois pas comment interpréter les citations ainsi que les procédés I.B
    Merci d’avance 😉

  • Je tiens évidemment à vous remercie pour cette éclairage si appréciée et touchante…je pense que j’ai finalement une idée générale avec son analyse approprié permettant de faire réaliser n’importe quel texte romantique. Merci d’avance.

  • bonjour. je voulais vous demander une question si c’est possible? en francais on doit faire un paragraphe argumentatif : comparez les deux visions du bonheur qui sont envisages par les deux personnagesde facon a montrer que ce texte est réaliste. Merci de me repondre s’il vous plaît.

  • merci beaucoup pour vos efforts..s’il vous plaît pourrai-je avoir une conclusion et une toute petite ouverture pour cet extrait.et merci infiniment.

  • Bonjour, J’aimerai savoir le terme du chapitre 7 partie 2 du livre Madame Bovary ainsi le terme chapitre 10 partie 2. Merci de bien vouloir me répondre assez vite.

  • SVP vous pouriee m’aider pour un commentaire composé à faire en français sur la partie 1 du chapitre 7 malheureusement ce commentaire n’ai pas le passage de mon extrait à moi

    • Bonjour Amina,
      Je ne fais pas d’aide aux devoirs sur vos textes; mais si tu commentes un extrait issu du même chapitre, tu verras que beaucoup d’idées sont similaires. Le travail que j’ai réalisé pour cet extrait du chapitre 7 de Madame Bovary devrait donc t’aider à bien appréhender ton texte et à ne pas faire de contresens. Bon courage !

  • Bonjour,
    Je passe un oral blanc dans 1mois et je suis en train de préparer des fiches..
    Mais je me pose une question. Si par exemple la question est Quel portrait peut-on dresser d’Emma Bovary dans cet extrait ? Dans ce cas, seul le premier axe convient ? Et du coup j’expose qu’un seul axe ? Est ce que c’est possible a l’oral d’avoir qu’un seul axe ?
    Si la question est : quelle représentation du couple Flaubert propose t-il dans ce passage ?
    I) les rêves de la femme
    II)les déceptions de la vie conjugale
    Cela convient-il ?
    Merci

  • Bonjour,
    J’ai cherché de partout sur internet et je ne trouve pas d’explications clairs pour définir l’ironie flaubertienne, pouvez-vous m’éclairer? Merci

  • Bonjour, j’aimerai savoir qui a écris exactement cette analyse, c’est à dire que j’aimerai savoir si c’est un prof, un élève ou quelqu’un d’autre.
    Merci

  • j’ai énormément de difficultés à faire ce commentaire et mes parents ne peuvent pas se permettre de me payer un prof particulier , nous avons a peine de quoi vivre par mois . du coup j’ai envie de leur faire plaisir , donc voila je compte sur votre attention à mon égard amélie

  • Bonsoir Amélie , J’ai été vraiment soulagé lorsque j’ai vu ton commentaire , je passe l’oral de français mercredi et je n’ai pas du tout été préparé durant mon année scolaire je n’ai pas eu un prof de français très présent et nous n’avons jamais apprit la lecture analytique et c’est très dur pour moi car j’ai du me débrouillé seule .
    Je voudrais simplement savoir si ton plan était adapté à cette problématique : « Comment Flaubert se moque t’il de la bêtise de Charles Bovary ?
    Merci énormément et j’espère que j’aurais au moins la moyenne pour mon oral !

  • Bonjour Amélie! Ton commentaire est super, il m’a beaucoup apporté.

    J’aimerai avoir une ouverture sur cet extrait. Je pensais faire une comparaison avec Marthe du Diable au Corps. Est-ce une bonne idée?

  • Bonjour, je dois faire un commentaire composé sur un extrait du même chapitre 7 partie 1 à partir de  » Emma, d’autre part; savait conduire sa maison.[…] pendant la nuit. » Mais je n’y arrive pas pouvez vous m’aider s’il vous plait?

  • Bonjour!
    Dans l’objet d’étude du roman, ma problématique est celle de l’émancipation de la femme. J’aimerais insérer cet extrait dans mon groupement de texte pour l’oral. Cet extrait correspond-il à la problématique?
    Merci beaucoup!

  • Bonjour j’ai à trouver l’ironie du narrateur a l’égard des personnages dans ce passage et là je bloque si vous pouviez m’aidé a trouver quelques pistes. Merci de l’attention que vous y porterez. Cordialement

    • L’ironie naît de la distance que prend Flaubert par rapport à ses personnages, et notamment par rapport aux rêves romantiques (et irréalistes) de Madame Bovary. J’étudie cela tout au long du commentaire : à toi de bien le relire pour sélectionner les passages les plus révélateurs.

  • Bonjour, je dois répondre a une question
    quel image du couple faubert donne t’il dans cette extrait ?
    Je me suis aider de votre analyse es ce que j’ai bien fait
    merci

  • J’ai une question?
    A ce ke je sache il fo jamais apporter ses connaissances a propos de l oeuvre dans les analyses or ici vs avez fait une sous partie complete sur Charles ki ne figure mm pas dans l extrait.
    est ce exact?

  • Bonjour, comme tu as pu le montrer dans un de tes cours, je voulais savoir comment adapter mon plan si j’ai les questions que tu as postées ci-dessus, mais aussi la questions suivante: Comment l’extrait montre-t il le décalage d’Emma?

    Je vous remercie d’avance,et vous suis reconnaissante pour la qualité de vos lectures analytiques qui sont aux antipodes de celles de mon professeur.

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